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Full text of "Histoire universelle de l'église catholique [microforme]"



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(716) 872-4503 





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CIKM/ICMH 

Microfiche 

Séries. 



CiHIVi/iCMH 
Collection de 
microfiches. 




Canadian Institute for Historical Microraproductions / Institut canadien de microreproductions historiques 



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M^\J\J 



Tachnical and Bibliographie Notas/Notas tachniquas at bibiiographiquas 



The G 
to th« 



Tha Instituta has attamptad to obtain tha bast 
original copy availsbla for filming. Faaturas of thia 
copy which may ba bibliographically uniqua, 
which may altar any of tha Imagaa in tha 
raproduction, or «which may significantly charge 
tha usuai method of filming. nre checked below. 



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Colourod covera/ 
Couverture de couleur 



r~n Covers damaged/ 



Couverture endommagée 

Covers restorad and/or luminatad/ 
Couverture restaurée et/ou pelliculée 

Cover title missing/ 

Le titre de couverture manque 

Coloured maps/ 

Cartes géographiques an couleur 

Coloured ink (i.e. other than blue or black)/ 
Encre de couleur (i.e. autre que bleue ou noire) 

Coloured platea and/or illus:rations/ 
Planches et/ou illustrations an couleur 

Bovnd with other matarial/ 
Relié avec d'autres documents 



rri Tlght binding may cause shadows or distortion 



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along interior mcrgin/ 

La r« iiure serrée peut causer de l'ombre ou de la 

distorsion le long de la marge intérieure 

Filank laaves addad during rastoration may 
appear within the text. Whenever possible, thèse 
hava been omitted from filming/ 
Il se peut que certaines pagea blanches ajoutées 
lors d'une restauration apparaissant dans le tente, 
mais, lorsque cela était possible, ces pages n'ont 
pas été filmées. 

Additional commenta:/ 
Commentaires supplémentaires; 



L'Institut a microfilmé le meilleur exemplaire 
qu'il lui a été possible de se procurer. Les détails 
de cet exemplaire qui sont peut-être uniques du 
point de vue bibliographique, qui peuvent modifier 
une image reproduite, ou qui peuvent exiger une 
modification dans 9a méthode normale de filmaga 
sont indiqués ci-dessous. 



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Coloured pages/ 
Pages de couleur 

Pagea dameged/ 
Pages endommagées 

Pages restored and/or laminated/ 
Pages restaurées et/ou pelliculées 

Pages discoloured. stained or foxed/ 
Pages décolorées, tachetées ou piquées 

Paget detachad/ 
Pages détachées 

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slips, tissues, etc.. heve been refilmed to 
ensure the best possible image/ 
Les pages totalement ou partiellement 
obscurcies psr un feuillet d'errata, une pelurr, 
etc., ont été filmées é nouveau de façon é 
obtenir la meilleure image possible. 



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Ce document est filmé au taux de réduction indiqué c^dessous. 



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14X 



18X 



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30X 



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20X 



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28X 



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32X 



The copy filmed hère has been reproduced thanks 
to the generosity of : 

National Library of Canada 



L'exemplaire filmé fut reproduit grâce à la 
générosité de: 

Bibliothèque nationale du Canada 



The images appearing hère are the best quality 
possible considering the condition and legibility 
of the original copy and in keeping with the 
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Original copies in printed paper covers are filmed 
beginning with the front cover and ending orj 
the last page with a printed or illustrated impt'es- 
sion, or the back cover when appropriate. Ail 
other original copies are filmed beginning on the 
first page with a printed or illustrated impres- 
sion, and ending on the last page with a printed 
or illustrated impression. 



The last recorded frame on each microfiche 
shall contain the symbol — ^-(meaning "CON- 
TINUED"), or the symbol y (meaning "END"), 
whichever epplies. 



Les images suivantes ont été reproduites avec le 
plus grand soin, compte tenu de la condition et 
de la netteté de l'exemplaire filmé, et en 
conformité avec les conditions du contrat de 
filmage. 

Les exemplaires originaux dont la couverture en 
papier est imprimée sont filmés en commençant 
par le premier plat et en terminant soit par la 
dernière page qui comporte une empreints 
d'impression ou d'illustration, soit par le second 
plat, selon le cas. Tous les autres exemplaires 
originaux sont filmés en commençant par la 
première page qui comporte une empreinte 
d'impression ou d'illustration et en terminant par 
la dernière page qui comporte une telle 
empreinte. 

Un des symboles suivants apparaîtra sur la 
dernière image de chaque microfiche, selon le 
cas: le symbole — ► signifie "A SUIVRE", le 
symbole Y signifie "FIN". 



Nlaps, plates, charts, etc., mey be filmed et 
différent raduction ratios. Those too large to be 
entirely included in one exposure are filmed 
beginning in the upper left hand corner, left to 
right and iop to bottom, as many framés as 
required. The following diagrams illustrate the 
method: 



Les cartes, planches, tableaux, etc., peuvent être 
filmés è des taux de réduction différents. 
Lorsque le document est trop grand pour être 
reproduit en un seul cliché, il est filmé à partir 
de l'angle supérieur gauche, de gauche è droite, 
et de haut en bas, en prenant le nombre 
d'images nécessaire. Les diagrammes suivants 
illustrent la méthode. 



1 


2 


3 




1 


2 


3 


4 


5 


6 




L'ÉG 



HISTOIRE UNIVERSELLE 



DB 



L'ÉGLISE CATHOLIQUE 



TOME TROISIÈME. 





CBV OWBACtB «B TBOWB AV(i«I t 



noo 1 »/^/MWT 1. l TuRBERGiiE, libraire. 
BESANÇON, chez | 

( Cornu, libraire. 



LYON, - 

METZ, - 

ANGERS, — 

VANNES, - 

NANCY, - 

NANTES , — 

TOULOUSE, - 

MONrPELLlEH- 



Perisse frères, imprimeurs-libraires. 

GiRABD et Josserand, libraires. 

Couvât, libraire. 

Pâli ez et Rousseau , imprimeurs -libraires. 

Lainé frères, imprimeurs-libraires. 

E. Baraosé, imprimeur-libraire. 

Lafolye, libraire. 
Thomas, libraire. 
Mazeau frères, libraires. 
Cluzon, libraire. 

F. SiiGuiN, libraire. 
Malavialle, libraire. 



— CoiBiu, impriuisri* d« Cuire. — 



HISTOIRE UNIVERSELLE 



DE 



OGLISË CiTHOlIlll 



PAR 



L'ABBÉ ROHRBACHER 

DOCTEUR EN THÉOLOGIE DE l'uNIVERSITÉ CATHOLIQUE DE LOUVAIN , 

ETC. , ETC. 



'ExxXviffta. 

Le commencement de toutes choses est la sainte 
Kglise catholique^ 

S. KpiPHANB, I. I, C. 8, CONWE l«g .|BHig„g 

DEUXIÈME ÉDITION 

REVUE ET CORRIGÉE PAR L'aUTEUR. 



TOME TBOIMIÂIHII. 



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PARIS 

GAUME FRÈRES, LIBRAIRES-ÉDITEURS, 



Bue Casser te, 4. 

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1850 








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L'ÉGI 



DE 

Fin de aérémti 

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« Maintenant c 
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»|u'il faut adorer ; 
le défenseur de v 
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HISTOIRE UNIVERSELLE 



DE 



L'EGLISE CATHOLIQUE 



LIVRE DIX-HUITIÈME. 



DE 588 A 538 AVANT l'ère chrétienne. 

fin de diérémie. — Ntibnchodonosor et son flls annoncent le ?ral 

Dieu à tons les peuples de la terre. - Daniel, historien des 

quatre irrands empires, en partieuller de l'empire romain. 

— Chants luinibres d*Êzéchlel sur la ruine future de Tyr 

•t de PÊirypte. — Prise de Bab:»lone par Cyrns. 

Il y avait quarante ans que Jérémie prophétisait, lorsque Jérusa- 
lem fut ruinée par les Chaldéens. Ses prophéties ne lui avaient attiré 
que des persécutions, mais il n'en aimait pas moins ses frères. Il avait 
pleuré leur malheur à venir, il le pleura venu ; il n'avait rien négligé 
pour le leur faire éviter, il ne négligea rien pour le leur rendre pro- 
fitable. 

Les uns allaient être emmenés à Babylone, dont l'idolâtrie était 
pour eux d'un dangereux exemple. Pour les prémunir contre la sé- 
duction, il leur donna, par ordre de Dieu, comme une lettre pasto- 
rale, où il leur rappelle qu'emmenés captifs à Babylone, ils y resteront 
beaucoup d'années, mais qu'enfm Dieu les ramènera dans la paix. 

« Maintenant donc, vous verrez à Babylone des dieux d'or et d'ar- 
gent, de pierre et de bois, portés sur les épaules et craints par les na- 
tions. Gardez-vous d'imiter ces étrangers et de vous laisser surpreji- 
dreàcette frayeur. Quand vous verrez une foule de peuple devant et 
derrière, qui les adore, dites en votre cœur : C'est vous. Seigneur, 
qu'il faut adorer ; car mon ange est avec vous, et je serai moi-même 
le défenseur de votre vie, 

III. A 




2 HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv. XVIH. — De 688 

« Ces dieux ne se préservent ni de la rouille ni des vers. L'un tient 
un sceptre comme un homme, comme le juge d'une province; mais 
il ne peut punir celui qui l'offense : l'autre a une épée et une hache 

à la main ; mais il ne peut se défendre des guerriers ni des voleurs 

On allume devant eux des lampes, et en grand nombre; mais ils n'en 
peuvent voir aucune. Les hiboux, les hirondelles et les autres oiseaux, 
et jusqu'aux chats, se promènent sur leurs corps et sur leurs têtes. 
L'or dont ils sont couverts n'est que pour l'apparence : si l'on n'ôte 
point leur rouille, ils ne brilleront point, et lorsqu'on les jette dans la 
fournaise, ils ne le sentent point. On les a achetés à grand prix, eux 
en qui la vie n'est pas. Comme ils n'ont point de pieds, ils sont por- 
tés sur les épaules, montrant ainsi leur impuissance aux hommes. 
Qu'ils soient confondus, ceux qui les adorent ! Aussi tombent-ils 
parterre, ils ne se relèvent pas d'eux-mêmes ; et, les relève-t-on, ils 
ne se soutiendront point par eux-mêmes... Qu'ils éprouvent le mal ou 
le bien, ils ne peuvent rendre ni l'un ni l'autre ; ils ne peuvent faire 
un roi ni le détrôner ; ils ne peuvent donner la richesse ni punir une 
injure. Si quelqu'un fait un vœu et ne l'accomplit pas, ils ne s'en 
Vengeront pas. Ils ne délivrent personne de la mort ; ils n'arrachent 
point le faible de la main du puissant. Ils ne rendent point la vue à 
un homme aveugle, et ils ne retirent point le pauvre de la détresse, 
ils n'auront pas pitié de la veuve, et ils ne peuvent rien pour les or- 
phelins. Ces dieux sont semblables aux pierres de la montagne, 
dieux de bois et de pierre, d'or et d'argent. Que ceux qui les adorent 
soient confondus ! Comment donc peut- on croire ou dire que ce sont 
des dieux? — N'étant que du bois, et de l'or, et de l'argent, toutes 
les nations et tous les rois en reconnaîtront la fausseté : il sera ma- 
nifeste que ce ne sont point des dieux, mais les œuvres de la main 
des hommes, où il n'y a rien de Dieu *. » 

En même temps qu'il s'appliquait à confirmer ses frères dans la 
fidélité au Seigneur, Jérémie prenait soin de leur conserver les objets 
les plus précieux de son culte : le feu perpétuel, l'autel des parfums, 
le tabernacle, l'arche d'alliance. Quelque grande que fût la corrup- 
tion, un certain nombre parmi les prêtres avaient encore le zèle de 
Dieu. D'après l'ordre du prophète, ils prirent le feu sur l'autel, le 
cachèrent secrètement dans une vallée, au fond d'un puits profond 
et sec, d'où nous le verrons tirer sous Néhémie. Ensuite, d'après un 
avertissement qu'il avait lui-même reçu du ciel, il commanda qu'on 
apportât avec lui le tabernacle et l'arche, jusqu'à ce qu'il fût arrivé 
à la montagne sur laquelle Moïse était monté et avait vu l'héritage du 

' Bariicli, (î. 



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a 538 av. l'ère ch 

Seigneur. Là, a 

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* 2. Mach,, ! et 2. 



a 538 av. l'ère chr.l DE L'ËGLISE CATHOLIQUE. S 

Seigneur. Là, ayant trouvé une caverne, il y mit le tabernacle, l'arche 
ot l'autel des parfums, et il en boucha l'entrée. Quelques-uns de ceux 
qui l'avaient suivi s'étant approchés pour marquer ce lieu, ils ne purent 
le reconnaître. Jérémie, l'ayant su, les réprimanda et dit que ce lieu 
demeurerait caché jusqu'à ce que Dieu eût rassemblé son peuple 
dispersé et lui eût fait miséricorde ; qu'alors la majesté du Seigneur 
paraîtrait de nouveau dans une nuée, comme elle avait paru au temps 
de Moïse, et lorsque Salomon demanda que le temple fût consacré 
au grand Dieu *. 

Il n'est pas (certain que cette prédiction se soit déjà accomplie. 
Dans le second temple, il n'est plus parlé, du moins expressément, 
de l'arche d'alliance. Il paraîtrait donc qu'elle est toujours cachée en 
la montagne de iNébo, ainsi que le sépulcre de Moïse. Plusieurs ont 
pensé que Dieu ne la manifesterait que vers la fin des siècles, au se- 
cond avènement d'Enoch et d'Élie, pour convertir tous les enfants 
d'Israël au Christ. 

Jérémie ne suivit point les captifs à Babylone, mais resta dans la 
Judée avec le pauvre peuple. Il pensait peut-être que les premiers 
avaient, pour les conduire, Ézéchiel, Daniel et ses compagnons ; tan- 
dis que les autres allaient être comme un troupeau sans pasteur. Il 
se fixa donc à Masphath, auprès de Godolias, fils d'Ahicam, que le 
roi de Babylone avait établi gouverneur de tout le pays, et dont la 
famille avait occupé des premières dignités du royaume depuis 
le roi Josias, et tenu généralement une conduite honorable envers le 
prophète. 

Autour de Godolias s'assemblèrent un grand nombre de fugitifs, 
qui s'étaient dispersés auparavant par la crainte des Chaldéens. Il les 
rassura par serment, et dit : Ne craignez point de servir les Chal- 
déens ; demeurez dans cette terre, et servez le roi de Babylone, et le 
bien sera sur vous. Voilà que j'habite Masphath, pour répondre aux 
ordres qu'apportent les Chaldéens qui sont envoyés vers nous : pour 
vous, recueillez les fruits de la vigne, des blés et de l'huile, et ren- 
lennez-les dans vos vases et vos greniers ; et demeurez dans vos villes 
que vous occupez. Ils le firent, et recueillirent le blé et le vin en abon- 
dance. Les principaux d'entre eux étaient Ismaël, Johanan, Jonathan, 
Saréas, Jézonias et le fils d'un certain Ophni. 

De Moab aussi, d'Anmion et d'Édom, vinrent tous les Juifs qui s'y 
étaient réfugiés, et ils commencèrent à cultiver tranquillement la terre. 
Mais bientôt Johanan et les autres chefs avertirent Godolias, qu'Ismaël 
qui était de la race royale songeait à letuer,àrinstigationdeBaalis,rot 



*2.Mach., 1 et 2. 



. 



4 HISTOIRE UNIVEHSELLK [Liv. XVIU. — De 588 

des Ammonites. Godolias, généreux et confiant, ne voulut pas les 
croire. Johanan lui ayant même oflfert en secret de prévenir le traître 
Ismaël sans que personne en sût rien, et d'emp^'cher ainsi l'anéan- 
tissement des restes de Juda, il le lui défendit sévèrement et l'ac- 
cusa de calomnier Ismaël *. Peu après, ce dernier vint à Masphatii, 
accompagné de quelques-uns des principaux d'Ammon et de dix 
hommes armés. Godolias les reçut cordialement et les invita à un 
festin ; mais eux regorgèrent, ainsi que les Juifs et les Chaldéens qui 
se trouvaient avec lui. 

Le surlendemain, personne au dehors ne sachant ce qui s'étkit 
passé, quatre-vingts hommes vinrent de Sichem, de Silo et de Sa- 
marie,la barbe rasée, les habits déchirés et le visage défiguré en signe 
de deuil ; et ils portaient dans leurs mains de l'encens et des offrandes 
pour les offrir dans la maison de l'Éternel, probablement dans le lieu 
du temple et au milieu de ses ruines, où Godolias avait peut-être 
rétabli un autel. Ismaël sortit à leur rencontre pleurant avec eux. Les 
ayant ainsi attirés dans la ville, il en lit égorger soixante-dix, et jeta 
leurs cadavres dans une fosse. Les autres se rachetèrent en lui dé- 
couvrant des provisions d;^ vivres qu'ils avaient enfouies dans les 
champs. Cela fait, il emmena au pays des Ammonites, avec le peu- 
ple de Masphath, les filles du roi Sédécias qui s'étaient réfugiées 
auprès de Godolias. Mais Johanan et les autres chefs les poursuivi- 
rent ; et quand les prisonniers aperçurent des libérateurs, ils passè- 
rent joyeusement à eux. Ismaël s'enfuit avec huit hommes ; les autres 
s'en allèrent avec Johanan et beaucoup de peuple dans les environs 
de Bethléhem, où ils délibérèrent de fuir en Egypte, parce qu'ils 
craignaient que Nabuchodonosor ne leur imputât le meurtre de Go- 
dolias, quoiqu'ils en fussent innocents '^. 

Tous les chefs et le reste du peuple s'approchèrent alors du pro- 
phète Jérémie, et le prièrent de supplier l'Éternel de leur marciuer 
où ils devaient aller et ce qu'ils devaient faire. Jérémie le leur promit, 
et eux prirent Dieu à témoin qu'ils feraient tout ce qu'il leiu* com- 
manderait par la bouche de Jérémie. Dix jours après, le prophète 
appela Johanan, avec les autres chefs et tout le peuple, et leur 
annonça la révélation de l'Éternel. Elle contenait des promesses, 
s'ils restaient dans le pays ; des menaces, s'ils allaient en Egypte. 
Ils ne devaient pas avoir peur du roi de Babylone. Jéhova voulait 
avoir pitié d'eux,les protéger, les sauver ; mais s'ils se retiraient en 
Egypte pour ne point voir la guerre, n'entendre pas le son de la trom- 
pette, échapper en même temps à la famine, alors le glaive qu'ilt; ic- 

» Jerem., io. — ■■^ Ibid., 4(. 






I I 



à 538 av. l'ère rhi 

doutaient, la fi 
Cette révélati 
rent le prophèt< 
ration de Dieu , 
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Juifs, tant ceux 
Chaldéens, que 
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ceux qui sont p 
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le feu dans les t 
les emmènera c 
se couvre de soi 
tues de la mais( 
la terre d'Égypt 
dieux 2. » 

Les Juifs qui 
blis à Magdalo 
Daphné, près di 
turès ou Phétro 
dieux étrangers 
leur reprocha h 
adressa probabl 
calamités que le 
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d'entre eux n'éc 
qui s'enfuiraient 
remontrances si 
Phaturès, qui si 
gers, et parmi I< 

* Jerem., 42. — 



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à 538 nv. l'èie rhr.J DE L'ÈGIJSE CATHOLIQUE. 5 

doutaient, la famine et la peste, s'attacheraient à eux en Egypte *. 

Cette révélation ne répondait pas aux vues des chefs; ils accusè- 
rent le prophète de mensonge et d'avoir par' ■ tinsi, non par l'inspi- 
ration de Dieu , mais par celle de Baruch. Ils résolurent donc de se 
réfugier en Egypte , et y entrahièrent avec eux tout ce qui restait de 
Juifs, tant ceux qui étaient revenus dans le pays après le départ des 
Chaldéens, que ceux que Nabuchodonosor y avait laissés, hommes, 
femmes, enfants, filles du roi, même les prophètef îérémie et Baruch, 
soit qu'ils leur fissent violence , soit que Dieu leur eût commandé 
d'accompagner son peuple rebelle. 

Lorsqu'ils furent arrivés à Taphnis, ville forte de la Basse-Egypte, 
que les Grecs appelaient Daphné de Péluse , et où Pharaon-Éphrée 
avait sa résidence , l'Éternel , parlant à Jérémie, lui ordonna de ca- 
cher de grandes pierres sous une voûte, près du palais de Pharaon : 
« Car ainsi parle Jéhova-Sabaoth, Dieu d'Israël : Voilà que je suscite et 
que j'amène Nabuchodonosor, roi de Babylone, mon serviteur ; et je 
poserai son trône sur ces pierres que j'ai cachées , et il établira son 
pavilk ; dessus ; et, venant, il frappera la terre d'Egypte : par la mort, 
cmx qui sont pour la mort ; par la captivité , ceux qui sont pour la 
captivité ; par le glaive , ceux qui sont pour le glaive. Et il allumera 
le feu dans les temples des dieux de l'Egypte, et il les incendiera, et il 
les emmènera captifs ; et il se revêtira de l'Egypte comme le berger 
se couvre de son manteau; et il sortira en paix. Et il bi-isera les sta- 
tues de la maison du soleil (Baith-Semès ou Héliopolis) qui est dans 
la terre d'Egypte ; et il consumera par la flamme les temples de ses 
dieux 2. » 

Les Juifs qui avaient cherché leur retraite en Egypte s'étaient éta- 
blis à Magdalo ou Magdole, près de la mer Rouge, à Taphnis ou 
Daphné, près de Péluse, à Noph ou Memphis, et en la terre de Pha- 
turès ou Phétros , que l'on croit être la Thébaïde. Ils adorèrent les 
dieux étrangers, en particulier la reine du ciel ou la lune. Jérémie 
leur reprocha hautement cette impiété dans une prophétie qu'il leur 
adressa probablement par manière de circulaire. Il leur rappelle les 
calamités que leurs pères, par des crimes pareils, avaient attirées sur 
Juda et Jérusalem ; il leur annonce que s'ils ne font pas mieux , nul 
d'entre eux n'échappera au glaive, à la famine, à la peste, sinon ceux 
qui s'enfuiraient de l'Egypte. On ne sait quelle impression firent ces 
remontrances sur les réfugiés des trois premières colonit. Ceux de 
Phaturès, qui savaient que leurs femmes sacrifiaient aux dieux étran- 
gers, et parmi lesquels le prophète paraît avoir demeuré , lui répon- 



» Jerem., 42. — « Ibid., 43. 



«- HISTOIRE UNIVERSELLE [L!v. XVIII. - De .WS 

dirent, eux et leurs femmes, avec une incroyab'e insolence : « La pa- 
role que tu nous dis au nom de Jéhova, nous ne la recevons pas de 
toi ; mais nous remplirons nos vœux en sacrifiant à la reine du ciel, 
et en lui répandant des libations comme nous avons fait, nous et nos 
pères, nos rois et nos princes, dans les villes de Juda et dans les pla- 
ces de Jérusalem; car alors nous avons été rassasiés de pain, et nous 
étions heureux. » 

Le prophète remontra aux hommes, aux femmes et à tout le peu- 
ple qui lui avait fait cette ijponse, que les sacrifices dont ils parlaient 
leur avaient valu, non une abondance de biens, mais une abondance 
de maux, témoin l'état de désolation où était réduite la Judée ; que 
pour eux, ils seraient consumés par ie glaive et par la faim , à l'ex- 
ception d'un petif nombre qui se sauveraient de l'Egypte dans la terre 
de Juda : ils verront alors, dit l'Éternel, de qui la parole sera accom- 
plie, la mienne ou la leur. Et voici le signe que je vous donne pour 
vous assurer que ce sera moi qui vous visiterai en ce lieu , afin que 
vous sachiez que mes paroles s'accompliront véritablement sur vous 
pour votre ruine. Je livrerai Pharaon-Éphrée, roi d'Egypte, aux mains 
de ses ennemis et a ^x mains de ceux qui demandent son âme, comme 
j'ai livré Sédécias, roi de Juda, aux mains do Nabuchodonosor, roi 
de Babylone, son ennemi, et qui demandait son âme *. 

Depuis cet événement il n'est plus fait mention de Jérémie. Il mou- 
.rut apparemment bientôt après en Egypte, étant déjà fort avancé en 
âge ; car il avait prophétisé quarante ans avant la ruine de Jérusalem, 
et ne pouvait d'ailleurs qu'être fort cassé et affaibli par les malheurs 
qui lui étaient arrivés, ainsi qu'àsr patrie. Tertullien, saint Epiphano, 
saint Jérôme disent qu'il y fut lapidé par les Juifs , en haine des re- 
proches qu'il leur faisait sur leur idolâtrie ; et c'est de lui que quel- 
ques-uns entendent ces paroles de saint Paul dans son épître aux 
Hébreux : Ils ont été lapidés. 

Jéréini'^ a été une figure admirable de Jésus-Christ. Sanctifié dès 
le sein de sa mère , il annonce celui qui naîtra la sainteté ,nême ; 
prophète-vierge , il annonce le grand prophète , vierge aussi et né 
d'une vierge ; établi sur les nations et les royaumes pour arracKer et 
planter, détruire et édifier , i! annonce ce Fils de l'homme à qui est 
donnée toute puissance au ciel et sur la terre, et qui fera toutes choses 
nouvelles. Il J'annonce surtout par ^^on amour pour un peuple incré- 
dule et indocile, par sa constance à lui prêcher la vérité, par les per- 
sécutions auxquelles il est en butte, par les larmes qu'il répand sur 
Jérusalem dont il prédit la ruine quarante ans d'avance, par la sen- 

^ Jerem., Vi. 



il 638 av. l'ère cbi 

tence de mort q 
quelle Sédécias 
par la fosse pro 
endurer, par sa 
tion coupable, 
aimé son peupl 
tant à souffrir, 
sa mort. Nous 
de gloire et en 
saint pontife Oi 
ses frères et du 
pie et pour tout 
verrons étende 
d'or, en disant 
Dieu vous fait ( 
peuple Israël *. 

Non-seuleme 
peuple dans le [ 
d'y travailler su 
par son disciple 

Quand le Sel 
lui-4w>';me, quitt 
Là il écrivit le 11 
les Chaldéens e 
Jéchonias, fils 
royal, devant 1 
jusqu'au plus gi 
vre est une hum 
bs péc'-js qu'il 
jusqu'alors. Ils 
indociles à la p 
toutes les calam 
tes, ils l'ont hier 

« Et on tout ( 
avez traités selo 
l'icordo qui est 1 
viteur, au joui 
enfants d'Is.acl, 
grande multitu 
les imliuns où 

' 2. Mncli., 15. 



-'!î 



il 638 av. l'ère cbr.] DE*L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 7 

tence de mort qui est prononcée contre lui, par la faiblesse avec la- 
quelle Sédécias, qui connaît son innocence, le livre à ses ennemis, 
par la fosse profonde où il est comme enseveli, par sa patience à tout 
endurer, par sa charité à prier, même après sa mort, pour cette na- 
tion coupable. Car ce saint prophète qui, pendant sa vie, avait tant 
aimé son peuple, tant prié et tant pleuré pour lui, quoiqu'il en eût 
tant à soutFrir, ne cessa point de l'aimer et de prier pour lui après 
sa mort. Nous le verrons apparaître au chef des Machabées, éclatant 
de gloire et environné d'une grande majesté ; nous entendrons le 
saint pontife Onias dire en le montrant . C'est là le véritable ami de 
ses frères et du peuple d'Israël, celui qui prie beaucoup pour le peu- 
ple et pour tout« la sainte cité, Jérémie, le prophète de Dieu. Nous le 
verrons étendre la main et donner au vaillant Machabée une épée 
d'or, en disant : Prenez cette épée sainte, comme un présent que 
Dieu vous fait et avec lequel vous renverserez les ennemis de mon 
peuple Israël *. 

Non-seulement Jérémie, après sa mort, veillait au salut de son 
peuple dans le paradis, dans le sein d'Abraham ; il continuait encore 
d'y travailler sur la terre par ses prophéties et ses lamentations, et 
par son disciple Baruch. 

Quand le Seigneur lui eut enlevé son maître, Baruch, prophète 
hii-»w>'!me, quitta l'Egypte et s'en vint à Babylone auprès des captifs. 
Là il écrivit le livre de ses prophéties, la cinquième année depuis que 
les Chaldéens eurent pris et incendié Jérusalem, et il le lut devant 
Jéchonias, fils de Joakim, roi de Juda, devant les princes du sang 
royal, devant les anciens et devant le peuple, depuis le plus petit 
jusqu'au plus grand de tous œux qui habitaient en Babylone. Ce li- 
vre est une humble confession, au nom des enfants d'Israël, de tous 
b.s péc' js qu'ils ava'<mt commis, eux et leurs pères^ depuis Moïse 
jusqu'alors. Ils recoimaissent que toujours ils ont été incrédules ou 
indociles à la parole du Seigneur. Si maintenant ils gémissent sous 
toutes 'es calamités que leur avaient prédites et Moïse et les prophè- 
tes, ils l'ont bien mérité. 

« Et en tout cela. Seigneur, notre Dieu, s'écrient-ils, vous nous 
avez traités selon toute votre bonté et selon toute cette grande misé- 
ricorde qui est la vôtre, comme vous aviez parlé par Moïse, votre ser- 
viteur, au joui où vous lui ordonnâtes d'écrire votre loi devant les 
enfants d'Is.ael, disant : Si vous n'écoutez poini ma voix, toute cette 
grande multitude d'iiommes sera réduite à un petit nombre parmi 
lés nations où moi je les disperserai ; car je sais que ce peuple ne 



! 4 



' 3. Mncli., 15. 



« HISTOIRE UNIVERSELLE [Uv. XVIII. - De 588 

in'écoutera point, car ce peuple a la tète dure ; mais il reviendra à 
son cœur dans la terre de sa captivité. Et ils sauront que moi je suis 
le Seigneur, leur Dieu ; et je leur donnerai un cœur, et ils compren- 
dront ; des oreilles, et ils entendront. Et ils me loueront dans la terre 
de leur captivité, et ils se souviendront de mon nom. Et ils quitteront 
cette dureté qui les rend comme inflexibles, et cette malignité de leurs 
œuvres, parce qu'ils se souviendront de la voie de leurs pères qui 
ont péché contre moi. Et je les rappellerai dans la terre que j'ai pro- 
mise avec serment à Abraham, à Isaac et à Jacob, et ils la domine- 
ront; et je les multiplierai, et ils ne diminueront point. Et j'établirai 
avec eux une autre alliance éternelle, afin que je sois leur Dieu et 
qu'ils soient mon peuple; et je n'arracherai plus désormais mon 
peuple, les enfants d'Israël, de la terre que je leur ai donnée *. 

« Maintenant donc, Seigneur tout-puissant, Diju d'Israël, l'âme dans 
l'angoisse, et l'esprit inquiet, crie vers vous : Écoutez, Seigneur, et 
ayez pitié, parce que vous êtes un Dieu miséricordieux ; et ayez pitié 
de nous, parce que nous avons péché devant vous. vous, qui 
subsistez éternellement dans une paix souveraine, périrons-nous pour 
jamais ? Seigneur tout- puissant. Dieu d'Israël, écoutez maintenant 
la prière des morts d'Israël et des fils de ceux qui ont péché devant 
vous ; ils n'ont pas écouté la voix du Seigneur, leur Dieu, et les maux 
se sont attachés à nous. Ne veuillez pas vous souvenir des iniquités 
de nos pères ; mais souvenez-vous en ce jour de votre bras et de vo- 
tre nom ; parce que vous êtes le Seigneur, notre Dieu, et nous vous 
louerons, Seigneur; parce que c'est pour cela même que vous avez 
répandu votre crainte dans nos cœurs, afin que nous invoquions vo- 
tre nom, et que nous chantions vos louanges dans notre captivité, et 
que nous nous tournions vers vous, loin de l'iniquité de nos pères, 
qui ont péché devant vous. 

« Ecoute, Israël, les préceptes delà vie, interrompait tout à coup 
le prophète ; prête l'oreille, afin que tu saches la prudence. Pour- 
quoi, Israël, es-tu dans la terre des ennemis ? Pourquoi as-tu vieilli 
dans une terre étrangère? Pourquoi t'es-tu souillé avec les morts, 
jugé semblable à ceux qui descendent dans l'abîme? Tu as délaissé 
la source de la sages?-; car, si tu avais marché dans la voie de Dieu, 
tu aurais habité sans doute dans une paix éternelle. Apprends où 
est la prudence, où est la force, où est l'intelligence, afin que tu sa- 
ches en même temps où est la longueur des jours et la vie, où est la 
lumière des yeux et la paix. Qui a trouvé le lieu où réside la sa- 
gesse? et qui est entré dans ses trésors? Où sont les princes des 

' Raruch, 3. 






à 538 av. l'ère chr.] 

nations qui domi 
oiseaux du ciel ; ( 
hommes se confi 
travaillaient l'argi 
ques? Ils ont été 
d'autres se sont él 
et ils ont habité f 
ils n'en ont poinl 
et leurs enfanta s 
entendue dans h 
man. Les enfants 
la terre, ces man 
de fables, et ces 
n'ont point conn 
sentiers. 

« Israël, qu' 
le lieu qu'il possè 
immense. Là étai 
cernent; ces géan 
gneur ne les a pas 
c'est pourquoi ils 
sont morts à caus 

« Qui est moni 
cendre des nuées 
à l'or le plus pur 

« Nul ne peut 
Mais celui qui sail 
lui qui a afïermi I 
d'animaux ; qui e 
obéit avec trembh 
en son poste, et e 
voici ; et elles oii<, 
lui qui est notre D 
lui qui a trouvé t< 
Jacob, son servite 
vu sur la terre, et 

Ces dernières pi 
avec laquelle le S( 
ainsi qu'à la bontt 
de son peuple da 

• Baruch, 3. 



h 538 av. l'ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 9 

nations qui dominaient les animaux de la terre ; qui se jouaient des 
oiseaux du ciel; qui amassaient l'or et l'argent, ces trésors en qui les 
hommes se confient et qu'ils ne mettent pas de fin à acquérir ; qui 
travaillaient l'argent avec art, et qui élevaient des ouvrages magnifi- 
ques? Ils ont été exterminés, ils sont descendus dans les enfers, et 
d'autres se sont élevés à leur place. Les jeunes gens ont vu la lumière, 
et ils ont habité sur la terre ; mais ils ont ignoré la voie de la science, 
ils n'en ont point compris les sentiers, ils ne l'ont point atteinte, 
et leurs enfanta se sont encore éloignés de leur voie. On ne l'a pas 
entendue dans la terre de Chanaan ; elle n'a pas été vue dans Thé- 
man. Les enfants d'Agar qui recherciient une prudence qui est de 
la terre, ces marchands de Merrha et de Théman, et ces conteurs 
de fables, et ces inventeurs de la prudence et de l'intelligence, 
n'ont point connu la voie de la sagesse, et n'ont pas découvert ses 
sentiers. 

« Israël, qu'elle est grande la maison de Dieu, et qu'il est vaste 
le lieu qu'il possède ! Il est grand et n'a point de fin ; il est élevé et 
immense. Là étaient ces géants fameux qui étaient dès le commen- 
cement; ces géants d'une si haute taille qui savaient la guerre. Le Sei- 
gneur ne les a pas choisis, ils n'ont point trouvé la voie de la science ; 
c'est pourquoi ils ont péri. Et comme ils n'ont pas eu la sagesse, ils 
sont morts à cause de leur folie. 

« Qui est monté au ciel pour ravir la sagesse, et qui l'a fait des- 
cendre des nuées ? Qui a passé la mer et l'a trouvée, et l'a préférée 
à l'or le plus pur ? 

« Nul ne peut connaître ses vf)ies, nul ne recherche ses sentiers. 
Mais celui qui sait tout, la connaît, et il l'a trouvée par sa prudence : 
lui qui a affermi la terre à jamais, et qui l'a remplie d'une multitude 
d'animaux ; qui envoie la lumière, et elle part ; qui l'appelle, et elle 
obéit avec tremblement. Les étoiles ont répandu leur lueur chp.oune 
en son poste, et elles se sont réjouies. Appelées, elles ont dit : Nous 
voici ; et elles osi<, lui avec allégresse pour celui qui les a faites. C'est 
lui qui est notre Dieu, et nul autre ne le sera réputé devant lui. C'est 
lui qui a trouvé toutes les voies de la science, et qui les a livrées à 
Jacob, son serviteur, et à Israël, son bien-aimé. Après cela, il a été 
vu sur la terre, et il a conversé avec les hommes *. » 

Ces dernières paroles semblent faire allusion à la condescendance 
avec laquelle le Seigneur se fit voir à Moïse et aux anciens d'Israël, 
ainsi qu'à la bonté avec laquelle il voulut bien demeurer au milieu 
de son peuple dar.s son tabernacle ; mais, suivant l'intepprétation 



• Baruch, 3. 



10 HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv. XVIII. - De 588 

(îommune des Pères, elles ont eu leur vrai accomplissement lorsque 
le Verbe de Di( u s'est fait chair et a demeuré parmi nous, plein de 
grâce et de vérité. 

Baruch paraît avoir porté ses vues jusque-là. Après avoir mis 
dans la bouche de Jérusalem ces paroles entre autres : 

« Ayez bon courage, mes enfants ; criez vers le Seigneur, et il 
vous arriiChera de la main des princes vos ennemis. Car j'espère do 
l'Éternel votre salut, et la joie m'est venue du Saint, sur la miséri- 
corde qui vous viendra de l'Éternel, notre Sauveur. Je vous ai en- 
voyés dans les larmes et dans le deuil ; mais le Seigneur vous rame- 
nera dans la joie et l'&ilégresse à jamais. » 

Tout à coup il s'adresse à elle-même, et lui dit : 

a Prends courage, ô Jérusalem ! celui-là même t'y exhorte, qui 
t'a donné un nom. Malheur à ceux qui t'ont tourmentée, et à ceux 
qui se sont félicités de ta ruine ! Malheur aux villes où tes enfants ont 
été esclaves, et à la cité qui les a retenus captifs ! Car, comme elle 
s'est réjouie de ta ruine, comme elle a été ravie de ta chute, ainsi 
elle sera accablée de sa propre désolation. Et les cris de joie de sa 
multitude seront étouffés, et sa joie sera changée en douleur. Le 
feu venu de l'Éternel descendra sur elle dans la suite des siècles, et 
elle sera longtemps le séjour des démons. 

« Jérusalem, regarde vers l'orient, et considère la joie qui te 
vient de Dieu. Voilà que tes fils viennent, ceux que tu as vus dis- 
persés ; ils viennent, rassemblés de l'orient jusqu'au couchant, à la 
parok^ du Saint, se réjouissant à la gloire de Dieu. 

« Dépouille-toi, o Jérusalem ! de la robe de ton deuil et de ton 
affliction , et vevèts-toi d'éclat et d'honneur, et de la gloire éternelle 
qui te vient de Dieu. Le Seigneur te revêtira du mîinteau de justice, 
et il mettra sur ta tête une mitre d'éternelle gloire. Dieu montrera sa 
splendeur en toi à tout ce qui est sous le ciel ; car voici le nom dont 
Dieu te nommera pour jamais : La paix de la justice et l'honner.r de 
la piété. Lève-toi, ô Jérusalem ! tiens-toi sur la hauteur, et regarde 
vers l'orient, et vois tes fds rassemblés, du soleil levant jusqu'au cou- 
chant, à la parole du Saint, pleins de joie dans le souvenir de Dieu. 
Ils sont allés loin de toi, emmenés à pied par leurs ennemis ; mais 
le Seigneur les ramènera, portés avec honneur comme le fils 
du royaume. Car Dieu a résolu d'humilier toutes les montagnes 
élevées et les roches éternelles, et de combler les vallées en les 
égalant au reste de la terre, afin qu'Israël marche avec assurance 
et vitesse pour la gloire de Dieu. Et les forêts et tous les bois do 
parfums couvriront Israël de leur ombre par ordre de Dieu ; car 
Dieu raniènera Israël avec joie à la splendeur de sa gloire , et en 



à 53S av. l'ère ehr.] 

faisant éclater la 
Baruch lisait : J 
écoutaient; et, ei 
devant le Seignei 
chacun d'eux put 
fils d'Helcias, prêl 
qui s'y trouvait av 
vous de l'argent ; 
en des offrandes 
j^^neur, notre Dieu 
Babylone, et pour 
soient comme les 
nous donne la for 
en paix à l'ombre 
de Baltassar, son 
et que nous trouvi 
le Seigneur, notre 
sa fureur ne s'est 
ce livre que nous 
temple du Seignei 
solennel et en un 
Qu'il est toucha 
de si bons sentimc 
Dieu des sacrifices 
chant de voir à Je 
([lies pieux Israélit 
milieu des ruines ( 
les prophètes qui î 
sacrifices, leurs pr 
lenient prédit ! L' 
tel des holocaustei 
nouveau qu'on aui 
Baruch lui-mêr 
leur collecte à Jéri 
gent que Sédécias i 
d'or enlevés au tei 
pareillement empc 
portait , soit que I 
moins précieux, ? 
Chaidéens du p«nij 

' Bnrucli, 6. - > ft 



et il 



à 53S av. l'ère chr.] DE L'ÉGI.iSE CATHOLIQUE. 11 

l'aisant éclater la miséricorde et la justice qui viennent de lui*. » 
Baruch lisait : Jéclionias, les princes, les anciens et tout le peuple 
écoutaient ; et, en écoutant, ils pleuraient , ils jeûnaient et priaient 
devant le Seigneur. Ils amassèrent même df^ l'argent, selon que 
chacun d'eux put le faire, et ils l'envoyèrent à Jérusalem à Joakim , 
fils d'Helcias, prêtre, et aux autres prêtres , ainsi qu'à tout le peuple 
qui s'y trouvait avec lui, disant : Voilà que nous avons envoyé vers 
vous de l'argent ; achetez-en des holocaustes et de l'encens, et faites 
on des offrandes et des sacrifices pour le péché, à l'autel du Sei- 
j^'neur, notre Dieu, et priez pour la vie de Nabuchodonosor, roi de 
Babylone, et pour la vie de Baltassar, son fds, afin que leurs jours 
soient comme les jours du ciel sur la terre, et afin que le Seigneur 
nous donne la force, et qu'il éclaire nos yeux pour que nous vivions 
on paix à l'ombre de Nabuchodonosor, roi do Babylone et à l'ombre 
de Baltassar, son fUs, et que nous les servions durant de longs jours, 
et que nous trouvions grâce en leur présence. Priez aussi pour nous 
le Seigneur, notre Dieu, parce que nous avons péché contre lui, et 
sa fureur ne s'est point détournée de nous jusqu'à ce jour. Et lisez 
ce livre que nous avons envoyé vers vous pour être récité dans le 
temple du Seigneur (c'est-à-dire au milieu des ruines), en un jour 
solennel et en un jour opportun 2. 

Qu'il est touchant de voir ce peuple captif à Babylone, revenu à 
do si bons sentiments et trouvant dans sa pauvreté de quoi offrir à 
Dieu des sacrifices et pour soi et pour ses vainqueurs ! Qu'il est tou- 
chant de voir à Jérusalem, à travers les décombres des palais, quel- 
(l»es pieux Israélites s'assembler avec quelques prêtres, célébrer au 
milieu des ruines du temple les fêtes du Seigneur, y lire, y méditer 
los prophètes qui avaient prédit tous ces malheurs ; y hAter, par leurs 
sacrifices, leurs prières et leurs larmes, le jour de la miséricorde éga- 
lement prédit ! L'autel dont il est parlé était peut-être l'ancien au- 
tol des holocaustes, qu'on ne lit pas avoir été renversé, ou bien un 
nouveau qu'on aura dressé à sa place. 

Baruch lui-même fut chargé par les captifs de Babylone de porter 
loin- collecte à Jérusalem. Il y reportait en même temps les vases d'ar- 
i^ont que Sédécias avait tait faire pour le temple, à la place des vases 
d'or enlevés au temps de Jéclionias. Ces vases d'argent avaient été 
liuroillemeut emportés à la ruine de Jérusalem ; mais Baruch les rem- 
portait , soit que Nabuchodonosor les lui eût fait remettre comme 
moins précieux, soit qu'étant tombés entre les mf<i"s de quelques 
Lhaidéens du peuple, on les eut rachetés. 



' Barucli, à. - » Ibid., I. 



il» 



12 HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv. XMII. - Uc 5SS 

C'est ici la dernière fois que l'on voit paraître Baruch. Au rapport 
de Josèphe, il était d'une famille très-considérable. Déjà son frère 
avait été ambassadeur de Sédécias, à Babylone. Ce qui l'a rendu 
vraiment illustre, c'est la fidélité avec laquelle il servit le prophète 
Jérémie et fut ensuite prophète lui-môme. 

Quant H Nabuchodonosor, on peut croire, à la manière dont en 
parlent les captifs, qu'il s'était adouci à leur égard. Le temps , l'in- 
fluence de Daniel et de ses compagnons y auront sans doute contri- 
bué , mais, plus que tout cela, un événement extraordinaire. 

Ce conquérant venait de triompher de la Syrie et de la Judée, tous 
les trésors de Jérusalem étaient transportés à Babylone. Auparavant 
déjà, il avait, suivant une prédiction de Jérémie * , subjugué le 
royaume d'Élam, dont la principale ville était Suse, qui, depuis Cy- 
rus, devint la capitale de l'empire des Perses 2, Enflé de tant do 
victoires et de richesses, il voulut indirectement se faire adorer comme 
un dieu. Ses courtisans paraissent l'y avoir engagé, non-seulement 
par flatterie, mais encore pour y trouver une occasion de perdre les 
jeunes Hébreux qui jouissaient de sa confiance. 

Il fit donc faire une statue d'or de six coudées de large et de 
soixante coudées de haut, y compris apparen.-ment la colonne sur 
laquelle elle tait posée. Il la dressa dans la plaine de Dura, en la 
provnice de Babylone. Tous les grands de l'empire furent t iivoqués 
pour en célébrer la dédicace. 

Quand ils lurent assemblés au jour fixé, avec un peuple innom- 
brable, le héraut criait à haute voix : Écoutez l'ordonnance, nations, 
peuples et langues : Au moment où vous entendrez le son de la 
trompette, delà flûte, de la harpe, du hautbois, des psaltérions, de la 
symphonie et de toute sorte d'instruments, vous tomberez la face 
contre terre, et vous adorerez la statue d'or qu'a érigée Nabuchodo- 
nosor , le roi ! Quiconque ne tombera et n'adorera pas, sera, sur 
l'heure même, jeté au milieu de la fournaise ardente. Aussitôt donc 
qu'ils entendirent le sonde la trompette, delà flûte, de la harpe, du 
hautbois, des psaltérions, de la symphonie et de toute sorte d'instru- 
ments, toutes les nations, tribus et langues , se prosternant, adorè- 
rent l'image d'or qu'avait dressée Nabuchodonosor, le roi. 

Mais, au même instant, les Chaldéens s'approchèrent en disant ; 
Vive le roi à jamais ! Puis, lui ayant rappelé le décret qui venait d è- 
tre proclamé, et la peine contre les infracteurs, ils ajoutent: Cepen- 
dant les Juifs que vous avez établis intendants de la province de 
Babylone, Sidrach, Misach et Abdenago, méprisent, ô roi ! votre or- 

> Jerein., 4i), 3i-39. -- ^ Cyrop., 1. 4 et 5. Duniel et Rstlier. 






à 538 av. l'ère chr.] 

donnance; ils n'I 
avez dressée, ils 
amener ces trois 
menace, en cas d 
quel est le dieu, 1 
Il n'est pas besoii 
dions là-dessus. '. 
livrer delà fourna 
Que s'il ne le veu 
pas vos dieux et 
avez dressée. 

A ces mots, to 
se changèrent en 
sept fois plus que 
il y fit jeter, les f 
chaussures et leu 
mêmes qui les y j 
et Abdenago, tor 
la flamme, louan 
élevant la voix, e 
fesse humblemen 
leur est arrivé, si 
la gloire de son r 
saient d'allumer i 
de poix et des s; 
coudées au-dessi 
qui se trouvaient 
Azarias et ses co 
milieu de la fouri 
concert, entonnei 
toutes les œuvres 
terre, de la mer, 
tes et enfin eux-11 

Cependant le r 
brasier de la fou 
aux grands de sa 
uiilieu du feu ? - 
j'en vois quatre (] 
incorruptibles à 1 
dieu. Alors, s'ap 
voix : Sidrach, J 
sortez et vene^. I 



\ 



I 



i 



à 538 av. 1ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 13 

donnance; ils n'honorent point vos dieux, et l'image d'or que vous 
avez dressée, ils ne l'adorent point. Nabuchodonosor, en colère, fit 
amener ces trois hommes, leur commanda d'adorer la statue, avec 
menace, en cas de refus, de les jeter dans la fournaise ardente : Et 
quel est le dieu, terminait-il, qui vous puisse délivrer de mes mains ? 
Il n'est pas besoin, dirent-ils tranquillement, que nous vous répon- 
dions là-dessus. Notre Dieu, que nous adorons, peut bien nous dé- 
livrer delà fournaise ardente, et, en même temps, ô roi, de vos mains. 
Que s'il ne le veut pas, sachez néanmoins, ô roi, que nous n'honorons 
pas vos dieux et que nous n'adorons point la statue d'or que vous 
avez dressée. 

A ces mots, toute la bienveillance et l'amitié de Nabuchodonosor 
se changèrent en fureur. Il commanda qu'on chauffât la fournaise 
sept fois plus que de coutume. Et, quand elle était le plus embrasée, 
il y fit jeter, les pieds liés, les trois hommes avec leurs tiares, leurs 
chaussures et leurs vêtements. Le feu était si violent que, de ceux-là 
mêmes qui les y jetèrent, il y en eut d'étouffés. Pour Sidraeh, Misach 
et Abdenago, tombés dans la fournaise, ils marchaient au milieu de 
la flamme, louant Dieu et bénissant le Seigneur. Azarias (Abdenago), 
élevant la voix, entonna un cantique d'actions de grâces, où il con- 
fesse humblement que, par leurs péchés, ils ont mérité tout ce qui 
leur est arrivé, suppliant cependant le Seigneur de les délivrer pour 
la gloire de son nom. Pendant ce temps, les serviteurs du roi ne ces- 
saient d'allumer la fournaise avec du bitume, des étoupes enduites 
de poix et des sarments. La flamme, qui s'élevait de quarante-neuf 
coudées au-dessus, s'élançant tout à coup, incendia les Chaldéens 
qui se trouvaient à l'entour. L'ange du Seigneur était descendu vers 
Azarias et ses compagnons, et, écartant les flammes, avait formé au 
milieu de la fournaise un vent frais et une douce rosée. Eux alors, de 
concert, entonnent un cantique où ils invitent à bénir le Seigneur, 
toutes les umvres de Dieu dans la nature, les créatures dn ciel, de la 
terre, delà mer, ainsi que les hommes, les esprits, les âmes des jus- 
tes et enfin eux-mêmes. 

Cependant le roi aperçut que quatre hommes marchaient dans le 
brasier de la fournaise ; épouvanté, il se leva de son trône et dit 
aux grands de sa cour : N'avons-nous pas jeté trois hommes liés au 
milieu du feu? — Il est vrai, ô roi, fut la réponse. — Néanmoins 
jeu vois quatre (|u: marchent au milieu du feu sans être liés ; ils sont 
incorruptibles à la flamme, et le quatrième est semblable au fils d'un 
(lieu. Alors, s'approchant de la porte de la fournaise, il dit à hautes 
voix : Sidraeh, Misach et Abdenago, serviteurs du Dieu très-haut, 
sortez et venez. Et aussitôt Sidraeh, Misach et Abdenago sortirent du 



i 



14 HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv. XVIH. - De 58S 

milieu du feu. Et tous les grands de l'empire les entourent, les re- 
gardent et voient que le feu n'avait eu aucun pouvoir sur leurs corps, 
que pas un cheveu de leur tête n'en avait été brûlé, qu'il n'en pa- 
raissait aucune trace sur leurs vêtements, que l'odeur même du feu 
ne les avait pas atteints. 

Alors Nabuchodonosor s'écria : « Béni soit leur Dieu, le Dieu de 
Sidrach, Misach et Abdenago, qui a envoyé son ange et a délivré ses 
serviteurs qui ont eu contîance en lui, qui ont résisté au commande- 
ment du roi, et qui ont abandonné leurs corps pour ne point servir ni 
adorer d'autre dieu que leur Dieu. Voici donc l'ordonnance que je 
fais : Que tout peuple, toute nation, toute langue qui aura proféré 
un blasphème contre le Dieu de Sidrach, Misach et Abdenago, soit 
mis en pièces et sa maison changée en lieu public, parce qu'il n'y a 
point d'autre Dieu qui puisse sauver comme celui-là *. » 

Que la providence du Seigneur est admirable ! Le plus fameux des 
conquérants veut se faire adorer dans une statue, et il devient l'apô- 
tre du vrai Dieu, il en prêche l'incomparable puissance à toute la 
terre ; il défend, sous peine de mort et de confiscation des biens, de 
blasphémer son nom. Quelle impression ce prodige ne dut-il pas faire 
sur toute cette Asie pi'osternée aux pieds de l'idole ! Quelle idée ne 
dut-il pas donner du Dieu d'Israël aux sages de la Chaldée et à tous 
les peuples de l'Orient ! Quelle confiance aux captifs de Juda de ra- 
conter H tout le monde les merveilles de sa loi ! Certainement, de 
l'Egypte jusqu'à l'Inde, tout homme de bonne volonté avait là un 
moyen facile de connaître le Dieu du ciel et de la terre, et la ma- 
nière de bien le servir. 

Les compagnons de Daniel furent élevés , dans la province de Ba- 
bylone , à de plus grands honneurs encore qu'auparavant. Quant à 
Daniel même, il n'est pas parlé de lui dans cette occasion, soit qu'il 
fût absent, soit que, présent, ses ennemis n'eussent osé le dénoncer. 
Ce qu'il y a de sûr, c'est que Daniel était parvenu alors à un si haut 
degré de sainteté, que Dieu lui-même le range parmi les plus saints 
patriarches. Pour montrer combien la Judée est coupable, il dit jus- 
qu'à deux fois dans Ézéchiel : Et quand ces trois hommes justes, Noé, 
Daniel et Job, seraient au milieu d'elle, eux-mêmes, par leur justice, 

' ban., 3, 85 et 9C. Et erumpens Nabuchodonosor, ait : Renedictus Deus eorum, 
Sidrach videlicet, Misach et Abdenago, qui misit angelum suum et émit serves 
8U08, qui crediderunt in eum, et verbuni régis immutaverunt, et tradiderunt cor- 
pora sua, no servirent et adorarent omnem deurn, excepto Dec suo. A me ergù 
positum est hoc deeretum, ul omnis populus, tribus et lingua quœcunique locula 
fuerit blasphemiam contra Deum Sidrach, Misach et Abdenago. dispereat etdonius 
ejus vastetur ; neque enim est allus Deus qui possit itù salvare. 



à 538 av. l'ère chr.] 

délivreront leurs ; 
livreront ni leurs 

Les prophéties 
plies. Celles qui a 
sins, principalemi 

Le peuple de 1' 
sciences, son con 
uiciens. Marchan( 
trafiquent avec te 
qaes, fondent pai 
thage en Afrique, 
Lilybée en Sicile. 
Grèce les lettres ( 
confirment la tra 
grec. . 

Pendant près d 
bitant des pays H 
ment en rapport 
de ces Chananéei 
Jacob. Les Hébre 
ils traversent à p 
le désert, passent 
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vcraine sur les p( 
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répondaient enco 
l'ère chrétienne, : 
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échapper au glai\ 
néens se soumett 
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rusalem. C'est d'i 
du temple. A cett 



1 Ezech., 14, 20.- 
trl quld siul, puuicè 
dahco. Voici l'insc 

Tolj Xr,ÇTOÏÏ UtOÎJ 1\ 



i 






à 538 av. lèrc chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 16 

délivreront leurs âmes ; mais, par ma vie, dit le Seigneur, ils ne dé- 
livreront ni leurs fils ni leurs filles, et la terre sera désolée *. 

Les prophéties sur la ruine de Juda et de Jérusalem sont accom- 
plies. Celles qui annoncent la ruine ou le châtiment des peuples voi- 
sins, principalement de la Phénicie et de l'Egypte, vont s'accomplir. 

Le peuple de l'antiquité le plus célèbre par son esprit, ses arts, ses 
sciences, son commerce, sa navigation, ses colonies, ce sont les Phé- 
niciens. Marchands de l'univers entier, ils parcourent toutes les mers, 
trafiquent avec tous les peuples , abordent jusqu'aux Iles-Britanni- 
ques, fondent partout des colonies fauieuses : Utique, Hippone, Car- 
thage en Afrique, Gadès ou Cadix en Espagne; Panorme ou Palerme, 
Lilyhée en Sicile. C'est un de leurs princes, Cadmus, qui apporte eu 
(•rèce les lettres de l'alphabet. Les noms de la plupart de ces lettres 
confirment la tradition ; on phénicien , ils ont un sens , m:iis non en 
grec. . 

Pendant près de quinze siècles, les Phéniciens et les Hébreux, ha- 
Intant des pays limitrophes et souvent les mêmes, furent continuelle- 
ment en rapport les uns avec les autres. Les premiers descendaient 
de ces Chananéens parmi lesquels avaient vécu Abraham , Isaac et 
Jacob. Les Hébreux sortent de l'Egypte après des prodiges terribles, 
ils traversent à pied sec la mer Rouge, voyagent quarante ans dans 
le désert, passent le Jourdain qui s'arrête à leur approche, font tom- 
ber les murs de Jéricho, publient sur le mont Garizim la loi du Sei- 
gneur, s'annoncent eux-mêmes comme les vengeurs de cette loi sou- 
veraine sur les peuples de Chanaan ; plusieurs de ces peuples sont 
exterminés, d'autres s'échappent par la fuite. Ces émigrations furent 
les premières colonies phéniciennes. Du temps de saint Augustin, 
les Puniques ou Phéniciens d'Aft-ique, interrogés sur leur origine , 
répondaient encore qu'ils étaient Chananéens ^. Au sixième siècle de 
l'ère chrétienne, Procope écrit que, dans la ville de Tingis en Mauri- 
tanie , on voyait encore deux colonnes attestant , par leurs inscrip- 
tions , que les premiers habitants du pays s'y étaient réfiigiés pour 
échapper au glaive de Jésus, fils de Navé ='. D'autres peuples chana- 
néens se soumettent aux Hébreux et ea deviennent tributaires. Jus- 
qu'au temps de David, les anciens habitants du pays occupèrent Jé- 
rusalem. C'est d'un prince jébuséen que David achète l'emplacement 
du temple. A cette époque, on voit des relations d'amitié et d'alliance 



' Ezech., 14, 20.— 2 In cxposit. inchoat. Ep. ad. Roni. » Interrogati ru stici nos- 
tri quid siiil, puiiicè iesi)ondenl Canam. » — ^ Procoji., 1. 2, c. 10. De bclio van- 
(lalico. Voici l'inscription : 'H[xet; ti]xh oî cpuYOVTSç airo TTpoirwTrou 'lyiaoîi 



** HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv. XVIIL — De 588 

entre les Phéniciens et les Hébreux. Un des plus constants amis de 
David fut Hiram, roi de Tyr, principale ville de Phénicie. Quand Sa- 
lomon succède à son père, Hiram lui envoie des ambassadeurs. Sa- 
lomon lui apprend qu'il est dans la résolution d'exécuter le dessein de 
son père David, de bâtir un temple à l'Éternel , et le prie de choisir 
les plus habiles ouvriers de Tyr et de Sidon pour aider ceux d'Israël. 
Hiram, ayant entendu les paroles de Salomon, se réjouit beaucoup 
et dit : Bmi soit aujourd'hui le Seiq^neur-Dieu qui a donné à David 
un fils très-sage pour gouverner un si grand peuple. Et il envoya vers 
Salomon, disant : J'ai entendu tout ce que vous m'avez fait dire ; je 
ferai tout ce que vous désirez. D'anciens auteurs, cités par Tatien , 
ajoutent que Salomon épousa une de ses fdles. Hiram lui aida égale- 
ment à fabriquer des navires. Les flottes réunies des Phéniciens et 
des Hébreux faisaient des voyages qui duraient trois ans. L'afiinité 
entre ces deux peuples était telle, que, dans plusieurs auteurs anciens, 
les noms de Phénicie, de Palestine et de Syrie se prennent indifférem- 
ment l'un pour l'autre. Leur langue était au fond la même; le phé- 
nicien n'était qu'un dialecte de l'hébreu. On le voit jusque dans le 
punique ou phénicien d'Afrique. Ainsi, dans le discours que Plante 
fait tenir à un habitant de Carthage en sa langue maternelle , la res- 
semblance avec l'hébreu est visible *. Saint Augustin observait en- 
core la même chose pour le punique de son temps ; il en cite quel- 
ques exemples , ajoutant qu'il en était presque de même pour tous 
les mots 2. En particulier les deux principaux magistrats de Carthage, 
les suffêtes, rappellent visiblement les suffetim ou juges d'Israël. 

Le nom phénicien et hébreu de Tyr est Tsor ou Sor, qui signifie 
rocher, citadelle, ville forte; suivant un autre dialecte, c'est Sour ou 
Sur; les Arméniens, qui ont coutume de changer la lettre s en t, di- 
sent Tor, Tur ou Tyr, et, en ajoutant la terminaison grecque, on a 
faitTupo;, Tyrus. HeSor, les Grecs appelaient primitivement Tyr6Va 
et les latins Sarra. Chez ces derniers, on trouve fréquemment l'épi- 
thète 5arrawMS, pourTyrien. Cette ville s'appelle encore aujourd'hui 
Sur ou Sour ; mais ce n'est plus qu'un village habité par quelques 
pêcheurs. De Sur ou Sor est venu le nom de Sorie ou Syrie, donné 
postérieurement au pays d'alentour, que les Hébreux appelaient .4 ram. 

La ville de Tyr était dans le partage de la tribu d'Aser, et par là, 
(juoique cette tribu n'en eût jamais pris possession, elle faisait comme 
partie du peuple de Dieu. Cette circonstance, les rapports continuels 
qu'elle eut avec les Israélites, et surtout la grande part qu'elle prit à 



à â38 av. i'érc chr. 






\ 



f breux , comme li 



' l'tcnulus, vers. 800, etc.— î S. Aug. , 9, 16. In Judic. et serin. 35,de veibis Do- 
mini. Saint .lérOnie fait la même oliseivation in Tradit. hebr. in Gènes., etc. 



4 

S 
a 

i 

I 



à 538 av. l'ère chr.] DE L'EGLISE CATHOLIQUE. IT 

la construction du temple, nous expliquent l'étonnant langage dans 
lequel Ézéchiel annonce sa .ruine *. 

Déjà longtemps avant lui, Amos et Joël avaient prophétisé contre 
Tyr et Sidon 2 j Isaïe avait prédit que Tyr serait détruite, mais qu'elle 
se relèverait après soixante-dix ans ^ ; Jérémie avait envoyé un joug 
aux rois de Tyr et de Sidon, en les avertissant que Dieu les livrerait 
aux mains de Nabuchodonosor, roi de Babylone * ; mais nul n'a tracé 
les destinées de Tyr avec autant de détail , d'éloquence et d'intérêt 
qu'Ézéchiel. 

L'année même que Jérusalem fut prise , le Seigneur lui parla : 
« Fils de l'homme, parce que Sor (Tyr) a dit de Jérusalem : Triom- 
phe ! la porte des peuples est brisée ; elle se tourne vers moi : je m'a- 
grandirai, elle est déserte. C'est pourquoi Adonaï-Jéhova a dit : Me 
voilà contre toi, ô Tyr ! et je soulèverai contre toi des peuples nom- 
breux , comme la mer soulève ses flots ; et ils briseront les murs 
de Tyr, et ils renverseront ses tours; j'en raclerai jusqu'à la pous- 
sière, et je la rendrai une pierre nue. Elle deviendra au milieu de la 
mer un lieu pour sécher lesfilets ; car moi j ' ai parlé , dit Adonaï-Jéhova , 
et elle sera en proie aux nations. Ses filles (les villes dépendantes 
d'elle), qui sont dans les champs, périront par le glaive ; et ils sauront 
que c'est moi Celui qui est. 

« Car ainsi parle Adonaï-Jéhova : Voilà que j'amène à Tyr, du 
pays de l'aquilon, Nabuchodonosor, roi de Babylone, roi des rois, 
avec des chevaux, et des chars, et des cavaliers, avec de grandes 
troupes et beaucoup de peuples. Il frappera de son glaive tes filles 
qui sont dans les champs ; il t'environnera de forts et de terrasses, 
et il élèvera contre toi son bouclier. Il dressera contre tes murs les 
mantelets et les béliers , et il renversera tes tours avec ses machines 
de guerre. La multitude de ses chevaux te couvrira de poussière; 
aux cris de ses cavaliers, au bruit de ses coursiers, et de ses roues, et 
de ses chars, tes murailles s'ébranleront lorsqu'il entrera dans tes 
portes comme par la brèche d'une ville emportée d'assaut. 11 foulera 
sous les pieds de ses chevaux toutes tes places, frappera ton peuple 
du glaive ; tes statues, dans lesquelles tu mettais ton orgueil, roule- 
ront sur la terre. Ils raviront tes richesses, pilleront tes marchandises, 
abattront tes murs, détruiront tes superbes édifices ; et ils jetteront au 
milieu des eaux, et tes pierres, et tes bois, et ta poussière. Et je ferai 
cesser le bruit de tes chants ; et le son de tes cithares ne s'entendra 
plus. Et je te rendrai pierre nette, et tu seras un lieu à sécher les fi- 



Voyez Tyr dans les grands dictionnaires. — * Amos, 1. Joël, 3.-3 Isaie, 23. 
Jerem., 37. 



ut. 



18 HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv. XVIII. - De 688 

ets, et tu ne seras plus rebâtie ; car moi, Jéhova, j'ai parlé, dit 
Adonaï-Jéhova ^. » 

Tyr étant en relation avec tous les peuples, sa chute devait causer 
une consternation générale. « Au bruit de ta ruine, dit le Seigneur, 
aux gémissements de tes blessés, quand les morts se multiplieront au 
milieu de toi, les îles ne seront-elles pas émues? Et tous les princes 
de la mer descendront de leurs trônes, et ils quitteront les signes de 
leur grandeur, et ils jetteront leurs habits de diverses couleurs, et vê- 
tus d'épouvante, ils s'assiéront sur la terre ; et, frappés de ta chute 
soudaine, ils admireront. Et, commençant sur toi des plaintes lugu- 
bres, ils te diront: Comment as-tu péri, toi qui habitais les mers, 
ville superbe, forte sur la mer, avec tes habitants, que l'univers re- 
doutait^?» 

Jérémie fait des lamentations sur la ruine de Jérusalem ; le Sei- 
gneur conmiande à Ézéchiel d'en faire sur la ruine de Tyr. 



1 Ezech., 26, 1-14. Et factum est in undecimo anno, prima menais, factus est 
sermo Domini ad me, dicens : Fiil hominis, pro eo quèd dixit Tyrus de Jérusa- 
lem : Euge! confractassunt ports populorum, conversa est ad me; implebor, 
déserta est. Proptereà haec dicit Dominus Deus : Ecce ego super te, Tyre, et as- 
cendere faciam ad te génies multas, sicut ascendit mare lluctuans ; et dissipabunt 
muros Tyri, et destruent turres ejus; et radam pulvérem ejus de eà, et dabo 
eam in limpidissimam pe(ram. Siccalio sagenarum erit in medio maris ; quia ego 
loâutus sum, ait Dominus Deus, et erit in direptionem gentibus. Filiœ quoque cjus, 
quœ sunt in agio, gladio interflcientur ; et scient quia ego Doininus. Quia haec 
dicit Dominus Deus : Ecce ego adducam ad Tyrum Nabuchodonosor regem Ba- 
bylonis abaquiione, regem regum, cum equis, et curribus. et equilibus, et cœtu, 
populoque magno. Filias tuas quaî sunt in agro, gladio interflcièt ; et circuradabit 
te raunitionibus, et comportabit aggerem in gyro ; et elevabit contra te ciypeum. 
Et vineas, et arietes teniperabit in muros tuos, et turres tuas destruet.ixi arma- 
turà suù. Inundatione equorum ejus operiet te pulvis eorumj à sonitu equitum, 
et rotarum, et curruuni, movebuntur mûri tui, cùm ingressus fuerit portas tuas 
quasi per introitum urbis dissipatœ. Ungulis equorum suorum conculcàbit omnes 
plateas tuas ; populumtuum gladio caedet, et statuœ tuae nobiles in terram cor- 
ruent. Vastabunt opes tuas, diripient negotiationea tuas, et destruent muros tuos, 
etdomos tuas prœclaras subvertent ; et lapides tuos, et ligna tua, et puln .n 
tuum in medio aquaum ponent. Etquiescere faciara mullitudinem canlicoru;' 
tuorum; etsonilus cithararum tuarum non audietur ampliùs. Et dabo le u< <, 
pi-Jlssimam petram ; siccatio sagenarum eris, nec aedlflcaberis uliràjquia ego lo- 
cutus sum, ait Dominus Deus. — » Ibid., 16-17. Hœc dicit Dommua Deus 
Tyro : Numquid non à sonitu ruinae tuœ, et gemitu inleifectorum tuorum, cùm 
occlai fuetintin mpfUo tui, commovebuntur insulœ? Et descendent de sedibus suis 
omnes principes maris, et auferent exuvias suas, et veslimenta sua varia abjicienl, 
et induentur stuporo ; hï i • i sedebunt, ctatloiiiti super rcpentino casu tuo, admi- 
rabuntul'. El Sasar i; i <.- uper iu iameulum, tiicent tibi : Quoniodô periisU, quw 
habitas in mari, uni ' •..».!, ta, qui» fuisti fortis in mari cum habitatoribua luis, 
quos formidabant uiiiversi:-' 



a 



i 



à ô38 av. l'ère cbr.] 

« Fils de l'hor 
diras à Tyr, qui h 
jusqu'aux lies loir 

tt Ainsi parle A 
de beauté. Au m 
bâtie, se sont plu 
sapins de Sanir ; 
mât ; les chênes cl 
voire de l'Inde et 
tissu tes voiles et 
d'Ëlisa sont dev( 
d'Arouad ont été 
pilotes. Les sénat 
milieu detoi [u ui 
et leurs nautonier: 
ton armée sont : 
en toi leurs boucl 
enfants d'Arouad, 
dim gardent tes t( 
ton éclat. Le Cj 
l'affluencedes rie 
d'étain et de ploj 
(la Cappadoce) s( 
ves et des vases d 
foires des chevauji 
Les enfants de Dé 
breuses échangent 
vrages de tes mai] 
le lin, la soie, les 
froment, le baum( 
en échange de tes 
toisons éblouissan 
"• arches le fer p( 

dan, les riches 
Cedar t'offrent lei 
marchandises. Les 
avec toi en aromai 
Éden, l'autre Sab 
mense trafic en ba 
iiients précieux lit 
seaux de la mer s( 

' Eaecli., i:, 1-25. 



à 538 av. l'ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 19 

« Fils de l'homme, commence sur Tyr le chant lugubre; et tu 
diras à Tyr, qui habite à l'entrée de la mer, comptoir des peuples 
jusqu'aux îles lointaines : 

« Ainsi parle Adonaï-Jéhova : ïyr ! tu as dit : Je suis éclatante 
de beauté. Au milieu des mers sont tes contins. Ceux qui t'ont 
bâtie, se sont plu à t'embellir. Ils ont construit tes p inchers avec les 
sapins de Sanir ; ils ont pris le cèdre du Liban pour en faire ton 
mât ; les chênes de Basan pour tes rames ; et, pour tes bancs, l'i- 
voire de l'Inde et le buis d'Italie. Le lin, en broderie d'Egypte, a 
tissu tes voiles et tes pavillons ; l'hyacinthe et la pourpre des île§ 
d'Elisa sont devenues ton vêtement. Les habitants de Sidon et 
d'Arouadont été ti^, rameurs. Tes sages, ôTyr! sont devenus tes 
pilotes. Les sénateurs d(j Gebal (Byblos) et ses experts ont été au 
milieu de toi [u ar réparer tes brèches ; tous les vaisseaux de la mer 
et leurs nautoniers servent à ton commerce. Tes gens de guerre dans 
ton armée sont : le Perse, le Lydien et l'Africain ; ils ont suspendu 
en toi leurs boucliers et leurs casques, magnifique ornement. Les 
enfants d'Arouad, avec ton armée, bordent tes murailles ; les Gama- 
dim gardent tes tours où brillent leurs carquois, ils rendent parfait 
ton éclat. Le Carthaginois est ton négociant , tant est grande 
l'affluence des richesses ; il remplit tes marchés d'argent, de fer 
d'étain et de plomb. Javan (l'Ionie), Thubal (l'Espagne) et Mosoch 
(la Cappadoce) sont tes commissionnaires; ils t'amènent des escla- 
ves et des vases d'airain. De Thogorma (Germanie) on amène à tes 
foires des chevaux de labour, des chevaux de guerre et des mules. 
Les enfants de Dédan transportent tes marchandises ; des îles nom- 
breuses échangentavec toi l'ivoire etl'ébène. L'Araméen reçoit lesou- 
vrages de tes mains, et te donne le rubis, la pourpre, les broderies, 
le lin, la soie, les pierres précieuses. Juda et Israël t'apporte.-it le 
froment, le baume, la myrrhe, le miel, la résine, l'huile; et Damas, 
en échange de tes nombreux ouvrages, le vin de Chalybone et les 
toisons éblouissantes. Dan, Javan et Meuzal ont vendu dans tes 
Ti»archés le fer poli contre la cannelle, le roseau aromatique; et 
î*. dan, les Dches tapis pour les chars. L'Arabe et les princes de 
Cédar t'offrent leurs agneaux et leurs chevreaux en échange de tes 
marchandises. Les négociants de Saba et de Regma commercent 
avec toi en aromates, en pierres précieuses et en or. Haran, Kané, 
Éden, l'autre Saba, Assur et Kelmad (Médie) font avec toi un im- 
mense trafic en balles d'hyacinthe, de broderies ; en caisses de vête- 
ments précieux liées avec des cordes, et en bois de cèdi'e. Les vais- 
seaux de la mer sont le principe de ton commerce ^ 

> Eaecli., ÏT, 1-26. Et facluiu est veibum boiuini ad inc, tlitcn- : Tu crj^ù, (iii 



20 



HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv. XVllI. — De 688 J à 538 av. l'ère chr,] 



« Tyr ! fière de tant de gloire et de richesses, tes rameurs t'ont 
conduite sur les grandes eaux : un vent violent te brisera au fond 
des mers. Au jour de ta ruine, tes richesses, ton commerce, tes 
négociants, tes matelas, tes pilotes, tes hommes de guerre et ce 
peuple qui remplit tes assemblées y tomberont avec toi. Au cri des 
pilotes, les flottes entières seront dans l'épouvante : et tous ceux qui 
tiennent la rame descendront de leurs vaisseaux ; les matelots et tous 
les pilotes de la mer se tiendront sur la terre ; et ils gémiront tout 
haut sur toi, ils crieront dan?; leur douleur, ils répandront la pous- 
sière sur leurs têtes et se rouleront dans la cendre. Ils raseront leur 
chevelure et se revêtiront de cilices ; et, dans l'amertume de leur 



faits sur loi ; et le 



hominis, assume super Tyrum iamentum ; et, dices Tyio, quœ habitat in introitu 
maris, negotiationi populorum ad Insulas multas -. Hœc dieit Dominus Deiis : 
Tyre, tu dixisti : Perfecti decoris ego suin, et in corde maris sita. Finitimitui, qui 
to îBditlcaverunt, impleverunt decorem tuum. Abietibus de Sanir exstruxerunt te 
cum omnibus tabulatis maris ; ce'' :um de Libano tuierunt ut lacèrent tibi maium ; 
quercus de Basan dolaverunt in .e.nos tuos , et transira tua fecerunttibi ex ebore 
îndico, et prœtoriola de insulis Italiae. Byssus varia de iEgypto texla est tibi in vé- 
lum ut poneretur in malo; hyacinthus et purpura de insulis Elisa facta sunt 
operimentum tuum. Habitatores Sidonis et Aradii fuerunt rémiges lui : sapientes 
tul, Tyre, facti sunt gubernatores tui. Senes Giblii, et prudentes ejus, habuerunt 
nautas ad ministerium varia; supellectlUs tuœ ; omnes naves mpris et naulœ ea- 
rum fuerunt in populo negotiationis tuae. Persœ, et Lydli, et Libyes erant in exer- 
citu tuo viri bellaiores tui ; clypeum et galeam suspenderunt in te pro ornatu tuo. 
Filll Aradii cum exercitu tuo erant super murostuos in circuilu; sed et Pigmaji, 
qui erant in turribus tuis, pharetras suas suspenderunt in mûris tuis per gyrum, 
ipsi compleverunt pulchritudinem tuam. Carthaginenses negotiatores tui , à mul- 
lltudine cunctaruni divitiarum, ajgento, ferro, stanno, phimboque, repleverunt 
nundinas tuas. Grœcia, Thubal et Mosoch, ipsi inslitores tui ; mancipla et vasa 
itrea advexcrunt populo tuo. De domo Tliogornia, equos, et équités, et mulos 
adduxerunt ad forum tuum. Filii Dedan negotiatores tui ; insuiîc multa% nego- 
tiatio manûs tuœ ; dentés eburneos et hebeninos commutaverunt in pretlo lue. 
Syrus negotiator tuus propter multitudinem operum tuorum, genunam, et purpu- 
ram, et scutulata, et byssum, et sericum, et chodchod proposuerunt in mcrcalu 
tuo. Juda et terra Israël ipsi institorcs tui in frumento primo, balsnmum, et mel, 
et oloum, et resiuani proposuerunt in nundinis luis. Damascenus ncsoliutor tuus 
in mulUtudine operum tuorum, in mulliludine dlversanim opum, invino pingui, 
in lanis «'olorls oplimi. Dan, et Grœcia, et Moscl, in nundinis tuis proposuerunt 
ferrum fabrefaclum ; stactc et ealamiia in ncgotiatiouv Uià. Dedan inslitores tul in 
tapetibus ad sedenduni. Arabia, et universi principes Ccdar, iiisi negotiatores ma- 
nûs tuœ; cum agnis, et arietibus, elbœdis vencrunl ad le negolialores tui. Vou- 
ditores Saba, et Reema, ipsi negotiatores tui, cum uulvcrsls prinus aromalit'us, 
et lapide prelioso, etauro, quod proposoerunl in mercalu tuo. Ilarau, et Chone, et 
Kden. iseTtUatiM'i'?. tui ■ Saita A.ss.ur r.i rjiehnud, venditorcs tuU Ip^i nnuoliatorcë 
tui multifariani involucrishyaclnthi, et polymilorum, gazarumque pretiosarum, 
quifi obvoluta; etaslrielHi erant funibus ; cedros (pioquc h»''ebaul in negotiationi- 
bu8 tuie. Naves maris, principes tui in negutiatione lui\. 



i 






à 538 av. l'ère chr.l DE L'ÉGLISE CATHOI 'QUE. 21 

âme, les yeux en pleurs, ils commenceront les plaintes lugubres sur 
toi; et ils diront : Qui a été semblable à Tyr, devenue muette au 
milieu des eaux? Parles flottes qui sortaient de tes ports tu alimen- 
tais une foule de nations ; par la multitude de les richesses et de tes 
relations tu enrichissais les rois de la terre. Et voilà que tu es brisée 
sur les mers, tes richesses sont au fond des eaux, ce peuple immer.»»: 
au milieu de toi est tombé. Tous les habitants des îles ont été stupé- 
faits sur loi ; et leurs rois, tous battus par la tempête, ont changé de 
visage. Les marchands de tous les peuples ont sifflé sur toi ; tu as été 
réduite à rien, et tu ne seras plus à jamais *. » 

Pour bien entendre ces dernières paroles, il faut savoir que l'an- 
cienne Tyr était située sur le continent, à un quart de lieue de la 
mer. Une fois détruite par Nabuchodonosor, elle ne se rétablit plus; 
mais une nouvelle Tyr s'éleva dans une île qui était en face, à un 
quart de lieue du continent. T/ancienne Tyr était considérable depuis 
bien des siècles. Déjà, dans le partage de la terre promise, Josué la 
mentionne comme une ville très-forte ^. Cependant elle est appelée 
dans l'Écriture, fille de Sidon; ce qui montre qu'elle en dépendait 
dans l'origine. 

Tyr était gouvernée jusqu'alors par des rois ; mais on ne sait pres- 
que rien de leur histoire. Les plus connus jont : Hiram, ami de David 
et de Salomon, qui eut grande part à la construction du temple de 
Jérusalem et entretenait avec Salomon un commerce de lettres ; 
Pygmalion, qui régnait vers le temps du roi Ozias, et sous lequel sa 
sœur Élise ou Didon, s'étant enfuie de Tyr, fonda Oarthage en Afri- 



I 

i 

I 



» Ezech., 27, 25-36. Et repleta es, et glorlflcala nimis in corde maris. In aquis 
multls adduxeruntte rémiges tui; ventus auster contrlvit te in corde marii.. Di- 
vitiœtu.i , etthesauri tui, et multiplex instrumentum tuum, nautœ tui et guber- 
natores tui, qui tene.ant supellectilem tuam, et popi;'o tuo prœerant; viri quo- 
que bellatores tui, qui erant in te, cum unlversft multitudine tuA, que est in 
niedio tui, cadent in corde maris in die rulnœ tuap. A sonitu clamoris gubernato- 
rum tuorum conturbabuntur classes j et descendent de navibus suis omnes qui 
fcnebant rcmum ; nautre et univers! gubernatores maris in terrA stabunt ; etejula- 
bunt super te voce magnA, etclamabunt amarè, et siiperjacicntpulverem capitibus 
suis, et cinere conspergentur. Et radent super te calvltium, et acclngentur clU 
cils ; et plorabunt te in amaritudlne animae ploratu amarisslmo ; et assument 
super te carmen lugubre, et plangent te : Quœ est ut Tyrus, quae obmutult in 
mcdio maris i' Qua? in exitu negotiationum tuarum de mari implèsti populos mul- 
tos; in mullitudine divitlarum tuarum, etpnpulorum tuorum, dKAsti reges terrie. 
Nunc conlrita es In mari, in profundis aquariim oprs Imr, et omnis muUitudo 
tua, quiP erat in modio tnî, cccidr.vunt îîrsivi^rs! hniMiatorea Insnlaruni (ibstupus- 
runt super te j et regcs earum omnca teinpestate percuisi mutaverunt vultus. Ne- 
gotiutor s pnpulorum sibilaverimt super te , ad nlhilum reducta es, et non erlB 
usque in perpetuum. — * Josué, 19, 2S>. 






22 HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv. XVIII. - l>e 688 

que; Élulœus, successeur de Pygmalion, pendant le règne duquel 
Typ soutint un siège de cinq ans contre Salmanasar, roi de Ninive, 
qui perdit bien des vaisseaux et mourut lui-même sans pouvoir la 
prendre i ; Ithobaal II, successeur d'Élulaeus, régnait du temps de 
Nabuchodonosor. C'est à lui apparemment que Jérémie avait envoyé 
un joug. C'est à lui qu'Ézéchiel, de la part de Dieu, adresse ces pa- 
roles : 

« Ainsi parle Adonaï-Jéhova : Parce que ton cœur s'est élevé, et 
que tu as dit : Je suis un dieu, je suis assis sur le trône de Dieu au 
milieu de la mer, quoique tu ne sois qu'un homme et non un dieu ; 
enfin tu t'es cru un cœur comme le cœur de Dieu ; voilà que tu es 
plus sage que Daniel, nul secret n'e; • caché pour toi ; par ta sagesse 
et ton intelligence, tu as créé ta force et tu as amassé l'or et l'argent 
dans tes trésors ; par la grandeur de ta sagesse, par ton commerce, 
tu as multiplié ta puissance, et ton cœur s'est élevé dans ta force ; 
c'est pourquoi voici ce que dit Adonaï-Jéhova : Parce que tu as cru 
ton cœur comme le cœur de Dieu, voilà que j'amène sur toi les 
étrangers, les plus robustes d'entre les peuples : ils tireront le glaive 
contre la beauté de ta sagesse, et ils souilleront ton éclat. Ils te 
précipiteront dans ''a.Jme; et tu mourras d'une mort violente, toi 
qui es assis au milieu des mers. Diras-tu encore : Je suis un dieu, 
quand tu seras en présence de tes bourreaux ? Tu ne seras qu'un 
homme, et non un dieu, sous la main de qui te tuera. Tu mourras 
de la mort des incirconcis, et par la main des étrangers ; car moi 
j'ai parlé, dit Adonaï-Jéhova 2. » 

On voit que ce qui a perdu ce prince ou plutôt la ville qu'il re- 
présentait, c'est l'orgueil, qui, au lieu de rapporter à Dieu les pro- 
spérités don il jouissait, s'en attribuait la gloire à soi-même. Ce qu'il 
y a de plus étonnant, c'est le chant lugubre que le Seigneur com- 
mande à son prophète. 4^ 

« Fils de l'homme, entonne une lamentation sur le roi de Tyr ; et 
tu lui diras : Ainsi parle Adonaï-Jéhova : Toi, le sceau de la ressem- 
blance, plein de sagesse et parfait en beauté, tu as été dans Édcn, le 
jardin de Dieu ; toutes les pierres précieuses formaient ton orne- 
ment : la sardoine, la topaze, le diamant, la chrysolithe, l'onyx, le 
jaspe, lo saphir, l'escarboucle, l'émeraude et l'or ; et les lyres et les 
tambours étaient préparés pour le jour où tu as été créé. Toi, ché- 
rubin, oint qui protèges, je t'avais établi sur la montagne sainte, tu 
étais à Dieu ; et tu marchais au milieu des pierres étincelantes, par- 
fait dans tes voies, depuis le jour de ta création jusqu'au jour où 

* Jooèphe, Antiq., 1. 0,c. 14. — « Ezech., 28, 1-10. 






à 538 av. l'ère chr.] 

l'orgueil a été tr( 
trailles ont été rei 
de la montagne d 
tectrices, du mili 
dans ton éclat ; ti 
par terre, et je t 
spectaèle. Dans 1 
tes trafics, tu as s 
feu qui te dévorer 
de tous ceux qui i 
seront stupéfaits 
seras plus à jamai 

Ce langage noi 
Sainte, et par là 
le rational du gr£ 
cette haute prér 
montrer quelque 
chérubin, puis se 
jours. La chute 
prince des super 

Ézéchiel avait 
buchodonosor pj 
fendit si bien, qi 
dans cet interval 
Philistins, aux M 
tour, les maux q 

»Ezech., 28, 11- 
minls, leva planctii 
Tu signaculum sir 
pcradisi Dei fuisti ; < 
et jaspis, chrysolilh 
ragdus ; aurum opti 
parata sunt. Tu chi 
in medio lapldutn I 
turc, donec invpnta 
sunt intoriora tua 11 
clierub protegens, il 
core tuo ; pcniidist 
facicm rcguin dcdi I 
quitate nogotiatlonii 
de mpdio tùl, qui 
omnium videntium 
nihili fartuH es, et 1 
1. 10. c. 11. Cnnt. , 



[I 



à 538 av. l'ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 93 

l'orgueil a été trouvé en toi. En multipliant ton commerce, tes en- 
trailles ont été remplies d'iniquité, et tu as péché ; et je t'ai précipité 
de la montagne de Dieu, et je te perdrai, ô chérubin aux ailes pro- 
tectrices, du milieu des pierres étincelantes. Ton cœur s'est élevé 
dans ton éclat ; tu as perdu ta sagesse dans ta beauté ; je t'ai renversé 
par terre, et je t'ai mis devant la face des rois, et je t'ai donné en 
spectaèle. Dans la multitude de tes iniquités, et dans l'iniquité de 
tes trafics, tu as souillé ton sanctuaire ; je tirerai du milieu de toi le 
feu qui te dévorera, et je te réduirai en cendres sur la terre aux yeux 
de tous ceux qui te verront. Ceux qui te connaîtront parmi les peuples 
seront stupéfaits sur toi : tu es devenu comme un néant, et tu ne 
seras plus à jamais *. » 

Ce langage nous laisse entendre que Tyr, comprise dans la Terre- 
Sainte, et par là représentée, en quelque sorte, devant l'Éternel, sur 
le rational du grand prêtre, s'était montrée digne quelque temps de 
cette haute prérogative. Nous verrons de même Tyr chrétienne se 
montrer quelque temps dans l'Église de Dieu comme un brillant 
chérubin, puis se profaner par l'hérésie et disparaître enfin pour tou- 
jours. La chute de l'une et de l'autre nous rappelle la chute du 
prince des superbes, principal auteur de toutes les chutes. 

Ézéchiel avait ainsi écrit d'avance l'histoire de Tyr, lorsque Na- 
buchodonosor partit de Babylone pour aller l'accomplir. Tyr se dé- 
fendit si bien, que le siège dura treize ans ^. Ce fut probablement 
dans cet intervalle que le conquérant babylonien fit éprouver aux 
Philistins, aux Moabites, aux Iduméens et aux autres peuples d'alen- 
tour, les maux que Dieu leur avait prédits. Tyr elle-même succomba 



' Ezech., 28, 11-19. Et factus est sermo Domini ad me, dlcens : Fili ho- 
mlnis, leva planctum super regem Tyri ; et dices ei : Ha-c diclt Dominiis Deus : 
Tu signaculum simllitudinis, plenus saplenliii et perfectus décore, in dellclis 
pr.radisl Dei fuisti ; omnls lapis preUosus opeiimentum tuum : sardius, topazius, 
et jaspls, chrysolilluis, et onyx, et berylUis, sapphirus, et carbunculus, et sma- 
ragdus ; aurum opus decoris tui ; et foraniina tua, in die qu& conditus es, prn;- 
parata sunt. Tu cherub extentus et protegens, et posul te in monte sancto Dei ; 
in medio lapldum Ignitorum ambulùsU, perfectus in vils tuis à die conditionis 
tuif, donec inventa est iniquitas in te. In mtiltltudine negotiationis tuœ repleta 
sunt intorlora tua iniquitate, et peccôsli; et cjeci te de monte Dei, et perdidi le, ft 
fherub protegens, de medio lapldum ignitorum. Et elevatum est cor tuum In de 
coretuo; penlidlsli sapientiam tuaui In décore tuo; in terram projecite; ante 
laciem reguin dédite ul cernèrent te. In nniltitudine iniquitatum tuarum, et ini- 
quitate negotiationis tua", polluisti snnctitlcntionem tuam ; producnm crgiMgnem 
de medio tùl, qui comedat le, et dabo te in cinerem super lerrnm in consperUi 
omnium videntium te. Umnes qui viiierinl te in gemibus, obstupcscent super te . 
nibiii factus es, et non eris in perpctiumi. — ' Plillostrat. npud. Joseph., Antiq., 
l. 10. c. II. Cnnt, Appion., 1. 1. 



24 



HISTOIRK UNIVERSELI-E 



[Liv. XVni. - De 588 
malgré sa longue résistance. Après treize ans d'efforts, Nabuchodo- 
nosor s'en rendit maître ; mais, entré dans la place, il n'y trouva 
presque rien pour dédommager son armée de tant de fatigues. De 
colère, il rasa la ville jusqu'aux fondements, et tit main-basse sur le 
peu d'habitants qui y étaient restés. C'est que la plupart, avec ce 
qu'ils avaient déplus riche, s'étaient retirés auparavant dans une île 
voisine, où ils bâtirent une nouvelle Tyr. Il paraîtrait cependant que 
les nouveaux Tyriens se soumirent au roi de Babylone à certaines 
conditions. Ce qu'il y a de sûr, c'est que, d'après les histoires phé- 
niciennes citées par Josèphe, au roi Ithobaal succéda Baal, et qu'à 
la mort de ce dernier, il n'y eut plus de rois, mais dessuff'ètes ou des 
juges, l'un desquels fut appelé de Babylone K Ce gouvernement dura 
soixante-dix ans, jusqu'à ce que Darius, fils d'Hystaspe, rétablît à 
Tyr la royauté. Ce furent là ces soixante-dix ans d'impuissance et 
d'anéantissement prédits par Isaïe. 

Nabuchodonosor venait de prendre la ville de Tyr, après ce long 
siège, lorsque le Seigneur parla, dans la Chaldée, à Ézéchiel, la vingt- 
septième année de la captivité de Jéchonias, ainsi que du prophète, 
seizième de la ruine de Jérusalem, le premier jour du premJer mois. 
« Fils de l'homme, Nabuchodonosor , roi de Babylone, a fait faire 
à son armée un service pénible contre Tyr ; toutes les têtes ont été 
dépouillées, toutes les épaules blessées : et de Tyr aucun salaire n'a 
été payé ni à lui ni à son armée pour le service fait contre elle. C'est 
pourquoi voici ce que dit Adonai-Jéhova : Voilà que je donne à Na- 
buchodonosor, roi de Babylone, la terre d'Egypte ; et il en prendra 
la multitude , et il lui ravira ses rapines, et il la dépouillera de ses 
dépouilles : et tel sera le salaire de son armée. Pour l'œuvre qu'il a 
exécutée, je lui ai donné la terre d'Egypte , parce qu'il a travaillé 
pour moi, dit Adonaï-Jéhova 2. » 

A la tdte des peuples de l'antiquité qui ont eu le plus d'influence 
sur la civilisation humaine, paraît, à côté de la Phénicie , l'Egypte. 
C'est là principalement que les sages de la Grèce et de l'Italie vont 
venir puiser leur sagesse. Aussi le peuple d'Israël, qui était dans la 
main de la Providence le secret levain d'une civilisation supérieure, 
at-il eu avec l'Egypte, dès les premiers temps, les rapports les plus 
intimes. Abraham y descend, y est en grand honneur auprès du roi 
et de ses ministres. D'anciens auteurs , tels que Justin, Eupolème, 
Artapan, Josèphe, lui attribuent une grande inihience sur ce pays. 
Trois générations après. Dieu révèle à Pharaon ce qui devait arriver 
ù son royaunii ut à toute la terre. Joseph , arrière-petit-fils d Abra- 



'! ' Jf»s«ph., Conl. Appion., I. 1, c. 7.— » Kzech., 20, 18. 



A 538 av. l'ère chr.] 

ham, lui interprèt 
prèsdequatre-viuj 
du monde ; il y fc 
nommée de l'Égy 
et l'Italie, viendrai 
y paraît à son tou 
tout l'univers. Sa 
par Alexandre Po: 
Trismégiste, et lui 
passèrent des Jui 
Salonion, que les 
mêmes soit par le 
qui, selon Polyhis 
ouvriers pour la c 
prophètes ne cess 

Ce pays est app 
dans Plutarque ^ < 
jourd'hui encore 
l'appellent Chemi. 
ture est celui d'un 
d'autres nations 
modernes ont con 
d'où viennent ces 
de Cliam, ont été 
peuple de ce pays 
que lui ont donné 
sur son origine. 

De tout temps 
doit au Nil, qui la 
dant régulièremei 
ignoraient la soun 
lions annuelles, 
source ou plutô 
Abyssinie, dans la 
dément, si ce n'ei 
année, tombent ei 
et de mai. Pour s 
en quelque sorte, 
garnis de grandes 
lacs creusés par 1( 

1 Euseb., Prcrpar. 



■1 



à 



à 538 av. l'ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 25 

ham, lui interprète l'oracle diviii,gouverne l'Egypte entière, pendant 
près de quatre-vingts ans, comme vice-roi : il y est appelé le sauveur 
du monde ; il y forme les sages et les princes. Cette sagesse si re- 
nommée de l'Egypte, et ce qui s'en répand plus tard dans la Grèce 
et l'Italie, viendraient donc en grande partie du fils de Jacob. Moïse 
y paraît à son tour, accompagné de prodiges qui retentissent dans 
tout l'univers. Sa renommée est telle , que d'anciens auteurs, cités 
par Alexandre Polyhistor dans Eusèbe, le donnent pour l'Hermès- 
Trismégiste, et lui rapportent l'invention des lettres, qui, suivant eux, 
passèrent des Juifs aux Phénicic , et des Phéniciens aux Grecs. 
Salomon, que les rois consultent comme un oracle soit par eux- 
mêmes soit par leurs ambassadeurs, était gendre du roi d'Egypte, 
qui, selon Polyhistor, cité par Eusèbe, lui envoya quatre-vingt mille 
ouvriers pour la construction du temple de Jérusalem *. Depuis, les 
prophètes ne cessent d'annoncer les destinées futures de l'Egypte. 

Ce pays est appelé dans les psaumes, la terre de Cham ; on voit 
dans Plutarque ^ que ses anciens habitants l'appelaient Chemia : au- 
jourd'hui encore les Coptes, descendants de ces anciens Égyptiens, 
l'appellent Chemi. Mais le nom que lui donne le plus souvent l'Écri- 
ture est celui d'un des fils de Cham , Mizraïm. Aussi les Arabes et 
d'autres nations orientales l'appellent encore Mesr^ dont les Grecs 
modernes ont composé les noms de Mesre et Mestrœa. On voit bien 
d'où viennent ces deux noms : Cham , fils de Noé, et Mizraïm, fils 
de Cham, ont été les ancêtres, et, si l'on veut, les premiers rois du 
peuple de ce pays ; mais il n'en est pas de même du nom d'Egypte 
que lui ont donné les anciens Grecs : les savants ne sont pas d'accord 
sur son origine. 

De tout temps l'Egypte ; était renommée par sa fertilité. Elle la 
doit au Nil, qui la traverse dans toute sa longueur, et qui, se débor- 
dant régulièrement tous les ans , l'arrose et la féconde. Les anciens 
ignoraient la source de ce fleuve , ainsi que la cause de ses inonda- 
tions annuelles. L'une et l'autre ont été découvertes depuis. La 
source ou plutôt les sources du Nil , car il en a deux , sont en 
Abyssinie, dans la haute Ethiopie. La principale r^use de son débor- 
dement, si ce n'est pac la seule, sont de grandes pluies qui, chaque 
année, tombent en Ethiopie sans discontinuer pendant les mois d'avril 
et de mai. Pour seconder la bienfaisance du fleuve, et le multiplier 
en quelque sorte, l'Egypte était entrecoupée d'une infinité de canaux 
garnis de grandes écluses. Lorsqu'il s'enflait outre mesure, de grands 
lacs creusés par les rois, surtout le lac de Mœris, recevaient la sura- 



> Eusel)., Pf(rpor. ev., L9, c, 32. ~« De Isi et Osiride. 



2* HISTOIRE UNIVERSELLE [L!v. XVIII. - De 58g 

bondancedeseseaux. Pendant l'inondation, les villes rehaussées par 
des travaux immenses, s'élevaient comme des îles au milieu de la 
mer. 

D'autres monuments attestaient encore la richesse et la magnifi- 
cence de l'Egypte. Près du lac de Mœris s'élevait le fameux laby- 
rinthe, bâti, suivant Hérodote *, qui l'a vu, par les douze princes qui 
se partagèrent le gouvernement quelque temps après l'invasion de 
Sénachérib de Ninive. C'était un palais magnifique, ou plutôt un 
magnifique amas de douze palais disposés régulièrement et qui com- 
niuniquaient ensemble. Quinze cents chambres mêlées de terrassés 
s'arrangeaient autour de douze salles, et ne laissaient point de sortie 
à ceux qui s'engageaient à les visiter. II y avait autant de bâtiments 
par dessous terre pour servir de sépulture aux rois et aux crocodiles. 
De tout cela on ne voit plus que quelques débris. 

Ce qui a mieux résisté au temps et aux barbares, ce sont les pyra- 
mides, monuments gigantesques dont la base était ordinairement car- 
rée, et qui se terminaient en pointe comme la flamme, pyr en grec 
d'où l'on croit que vient leur nom. Vingt sont encore debout. La 
plus grande a six cent soixante pieds à chaque côté de sa base, qui 
est carrée, et elle s'élève de près de cinq cents pieds. D'anciens au- 
teurs disent qu'elles ont été bâties par des rois pour leur servir de 
tombeaux et transmettre plus sûrement à la postérité la gloire de 
leur nom. Leur vanité a été bien trompée. Ces tombeaux sont vides, 
et l'on ne sait trop ni par qui, ni quand ils ont été élevés. Les Cop- 
tes et les Sabéens les font remonter au delà du déluge. Ces derniers 
révèrent les trois principales pyramides, la première comme le tom- 
beau de Seth, la seconde comme le tombeau d'Enoch, et la troisième 
comme celui de Sabi, leur père 2. 

Les anciens célébraient encore la magnificence de Th.^bes, capitale 
de la Haute-Egypte ou Thébaïde. Les savants modernes en ont vu 
les restes avec admiration, en particulier le tombeau d'Osymandias, 
Rhamsès le Grand ou Sésostris. Non loin de Thèbes, dans les villes 
de Tentyra et d'Esné, on a récemment découvert, au plafond des 
temples, des représentations du zodiaque. Dans le premier moment 
quelques personnes leur attribuaient une antiquité si prodigieuse, 
qu'elle remontait non-seulement au delà du déluge, mais encore bien 
au delà du premier homme. L'incrédulité triomphait de voii en dé- 
faut le récit de Moïse ; mais un de ces zodiaques, transporté en 
France, fut trouvé d'une date bien moderne, et remontant tout au 

' Hevnd., I. 2, c. 148. — « Hitt. unir, par de savants Anelals, t. '.', l. (, r, 3. 
p. 38. 






à 638 av. l'ère chr.] 

jjlus à sept siècles 
trouvé le secret di 
ques et dans les tei 
mains, Tibère, Cla 

Une chose par c 
blement rendue fai 
on adorait un bœi 
Saïs une brebis, à 
un crocodile, et, g 
même par mégard 
Aujourd'hui encor 
baumes de chats a 
si les assurances qi 
tion scientifique en 
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leurs voisins, les 
nuellement en rap 
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Les Égyptiens é 
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Quant au roi d'I 
ment dans l'admii 
sa vie privée. Ces 
rappelées sans cesi 
tingués étaient pla 
roi était jugé sévèi 
n'avait pasgouveri 

Un nom commi 
Pharaon ou Paroh 
dans le copte, l'ég 
ocre la même chos 
difficile de savoir i 
est fort embrouillé 

1 Lettres de M. Oh- 



- De 58g 

5ées par 
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(lagnifi- 
i laby- 
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itôt un 
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(isième 

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rté en 
ont au 

(,f, 3, 



p 



à 538 av. l'ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 27 

jjlus à sept siècles avant Jésus-Christ. Bien plus , depuis qu'on a 
trouvé le secret de lire les hiéroglyphes, on a lu, et dans ces zodia- 
ques et dans les temples, les noms et les surnoms des empereurs ro- 
mains, Tibère, Claude, Néron, Domitien et Antonin le Pieux. 

Une chose par où l'Egypte s'est également mais moins honora- 
blement rendue fameuse, c'est l'excès de son idolâtrie. A Memphis 
on adorait un bœuf ; ailleurs, une vache; à Lycopolis un loup, à 
Saïs une brebis, à Mendès un bouc, à Cynopolis un chien, à Arsinoé 
un crocodile, et, généralement partout, les chats. Quiconque tuait , 
même par mégarde, un de ces derniers animaux, était mis à mort. 
Aujourd'hui encore on trouve par milliers des momies ou restes em- 
baumés de chats autour de Bubaste ou la ville des chats. Toutefois, 
si les assurances que nous donnent des savants français de l'expédi- 
tion scientifique en Egypte se confirment *, il se conservait, dans les 
sanctuaires de la Thébaïde, une théologie et une cosmogonie sem- 
blables à celles de Moïse, et les livres d'Hcrmès-Trismégiste, cités par 
quelques Pères de l'Église, seraient le recueil authentique des an- 
ciennes traditions de l'Egypte. Les Égyptiens étaient ainsi double- 
ment inexcusables, et d'avoir méconnu au fond de leurs temples la 
vérité transmise par leurs pères, e' ^ ne l'avoir pas reconnue chez 
leurs voisins, les Hébreux , avec lesquels ils étaient presque conti- 
nuellement en rapport ; mais le plus grand crime est à leurs prê- 
tres et à leurs sages, qui, connaissant cette vérité , la retenaient cap- 
tive dans leurs mystères et leurs hiéroglyphes. 

Les Égyptiens étaient , comme le sont encore les Indiens , divisés 
en plusieurs classes ou castes héréditaires, dontles principales étaient 
les prêtres, les guerriers, les laboureurs. 

Quant au roi d'Egypte, il était subordonné aux lois, non-seule- 
ment dans l'administration des affaires publiques, mais encore dans 
sa vie privée. Ces lois, consignées dans les livres sacrés , lui étaient 
rappelées sans cesse et interprétées par les prêtres, dont les plus dis- 
tingués étaient placés pour cela auprès de sa personne. A sa mort, le 
roi était jugé sévèrement et privé des honneurs de la sépulture, s'il 
n'avait pas gouverné suivant les règles antiques. 

L% nom commun à tous les anciens rois de ce pays est celui de 
Pharaon ou Paroh , qui , selon Josèphe ^, veut dire roi. Et de fait, 
dans le copte, l'égyptien moderne, pkiouro ou phouro, signifie en- 
core la même chose. L'Écriture sainte en mentionne dix ; mais il est 
difficile de savoir au vrai leur nom propre ; car l'histoire de l'Egypte 
est fort embrouillée. Les plus célèbres ou le plus célèbre de ces rois 

' Lettres de M. Oh. Lenormant, Globe, 18 février 1829. — « Ant., i. 8. c. 2. 



I 



3« HISTOIRE UNIVERSELLE [Llv. XVHI. — De r.88 

est Osymandias, Rhamsès le Grand, Sésostris, qui, d'après le sa- 
vant interprète des hiéroglyphes, se trouve être le même. Déjà Hé- 
rodote * disait assez nettement que la certitude de l'histoire égyp- 
tienne ne commence qu'au temps où les Grecs s'établirent en Egypte 
sous Psammétique, que jusque-là les récits des Égyptiens ne s'ac- 
cx)rdaient guère ni entre eux ni avec ceux des étrangers. Or, à 
Psammétique, qui vivait au commencement du règne de Josias, suc- 
céda son fils Néchos ou Néchao, à Néchos son fils Psammis, à Psani- 
mis son fils Apriès, qui est appelé dans l'Écriture Pharaon-Éphrce 
ou Hopbra; C'est à lui qu'Ézéchiel adresse la parole dans ses prophé- 
ties. C'est avec lui que Sédécias avait fait alliance lorsqu'il se sou- 
leva contre le roi de Babylone. Ce pharaon paraissait en effet capa- 
ble alors de résister à Nabuchodonosor. Il avait fait la guerre avec 
succès, tant par mer que par terre, contre lalTyriens, les Sidoniens 
et l'île de Cypre ; il avait pris d'assaut la ville de Sidon, vaincu les 
Phéniciens et les Cypriots dans un combat naval, et s'en était re- 
venu en Egypte avec une incroyable quantité de butin. Enflé de ces 
victoires, il croyait qu'il n'était au pouvoir d'aucun dieu de le dé- 
trôner 2. 

Dans ce moment-là même le vrai Dieu lui annonçait sa ruine. 

Jérusalem n'était point encore prise; au contraire, Apriès venait à 
son secours avec une puissante armée, mais pour s'en retourner sans 
vouloir ou oser combattre, lorsque le Seigneur dit à son prophète ; 

« Fils de l'homme, tourne la face contre Pharaon, roi de Mizraïni, 
et prophétise sur lui et sur Mizraïm tout entier. Parle, et tu diras ; 

« Voici ce que dit Adonaï-Jéhova : Me voici contre toi, Pharaon, 
roi de Mizraïm, dragon immense, couché au milieu de tes fleuves, 
et qui dis : Mon fleuve est à moi, c'est moi qui me suis fait moi- 
même. 

« J'enfoncerai l'hameçon dans tes mâchoires, et j'attacherai à tes 
écailles tous les poissons de tes fleuves, et je te tirerai du milieu dp 
tes fleuves. Et je te jetterai dans le désert, et tous les poissons de ton 
fleuve ; tu demeureras étendu sur la terre ; et tes membres dispersés, 
sans sépulture, je les ai donnés en proie aux animaux de la terre et 
aux oiseaux du ciel. 

« Et tous les habitants de Mizraïm connaîtront que c'est moi Ceiii 
QUI EST ; parce que tu as été un appui de roseau pour la maison d'Is- 
raël. Elle t'a saisi de la main, et tu t'es rompu, et tu as ensanglanté 
son bras ; elle s'est appuyée sur toi, et tu t'es brisé, et tu as fait chan- 
celer ses reins. 



à 538 av. l'ère chr.] 

« C'est pourquo 
nant contre toi le i 
Et la terre des Miz 
que c'est moi Cel 
moi, et je me suis 

« C'est pourquo 
raïm une solitud( 
Syène et jusqu'au: 
passeront plus, et 
rendrai la terre de 
ront entre les vilU 
; ans : je répandrai 
i serai sur la terre. 

« Car ainsi parle 
blerai les Mizraïm 
; Je rappellerai la c 
de Phaturès, dan 
royaume impuissa 
s'élèvera plus au-» 
commande plus ai 
M de la maison d'Is 
fuir et à le suivre, 

Le prophète no 
monstrueux crocc 
innombrables can 
comparaison est é 
laient ces animaux 
terrain du labyrin 

Après avoir pré 
et jetterait ses me 
par qui s'achèveri 

« J'anéantirai 
par la main de Ni 
lui et son peuple, 
perdre l'Egypte : 
l'empliront la ter 
vendrai ses chani] 
terre, avec tout (•( 

« Moi, Jéhova, 
tirai les idoles de 



'Lib, 2, p. 147 et 154.— » Diod., I. 1, c. C8. Herodot., 1. 2, c. ICI, et 169. 



1 Ezech., 29. 



le s ac-l 
. Or, aa 
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l Psani- • 
■Éphrce 
prophé- 
se soii- 
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're avec ; 
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3 de cesi 
e le dé- 1 

ine. I 
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3phète;| 
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laraon, | 
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«perses, 
terre et 

•i Celu 
)n d'Is- 
nglaiitt' 
t clian- 



1G9. 



i 



à 538 av. l'èic chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 29 

« C'est pourquoi voici ce que dit Adonaï-Jéhova : Me voici, ame- 
nant contre toi le glaive, et j'exterminerai de toi l'homme et la bête. 
Et la terre des Mizraïm sera un désert et une solitude, et ils sauront 
que c'est moi Celui qui est ; parce que tu as dit : Mon fleuve est à 
moi, et je me suis fait moi-même. 

« C'est pourquoi me voici contre toi et ton fleuve : je ferai de Miz- 
raïm une solitude ravagée par le glaive, depuis Magdole jusqu'à 
Syène et jusqu'aux extrémités de l'Ethiopie. L'homme ni la bête n'y 
passeront plus, et elle ne sera pas habitée pendant quarante ans. Je 
rendrai la terre de Mizraïm un désert parmi les déserts, ses villes se- 
ront entre les villes abandonnées, et la désolation durera quarante 
ans : je répandrai les Mizraïm au milieu des nations, et je les disper- 
serai sur la terre. 

« Car ainsi parle Adonaï-Jéhova : Après quarante ans, je rassem- 
blerai les Mizraïm du milieu des peuples où ils auront été dispersés. 
Je rappellerai la captivité de Mizraïm, je les ramènerai dans la terre 
de Phaturès, dans la terre de leur naissance, et là ils seront un 
royaume impuissant, et il sera petit entre tous les royaumes, et il ne 
s'élèvera plus au-dessus des peuples ; et je l'affaiblirai pour qu'il ne 
commande plus aux nations. Et désormais il ne sera plus la confiance 
de la maison d'Israël, et il ne lui apprendra plus l'iniquité, à me 
fuir et à le suivre, et ils sauront que c'est moi Celui qui est *. » 

Le prophète nous représente le roi d'Egypte sous l'emblème d'un 
monstrueux crocodile ou dragon, couché au milieu du Nil et de ses 
innombrables canaux, qui formaient comme autant de fleuves. Cette 
comparaison est d'autant plus juste, que les rois eux-mêmes s'éga- 
laient ces animaux; les crocodiles sacrés avaient, dans le palais sou- 
terrain du labyrinthe, la même sépulture que les Pharaons. 

Après avoir prédit au superbe Apriès qu'il le tirerait de son fleuve 
et jetterait ses membres épars dans le déseri, le Seigneur lui annonce 
par qui s'achèverait la ruine de son pays. 

« J'anéantirai cette multitude d'hommes qui est dans l'Egypte, 
par la main de Nabuchodonosor, roi de Babylone. Je le ferai venir, 
lui et son peuple, et avec lui les plus puissantes des nations, pour 
perdre l'Egypte : ils viendront l'attaquer, le glaive à la main, et ils 
rempliront la terre de morts. Je sécherai le lit des tleuves, et je 
vendrai ses (champs entre les mains des méchants ; je détruirai cette 
terre, avec tout ce qu'elle contient, par la main des étrangers. 

« Moi, Jéhova, je l'ai dit, j'exterminerai les simulacres et j'anéan- 
tirai les idoles de Memphis : il n'y aura plus à jamais de prince du 

1 Ezcch., 29. 



»0 HISTOIRE UiNIVERSELLE [Liv. XVIU. - De 588 

pays d'Egypte, et je répandrai la terreur dans la terre d'Egypte. Je 
ruinerai le pays de Phaturès, je mettrai le feu dans Tanis, j'exercerai 
mes jugements dans Diospolis. Je répandrai mon indignation sur 
Sais, la force de l'Egypte ; je perdi-aila multitude de Diospolis (No). 
Et je mettrai le feu dans l'Egypte ; Sais sera dans les douleurs comme 
une femme qui est en travail ; Diospolis sera déchirée, et Memphis en 
de continuelles angoisses. Les jeunes gens d'Héliopolis et de Bu- 
baste seront passés au fd de l'épée, et les femmes seroat emmenées 
captives. Le jour s'obscurcira en Taphnis, lorsque je briserai les 
sceptres de l'Egypte et que s'évanouira l'orgueil de .a puissance ; la 
nuée couvrira Taphnis, et ses filles seront emmenées captives. Et 
j'accomplirai dans l'Egypte mes jugements, et ils sauront que c'est 
moi Jéhova *. » 

Aujourd'hui, vingt-çiuatre siècles après le prophète, les savants 
d'Europe s'en vont en Egypte constater, sur les débris de tant d'illus- 
tres cités, l'exactitude de ces prédictions : prédictions accomplies tou- 
jours plus à la lettre, et par le Babylonien Nabuchodonosor, et par 
le Perse Cambyse, et par les Grecs, et par les Romains, et enfin par 
les Musulmans. Au milieu de ces grandes ruines, ils contemplent avec 
effroi et déplorent la destinée de la t^rre de Mizraïm, autrefois si re- 
nommée par la sagesse de ses monarques, et depuis si longtemps 
sans prince indigène, sans autre magnificence que ses ruines. Ce qu'ils 
font aujourd'hui, le prophète le faisait et le prédisait il y a vingt-qua- 
tre siècles. 

L'année qui suivit la destruction de Jérusalem, le Seigneur dit à 
Ëzéchiel: 

« Fils de l'homme, commence le chant lugubre sur Pharaon, roi 
d'Egypte, et tu lui diras ;. Tu as été comparé au lion des nations et au 
dragon des mers; et tu agitais ta corne dans tes fleuves, et tu trou- 
blais les eaux avec tes pieds, et tu foulais IjBs fleuves. 

C'est pourquoi voici ce que dit Adonaï-Jéhova : J'étendrai sur 
toi mes rets au mUieu de la multitude des peuples, et je te tirerai de- 
hors avec ma seine. Et je te jetterai sur la terre, je te délaisserai sur 
la face d'un champ ; et je ferai habiter sur toi tous les oiseaux du ciel, 
et je rassasierai de toi tous les animaux de la terre. J'exposerai ta 
chair sur les montagnes, et je remplirai les vallées de tes membres 
sanglants. J'abreuverai la terre, jusqu'au sommet de ses montagnes, 
de ton sang noir j et les vallées seront remplies de tes débris. 

« Quand tu t' éteindras, je couvrirai les cieux et j'obscurcirai les 
étoiles j j'envelopperai le soleil d'un nuage, et la lune ne^donnera pas 



à 538 av. l'ère chr.] 

sa lumière. Tous l 
toi, et je répandrai 
beront morts au n: 

« Je porterai l't 
nerai tes débris au 
Et je frapperai de 
ront sur toi d'époi 
brilleront devant 1 
son âme au jour d 

« Car ainsi par 
viendra sur toi ; p 
ces peuples sont i 
et sa multitude si 
paissaient le long 
de la bête n'en troi 
res et tranquilles, 
j'aurai donné la te 
dépouillée de sa n 
ils sauront que c'c 
pleurez-la; les filli 
l'Egypte et sur sa 

Ce qui étonne le 
Lgypte, ce ne sont 
encore vivantes de 
baïde. Ce sont me 
nés taillées dans 1( 
côté de l'autre, de 
de la terre et de 1' 
ses, enfin de toute 
i n'est plus. Écoutoi 
dans cette demeuri 

« Fils de l'homi 
multitude de l'Ég; 
santés, dans la terr 

« En quoi es-tu i 

«Ils tomberont! 
elle a été donnée a 

«Ainsi lui parle 
les forts qui sont 
( irconcis, tués pai 



1 Ezecb., 30. 



' Ezech., 32, 1-10. 



ypte. Je 
xercerai 
tion sur 

lis (No). 
comme 
iphis en 
de Bu- 
imenées 
erai les 
ince : la 
ives. Et 
le c'est 

savants 
d'illus- 
les tou- 
, et par 
nfin par 
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is si re- 
gtemps 
ie qu'ils 
gt-qua- 

ir dit à 

ion, roi 
is et au 
1 trou- 

Irai sur 
erai de- 
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du ciel, 
erai ta 
timbres 
tagnes, 

rai les 

era pas 



I 



i 



à 638 av. l'ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 31 

sa lumière. Tous les astres qui brillent dans les cieux pleureront sur 
toi, et je répandrai les ténèbres sur ton royaume lorsque les tiens tom- 
beront morts au milieu de la terre, dit Adonaï-Jéhova. 

« Je porterai l'épouvante dans le cœur des peuples quand j'amè- 
nerai tes débris au milieu des nations, en des contrées que tu ignores. 
Et je frapperai de stupeur des peuples nombreux; leurs rois frémi- 
ront sur toi d'épouvante et d'horreur lorsque les éclairs de mon épée 
brilleront devant leur face; et chacun d'eux tremblera soudain pour 
son âme au jour de ta ruine. 

« Car ainsi parle Adonaï-Jéhova : Le glaive du roi de Babylone 
viendra sur toi ; par le glaive des forts j'abattrai ta multitude. Tous 
ces peuples sont invincibles, et ils dévasteront l'orgueil de l'Egypte, 
et sa multitude sera dissipée. Et je détruirai tous les animaux qui 
paissaient le long des grandes eaux ; ni le pied de l'homme ni le pied 
delà bête n'en troubleront plus le cours. Je les rendrai désormais pu- 
res et tranquilles, et les fleuves couleront comme de l'huile, lorsque 
j'aurai donné la terre d'Egypte à la désolation, et que cette terre sera 
dépouillée de sa multitude; quand j'aurai frappé tous ses habitants, 
ils sauront que c'est moi Celui Qm est. Telle est cette lamentation : 
pleurez-la; les filles des nations la pleureront, elles la pleureront sur 
l'Egypte et sur sa multitude, a dit Celui qui est *. » 

Ce qui étonne le plus, ce qui terrasse d'admiration le voyageur en 
Lgypte, ce ne sont pas tant les cités mortes des vivants, que les cités 
encore vivantes des morts, c'est-à-dire, les tombes royales de la Thé- 
baïde. Ce sont moins des tombes que des palais, des cités souterrai- 
nes taillées dans le roc, où, en des salles immenses, dorment l'une à 
côté de l'autre, des dynasties entières, entourées des divinités du ciel, 
de la terre et de l'enfer^ des images de peuples vaincus, de villes pri- 
ses, enfin de toutes les pompes d'une grandeur et d'une puissance qui 
n'est plus. Écoutons le prophète, introduisant dans cette cité de mort, 
dans cette demeure éternelle, et Pharaon et l'Egypte entière; 

« Fils de l'homme, lui dit Jéhova, entonne le chant lugubre sur la 
multitude de l'Egypte, et conduis-la, elle et les filles des nations puis- 
santes, dans la terre d'en bas, avec ceux qui descendent dans le gouffre; 

« En quoi es-tu meilleure? descends, et dors avec les incirconcis. 

«Ils tomberont tous au milieu de ceux qui ont été tués par le glaive i 
elle a été donnée au glaive, entraînez-la, elle et tous ses peuples. 

«Ainsi lui parleront, du milieu de l'enfer, les plus puissants d'entre 
les forts qui sont descendus avec ses défenseurs et qui dorment in- 
circoncis, tués par le glaive. 



I li 



» Ezech., 32, 1-lC. 



32 HISTOIUK L'NIVKHSELLE [Liv. XVIII. — De 588 

« Là est Assur et toute sa multitude ; autour de lui ses sépulcres ; 
tous, ils ont été tués, tombant sous le glaive. Ses sépulcres ont été 
creusés dans les profondeurs du gouffre, et sa multitude est rangée 
autour de son sépulcre; tous, ils ont été tués, tombant sous le glaive, 
eux qui répandaient l'épouvante sur la terre des vivants. 

« Là estÉlam, et toute sa multitude autour de son sépulcre; tous, 
ils ont été tués, tombant sous le glaive, et sont descendus incirconcis 
dans la terre d'en bas, eux qui répandaient l'épouvante dans la terre 
des vivants ; ils ont porté leur Ignominie avec ceux qui descendent 
dans le gouffre. Au milieu de ces morts, ils ont placé sa couche, et 
autour de son sépulcre, tous ces incirconcis, tués par le glaive, qui 
répandaient l'épouvante dans la terre des vivants ; et ils ont porté leur 
ignominie avec ceux qui descendent dans le gouffre, et ils ont été dé- 
posés entre les tués. 

« Là est Mosoch et Thubal, et toute sa multitude autour de son 
sépulcre ; tous incirccmcis et tués , en tombant sous le glaive, parce 
qu'ils répandaient l'épouvante dans la terre des vivants. Et ils m 
dormiront pas avec les géants des siècles *, d'entre les inc'm 



incirconcts, qui 



3ont descendus dans l'enfer avec leurs armes et qui ont posé leurs 
épées sous leurs têtes ; leurs iniquités ont pénétré leurs os , parce 
qu'ils ont été l'épouvante des forts dans la terre des vivants. 

« Et toi, au milieu des incirconcis , tu seras brisé , et tu dormiras 
avec ceux qui ont été tués par le glaive '-*. 

' Selon les Septante. — *Ezech., 32, 18-28. Fili hominis, cane lugubre super 
multitudinem -figypti, et detrahe eam ipsam, et fllias genUum robustarum, ad 
terram ultimam, cum his qui descendunt in lacum. Quo pulehrior es ? descende et 
dormi cum incircumcisis. In medio interfectorum gladio cadent : gladius datus 
est, aUraxerunteam, et omnes populosejus. Loquentur eipotenUssimi robustoruni 
de medio inferni, qui cum auxiliatoribus ejus descenderunt et dormierunt incir- 
cumcisi, interfecU gladio. 

Ibi Assur, et omnis multiludo ejus ; in circuitu illius sepulcra ejus ; omnes 
interfecU, et qui ceciderunt gladio. Quorum data sunt sepulcra in novissimislati, 
et facta est multitude ejus per gyrum sepulcri ejus; universiinterfecti, cadentesque 
gladio, qui dederant quondara formidinem in terra \iventium. 

Ibi Êlam et omnis multitudo ejus per gyrum sepulcri sui; omnes hi interfecli, 
ruentesque gladio, qui descenderunt incircumcisi ad terram ultimam, qui 
posuerunt terrorem suum in terra viventium , et portaverunt ignominiani 
suam cum his qui descendunt in lacum. In medio interfectorum posuerunt cubile 
ejus in universis populis ejus ; in circuitu ejus sepulcrum illius, omnes incir- 
cumcisi, inlerfeclique gladio. Dederunt enim terrorem suum in terra viventium, 
et portaverunt ignominiara suam cum his qui descendunt in lacum ; in medio 

interfectorum posili sunt. , .„■ 

Ibi Mosuch et îhubal, cl omnis multitudo ejus ; in rircuitu ejus sepulcra «lUns. 
Omnes hi incircumcisi, interlecliquc et cadeutes gladio, quia dederunt formidmem 
suam in terrù viventium. Et non dorniientcum fortibus, cadentibusquc et intii- 



à 538 av. l'ère chr.] 

(( Là est Édom, 
gré leur force, av^ 
avec les incirconci 

« Là sont tous 
sont descendus av 
force ; et ils dormi 
glaive, et ils ont p 
le gouffre. 

« Pharaon les vi 
peuple qui a péri 
Adonaï-Jéhova, pi 
vants, et il a été o 
(Hé tués par le gh 
Jéhova *. » 

Nous venons d 
commencer les fui 

Apriès revenait 
ciens, lorsque, po 
frir à lui : c'étaieni 

Expulsés de leu 
qui, fondée depuis 
puleuse et plus pi 
gypte^. Pourlessc 
et l'envoya contre 

; petit nombre ( 
contre Apriès, cor 
plus sûrement le < 
casionna une défe 

cuincisis, qui desceni 
suos sub capitlbus suli 
forlium facti sunt in t 
tereris, et dormies cui 

» Ezech., 32, 29-32. 

cum exercitu suo, ci 

et cum his qui desce 

Ibi principes aquil 
inlerfeclis, paventes, 
cum interfectis gladio 
in lacum. 

Vidit eos Pharao, e 
[fecta est gladio ; Pha 
|tcrrorem meum In lei 
jinterfectis gladio ; Ph 
[rodote, 1.2 et 4. 



- De 588 

îulcres ; 
i ont été 
t rangée 
î glaive, 

•e ; tous, 
îirconcis 
1 la terre 
icendent 
uche, et 
live, qui 
arté leur 
t été dé- 

r de son 
e, parce 
Et ils ue 
ICI», qui 
)sé leurs 
s , parce 

ormiras 



brè super 
tarum, ad 
îscendc et 
lius datus 
ibustorum 
mt incir- 

3 ; omnes 
simis laci, 
dentesqiie 

inlerfecli, 
lam , qui 
nominiam 
uni cubile 
nés incir- 
ivcnliuiii, 
in mcdio 

t-ra Ulhis. 
rmidinem 
s et intii- 



à 538 av. l'ère chi.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 33 

« Là est Édom, et ses rois, et tous ses chefs, qui ont été nus, mal- 
gré leur force, av°c ceux qui ont été tués par le glaive ; ils dormiront 
avec les incirconcis et avec ceux qui descendent dans le gouffre. 

« Là sont tous les princes de l'aquilon et tous les chasseurs , qui 
sont descendus avec les morts, tremblants et confondus dans leur 
force ; et ils dormiront incirconcis avec ceux qui ont été tués par le 
glaive, et ils ont porté leur ignominie avec ceux qui descendent dans 
le fîouffre. 

« Pharaon les verra, et il se consolera de toute la multitude de son 
peuple qui a péri par le glaive ; Pharaon et toute son armée, dit 
Adonaï-Jéhova, parce que j'ai jeté ma terreur dans la région des vi- 
ants, et il a été couché au milieu des incirconcis avec ceux qui ont 
■té tués par le glaive; Pharaon et toute sa multitude, dit Adonaï- 
Jéhova *. » 

Nous venons d'entendre le chant funèbre; voyons maintenant 
commencer les funérailles. 

Apriès revenait triomphant de son expédition contre les Phéni- 
ciens, lorsque, pour comble de prospérité , tout un peuple vint s'of- 
frir à lui : c'étaient les Libyens. 

Expulsés de leurs possessions par la colonie grecque de Cyrène, 
qui, fondée depuis quelque temps, devenait de jour en jour plus po- 
puleuse et plus puissante , ils résolurent de se donner au roi d'É- 
gyptc 2. Pour les secourir, Apriès leva une grande armée d'Égyptiens, 
et l'envoya contre Cyrène. Mais les Cyrénéens la taillèrent en pièces. 
" j petit nombre d'Égyptiens qui purent se sauver revint en fureur 
contre Apriès, comme s'il les avait envoyés à la boucherie pour faire 
plus sûrement le despote. Cette accusation, bien ou mal fondée, oc- 
casionna une défection presque universelle. Pour l'apaiser, Apriès 

cuincisis, qui descenderunt ad infernum cum armis suis, et posuerunt gladios 
suos sub capitibus suis; et fueruntiniquitates eorum in ossibus eorum ; quia terror 
forliuin facti sunt in terra viventium. Et tu ergô in medio incircumcisorum con- 
tereris, et dormies cum interfectis gladio. 

' Ezech., 32, 29-32. Ibi Idumœa, et reges ejus, et omnes duces ejus, qui dati sunt 
cum c'xercitu guo, cum interfectis gladio ; et qui cum incircumcisis dorniierunt, 
et cum bis qui descendunt in lacum. 

Ibi principes aquilonis omnes, et univers! venalores, qui deducti sunt cum 
interfectis, pavenlea, et in suâ fortitudine confusi ; qui dormierunt incircumcisi 
cum interfectis gladio, et portaverunt confusionem suam cum bis qui descendunt 
in lacum. 

Vidit eos Pharao, et consolatus est super universà multitudine suâ, quae inter- 
fecta est gladio ; Pharao et omnis exercitus ejus, ait Dominus Deus, quia dedi 
tcrrorem meum in terra viventium, et dormivit in medio incircumcisorum cum 
jintcrfectis gladio ; Pharao et omnis multitude ejus, ait Dominus Deu». — » Hé- 
lodote, 1. 2 et 4. 

III. a 






H - HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv. XVIII. — De 688 

envoya un ami fidèle, Amasis. Mais pendant que celui-ci haranguait 
les insurgés, ils le proclamèrent roi lui-même, et dès lors il se mit à 
leur tête. A cette nouvelle, Apriès envoya Patarbémis, personnage le 
plus considérable qui lui fût encore attaché, avec ordre de lui amener 
Amasis en vie. Malgré sa bonne volonté, ce personnage ne put réus- 
sir. Quand donc Apriès le vit revenir seul , sans lui faire une seule 
question, il commanda qu'on lui coupât le nez et les oreilles. Une ty- 
rannie si barbare acheva de ruiner ses affaires ; tous les Egyptiens qui 
lui avaient été tidèles jusqu'alors se déclarèrent en faveur d' Amasis. 
Les deux rivaux se préparèrent donc à la guerre : Amasis avait poui- 
lui tous les Égyptiens ; Apriès, les soldats cariens, ioniens et autres 
étrangers qu'il avait engagés à sa solde, au nombre de trente mille. 
La bataille se donna dans les plaines de Memphis, Apriès fut battu 
complètement et fait prisonnier. Le vainqueur le consigna dans le 
palais de Sais, qui lui avait appartenu autrefois, et le traita avec 
beaucoup d'égards et de respect. Mais enfin, les Égyptiens lui ayant 
représenté qu'il n'était ni juste ni sage de nourrir leur ennemi et le 
sien, il le leur abandonna. Tombé de la sorte entre les mains de ceuN 
qui cherchaient sa vie, suivant l'expression du prophète, le malheu- 
reux Apriès fut étranglé et son corps mis dans le sépulcre de ses an- 
cêtres *. 

Voilà comme l'Egypte, déchirant ses pro près entrailles, accomplis- 
sait les prédictions d'Ézéchiel, dispersait ses membres sanglants dans 
les déserts de la Libye, sur les montagnes et dans les vallées. Elle y 
fut achevée par le glaive ae Nabuchodonosor, qui, pendant ou après 
cette guerre civile, vint, comme il avait été prédit, la ravager d'une 
extrémité à l'autre. Ses rois ne furent plus dès lors que les vassaux 
de Babylone, et puis de la Perse. 

Ce fut alors sans doute que Nabuchodonosor exécuta sa fameuse 
expédition à travers la Libye, Jusqu'aux colonnes d'Hercule, puis par 
l'Espagne et toute l'Europe ; expédition que l'historien Mégasthène, ^ 
qui vivait environ trois siècles avant Jésus-Christ, rappelle expressé- : 
ment dans un fragment cité par Josèphe, Abydénus et Strabon *. ^ 
Une connaissance plus exacte qu'on a récemment acquise de l'Asie, 
en particulier de l'Inde, a montré que Mégasthène est un écrivain 
instruit et digne de foi. Nous aurions vraisemblablement là-dessus 
des témoignages pareils d'Hérodote, si son histoire d'Assyrie était 
venue jusqu'à nous. 

Tant de gloire et de prospérité enflèrent extrêmement le cœur de 

* Héroilotc, 1. 2. Diodore, I. 1^ — » Josèphe, Contr, App., I. 1; Ant., 10. Abyd., 
aptid Emeb., Prirp. cv., I. 0, 41. Stiab., 1. H). 



a 538 av. l'ère chr.] 

Nabuchodonosor 
extraordinaire. É 
confusion et la pu 
l'univers : 

« Nabuchodon 

« A tous les p 
qui habitent dans 

« Que la paix 

« Les prodiges 
haut, il m'a paru 
que SCS merveilh 

« Son royaum( 
génération en gt 

« Moi, Nabucli 
de gloire dans nu 
ceptions sur ma c 
Je publiai donc v 
de Babylone, afi 
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a 538 av. l'ère chr.] DK L'ÉGLISK CATHOLIQUE. H 

Nabuchodonosor : il en fut châtié par une humiliation également 
extraordinaire. Ecoutons-îe plutôt lui-même annonçant sa propre 
confusion et la puissance du Très-Haut, dans un décret public, à tout 
l'univers : 

« Nabuchodonosor, roi : 

« A tous les peuples, à toutes les nations, k toutes les langues 
qui habitent dans toute la terre ; 

« Que la paix soit multipliée sur vous ! 

« Les prodiges et les merveilles qu'a faites en moi le Dieu très- 
haut, il m'a paru juste de les publier. Que ses prodiges sont grands ! 
que ses merveilles sont puissantes * ! 

« Son royaume est un royaume éternel, et sa puissance est de 
{génération en génération. 

« Moi, Nabuchodonosor, j'étais en paix dans ma maison et plein 
de gloire dans mon palais. Je vis un songe, et il m'effraya. Mes con- 
ceptions sur ma couche et les visions de ma tête m'épouvantèrent. 
Je publiai donc un décret pour introduire devant moi tous les sages 
de Babylone, afin de me donner l'explication du songe. Alors en- 
trèrent les devins, les mages, les Chaldéens et les augures. Je dis le 
songe devant eux ; mais ils ne m'en indiquèrent point la solution. 
Enfin entra devant moi Daniel, dont le nom est Baltassar (trésor de 
Bel), selon le nom de mon dieu, et qui a dans lui-même l'esprit des 
dieux saints (ou, comme traduisent les Septante, l'esprit saint de 
Dieu). Je dis le songe devant lui : Baltassar, prince des devins, 
comme je sais que l'esprit des dieux saints (ou l'esprit saint de Dieu) 
est en vous, et qu'il n'y a point de secret que vous ne puissiez péné- 
trer, écoutez les visions du songe que j'ai vu, et dites-m'en l'inter- 
prétation. 

a Telles étaient les visions de ma tête sur ma couche : Je regardais, 
et voilà un arbre au milieu de la terre, et sa hauteur était excessive. 
C'était un arbre grand et fort : sa hauteur atteignait les cieux, et son 
étendue, les extrémités de toute la terre. Son feuillage était magni- 
fique, son fruit très-abondant : tout y avait sa nourriture ; à son om- 
bre reposaient les bêtes des champs, dans ses rameaux habitaient 
les oiseaux du ciel, cit de lui se nourrissait toute chair. 

« Je regardais donc dans les visions de ma tête sur ma couche, et 
voilà qu'un des veillants et des saints descendit du ciel. Il cria d'une 
voix forte : Abattez l'arbre, coupez-en les branches, secouez-en les 
teuilles, répandez-en les fruits ; que les bêtes s'enfuient de dcissous, 
»'t les oiseaux de dessus ses brandies. Laissez néanmoins la souche 



' l)nn., 3, tt8-i(K). 



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36 HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv. XVUL - De 588 

de ses racines en terre ; qu'il soit lié avec des chaînes de fer et d'airain 
parmi les herbes des champs ; qu'il soit moiiitlé de la rosée du ciel, 
et qu'il paisse avec les bêtes sauvages l'herbe de la terre. Qu'on lui 
ôte son cœur d'homme et qu'on lui donne un cœur de bête, et que 
sept temps se succèdent sur lui. C'est ce qui a été ordonné dans le 
conseil des veillants ; c'est la parole et la demande des saints, jusqu'à 
ce que les vivants connaissent que c'est le Très-Haut qui domine 
dans l'empire de l'homme, qu'il le donne à qui il lui plaît, et éta- 
blit dessus le dernier des humains. 

« Tel est le songe que j'ai vu, moi, Nabuchodonosor, roi ; vous 
donc, Baltassar , hâtez-vous de m'en donner l'explication; car tous 
les sages de mon royaume ne peuvent me l'interpréter ; mais vous 
le pouvez, parce que l'esprit des dieux saints (ou l'esprit saint de 
Dieu) est en vous. 

« Alors Daniel, surnommé Baltassar. demeura stupéfait pendant 
une heure, et ses pensées l'épouvantaient. Mais le roi, prenant la 
parole : Baltassar, lui dit-il, que le songe et son interprétation ne 
vous troublent point. 

« Baltassar répondit : Mon seigneur, que le songe reto abe sur 
ceux qui vous haïssent, et son interprétation sur vos ennemis ! Cet 
arbre que vous avez vu si grand et si fort, dont la hauteur atteignait 
les cieux et l'étendue toute la terre, dont le feuillage était magnifique, 
le fruit très-abondant, et où tout avait sa nourriture ; à l'ombre 
duquel reposaient les bêtes des champs, tandis que les oiseaux du 
ciel habitaient dans ses rameaux ; cet arbre, ô roi! c'est vous-même 
qui êtes devenu si grand et si puissant ; car votre grandeur s'est 
accrue et élevée jusqu'au ciel, votre puissance s'est étendue jus- 
qu'aux extrémités de toute la terre. 

« Quant à ce que vous avez vu ensuite un des veillants et des 
saints descendant du ciel et disant : Abattez cet arbre, dépouillez- 
le ; laissez néanmoins la souche de ses racines en terve ; qu'il soit lié 
avec le fer et l'airain parmi les herbes des champs; i|u'il soit mouillé 
par la rosée du ciel, et qu'il paisse avec les bêtes sauvages, jusqu'à 
ce que sept temps soient passés sur lui, en voici l'interprétation, ô 

roi ! 

« C'est là une sentence du Très-Haut, qui a été prononcée sur le 
roi, mon seigneur. On vous chassera d'avec les hommes ; votre ha- 
bitation sera avec les animaux ••t les bêtes sauvages ; vous mangerez 
du foin comme un bœuf, vous serez trempé dv. la rosée du ciel : 
sept temps se passeront ainsi sur vous, jusqu'à ce que vous recon- 
naissiez que le Très-Haut domiiu; dans l'empire de l'homme, et 
qu'il le donne à qui il lui plaît. 



à 538 av. l'ère, chr.] 

« Quant à ce q 
racines, savoir de 
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« C'est pourqu 
péchés par la jusl 
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« Le roi n'avai 
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que le Très-Haut 
qu'il le donne à q 

« A l'heure mé 
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cheveux lui crure 
les griffes des oise 

« A la fin des , 
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« Maintenant c 
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toutes SCS voies j 
dans la superbe * 

< Daniel, 4. 



h 538 av. l'ère chr.l DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 37 

« Quant à ce qui a^^été commandé qu'on réservât la souche de ses 
racines, savoir de l'arbft^ c'est que votre royaume vous demeurera, 
après que vous aurez reconnu que les cieux sont souverains. 

« C'est pourquoi daignez, ô roi ! suivre mon conseil ; rachetez vos 
péchés par la justice et vos iniquités par la miséricorde envers les 
pauvres ; peut-être que Dieu supportera vos offenses et prolongera 
votre paix. < 

« Toutes ces*choses arrivèrent au roi Nabuchodonosor. Douze 
mois après, il se promenait dans le palais de Babylone. Et le roi se 
mit à dire : N'est-ce pas là cette grande Babylone que j'ai bâtie dans 
la grandeur de ma puissance et dans l'éclat de ma gloire, pour être 
le siège de mon empire? 

« Le roi n'avait point achevé ces paroles, qu'une voix retentit du 
ciel : A toi, roi Nabuchodonosor, il est dit : Ton royaume a passé 
de toi. On va te chasser d'avec les hommes ; tu habiteras avec les 
animaux et les bêtes farouches ; tu mangeras du foin comme un 
bœuf, et sept temps passeront sur toi, jusqu'à ce que tu reconnaisses 
que le Très-Haut est le souverain dans le royaume des hommes, et 
qu'il le donne à qui il lui plaît. 

« A l'heure môme cette parole fut accomplie en Nabuchodonosor. 
Il fut chassé d'avec les hommes ; il mangea du foin comme un 
bœuf; son corps fut trempé de la rosée du ciel, jusqu'à ce que les 
cheveux lui crurent comme le duvet des aigles, et ses ongles comme 
les griffes des oiseaux. 

« A la hn des jours, moi, Nabuchodonosor, j'élevai mes yeux au 
ciel et ma connaissance me revint, et je bénis le Très-Haut, et je 
louai celui qui vit à jamais, et je le glorifiai, parce que sa puissance 
est une puissance éternelle, et son royaume est de génération en 
génération. Devant lui, tous les habitants de la terre sont réputés 
un néant ; il fait suivant sa volonté, et dans l'armée des cieux, et 
dans les habitants de la terre. Il n'y a personne qui résiste à sa 
main et qui lui dise : Qu'avez-vous fait ? En ce temps-là donc, ma 
coniiaissance me revint, et je recouvrai l'honneur et la gloire de la 
royauté : ma première forme me fut rendue ; mes princes et mes 
},'rands vinrent me chercher ; je fus rétabli dans mon royaume et 
environné d'une magnificence plus grande que jamais. 

« Maintenant donc, moi, Nabuchodonosor, je loue, j'exalte, je 
glorifie le Roi des cieux, parce que toutes ses œuvres sont vérité, 
toutes SCS voies justice, et qp-'il peut liuniilior ceux qui marchent 
dans la superbe *. » 



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<Uaiiicl,4. 



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38 HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv. XVIIL - De 088 

Malgré le peu de monuments profanes qui nous restent de 
l'histoire de la Chaldée, il s'est conservé une trace, quoique bien 
défigurée, de cet événement, dans un fragment do Mégasthène, cité 
par Abydénus, où il rapportait cette tradition des Chaldéens : Qu'un 
jour, sur la terrasse de son palais, Nabuchodonosor fut saisi tout 
à coup d'une fureur divine, et s'écria que les Babyloniens étaient me- 
nacés d'un malheur que nul de leurs dieux ne pourrait détourner : 
un mulet perse viendrait, qui les réduirait en servitude ; et qu'après 
ces mots, il disparut aux yeux des hommes *. Sous ce mulet, il en- 
tendait, si l'histoire est vraie, le fameux Cyrus, que la pythonisse de 
Delphes appela de même quelques années après, parce que son père 
était un Persan et sa mère une fdle du roi des Mèdes. 

Nabuchodonosor mourut après un règne de quarante-trois ans, et 
laissa le trône à son fils que l'Écriture appelle Évilmérodach, Bérose 
et Mégasthène , Évilmaluruch 2. 

Saint Augustin , dans deux de ses sermons , expose à son peuple, 
comme une chose certaine, que Nabuchodonosor se convertit au pro- 
dige de la fournaise ardente, qu'il crut en Dieu et trouva miséricorde 
devant lui. « Par un même prodige , les trois jeunes gens échappè- 
rent aux feux du moment, le roi, aux feux éternels. Le salut de leurs 
corps devint pour lui le salut de son âme. Il lui fut accordé plus 
qu'à eux ^. » Telles sont les paroles de saint Augustin. 

Le nouveau monarque de Babylone fit sortir de la prison , où il 
était depuis trente-sept ans, Joachim ou Jéchonias, avant-dernier roi 
de Juda, l'éleva au-dessus des autres rois de pays conquis, vivant ù 

» Megasth., apud Euseb , Prœp. ev., 1. 9, c. il. ~ « Euseb., ibid., c. 40 et 41. 
— » Sermo 301, n. 2, et 3i3, n. 2. Vidlmus, novimus quemadmodùm saluseo- 
rum justorum .1 Domino fuit, ut in ignem mitterentur, et lUum asperuni regem, 
quem loquendo irrilaverant, vlvendo converterent. Caedldit qiiippe in eorum 
Deum, et proposuJt edictum, ut quicumque biasphemaret Deum Sidrach, Mi- 
sach et Abdenago, in interilum iret, et domus ejus in diieptionem. Quàm dissi- 
milis jusslo primai jussioni ! Qualis prima jussio? Pcreal qui staluam auream 
non adoraveiit. Qualis secunda? Pereat qui Deum verum l)lasphemaverit. Fi- 
dèles homines non mutati, infldelem hominem mutaverunt. lllum in perfldià 
stare non permiserunl, quia ipsi in «de stclerunt. Sermo 301, n. 2. lll évadè- 
rent flammas très viri, Nabuchodonosor piœstitum est ut crederct in Deum eo- 
rum. Nam qui coa potuit in manifesto iiberaro, potuit et in occulto coronare. 
Sed si illos in occulto coronàsset, regem, qui sa"'ierat, non liberAsset. Salus cor- 
poris lUorum, salus anima' facta est illiua. Illi Deum laudando ovaserunt, sed 
praîsentes ignés : ille in Dnum ciedendo evasit, sed reteinas gehennas. Plus eigù 
illi, quûui iiiis, pia?stilum est. Sermu ,li'.], ii. 2. Un cfllique nous a tiiiî coiitmc 
un crime de dire que Nabuchodonosor a connu et servi lo vrai Dieu. Esl-eu qu'il 
ne sera plus permis, dans une histoire de l'Eglise, de citer Ins P<M-es de l'i^lgllse 
et dp penser comme eux ? 



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à 638 av. l'ère chr.] 

la cour, suivant le 
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Le lendemain. 
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1 4. Roc, 25. J< 



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à 638 av. l'ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 89 

la cour, suivant les mœurs de l'Orient, l'admit à sa table et lui fixa un 
convenable entretien, dont il jouit en effet tant qu'il vécut*. D'après 
certaines traditions rabbiniques, mais qui ne sont pas biep certaines, 
il avait appris à le connaître, lorsque son père , Nabuchodonosor, 
mécontent de sa conduite, l'avait fait mettre dans la même prison. 

Les Babyloniens adoraient une idole nommée Bel (Baal, Bélus), à 
qui tous les jours on offrait douze mesures de la meilleure farine. 
quarante brebis et six amphores de vin ; le roi lui-même allait jour- 
nellement l'adorer dans son temple. 

Une fois il demanda à Daniel, qui mangeait à sa table et qu'il ho- 
norait par-dessus tous ses confidents : Pourquoi n'adorez-vous pas 
Bel aussi? Il répondit: Je ne sers point les idoles que la main a fai- 
tes, mais le Dieu vivant qui a créé le ciel et la terre, et qui tient toute 
chair en sa puissance. Quoi donc! reprit le roi, Bel ne vous paraît-il 
pas un dieu vivant? Ne voyez-vous pas combien il mange et combien 
il boit chaque jour? roi ! dit Daniel en souriant, ce Bel est de boue 
au dedans et d'airain au dehors, et jamais il ne mangea. 

Le roi, en colère, fit venir les prêtres et les somma de dire qui con- 
sommait les offrandes. S'ils lui font voir que c'est Bel, Daniel mourra; 
sinon, ils mourront eux-mêmes. Oui, dit Daniel, qu'il soit fait selon 
votre parole. Les prêtres étaient au nombre de soixante-dix , sans 
compter leurs femmes et leurs enfants. Le roi s'en alla avec Daniel 
au temple de Bel. Là, les prêtres dirent : Voilà que nous allons sor- 
tir ; et vous, ô roi ! mettez les viandes et servez le vin ; puis fermez la 
porte et cîchetez-la de votre anneau. Et demain matin, lorsque vous 
entrerez, si vous ne trouvez que Bel aura tout mangé, nous mour- 
ions ; sinon, Daniel, qui a menti contre nous. Le roi ordonna de placer 
les offrandes ; mais Daniel fit tamiser de la cendre par tout le temple. 

Le lendemain, dès la pointe du jour , le roi s'en vint avec Daniel. 
Le sceau était intact. Le roi entra dans le temple, jeta les yeux sur la 
table et s'écria tout haut: Vous êtes grand, ô Bel ! et il n'y a point en 
vous de tromperie. Mais Daniel se mit à rire, et retenant le roi, pour 
qu'il n'avançât pas davantage, il lui dit : Voyez ce pavé , considérez 
de qui sont ces traces de pieds. Je vois , dit le prince , des traces de 
pieds d'hommes, de femmes et de petits enfants. Aussitôt, entré dans 
une grande colère, il fit arrêter les prêtres, avec leurs enfants et leurs 
t'emmeL,, et ils lui montrèrent de petites portes secrètes par où ils en- 
traient et venaient manger tout ce qui était sur la table. Alors il les 
fit mourir , et livra l'idole de Bel en la puissance de Daniel , qui la 
renversa ainsi que le temple ". 



\. Upc, ?5. Jcrcm., 62. — ' Dnn., U, 1-îl. 



40 HISTOIRE UNIVERSELLE [Llv. XVIII. - De 588 

Il y avait encore un grand dragon, à qui les habitants de Babylone 
rendaient également des honneurs divins. Un jour le roi dit à Daniel: 
Direz-vous encore que celui-là est d'airain ? Le voilà qui vit , qui 
mange et qui boit. Vous ne pouvez pas dire pour le coup que ce ne 
soit là un dieu vivan!,; adorez-le donc. Daniel répondit: J'adore le 
Seigneur, mon Dieu ; c'est lui le Dieu vivant. Quant au dragon , per- 
mettez-le-moi et je le tuerai sans épée ni bâton. Le roi le lui ayant 
permis, il prit de la poix, de la graisse et du poil , fondit le tout en- 
semble, en fit des masses et les jeta dans la gueule du dragon , qui 
en creva. Et Daniel disait : Vcilà ce que vous p/'r^^iez. 

A cette nouvelle, les Babyloniens entrèrent . ur et s'écrièrent 
que le roi était devenu Juif, qu'il avait renver. ^i, tué le dragon, 
fait mourir les prêtres. Attroupés autour du roi , ils exigèrent qu'il 
leur livrât Daniel : Autrement nous te tuerons, toi et ta maison. 

Ce langage fait bien voir qu'ils parlaient au faible Évilmérodach, et 
non point à Cyrus ni à Darius ; car comment les Babyloniens , abat- 
tus, anéantis, auraient-ils osé parler sur ce ton à leurs superbes vain- 
queurs, qui d'ailleurs n'adoraient ni l'idole de Bel, ni le serpent, mais 
le soleil? 

Le roi, contraint par la nécessité, leur livra Daniel. Eux le jetè- 
rent dans la fosse aux lions. Il y en avait sept, à qui l'on donnait tous 
les jours deux cadavres avec deux brebis ; mais alors on ne leur 
donna rien, afin qu'ils dévorassent Haniel d'autant plus sûrement. 

Pendant que l'homme de Dieu était là au milieu des lions, l'ango 
du Seigneur apparut au prophète Habacuc, dans la Judée , lorsqu'il 
venait d'apprêter un potage, de le mettre avec du pain trempé dans 
un vase, et qu'il allait dans le champ le porter aux moissonneurs. 
C'était probablement le même prophète dont nous avons les prédic- 
tions dans la sainte Écriture. L'ange lui commanda de porter ce dî- 
ner à Daniel, dans la fosse aux lions, à Babylone. Le prophète s'ex- 
cusant sur ce qu'il n'avait jamais été à Babylone, qu'il ne savait pas 
non plus où était la fosse aux lions, l'ange le saisit par les cheveux 
de dessus sa tête, et, dans l'impétuosité de son souffle, le transporta 
au bord de la fosse. Et Habacuc cria : Daniel , serviteur de Dieu, re- 
cevez le diner que Dieu vous a envoyé ! Et Daniel répondit : Dieu ! 
vous vous êtes souvenu de moi, et vous n'avez point abandonné ceux 
qui vous aiment. Et, se levant, il mangea ; et l'ange du Seigneur re- 
mit aussitôt Habacuc dans son lieu. 

Le septième jour, le roi s'en vint pleurer Daniel , et, s'étant ap- 
proché de la fosse, il regarda dedans, et voilà Daniel assis au milieu 
des lions. Aussitôt, s'écriant à haute voix, il dit : Vous êtes grand, ô 
Seigneur, Dieu de Daniel, cf il n'y rn a point d'autre que vous ! Et 



1 



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,1 538 av. l'ère chr.l 

il le fit tirer de la 
avaient été cause c 
devant lui *. 
Évilmérodach, a 
I régna que deux an 
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il résolut la guerre 
d'une manière fori 
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llalys, s'était rend 
reprtîsentant à ton 
dont les rois s'étai 
riage, et l'ambitioi 
Cyaxare envoyi 
beau-frère, et fit pi 
père le commande 
rante ans, et Cyax 
Des deux côtés 
lement du côté de 
encore pour auxili 
les Ciliciens et les 
$ Le roi des Indie 
j Nériglissor, pour 
I parce qu'il était r( 
I suite il envoya de 
guerre *. 

Le roi des Arm 
pour le Chaldéen, 
mais il fut pris pai 
que, d'ennemi, il 
L'année quatrii 
se rencontrèrent i 
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Lydiens, prit la c 
Si, comme gén 
sur, le fils de Nér 
de lui succéder ( 

» Dan., 14, 22-42. 

peu., I. 1. — * Ibid 



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1 



h 538 av. l'ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 41 

il le fit tirer de la fosse. En même temps il y précipita ceux qui 
avaient été cause de sa perte , et dans un instant ils étaient dévorés 
devant lui *. 

Évilmérodach, au témoignage de Bérose et de Mégasthène ^ , ne 
régna que deux ans. Méprisé et haï pour ses débauches et ses autres 
dérèglements, il fut tué par des conjurés, h la tête desquels était Né- 
riglissor, mari de sa sœur, qui s'éleva sur le trône. 

Aussi entreprenant que son beau-frère paraît avoir été efféminé, 
qui ^ il résolut la guerre contre Cyaxare II , fils d'Astyage, s'y prépara 
d'une manière formidable, envoya des ambassadeurs non-seulement 
;! Crésus, roi des Lydiens, qui, par ses conquêtes jusqu'au fleuve 
lliilys, s'était rendu redoutable en Asie, mais encore au roi de l'Inde, 
représentant à tous les deux que la puissance croissante des Mèdes, 
dont les rois s'étaient alliés à ceux des Perses par les liens du ma- 
riage, et l'ambition des uns et des autres, menaçaient toute l'Asie ^. 

Cyaxare envoya demander secours à Cambyse , roi de Perse, son 
beau-frère, et fit prier Cyrus, par ses ambassadeurs, d'obtenir de son 
père le commandement de l'armée persane. Cyrus était âgé de qua- 
rante ans, et Cyaxare de quarante-im. 

Des deux côtés on mit sur pied des armées formidables, principa- 
lement du côté de Nériglissor, qui, outre Crésus, roi de Lydie, avait 
encore pour auxihaires les Phrygiens, les Cariens, les Cappadociens, 
les Ciliciens et les Paphlagoniens. 

Le roi des Indiens envoya une ambassade tant à Cyaxare qu'à 
Nériglissor, pour s'informer exactement des causes de la guerre, 
l)arce qu'il était résolu à soutenir le juste contre l'injuste. Dans la 
suite il envoya de grands trésors à Cyrus pour les frais de cette 



guerre * 



Le roi des Arméniens, qui était tributaire des Mèdes, se déclara 
pour le Chaldéen, dans la vue de secouer le joug de la dépendance ; 
mais il fut pris par Cyrus, et, avec les siens, traité si généreusement, 
que, d'ennemi, il devint ami et allié ^. 

L'année quatrième du règne de Nériglissor , les deux puissances 
se rencontrèrent un jour, auquel celui-ci perdit la vie, et son armée la 
bataille. La mort de ce prince décida l'affaire. Crésus, roi des 
Lydiens, prit la conduite de l'armée *. 

Si, comme général, celui-ci n'était point comparable à Nériglis- 
sor, le fils de Nériglissor, Laborosoarchod, était encore moins digne 
de lui succéder dans l'empire. Débauché et cruel, sans aucunes 



» Dan., 14, 22-42. — « Jos^phe, Antiq., 1. 10. Apud Euseb., 1. 0. — ^ Cyra- 
péd., I.I.- i Ibid.,l. 2.- s lbi<i.,\.?i. — « fbid ,1.4. 



42 



HISTOIRE UNIVERSELLE 



[Liv. XVIII, - De 588 

qualités qui pussent le recommander au peuple ou à l'armée , il fut 
tué par ses sujets après un règne de neuf mois *. 

Alors parvint au trône le fils d'Évilmérodach, que Bérose appelle 
Nabonède ; Mégastliène , Nabonnidochus : Josèphe , Naboandel ; 
Hérodote, Labynète ; la sainte Écriture, Baltassar. Le nom do Baltas- 
sar, qui avait également été donné à Daniel, dans sa jeunesse, parle 
grand chambellan de Nabuchodonosor, était un nom honorifique, 
tel qu'en portaient les personnes d'un haut rang. 

La mère de ce Baltassar était Nitocris , qu'Hérodote nous repré- 
sente comme une femme d'une grande sagesse et d'un esprit élevé. 
Elle répara les murs de Babylone, jeta un pont-levis sur l'Euphrate 
et pratiqua dessous une galerie souterraine pour joindre ensemble les 
deux palais ou forteresses qui étaient sur ses rives vis-à-vis l'un de 
l'autre ; elle fit, en un mot, tout ce que pouvait suggérer la prudence 
humaine pour défendre, contre la puissance de l'ennemi, cette ville 
superbe, capitale du plus ancien empire sur la terre. Mais cette sage 
reine ne devait pas réussir. Les jugements de Babylone étaient pro- 
ches. Déjà Jérémie avait prédit que les peuples serviraient Nabucho- 
donosor, son fils et le fils de son fils, jusqu'à ce que vînt à son tour 
le temps de sa terre ^. 

« La première année de Baltassar, roi de Babylone, Daniel eut |la prépondérance d« 
un songe et une vision, étant dans son lit ; il écrivit le songe et le ré- |tlos Perses, des Mè( 
suma en ces termes : 

« Je voyais dans ma vision pendant la nuit : et voilà, les quatre 
vents du ciel se combattaient sur la grande mer ; et quatre grandes 
bêtes sortaient de la mer, différentes les unes des autres. La première 
était comme une lionne, et elle avait des ailes d'aigle ; et comme 
je regardais, ses ailes lui furent arrachées ; elle fut ensuite relevée 
de terre, et elle se tint sur ses pieds comme un homme, et un cœur Ihième bête, terrib 
d'homme lui fut donné ='. » lavait de grandes d( 

Pour mieux pénétrer le sens du prophète, rappelons-nous dès 1 foulait aux pieds ce 
maintenant que ces quatre bêtes qui sortent de la mer, ce sont les itcs que j'avais vu( 
quatre grands empires s'élevant de cette mer orageuse qu'on appelle u dant que je consic 
le genre humain, où les flots sont des peuples, les tempêtes des révo 



3S av. l'ère chr.l 

utions. Ces empires 

instinct politique éta 

el qu'il doit être, n 

st l'empire assyrio 

ide dans ses conqi 

orsque Nabuchodor 

vec lui, prend une 

« Et voici une aut 

e tint sur un côté ; 

randes défenses, e 

iohair*. » 

L'ours est un puii 

ion. Tel est le seco 

are au premier. L' 

|rité, il est terrible. 

jPerses étaient tranq 

assyrien les provoq 

chasse. Cette insult( 

Monde bête s'appuie 

^sos dans la gueule. 



« Apr^s cela je r 
Ipard, qui avait sur 
I cette bête avait aus 

C'est l'empire mf 
[se partage enquatr 

«^ Je regardais ei 



' Bérose, apud Euseh., 1. 9, c. 40. — * Jerem., 27. — s Daniel, 7, 1-4. Anno 
primo Baltassar, régis Babylonis, Daniel somnium vidit; Visio autem capiUs ejiis 
in cui)ili suo ; et somuiuni scribens, brevi sermone coniprehendit ; summatîmquf 
perstringens, ait : Videbam in visione ineà nocte : et ecce, quatuor venti cceli pii- 



iDan., 7,6. Etccce 
in ore ejus et in denlil 

■■= Ibid., (i. Post hî 
quasi avis, quatuor si 
oft ei. 

>f/)td.,7-î8.Posthr 



anabant in mari rnasno : et qnaïuor IjcsUsp crnnde..4 ascendebant de mari, divers.T II al(|ueunral)ilis,elforti 



inter se. Prima quasi leœna, et alas habebat aquilœ ; aspiciebam donec evulsa; sunt 
ala; ejus, et sublata est <le terrû, et super pedes quasi hoino stclit, cl cor homiuis 
datum est ei. 



j miuuens, et reiiquap 

tiis, quas videram ani 

j orcc poinu nliud par\ 



De 588 
, il fut 



1 av. l'ère chr."' RE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 13 

lutions. Ces empires apparaissent en bêtes farouches, parce que leur 
instinct politique était, non pas l'équité, la bienveillance de l'homme 
ppellp Bel qu'il doit être, mais le féroce t îoïsme de la brrtte. La première 
iindel • l'st l'empire assyrio-babylonien, puissant et fier comme le lion, ra- 
ialtas- J)iile dans ses conquêtes comme l'aigle. Ses ailes lui sont arrachées 
parle porsque Nabuchodonosor est dépouillé de sa puissance ; elle se relève 
ifiquo, Svec lui, prend une marche humaine, reçoit un cœur humain. 

« Et voici une autre bête, la seconde, semblable à un ours, et elle 
le tint, sur un côté : elle avait dans sa gueule et entre ses dents trois 
rrandes défenses, et on lui disait : Lève-toi, mange beaucoup de 

[chair*. » 

L'ours est un puissant animal, mais point aussi magnifique que le 

lion. Tel est le second empire, celui des Mèdes et des Perses, com- 

j)aré au premier. L'ours ne vit pas de proie comme le lion ; mais, ir- 

tité, il est terrible. Xénophon nous apprend que les Mèdes et les 

.^ oa^. Jperses étaient tranquilles dans leurs âpres montagnes, lorsque le roi 

it pro- lassyrien les provoqua par une irruption enMédie dans une partie de 

bucho- l'hasse. Cette insulte finit par coûter l'empire à Babylone. Cette se- 

>n tour 1< onde bête s'appuie plus sur un côté que sur l'autre, et a trois défen- 

ises dans la gueule. Cela peut marquer, dans la seconde monarchie, 

liel eut |la prépondérance des Perses sur les Mèdes, ensuite la triple puissance 



repré- 
élevé 
phratf 
ible les 
.'un de 
jdence 
te ville 
te sag( 



,dos Perses, des Mèdes et des Chaldéens réunis ensemble. 
I « Apr^s cela je regardais, et en voilà une autre, comme un léu- 
jpard, qui avait sur le dos quatre ailes, comme celles d'un oiseau ; 
I cotte bête avait aussi quatre têtes, et la puissance lui fut donnée 2. » 
' C'estl'empire macédonien, qui, à la mort d'Alexandre le Grand, 
se partage en quatre puissantes monarchies. 

«3 Je regardais ensuite dans cette vision nocturne, et voilà une qua- 
trième bête, terrible, épouvantable et prodigieusement forte: elle 
avait de grandes dents de fer, et elle mangeait, et elle broyait, et elle 
foulait aux pieds ce qui restait ; elle était fort différente des autres bê- 
.,j.i. .L. a tes que j'avais vues avant elle, et elle avait dix cornes. Mais pen- 
iippelle 1 liant que je considérais ces cornes, voilà qu'une autre petite corne 

j révo- m 

1 Dan., 7, 6. Et ccce bestia alia, similis urso, in parte stetit ; et très ordines erant 
in ore ejus et in denlibus ejus, et sic dicebant ei : Surge, comede carnes plurimas. 

•■' Ibid., 6. Post hîEO aspiciebam, et ecce alia quasi pardus, étalas habebat 
quasi avis, quatuor super se, et quatuor capita erant in bestiâ, et potestas data 



t le ré 

quatre 
randcs 
emière 
îomme 
relevée 
a ctt'ui 

us dès 
ont les 



4. Anno 
dlis ejiis 
latîmquf 
C(cli pu 



I oft ei. 



(CM pu- '^Ihid., 7-Î8. Post hfpc aspiciebam invisioncnocUs.etecce bestiaqnartaterribilis, 
divers.T|ial(|nennrai)ilis,elfortisnimls:dentesferreosbabebatmagnos,coniedensatquecom- 

Isœ suiit M miiiuens, et reiiqua peilibus suis couL-ulcans ; dissimilis aulem eial ctcleiis bes- 
homiiii:' B "'«. *l"as viderani ante eam, et habebat cornua decem. Considerabam cornua, et 
orce oninu nliud parvulnm orfnm est de medioenrum, et tria de cornibua primls 






I : 



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pi, 



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^* HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv. XYIIL - Do àsj 

s'élevait d'entre elles, et trois des premières cornes furent arrachée 
de devant sa face ; et voilà, cette corne avait des yeux comme d, 
yeux d homme, et une bouche qui disait de grandes choses. 

« Je regardais jusqu'à ce que des trônes furent placés et que l'ani 
cen des jours s'assit; son vêtement était blanc comme la neige j 
les cheveux de sa tête comme une laine très-pure ; son trône é'ta 
des flammes ardentes, et i roues de ce trône un feu brûlant. r,j 
fleuve rapide de feu se répandait de devant sa face. Un million le ser- 
valent et mille millions étaient debout devant lui. Le jugement . 
tint, et les livres furent ouverts. 

« Je regardais attentivement à cause du bruit des grandes paroloA^'"*^ 8''^"*^^ ^"^ '* 
çpie cette corne prononçait ; je regardais jusqu'à ce que la bête eë *''" '^' '^'"^' ^* P 



tte tuée , son corps détruit et livré au feu pour être brûlé , et n„. 
puissance des autres bêtes leur eût été ôtée; car la durée de L, 
vie leur avait ete donnée jusqu'à un temps et un temps. L 

«Je regardais dans cette vision de nuit, et voilà qu'avec les nuéej 

r IZ: T!!! !! !^^^ ^'^- ^'^ ^'-- J-."'^ l'a.. ^ 



jours, et qu'il dor 



638 av. l'ère chr.] 

« Ces quatre g; 
le la terre ; mais 
posséderont jusqi 

J'eus ensuite 
[juatrième bête, c 
;iv,?inent efïVoyat 
nangeant, broyai 
ix cornes qu'elle 
jH'ésence de laque 
(jui avait des yeux 



tei.ips arrivât où 
« Il parla ainsi 
la terre, et très-d 
terre, il la fouler; 
^^jours; etonleprése;u;ï;;;;ud7£^îl'iil?doZ"rp3 dix rois qui^élèy 
sance, et 1 honneur, et le royaume; et tous les peuples, toutes là ''"' '"'''' ^'^""'''''^ 
nations et toutes les langues le serviront : sa puissance est une puis '"''' ''''"*'^ ^'"' ' 
sance éternelle qui ne lui sera point ôtée, et son royaume est ini- ''' '^'"*' "*" '^'^' 
périssable. | temps et les lois, e 

«Alors mon esprit frémit dans mon corps; moi, Daniel je fus P deux temps et la 
épouvanté, et les visions de ma tête me jetèrent dans le trouble d "^^ '^ Puissance k 
m approchai d'un des assistants et lui demandai la vérité sur tout!'' J^""^''* ^* ^'''"'1 
cela. Il me parla et m'enseigna la signification de ces choses. 



i 



evulsa sunt à facie ejus ; et ecce, oculi quasi oculi hominis erant in cornu Isto, 
et os loquens ingentia. 

ein^JnniJiï'" '^°"'" '^'''"' P°''" '""*• '^ «"''1""« '^'^'•"'n s^dlt; vestiaiontnm 
flamZl "'" ''"'" ""• '* '"P'"' '^P'''' ''^'■' 1"««' l«"a '"""f'a : H"onus rjn.s 
hZiZ :,'!^^"' '^'"' '^"" accensus. Flavius igneus rapidusque egrediel.al.,, 
tZ,lî ; î '"""'" minislrabant ei, et decies millies centena miUia assis- 
leuant eL Judicium sedit, et libii apeiti sunt. 

cf vMi"-i?n'""^ P'?'^''/«*=«'" sermonum grandium, quos cornu illud loquebntnr; 

«d .1^ î"' '""'''" "''"' ^''*''' •-'* P<^'"«««' '^«^P"» «J"«. et tradilum esset 
adcomburendumigni; aliarum quoque bestiarnm ablata esset potestas, et teiii- 
pora vifœ constUuta essenl eis usque ad tempus et tempus. 
Aspic.ebam ergùin visionenoctis, et ecce cum nubibuscœli quasi Filiushnmi- 

n mn.mn ; '! ?f''"' "'' """^""'" '^"''■"'" P"^^"'^' «» in conspeclu ejus oblulc 
nm tuin, et dédit ei poteslafem, et honorem, et regnum ; et omnes pop i, tribns 
n iinguae ipsi servient : potestas ojus, potestas a-terna, quïe non auferetur, et re- : 
sninii ejus, quod non corrumpetur. * 

Horruit spirlins meus ; ego, Daniel, tcrritus sum in his, et visiones capitis 
con.iirtaverunt me. Access! ad unnnulo assistonlibus, et vorilatem nua^rebai 



co de omnibus his. 

Hae quatuor bestiœ 
cipient auteni regnur 
luin, et sœculum sîec 

Post hoc volui diii 
omnibus, et terribilis 
nuebal, et reliqua pt 
in rapitc; et de alio, 
cornu illo quod hab-j 

Aspiciebam, etecc 
lis, donec venit anl 
advenit, et regnum o 

Et sic ait : Beslia i 
nibusregnis; etdevc 
Poriôcornua decem 
et ipse polentior erit 
siim loquetur, et san( 
gj et ieges, ei. liadenlu 
temporis. Et judiciui 



m av. l'ère chr.] UE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 45 

« Ces quatre grandes bêtes sont quatre royaumes qui s'élèveront 
le la terre ; mais les saints du Très-Haut obtiendront l'empire et le 
posséderont jusque dans le siècle des siècles. 

J'eus ensuite un grand désir d'apprendre la signification de la 

juatrième bête, qui était très-différente de toutes les autres, exces- 

rône^é'tailï'^"""^^"^ effroyable, avec des dents de fer et des ongles d'airain, 

nangeant, broyant et foulant aux pieds ce qui restait ; ainsi que des 



!;1 



I. - Dp 5s 

' arraché 
îomme (1( 
ses. 

t que l'an 
a neige, ei 
était 
rûlant. lu 



les nuéesj 
pi'à l'an 
1 la puis 
toutes les^ 
ine puis 
! est im- 

?1, je fus| 
3uble. h\ 
sur tout 



ion le seri '^^^ <'01'"ps qu'elle avait à la tête, et de cette autre qui lui poussa, en 
^ement se P''*^*^®"^^ ^^ laquelle trois cornes étaient tombées ; et de cette corne 
\ qui avait des yeux et une bouche prononc^ant de grandes choses, corne 
es parolosi '''"*^ grande que les autres. Et je vis cette corne faisant la guerre con- 
a bête eiitî *''" ^^^ ^^'"^^ ^^ prévalant sur eux , jusqu'à ce que vint l'ancien des 
é , et qiij i""''^' ^* ^" '* donnât le jugement aux saints du Très-Haut, et que le 
'e'de le î *<^''^P^ *™^'^* où les saints obtinrent l'empire. 

« Il parla ainsi : La quatrième bête sera le quatrième royaume sur 
la terre, et très-différent de tous les royaumes : il dévorera toute la 
terre, il la foulera aux pieds et la broiera. Les dix cornes signifient 
dix rois qui s'élèveront de ce royaume ; un autre s'élèvera après eux, 
qui sera différent des premiers , et il humiliera trois rois. Il profé- 
rera contre (sur ou touchant) le Très-Haut des paroles, il écrasera 
les saints du Très-Haut ; et il s'imaginera qu'il pourra changer les 
temps et les lois, et ils seront livrés entre ses mains jusqu'à un temps, 
deux temps et la moitié d'un temps. Ensuite se tiendra le jugement, 
où la puissance lui seraôtée, en sorte qu'il soit détruit et qu'il périsse 
à jamais. Et l'empire, et la puissance , et la grandeur des royaumes 



iornu isto, 

itiaicntum l 
■omis pjiis 
■ediebaliir 
Uia assis- 

luebntiir; ? 
liim esset 
, et teiii- 

iis hnmi- 
IS ()l)llllc- ; 
"i, tri))i.is : 
jr, et re- 1\ 

pitis mei ^'* 
'ebain al) 



eo de omnibus his. Qui dixit mlhi inteipretalionem sermonum et docuit me. 

Hae quatuor bestife magnœ, quatuor sunt régna, quae consurgent de terra ; sus- 
cipientautem regnum sanctiDeialtissimi, et obtinebunt regnum usque in sœcu- 
luiii, et sœculum sneculorum, 

Post hoc volui diiigenter discere de bestià quartâ, quae erat dissimilis valdè ab 
omnibus, et terribilis nimîs ; dentés et ungues ejus ferrei ; comedebat, et commi- 
nuebal, et reliqua pedibiis suis conculcabat ; et de cornibus deceni, quœ liabebat 
in capilc ; et de aiio, quod ortum fuerat ante quod ceciderant tria cornua; et de 
cornu illo quod habr:;bat oculos et os loquens grandia, cl majus erat cœteris. 

Aspiciebam, etecce cornu illud faciebat bellum adversùs sanctos, etprœvalebat 
Lis, donec venit antiquus dierum, et judicium dédit sanctis Excelsi, et tempus 
advenit, et regnum obtinuerunt sancU. 

Et sic ait : Bestia quarta, regnum quartum erit in terra, quod majus erit om- 
nibus regnis; ctdevorabit univcrsam terram, et coneulcabit, et comminuet cam. 
Poriô cornua deceui ipsius regni, deceni reges crunt; et alius consurget post eos, 
et ipse polentior erit piioribus, et très roges humiliabit. Etserraones conU'a Excel- 
siim loquetur, et sanclos Altissimi conterel; et putabit quùd possitmutare tempora 
et leges, et liadenlur ia manu cjus usque ad tempus, et tempora, et dimidium 
lemporis. Kt judicium sedebit, ut auferatur potentia, et conteratur, et dispereat 



*^ HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv. XVIIL - De m 

qu'il y a sous tout le ciel sera donnée au peuple des saints du Très- 
Haut : et son empire est un empire éternel , et toutes les souverai- 
netes le serviront et lui obéiront. 

«Là finit le discours. Mais moi, Daniel, je fus fort troublé dans 
mes pensées : mon visage en fut changé ; mais je conservai ce dis- 
cours dans mon cœur. » 

Cette quatrième et terrible béte, avec ses dents de fer et ses ongles 
d'airam, qui dévorait, qui broyait, qui foulait aux pieds le reste, 
c est la païenne Rome, broyant et engloutissant toute la terre. Elle 
différait des précédentes. Successivement royaume et république . 
république et empire, sous des rois, sous des consuls, sous des tri- 
buns, sous desdécemvirs, sous des dictateurs, sous des empereurs 
Rome, en dévorant les autres empires, s'en appropriait ce qu'ils 
avaient de fort, mais ne ressemblait à aucun. A la fin, il pousse à 
cette béte dix cornes ou dix rois. On les lui voit également dans 
l'Apocalypse de saint Jean. Là ces dix rois, d'abord pour elle , se 
mettent contre elle. On l'entend de cette dizaine de rois barbares qui, 
dans le cinquième et le sixième siècle de l'ère chrétienne, d'abord 
à le ^olde de l'empire romain, finirent par s'en partr.ger les provinces. 
Après eux, s'élève une nouvelle corne, d' abord petite , mais grandis- 
sant âme d'œil. Au commencement du siècle septième, l'an 622, 
dans l'Arabie, autrefois province romaine, s'élève l'empire de Ma- 
homet, petit d'abord, mais bientôt grand et formidable. Cette corne 
m ce roi en abaissera trois autres. Ce que l'on peut entendre des 
Perses en Asie, des Visigoths en Espagne, des Grecs de Constanti- 
nople, dont les Musulmans abaissèrent ou même anéantirent les em- 
pires. Cette corne a des yeux. Mahomet fait le voyant, le prophète. 
Cette corne parle superbement pour, sur ou contre le Très- Haut ; car 
le texte original peut avoir ces divers sens. Mahomet a fait tout cela. 
Il parle de Dieu ou fait parler de Dieu éloquemment ; mais c'est pour 
lui faire condamner les chrétiens comme corrupteurs de sa loi, dé- 
clarer Mahomet son plus grand prophète, dévouer au glaive quicon- 
que ne l'en croira pas sur sa parole. Il parle honorablement de Jésus- 
Christ, comme Messie, Verbe, prophète ; mais il condamne d'impiété 
et d'idolâtrie quiconque le reconnaît Fils de Dieu ; mais l'unique but 
de la religion et puissance mahométane a toujours été, comme il est 

usque in flnem. Regnum autem, et potestas, et magnitude regni, quœ est subter 
omne cœlum, detur populo sanctorum Aillssimi j cujus regnum, regnum sem- 
piternumest, etomnesregefi servientei etobedient. 

HuCUBQUe finis verbi. Ken. nanio) mnUi'km i>n<ritutiorSh><° Tv,<>So „»n'"!-ii3< ^! 

faciès mea mutata est in me î verbum autem in corde meo conservavi. 
» Daniel, 7, 7-28. 



à hM av. l'ère chr.] 

encore, d'exterm» 
très de Babylone ( 
anti-Dieu, en ce 
adoraient d'autres 
l'empire antichrét\ 
depuis que Dieu s 
nifestée dans une 
sixième siècle, sei 
l)araître aussi cet! 
sont pas trompés, 
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des empires idolâl 

Cette cotme, cet 
lait sur eux. Le n 
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Cette corne , ce 
deux temps et la 
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sions ; de plus, il 1 
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Or, les mahom( 
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un mois d'année; 
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Jean, un temps, di 
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* Apoc.c. 11, 12 e 



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e il est 

; subter 
a sem- 

îbar, et 



! 



à 538 av. l'ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 47 

encore, d'exterminer ceux (jui adorent le Christ. Les empires idolâ- 
tres de Babylone et de Rome étaient, pour ainsi dire, des empires 
ont i- Dieu, en ce qu'à la place ou à l'égal du Dieu véritable ils en 
adoraient d'autres. L'empire mahométan est, par son essence même, 
l'emi^'ire antichrétien. C'est toujours la guerre contre Dieu ; seulement 
depuis que Dieu s'est manifesté dans le Christ, cette guerre s'est ma- 
nifestée dans une forme d'antechrist. Les Pères du cinquième et du 
sixième siècle, sentant crouler l'empire romain, s'attendaient à voir 
|)araître aussi cette nouvelle puissance ou Porte de l'enfer. Ils ne se 
sont pas trompés. Un autre signe, c'est que de tous les empires mo- 
dernes, le mahométan est le seul qui ait conservé le caractère bestial 
des empires idolâtres, le seul où l'on fasse des esclaves. 

Cette corne, cette puissance, faisait la guerre aux saints et préva- 
lait sur eux. Le mahométisme n'a cessé de foire la guerre aux chré- 
tiens, appelés saints dans le langage de l'Écriture, et a prévalu sur 
eux dans tout l'Orient. Cette nouvelle corne, ce nouveau roi s'imagi- 
nera pouvoir changer les tei.ps et les lois. Le mahométisme a intro- 
duit une nouvelle manière de compter les années : au lieu de célé- 
brer ou le samedi avec les juifs, ou le dimanche avec les chrétiens , 
il célèbre le vendredi ; à la loi de Moïse et à la loi de Jésus-Christ, il 
a substitué l'Alcoran. 

Cette corne , cet empire aura ainsi la puissance jusqu'à un temps, 
deux temps et la moitié d'un temps. C'est-à-dire, dans le langage 
apocalyptique, un an, deux ans et la moitié d'une année. Le pro- 
phète de la nouvelle alliance, saint Jean, se sert des mêmes expres- 
sions ; de plus, il les traduit tantôt par quarante-deux mois, tantôt 
par douze cent soixante jours *. 

Or, les mahométans, pour se retrouver dans les embarras de leur 
comput, emploient une période ou un cycle de trente ans, autrement 
un mois d'années. Sur ce pied, les quarante-deux mois ou douze 
cent soixante jours auxquels Daniel et saint Jean bornent la durée 
de l'empire antichrétien, feraient douze cent soixante ans. Comme le 
mahométisme a commencé en 622, il finirait donc en 1882. 

On pourrait même, dans ces expressions de Daniel et de saint 
Jean, un temps, deux temps et la moitié d'un temps, découvrir pour 
la puissance mahométane, comme trois époques : une première 
d'accroissement, une seconde de lutte, une troisième de décadence. 
Pendant un temps, douze mois d'années, ou trois cent soixante ans, 
depuis 622 jusqu'à 982, vers la fin du dixième siècle, le mahomé- 
tisme triompha presque partout sans beaucoup d'obstacles. Pendant 



* Apoc.c. 11, 12 et 18. 



*^ HISTOIRK UNIVERSELLE [Liv. XVilL — De & 

deux temps, deux ans d'années, ou sept cent vingt ans, depuis la 
fin du siècle dixième, où les chrétiens d'Espagne commencèrent à re- 
pousser les mahométans et firent naître les croisades, jusqu'à la fin 
du dix-septième siècle, il y eut une lutte à peu près égale entre le 
mahométismeet la chrétienté. Depuis la fin du dix-septième siècle, 
où Charles de Lorraine et Sobieski de Pologne , achevant ce que 
Pie V avait commencé à la journée de Lépante, brisèrent tout à 
fait la prépondérance des sultans, le mahométisme est en décadence. 
Enfin il est non-seulement possible, mais très-probable , qu'à dater 
de cette dernière époque, le commencement du dix-huitième siècle, 
après la moitié d'un temps, six mois d'années, ou cent quatre-vingts 
ans, vers 1882 , c'en soit fait de cet empire antichrétien. 

Enfin se tiendra le jugement. Déjà nous avons vu le Très-Haut , 
avec ses veillants et ses saints , juger le roi de Babylone : nous le 
verrons pareillement dans l'Apocalypse juger, avec les anges et les 
samts, Rome idolâtre et ivre du sang des martyrs ; ici nous le voyons 
jugeant l'empire antichrétien. Lorsque la sentence contre Rome ido- 
lâtre s'exécuta par les barbares, la puissance fut donnée aux saints 
du Très-Haut, aux chrétiens, qui formèrent dès lors de nouveaux 
royaumes, un nouveau genre humain nommé chrétienté. Lorsque la 
sentence finale s'exécutera contre l'empire antichrétien de Mahomet 
alors seront données au peuple des saints la souveraineté, la puis- 
sance, la grandeur de tous les royaumes qui sont sous le ciel. 

Pendant que Dieu révélait à son prophète l'ensemble des quatre 
grandes monarchies, avec leur suite jusqu'à la fin des temps, le fon- 
dateur de la seconde , le Persan Cyrus, avec son oncle Cyaxare , que 
l'Ecriture appelle Darius le Mède, s'avançait à travers l'Asie, empor- 
tant les villes, soumettant les provinces, gagnant le cœur des peuples 
par sa conduite noble et généreuse. Dieu fit voir dès lors à Daniel 
quelle serait la fin de ce second empire, quel serait le caractère du 
troisième, et combien un démembrement de ce dernier causerait do 
maux à la nation sainte. 

« * La troisième année du règne du roi Baltassar, j'eus une vision 
à Suse, métropole de la province d'Élam , et il me parut dans cette 
vision que j'étais sur le bord du fieuve Ulaï. » (C'est le Choaspes, 
dont l'eau était si belle , que les rois de Perse n'en buvaient point 
d'autre.) 

• Daniel, 8, i et 2. Anno tertio regnl Baltassar régis, visio appan.it n.ilii. 
Ego Daniel, posl i.l quod videram in principlo, vidi in vlsione meA, crtm esson. 
in susia Castro, qi.od cgt in JElara regionc ; vidi autem in vlslono esse me super 
portam Ulai. ' 

Et levavl oculos nico8,cl ecce aries unusslabal antc paludeni, Imbens cornua 



I à 638 av. l'ère ctir.] 

« Je levai donc 

devant le fleuve : 

et l'une était plus 

tait accrue la derr 

contre l'occident, 

tes ne pouvaient li 

ion son plaisir, et 

« Mais pendant 

(îident sur la face c 

bouc avait une coi 

qu'à ce bélier qui 

bord du fleuve ; et 

je le vis arrivant to 

le bélier, et il lui r 

force pour tenir dt 

foula aux pieds, e 

? « Et le bouc dei 

plus fort, sa grand 

cornes considérabj 

tre elles sortit une 

vers l'orient, et vei 

des cieux ; et elle ( 

iiux pieds. Elle s'él 

vit le sacrifice perpi 

inée lui fut livrée a^ 

jeta la vérité par te 

Kccisa.etunumexcel! 
vciitilantem contra or 
omiies bestiaî non pot( 
l'imdùin volunlatem si 

Ktego inleiiigebani ; 
raciein totius terrw ; et 
inifir oculos suos. El ■ 

iiiitcni ante portam, 

lipiopinquasset propo 
"innit duo cornua ejn 
in lorrain, conculcavil 

Illrcus auteni eaprai 
st oornii magnum, et 
"''• De uno aulcm ex 
^laruio couiiu méridien 
i'Iiim est usque ad l'o 
"iiciiicavit eas. Et usi 
"lit juge sacrillduni, c 
III. 



I 



-Deik 

3puis la 

int à re- 

à la fin 

entre le 

! siècle, 

ce que 

tout à 

ïdence. 

à dater 

siècle, 

!-vingts 

-Haut , 
nous le 
s et les 
voyons 
ne ido- 
i saints 
uveaux 
sque la 
homet, 
a puis- 

quatre 
le fon- 
e , que 
mpov- 
leuples 
Daniel 
ère du 
rait do 

vision 

is cette 

laspes, 

point 



,H 



l niihi. 
: esseiii 
'. super . 

cornuu i 



à 538 av. l'ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE, 4g 

« Je levai donc les yeux et je regardai : et voilà un bélier debout 
devant le fleuve : il avait deux cornes, et ces cornes étaient élevées, 
et l'une était plus élevée que l'autre, et celle qui était plus élevée s'é- 
tait accrue la dernière. Je vis le bélier donnant des coups de corne 
contre l'occident, contre l'aquilon et contre le midi ; et toutes les bê- 
tes ne pouvaient lui résister ni se délivrer de sa puissance j et il fit se- 
lon son plaisir, et il devint très-grand. 

« Mais pendant que je considérais , voilà qu'un bouc vint de l'oc- 
(•ident sur la face de toute la terre ; et il ne touchait pas la terre : et ce 
bouc avait une corne fort grande entre les deux yeux. Et il vint jus- 
qu'à ce bélier qui avait des cornes, et que j'avais vu debout sur le 
bord du fleuve ; et il courut sur lui dans l'impétuosité de sa force. Et 
je le vis arrivant tout près du bélier ; et il entra en fureur, et il frappa 
le bélier, et il lui rompit les deux cornes; et le bélier n'avait aucune 
force pour tenir devant lui. L'autre, au contraire, le jeta par terre, le 
foula aux pieds, et personne qui délivrât le bélier de sa puissance. 
« Et le bouc devint extraordinairement grand ; et lorsqu'il était le 
plus fort, sa grande corne se rompit, et à sa place il s'éleva quatre 
î cornes considérables, vers les quatre vents du ciel. Et de l'une d'en- 
tre elles sortit une petite corne, mais qui devint grande vers le midi, 
vers l'orient, et vers le pays de gloire. Et elle s'éleva jusqu'à l'armée 
des cieux ; et elle en jeta par terre, ainsi que des étoiles, et les foula 
aux pieds. Elle s'éleva même jusqu'au prince de cette armée, lui ra- 
vit le sacrifice perpétuel, et profana le lieu de son sanctuaire. Et l'ar- 
mée lui fut livrée avec le sacrifice perpétuel, à cause du péché ; et elle 
jota la vérité par terre, et tout ce qu'elle entreprenait lui réussissait. 

Kcdsa, et unum excelsius altero atqne suocrcsccns. Posleù viili ariclem cornibua 

. vciitilantem contra orcidentem, et contra aquiloncm, et contra meridicm • et 

omnes bestiœ non poterant resisterc ei, nequc Hberaride manu ejus ; fecitquc sc- 

' iiniliim volunlatem suam, et matçnificatus est. 

Et ego intelligebani ; ccce autcin bircus caprarum veniebatab occideme super 

aciein totius terrai ; et non tangebat torram : porrùhircushabebat cornu insigne 

nlfir oculos suos. Et vcnit usquc ad arietcm illum cornuluni, quem viderum 

^lîiiitcni ante portam, et cucurrit ad eum in inipetu foitiludlnis sua;. Cùuuiue 

il'Piopinquasset prope arietem, eircratus est in euui. et percussit arietcm, et com- 

•l'in-ut duo cornua ejiis j et non potcrat arles rosistcre el : cùmquc eum misisset 

'nimram, conculcavit, et ncmo quibat liberare arietem de manu ejus. 

llucus autem eapraruui magnus fact.is est nimls j cùmque crevisset fractum 

*>t cornu magnum, et orto sunt quamor cornua .sublcr iiiudpcr quatuor ventes 

"li. De uno autem ex eis cgressum est cornu unum modicum : et factiim ..«t 

pi.irule couiia meridicm, et contra orientem, el contra fortitudlnem. Et magnill- 

"l""i est iisque ad lorlitudincm c(x«li; et dcjecit de fortltudlnc, et de stellis, et 

'"«"Inivit eas. Et usquc ad principem forliludinis niagnitlcatum est, et ab eo 

ç'iiit juge sacrillcium, etdi'jeclt lutum sanclilicalionis ejus. Hobur autem dalum est 

4 



so 



HISTOIRE UNIVEUSELLE 



LLiv. XVlll. - De 58S 

« Or, j'entendis parler un saint, et un autre saint dit à celui qui 
parlait : Jusqu'à quand durera cette vision, touchant le sacrifice perpé| 
tuel, et le péché, cause de cette désolation V jusqu'à quand le sanc- 
tuaire et l'armée seront-ils foulés aux pieds ? Et il lui dit : Jusqu'au 
soir et au matin après deux mille trois cents jours ; et le sanctuaiii' 
sera purifié. 

« Pendant que moi, Daniel, je voyais cette vision et en cherchais 
l'intelligence, voilà debout devant moi comme une figure d'homme; 
et j'entendis la voix d'un homme sur le fleuve Ulaï, qui cria et dit: 
Gabriel, ftiites-lui entendre cette vision. Et il vint tout près de moi: 
mais moi, effrayé, je tombai le visage contre terre. Lui me dit: 
Comprends, fils de l'homme, car cette vision est pour le temps de 
la fin. 

« Mais pendant qu'il me parlait, je tombai tout accablé sur mon 
visage. Alors il me toucha, et, m'ayant fait tenir debout, il me dit 
Je te ferai voir ce qui arrivera au dernier temps de la colère ; car et 
temps a sa fin. 

« Ce bélier que tu as vu ayant deux cornes, est le roi (en hébreu 
les rois) des Mèdes et des Perses. Le bouc est le roi de Javan (Grèce) 
et la grande corne qu'il avait entre les deux yeux est lui-même, rt ; 
premier roi. Les quatre cornes qui se sont élevées à la place de li 
première, quand elle eut été rompue, ce sont quatre royaumes qiu 
s'élèveront de sa nation, mais non dans sa force. " 

« Et vers la fin de leur règne, les iniquités s'étant accrues, il s'éiè-' 
Vera un roi d'un front impudent et comprenant les énigmes. S 



■j 



il 



ei contra juge saciiilclum proptcr pcccata ; ctprosternetur verltas In terra, elfac i 
et prosperabitur. 

Et audivl unnni de sanctls lofiiicntem, et ilixit iiniis sanctus altcil nescid ci 
loquenU t Usquequô visio.ctjiisegacriflclum, ctpeccatum desolatlonig, quœ facs 
est? et sanctuarium, et fortiludo conculcabituvi' Etdixit ci : Usque ad vespcrac 
et mane, dles duo millia tiecentl; et mundabitur sanctuarium. 

Kactum est autem cùm viderein ego, Daniel, visioncm, et quiPierem intcIiiacE 
liani, cc(,ù Btelit in conspeilu nieo quasi spccics viri ; et audivi voccm viri inn 
Ulai, et clamavit, et ait : Gabriel, fae intelliscrc islam visionoin. Et venil, ■ 
fetetit ju\ti> ul»i ego stabam; ci'imquc venissct, pavens coirul in faclem meaiii;t 
ait ad me : Intolllgc, llii homlnis, quoniàni inleuiporc Unis complebitur visio. 

Clinique lo(iueretur ad me, collapsus suni pronus in Icrram ; et li'lii^it iik', 
statuit nie In gradu ineo, dlxitquc mllii : Ego ostendani tibi qua; fulura suiii 
novissimo inaledictloni»; quoniàni haliel tenipu» llnciu suuni. 

Aric>i-, qucni vidiali liiibern cornuii, rex Medoium est atcpie Poisarurn. l'mt 
hircus caprarum, rex (.iripcoruni est, et cornu grande, quod erat Inler oculos (jn 
ipse est, rex piimus. Quod autem l'rarto illo surruxurimt ([uatucu- pro co, qiiiiln 
regcs de gcnto ejus consurgeni, scd non in forlitudine cju». 

Et posl regnum eorum, cùni crevcrlnt iniquilatcs. consurget rcx impiidi 



il 5^8 av. l'ère chr.; 

puissance s'établi 
croyable ; il réusi 
forts et le peuple ( 
il s'agrandira dan 
nombre j il s'élèv 
brisé sans aucune 
vous l'a dit, est 
n'arrivera qu'apr 

« Et moi, Dai 
pendant quelque: 
affaires du roi : j' 
savait. » 

Cette prédictioi 
impossible de s'y 
expliquée à Danie 
l'histoire universe 

D'après l'exp'i 
étaient le bélier, i 
core séparés ; ma 
par la mort de C; 
quelque sorte dép 
propre roi, Caml 
victorieux le héro 
Mèdes, devaient d 
friotes, les Perses 
vertu et la valeur 
colle qui longtem] 

« Le bélier doni 
qiiilon et contre 
gypt(! et s'avan(.'a t 
{,'ondre de Cyrus ( 
son beau-père, pc 
<'ontre les Grecs ; c 
contre le midi, qii 

facie.ct '.nlelligens pi 
suis ; et suprà quàni 
Kt interliciet robusto 
ilirlgetur dolus in ma 
niiim occidet plurimo 
conteretur. Et visio v 
signa, quia pust inulU 
Et ego, Daniel, lar 
opéra régis, et stupeb 



e perpe-| 
le sanc- 
lusqu'aii 
nctuaiic 

n 

herchais 
lomnie, 
a et dit : 
de moi; 
me dit: 
emps de 

sur mon 
me dit; i 
} ; car cf '< 

hébreu, 

(Grèce). 

■ 

lême, Cf I 
ICO de, lj 
imes (ju 

, il s'élè|.; 
jnies. 

à,eLfaci(l 



nescKi ci: 
, quœ facs 
l vespcrac; 



h 



intclliaci 
1 viri inlr 

t VCIlil, I 

1 ineuiiiit ' 
• \i8i(i. 

ligil IliO, ■. 

uru siiiii 1 

•uni. l'iii'i 
)ciiUw l'j 
co, iiiiatiii 



il 5^8 av. l'ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 61 

puissance s'établira, mais non par ses forces, et il fera un ravage in- 
croyable; il réussira dans tout ce qu'il entreprendra. Il égorgera les 
torts et le peuple des saints. Par sa subtilité, ses fraudes réussiront, et 
il s'agrandira dans son cœur, et dans la prospérité il perdra un grand 
nombre j il s'élèvera même contre le Prince des princes, mais il sera 
brisé sans aucune main. Cette vision du soir et du matin, comme on 
vous l'a dit, est véritable ; mais vous, scellez cette vision, car elle 
n'arrivera qu'après beaucoup de jours. 

« Et moi, Daniel, je tombai dans la langueur, et je fus malade 
pendant quelques jours. Cependant je me levai, et je travaillai aux 
affaires du roi : j'étais stupéfait de cette vision ; mais personne ne le 
savait. » 

Cette prédiction est si claire, qu'après son accomplissement il était 
impossible de s'y méprendre, lors même que Gabriel ne l'eût point 
expliquée à Daniel longtemps auparavant. Son explication est courte ; 
l'histoire universelle développe cette vision beaucoup plus. 

D'après l'explication de Gabriel, les rois des Mèdes et des Perses 
étaient le bélier. Au temps de Daniel, ces deux royaumes étaient en- 
core séparés ; mais la dernière année de sa vie, il en vit la réunion 
par la mort de Cyaxare. Cependant celui des Perses était devenu en 
quelque sorte dépendant de celui des Mèdes, quoiqu'il eût encore son 
propre roi, Cambyse, le père de Cyrus. Mais déjà vivait, déjà était 
victorieux le héros par qui les Perses, unis dans un empire avec les 
Mèdes, devaient dominer ceux-ci. Cyrus avait prédit à ses compa- 
triotes, les Perses, qu'ils se rendraient supérieurs aux Mèdes par la 
vertu et la valeur. La corne accrue plus tard s'éleva au-dessus de 
celle qui longtemps avait été la plus grande. 

« Le bélier donna dos coups do cornes contre l'occident, contre l'a- 
quilon et contre le midi. » Cambyse, fils de Cyrus, se soumit l'É- 
ypt(! et s'avan(.a vers le midi jusqu'en Méroé. Darius, filsd'Hystaspe, 
{,'endre de Cyrus et le plus grand roi de l'empire nu;do-persien après 
son beau-père, poussa contre l'occident dans sa célèbre expédition 
contre les Grecs ; contre l'acjuilon, lorsqu'il marcha contre les Scythes ; 
contre le midi, quand il attaqua les Indiens. 

facie.ct '.nlelllgens proposlHones. Et roborabltur forlltudo ejus, sed non invirlbus 
suis ; et suprà quàin credi potest, universa vaslabit, et prospcrabltiir, et faciet. 
Kl inleiilclet robuBlos, et populiim sanclorum. .Secundùin voluntatem suain, et 
tliiigetur dolus in manu ejus, et cor suum magnlllcnblt, et in copift rerum om- 
nium occidetplurimos; et contra Prlncipem prlncipum consurunt, et sine manu 
conteretur. Et Visio vespere et mane, (\\iœ dicta est, vcra est j tu ergô visioneni 
signa, quia post multos dies erit. 

El ego, Daniel, langui, cl a-grotavi per dies ; cùmque surrcxissem, faciebaui 
opéra régis, et stupebain ad visioneni, et non crat qui Interpretarctur. 



52 HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv. XVIIl. — De 588 

Ce fcrmidable empire des Mèdes et des Perses succombe devant 
le petit royaume grec. « Voilà qu'un bouc s'en vient de l'occident 
comme par-dessus le pays, et il ne touchait point à terre, et le bouc 
avait une corne fort grande entre les deux yeux, etc. » Le bouc est 
le roi des Grecs. La grande corne entre ses yeux est le premier 

roi. 

Que ce peu de lignes caractérisent bien le grand Alexandre. «Il ne 
touchait point à terre. » Sa hardie rapidité renversa le puissant em- 
pire des Mèdes et des Perses ! Les annales indiennes, comme les per- 
sanes, sont remplies des exploits de ce conquérant, et l'appellent 
mainte fois Dulcarnein^ c'esi-h-d\vc aitx deux cor.ies; parce que, 
disent-elles, dans sa marche rapide et victorieuse, il s'avança d'une 
corne du soleil à l'autre, de l'occident à l'orient. Le héros mourut 
bientôt. Quatre cornes s'élevèrent à la place d'une, quatre généraux 
partagèrent l'empire d'Alexandre. 

Un de ces nouveaux rois, Séleucus, (jui s'acquit le nom de Nica- 
nor, c'est-à-dire le victorifuix, obtint la Syrie. Son rejeton, le hui- 
tième roi de cette dynastie, fut Ântiochus, avec le surnom d'Epi- 
phane, fillustre, mais que, dit Polybe, à cause de ses excès, ou 
appelait Epimane, le furieux ^. 

Nous verrons, dans l'explication du onzième chapitre de notre 
prophète, combien est frappante la description de ce roi sous l'image 
de la corne, qui s'agrandit vers le midi (l'Egypte), vers l'orient (la 
Perse), et vers le pays de la gloire (la Judée). « Elle s'éleva jusqu'à 
l'armée des cieux, en jeta par terre, ainsi que des étoiles, et les 
foula aux pieds. » Par l'armée du ciel, on entend ici le peuple de 
Dieu. Le ciel invisible des esprits, le ciel visibhï des astres, l'Eglise 
ou le ciel sur la terre, le ciel politique d'une nation bien constituée, 
ont entre eux, comme parties du même tout, une naturelle aHinité. 
L'Écriture appelle souvent étoiles, les docteurs et les prêtres. « Il 
ôta le sacrifice perpétuel et profana le lieu du sanctuain;. » Antio- 
chus lit tout cela, connue nous le verrons dans la suite de l' histoire. 

A la demandi? d'un saint : « Jusi[u'à (iiumd diu-era cette vision 
touchant le sacrifice et le péché, » etc., l'autre répond : « Juscju'aii 
soir et au matin après deux mille trois cents jours, et le sanctuaii-e 
sera purifié. » 

L'an lia de l'ère des Séleucides, qui commence l'an IMO avant 
J.-C, Antiochus vint à .Jérusalem, dépouilla le tenqile, pilla la ville, 
emmena captifs un grand nombre d'iuibitants n tua un grand nom- 
bre, interrompit le culte divin, en sorte ([ue Jéiusalem resta déserte. 

I Thoni. Maurice, Uist, of Ilindoustan, vol. 2, p. 3. — ^ Polyb, l'iagm. ex Ub.% 



à 538 av. l'ère fihr.] DE L'ËGLISE CATHOLIQUE. 53 

Au neuvième mois do l'an 148 de la même ère, après les victoires 
(le Judas Machabée, le temple fut dédié de nouveau, et, l'an 149, le 
peuple de Dieu entièrement délivré de la tyrannie d'Antiochus par sa 
mort. Le jour et le mois de sa mort ne sont point indiqués. Deux 
mille trois cents jours font six années lunaires et demie, à trois cent 
cinquante-quatre jours l'année, ou six années solaires et quatre 
mois, à quelques jours près. 

Cependant Cyrus, à la tête de l'armée médo-persienne, gagnait 
sur le roi Baltassar des villes et des provinces, lorsque celui-ci, vers 
lii cinquième année probablement de son règne, se rendit auprès de 
l^résus, roi de Lydie, emportant avec lui de grands trésors, prit à sa 
solde des Egyptiens, des Grecs, des Thraceset des peuples de l'Asie- 
Mineure, confia cette armée àCrésus et s'en revint à Babylone. 

Crésus avait déjà passé le fleuve Halys, qui séparait son royaume 
de celui des Mèdcs, déjà il s'avançait ravageant la Cappadoce et se 
rendant maître de plusieurs forteresses, lorsque Cyrus le rencontra 
et le battit, quoique l'armée de Crésus fût de quatre cent vingt mille 
lionmies, tandis que Cyrus n'en avait pîis la moitié autant. Crésus se 
retira en Lydie, mais fut vaincu de nouveau par l'ennemi qui le pour- 
suivait. 11 se jeta dans Sardes, sa capitale. Cyrus s'en rendit maître 
et le fit prisonnier, la huitième année du règne de Baltassar. Après 
cela, il confjuit tous les pays de l'Asie Mineure, depuis la mer Egée 
jiis([n'à l'Eupbrate ; régla avec sagesse ce qu'il avait gagné par son 
habileté et sa valeur, subjugua la Syrie et l'Arabie, et mena son 
année vers la Clialdée, la neuvième année depuis la prise de Sardes, 
quinzième de la domination de Baltassar. 

Celui-ci fut vaincu par Cyrus près de Babylone et se jeta dans cette 
ville, dont le siège ('tait une des plus grandes entreprises que nous 
trouvions dans l'histoire. 

lîabylone était un carré parfait de quatre cent quatre-vingts stades 
ou près (le vingt lieueîs de circuit. I*^le était entourée d'une nnu-aillo 
l)âtie de larges bri(|U('s, cimentées avec du bitume au lieu de mortier. 
Autour de cette nuu'aille, large de cinquante coudées et haute de 
deux cents, régiuiil un fossé large et profond, rempli d'eau. Chaque 
i'nl('' de cette muraille a'vait vingt-cinq portes d'airain massif. Sur la 
muraille s'élevaient, (li*|)ieds au-dessus, deux cent cinquante tours, 
he ('ha(|U(! porte à lu port(; opposée courait une rue, en sorte que la 
ville en avait vingt-cinridu midi au nord, autant de l'orient à l'occi- 
(liiit, et qu'elle était j)artagée en six cent soixante-seize carrés dont 
cîuicun avait quatui: stades et demi, un peu plus de sept cent trente- 
deux nu'tres, (lecha(|ue c(Mé. L'intérieur de ces carrés était employé 
en cours, jardins et nu^me en labourage. 






1% ^ ^1 



,. 



54 HISTOIRE UNIVKRSFXLE [Uv. XVllI. ~ De &8« 

Un bras de l'Euphrate, ou plutôt l'Euphrate lui-même, comme le 
dit Hérodote *, qui a vu Babylone lorsqu'elle subsistait encore, par- 
tageait la ville en deux , du septentrion au midi. Au centre était un 
pont large de trente pieds, et à ses deux bouts deux palais fortifiés, 
dont l'un, au côté oriental, s'appelait le vieux et occupait quatre car- 
rés ; le nouveau, au côté occidental, en occupait neuf. Ils se commu- 
niquaient l'un à l'autre et par le pontet par une galerie souterraine. 

Le temple de Bélus ou Bel, énorme tour, ou plutôt huit tours dé- 
croissantes posées l'une sur l'autre , et dont la plus élevée servait 
d'observatoire aux Chaldéens ; les colossales idoles d'or et le grand 
autel d'or ; les deux palais des rois aux deux extrémités du pont ; 
le pont lui-même ; la galerie voûtée sous terre ; les énormes murail- 
les au dedans et au dehors ; les jardins dits suspendus , faisaient de 
cette ville une merveille du monde, et peut-être la ville la plus ma- 
gnifique qu'on ait jamais vue ; quoique, pour la richesse , les rési- 
dences impériales de l'Inde, Lahore, Agra et Delhi pourraient peut- 
être rivaliser avec elle, et que, pour la population, Peking, en Chine, 
l'emporte de beaucoup. 

L'achèvement de Babylone est attribué à Nabuchodonosor j il pa- 
raît même que ce fut lui qui ajouta toute la partie occidentale à la 
ville primitive. C'est vraisemblablement pour l'aider dans cette en- 
treprise que, lorsqu'il envoya Jéchonias à Babylone, outre les habi- 
tants considérables de Jérusalem , il fit emmener aussi tous les ou- 
vriers en bois et en fer. 

Il est à présumer que cette ville immense n'était point bâtie dans 
tout son intérieur , et encore moins complètement peuplée , quand 
Cyrus l'assiégea. 

Cette Babylone , où se trouvaient maintenant l'armée chaldéenne 
et des vivres pour vingt ans , Cyrus entreprit do s'en rendre maître ! 
Pendant deux ans déjà il était devant, avec son armée, tandis que les 
assiégés , rassurés par leurs inexpugnables murailles , se moquaient 
de lui et de son armée. En effet, l'entreprise paraissait insensée; 
mais Cyrus ne voulait prendre la ville ni d'assaut ni par famine. 

Nabuchodonosor, ou , comme le veut Hérodote , la grande reine 
Nitocris, î^vait fait creuser un énorme lac, pareil au Mœris d'Egypte, 
avec des canaux qui, dans les mois d'été, lo»sque l'Euphrate, enflé 
par les neiges fondues des montagnes d'Arménie, se déborde et cause 
des ravages, conduisaient les eaux dans le hic, d'où on les tirait par 
le moyen des écluses pour arroser le pays dans le temps de la sé- 
cheresse. 



1,1 ,W8 av. l'ère chr.] 

Pour amener 1' 

et profond canal ; 

je fleuve ; il se i 

le peu de terrain ( 

je canal. 

Il savait que ton 

I pondant laquelle l( 

i>[ h la débauche. 

l'un était conduit ] 

nions qui, pour les 

souflerts du roi de 

même temps il fit ( 

Ct à Gadatas, auss 

i trouverait guéable 

: car ils n'avaient p' 

l dans la ville. 

i Si les habitants 

î onnemis, il leur e 

ot de les extcrmin 

I latérales, conduis; 

quais. Mais non ; 

leurs se fermaieni 

fête : toute la vilh 

Vers minuit , le 

deux côtés. Tout 

(iadatas et Gobryj 

troupes directenu 

tonnées ; quelque 

valent auprès d'u 

dans le palais ; le 

Los Perses s'élanc 

tiré l'épée. Il est 

Voilà comme i 

cipaux historiens 

l'an r).']8 avant Jési 

avec le récit de D 

prophéties antéri 

« Le roi Balta 

cun buvait du vii 

«ju'on sipportsU k 



' Hérodnlc, 1. 1, r. 180. 



' L. l,c. 119. - 



t peut- 
Chine, 

; il pa- 
ûe à la 
îtte en- 
s habi- 
les ou- 

ie dans 
quand 

décnne 
maître ! 
que les 
quaient 
sensée ; 
ne. 

le reine 
Egypte, 
e, enflé 
ît cause 
pait pjir 
e la se- 



h :m av. l'ère chr.] DE L'ÉGLISE CA'iHOLlQllE. S.'i 

Pour amener l'Euphrate dans ce lac, Cyrus fit creuser un large 
et profond canal; toutefois, il ne le conduisait point jusque dans 
le fleuve ; il se réservait à percer dans une occasion favorable 
le peu de terrain qui formait encore une digue entre l'Euphrate et 
le canal. 

Il savait que tous les ans on célébrait une grande fête à Babylone, 
pendant laquelle les habitants se livraient toute la nuit aux plaisirs 
et à la débauche. Il partagea donc son armée en deux corps , dont 
l'un était conduit par Gobryas, l'autre par Gadatas , deux Babylo- 
niens qui, pour les cruautés et les traitements indignes qu'ils avaient 
souflerts du roi des Chaldéens, avaient passé du côté des Perses. En 
même temps il fit couper la digue en question, avec ordre à Gobryas 
et à Gadatas, aussitôt que le bras du fleuve qui traversait la ville se 
trouverait guéable, d'y entrer chacun de son côté, ce qui était facile; 
i-ar ils n'avaient point à craindre de vase, le lit du fleuve étant pavé 
dans la ville. 

Si les liabitants, dit Hérodote S eussent soupçonné l'entrée des 
ennemis, il leur eût été facile de les prendre comme dans une nasse 
et de les exterminer. Ils n'avaient qu'à fermer les portes qui, des rues 
latérales, conduisaient au neuve , et puis les accabler du haut des 
qnais. Mais non ; personne ne s'aperçut de rien ; les portes qui d'ail- 
leurs se fermaient toutes les nuits , restèrent ouvertes à cause de la 
fête : toute la ville était livrée aux danses et aux festins. 

Vers minuit , le fleuve s'étant trouvé guéable, l'armée y entra des 
deux côtés. Tout ce qu'elle rencontrait prenait la fuite ou était tué. 
Gadatas et Gobryas , qui connaissaient bien la ville , menèrent leurs 
troupes directement au palais du roi ; ils en trouvèrent les portes 
fermées ; quelques-uns d'entre eux tombèrent sur les gardes qui bu- 
vaient auprès d'un grand feu. Il s'éleva du tumulte. On l'entendit 
dans le palais ; le roi fit ouvrir les portes pour savoir ce que c'était. 
Los Perses s'élancent à travers les portes ; ils trouvent le roi, qui avait 
tiré l'épée. Il est tué avec ceux qui l'entourent. 

Voilà comme fut prise Babylone, d'après le récit de deux prin- 
cipaux historiens parmi les Grecs, Hérodote et Xénophon ^, vers 
l'an ri;)8 avant Jésus-Christ ; relation qui s'accorde merveilleusement et 
avec le récit de Daniel, témoin oculaire, et avec ce grand nombre de 
prophéties antérieures. Écoutons d'abord le récit de Daniel. 

« Le roi Baltassar fit un grand festin à ses mille princes, et cha- 
cun buvait du vin, et lui avec eux. Étant donc ivre, il commanda 
(ju'op. apnorlAt les vases d'or et d'argent que son père Nabuchodo- 



' L. 1, c. 119. - 2 Hévodole, 1. 1. X«'noph. Cyropédie. 



I 



I 



5« HISTOIRE UNIVERSELLE [Llv. XVIII. - De 588 1 

nosop avait emportés du temple de Jérusalem, afin que le roi but de-| 
dans avec ses princes, ses femmes et ses concubines. » 

Baltassar n'était pas fils, mais petit-fils de Nabucliodonosor ; mais 1 
il est ordinaire à l'Ecriture d'appeler pères, les grands-pères, et en | 
général tous les ancêtres. 

« On apporta donc les vases d'or et d'argent qui avaient été trans- 1 
portés du temple, de la maison de Dieu, à Jérusalem ; et le roi but 1 
dedans avec ses princes, ses femmes et ses concubines. Et en bu- 
vant, ils louaient leurs dieux d'or, d'argent, d'airain, de fer, de bois] 
et de pierre. 

« Au même moment sortirent les doigts d'une main d'iiomme, qui 
écrivaient vis-ù-vis du candélabre, sur le crépi de la muraille de la | 
salle du roi ; et le roi aperçut les articulations de la main qui écri- 
vait. Alors le visage du roi changea, et ses pensées l'épouvantaient, 
le troublaient, en sorte que ses reins se relâchèrent et que ses ge- 
noux heurtaient l'un contre l'autre. Le roi cria donc tout haut pour 
qu'on amenât les sages, les Chaldéens et les devins. Et le roi fit diic 
aux sages deBabylone : Quiconquelira cette écriture et me l'interpré- 
tera sera vêtu de pourpre, aura un collier d'or au cou, et sera le troi- 
sième dans mon royaume. Alorsentrèrenttous les sages du roi ; mais 
ils ne purent ni lire cette écriture, ni lui en donner l'interprétation. » 

« Les Chaldéens ne pouvaient lire cette écriture, parce qu'elle 
était en ancien caractère hébreu, que l'on croit être le même que 
celui qu'on appelle aujourd'hui le samaritain. 

« Baltassar en fut encore plus épouvanté, et toute sa contenance 
s'altéra; ses princes étaient également déconcertés. 

« Alors la reine, touchée de ce qui était arrivé au roi et à ses prin- 
ces, monta dans la maison du festin et lui dit : roi, vivez à ja- 
mais! que vos pensées ne vous épouvantent point, et que votre vi- 
sage ne change point. Il est dans votre royaume un homme en qui est 
l'esprit des dieux saints (l'esprit saint de Dieu). Dans les jours de 
votre père, on a trouvé en lui lumière, intelligence, sagesse, comme 
est la sagesse des dieux ; et votre père, le roi Nabucliodonosor, oui, 
votre père, ô roi ! l'établit chef des astrologues, des sages, des Chal- 
déens et des devins ; parce que , et un esprit plus élevé, et plus de 
sagesse et d'intelligence pour interpréter les songes , découvrir les 
secrets, résoudre les doutes, a été trouvé en lui, savoir en Daniel, à 
qui le roi donna le nom de Baltassar. Qu'on fasse donc maintenant 
venir Daniel , et il vous donnera l'interprétation. » 

Les femmes du roi étaient à table avec lui. De cette reine il est dit, 
qu'elle monta dans la maison du festin. Elle parla avec sagesse et 
rappela des choses que le roi n'avait pas vues, si ce n'est dans son 



îi 538 av. l'ère chr.] 

I enfance. Qui ne rec 

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qu'elle était la mère 

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|îi 538 av. l'ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. !S1 

enfance. Qui ne reconnaît en elle la sage Nitocris, de laquelle Héro- 
dote nous donne une si haute idée, et dont il nous dit expressément 
qu'elle était la mère du dernier roi, qu'il appelle Labynète ? Les grands 
travaux qu'il attribue à cette reine , elle les exécuta sans doute pen- 
1 (lant la minorité de son tîls, doiil l^- nom honorifique était Baltassar 
(ainsi que de Daniel), mais Labynète le nom propre. 

« Aussitôt Daniel fut introduit devant le roi ; et le roi dit à Daniel : 
lÉtes-vous ce Daniel, l'un des fils de la captivité de Juda, que le roi 
mon père avait emmenée de Judée? On m'a dit de vous , que vous 
aviez l'esprit des dieux (de Dieu) , et qu'il a été trouvé en vous une 
lumière, une intelligence et une sagesse supérieures. Et maintenant 
ont été introduits devant moi les sages et les astrologues, pour lire 
cette écriture et m'en interpréter le sens; et ils n'ont pu me l'expli- 
\ quer. Mais de vous j'ai entendu que vous pouvez interpréter des sen- 
tences obscures et résoudre les doutes. Si donc vous pouvez lire cette 
écriture, et m'apprendre ce qu'elle signifie, vous serez vêtu de pour- 
I pre, vous porterez un collier d'or au cou, et vous serez le troisième 
I prince dans mon royaume. 

I « Là-dessus Daniel répondit au roi : Que vos présents vous res- 
' tent, et faites part à un autre de vos libéralités. Cependant je lirai 
i récriture au roi, et je lui ferai connaître ce qu'elle signifie. 
I « roi , le Dieu très-haut donna le royaume , la puissance , la 
gloire et l'honneur à Nabuchodonosor, votre père; et, k cause de 
cette puissance qu'il lui avait donnée, tous les peuples, toutes les na- 
tions et toutes les langues craignaient et tremblaient devant sa face ; 
ceux qu'il voulait, il les faisait mourir : ceux qu il voulait, il les lais- 
sait vivre; ceux qu'il voulait, il les élevai* : ceux qu'il voulait, il les 
abaissait. Mais après que son cœur se fut élevé, et que son esprit se 
fut affermi dans l'orgueil, il fut déposé du trône de son empire, et sa 
gloire lui futôtée. Il fut chassé d'entre les enfants des hommes ; son 
cœur devint semblable aux bêtes ; sa demeure fut avec les onagres ; 
il mangea l'herbe comme un bœuf, et son corps fut trempé de la rosée 
'lu ciel, jusqu'à ce qu'il reconnût que le Très-Haut est souverain 
dans l'empire de l'homme, et qu'il établit dessus quiconque il lui 
plaît. Et vous , Baltassar, son fils, vous n'avez point humilié votre 
cœur, quoique vous sussiez toutes ces choses. Mais vous vous êtes 
élevé contre le Seigneur du ciel ; vous avez fait apporter devant vous 
" les vases de son temple; et vous avez bu dedans, vous, vos princes, 
vos femmes et vos concubines; en môme temps, les dieux d'or, d'ar- 
gent, d'airain, de fer, de bois et de pierre , qui ne voient point, qui 
n'entendent point, ni ne sentent, vous les avez loués ; mais ce Dieu qui 
tient dans sa main votre Ame et toutes vos voies, vous ne lui avez 



i 'I 



58 



HISTOIRE UNIVERSELLE [Llv. XVIII. - De 'm\ 



point rendu gloire. C'est pourquoi il a été envoyé de sa part cette 
main et tracé cette écriture. 

« Or, voici l'écriture qui a été tracée : Mané, Thecel, Phares. Et 
en voici l'interprétation : Mané (il a compté) : Dieu a compté votre rè- 
gne, et il l'a terminé. Thecel (il a pesé) : vous avez été pesé dans la 
balance et trouvé trop léger. Phares (il a divisé) : votre royaume a 
été divisé, ei il a été donné aux Mèdes et aux Perses. 

« Alors Daniel fut vêtu de pourpre par l'ordre de Baltassar : on • 
lui mit un collier d'or au cou , et on fit publier qu'il serait troisième 
prince dans le royaume. 

« Mais cette nuit-là même, Baltassar, roi des Chaldéens, fut tué *. » 

Ainsi fut livrée en proie aux Mèdes et aux Perses, et à Cyrus, comme 
disaient depuis deux siècles les prophètes , cette superbe Dabylone ^, 
Ainsi périt avec elle le royaume des Chaldéens, qui avait détruit tant 
de royaumes '■^•,et le marteau qui avait brisé tout C univers fut brisé lui- 
même. Jérémie l'avait prédit *. Le Seigneur rompit la verge dont il 
avait frappé tant de nations. Isaïe l'avait prévu ^. Les peuples, accou- 
tumés au joug des rois chaldéens, les voient eux-mêmes sous le joug: * 
Vous voilà , dirent-ils ®, blessés comme nous ; vous êtes devenus sem- 
blables à nous , vous qui disiez dans votre cœur : J'élèverai mon trône 
au-dessus des astres, et je serai semblable au Très-Haut. C'est ce 
qu'avait prononcé le mêuiC Isaïe. Elle tombe, elle tombe, comme l'a- 
vait dit ce prophète '', cette grande Babylone , et ses idoles sont brisés. 
Bel est renversé, et Nabo, son grand dieu, d'où les rois prenaient leiirj 
nom, tombe par terre * : car les Perses, leurs ennemis, adorateurs du 
soleil, ne souffraient point les idoles ni les rois qu'on avait faits dieux. 
Mais comment périt ce! te Babylone? Comme les prophètes l'avaient 
déclaré: ses eaux furent desséchées , comme avait prédit Jérémie". 
pour donner passage à son vainqueur : enivrée, endormie, trahie par 
sa propre joie, selon le même prophète, elle se trouva au pouvoir de 
ses ennemis, et prise comme dans un filet sans le savoir '**. On passe 
tou& ses habitants au fil de l'épée : car les Mèdes, ses vainqueurs, 
comme avait dit Isaïe ", ne cherchaient ni l'or ni l'argent, mais la 
vengeance, mais à assouvir leur haine par la perte d'un peuple cruel, 
que son orgueil faisait l'ennemi de tous les peuples du monde. Les 
courriers venaient l'un sur Vautre annoncer an roi que l'ennemi entrait 
dans la ville : .lérémie l'avait ainsi marqué i'^. Ses astrologues, en qui 
elle croyait, et qui lui promettaient un en.j)ire éternel, ne peuvent la 

» Dani»!, 5. — ^ î?.^ i3_ o!, 45, 47. Jp.r., 51. — 3 i^., 14. — * Jei., 50. -, 
» Is.,à4.--8/6td., 14. — 7 Jbid., 21. — «/W((.,4B. — « .1er., 60 et 51 . — »« 7i,id. 
— "Is., 13.Jcr..50.— 1» Jer., 51. 



538 av. r^re cbr.] 

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'l8,,47.Jer., 5. B( 






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1., 50. - 

- 10 Ibid. 



538 av. l'«^ie cbr.] DE L'ÉGLISR CATHOLIQUE. 5« 

mver de son vainqueur. C'est Isaïe et Jérémie qui l'annoncont d'un 
îommun accord *. » 
Ainsi l'empire du monde passa-t-il des Chaldéens aux Mèdes et aux 
'erses, après avoir été d'abord aux Assyriens. Ninive en fut la pre- 
^.jière capitale, Babylone la seconde. Après Babylone, il n'y a eu de 
1 capitale de l'univers que Home, Aussi, dans le prophète du Nouveau 
I Testament, Rome idolâtre est-elle appelée la grande Babylone ; et saint 
Augustin appelle Babylone la première Rome 2. C'était toujours le 
même empire, l'empire de l'homme, l'empire de la force, menaçant 
d'engloutir toute la terre. 

Qui ne connaît que Babylone ou l'empire de l'homme, ne voit que 
Babel ou confusion ; confusion dans toute l'histoire humaine : des 
rois, des peuples conquérants y apparaissent, des royaumes s'élèvent 
et succombent, on ne sait à quelle tui ni pour quel ensemble ; confu- 
|sion dans la pensée humaine, qui se perd dans un chaos de supersti- 
tions et d'opinions discordantes, sans savoir s'il est une vérité, ni à 
quoi larecîonnaître. 

Mais avec Babylone, cité de l'homme, connaît-on Jérusalem, vi- 
sion de la paix, cité du grand roi , cité de Dieu, moins par ses mu- 
railles que par sa loi , ses prophètes , ses patriarches ; en un mot , 
avec le monde, tyrannie de l'enfer sur la terre, connaît-on l'Éghse , 
la société des justes, le royaume de Dieu dans le temps et dans l'é- 
ternité ; alors on voit le jour d'en haut éclairer les ténèbres d'en bas ; 
la paix, l'harmonie divine rejaillir des discordes et des révolutions 
humaines. 

Dans l'empire de l'homme, c'est toujours Dieu le maître souve- 
rain ; la terre, l'enfer même, sans le savoir et sans le vouloir, travail- 
jlonl à l'accomplissement de ses desseins. Ces terribles conquérants, 
les Nabuchodonosor, les Cyrus, les Alexandre, les César , avec cet 
empire universel qu'ils s'arrachent l'un à l'autre, ne sont sous sa 
main que le marteau, la verge de fer pour briser les nations coupa- 
bles, et qu'il brise à leur tou". Il les force, quand il veut, à être les 
prédicateurs de sa souveraine puissance. Nabuchodonosor assemble 
tout son empire pour s'en faire adorer : et le jour même il défend à 
tout son empire, sous peine de mort et de confiscation des biens, de 
blasphémer le Dieu véritable, le Dieu de Sidrach, Misach et Abde- 
nago. Plus tard, quand il s'enfle d'orgueil, Dieu le réduit sept ans 
au rang des bêtes, jusqu'à ce qu'il reconnaisse, dans un décret pu- 
blic, que le Dieu du ciel est le vrai souverain dans l'empire des hom- 
mes, et qu'il le donne à qu; il lui plaît. 

' Is., 47. Jer., 5. BosBuet, Hiâf . univ. ,2,p ,0. G. — 2 Ve Civil., I. 18, c. 2. 



I 



«0 HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv. XVIII. - De 588 

Ces décrets, publiés dans toutes les provinces, depuis l'Egypte 
jusqu'à l'Inde, expliqués, commentés par les enfants d'Israël, leurs 
prêtres et leurs prophètes, quelle impression ne durent-ils pas faire 
sur tous les esprits ! quelle occasion favorable, quel moyen facile 
pour les hommes de bonne volonté, de connaître le vrai Dieu et son 
culte ! Ninive s'était convertie à la prédication de Jonas : que ne de- 
vait pas faire Babylone à la prédication de Nabuchodonosor ? 

Mais surtout, les sages de la Chaldée, quelle facilité n'avaient-iis 
pas d'apprendre la sagesse véritable ! Daniel, dont la sagesse était en 
proverbe jusqu'à Tyr, était leur chef. Trois fois ils avaient été forcés 
de reconnaître qu'en lui seul était l'esprit du Dieu saint, et lorsqu'il 
expliqua la vision de la statue, et lorsqu'il expliqua la vision de l'ar- 
bre coupé, et lorsqu'il expliqua les trois fatales paroles. De ces trois 
explications, ils avaient vu ou voyaient l'accomplissement ; à la pre- 
mière même ils devaient la vie. 

Mais que parlé-je du jtrophète? Les bêtes , les 'éléments même de 
la nature leur donnaient des leçons de sagesse : le feu de la fournaise,! 
qu'il faut adorer le Dieu du ciel et n'adorer que lui ; les lions de la 
fosse, que c'est être plus insensé que les bêtes, que d'adorer des bê- 
tes ou des idoles. m^xe tu nous as faits 

Non, non ; si Babylone a péri , sa perte ne vient que d'elle : la contre la pierre * ! j 
voie du salut lui était ouverte ; mais du moins plus d'un cœur hum- 
ble et docile y sera entré. La chute, si longtemps prédite, si fidèle- 
ment accomplie, de cette ville superbe, aura été , pour un grand 
nombre, la grâce d'une sincère conversion. 

Aujourd'hui encore on y voit combien Dieu est fidèle dans ses pa- 
roles. Ses prophètes avaient annoncé que Babylone deviendrait un 
marais, habité par les bêtes immondes. Dès Cyrus , cette prédiction ; 
commença de s'accomplir. L'ouverture qu'il avait laite à l'Euphrate | 
ne fut plus refermée : elle s'élargit, au contraire, de plus en plus ; en l 
sorte que le fleuve, au lieu de suivre son ancien lit, s'en creusa d'au- 
tres, vH finit par transformer en marécages l'ancienne Babylone. 

Mais aujourd'hui encore, à côté de la justice qui punit, on y voit 
la miséricorde qui pardonne. Non loin des ruines de la Babylone 
chaldéenne, à Bagdad, la Babylone musulmane , on voit un évêque 
catholique, envoyé de l'Église romaine, la nouvelle Jérusalem : on 
l'y voit, avec d'autres évêques , avec des prêtres, et une chrétienté 
nombreuse répandue dans la Chaldée, la Perse et la Médie, adorant, 
prêchant le même Dieu qu'y adoraient, qu'y prêchaient, il y a vingt- 
cinq siècles, Daniel, Ézéchiel et les enfants de Jacob. Ah ! qu'il doit 
être grand pour nos frères d'Asie, de méditer, au pays même de 
Nabuchodonos r, de Cyrus, de Cyaxare , les prophètes qui en ont 



s 






538 av. l'ère chr.J 

redit l'histoire ! Qi 
les bords du Tigre ( 
aient, il y a tant d 
ju'ils devaient chai 
leur superbe domir 

« Près des fleuve 
liions avons pleuré ( 
au milieu d'elle, ne 
ceux qui nous ont 
joantiques : ceux qi 
mandé l'hymne de 

« Connnent cha 
terre étrangère ? 

« Si je t'oublie. 
Que ma langue s'at 
toi; si je ne fais pas 

« Souvenez-vou 
rusaleni. Ils disaiei 

« Malheur à toi. 



Cyrus, vainqueu 
souhaitait, à Babyl 
d'heureux. Nous 1' 

» l's. 13G. 



& 



- De r,8sB .3g jjy Yf.^.^^ ,.,,r,j UE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. «1 

l'^^gypt(!lj.,;jit l'histoire ! Qu'il doit être touchant pour eux de chanter, sur 
bI, leurs^j, jjords du Tigre et de l'Euphrate, ce même cantique qu'y chan- 
taient, il y a tant de siècles, nos frères de l'ancienne alliance, et 
iju'ils devaient chanter avec un nouvel enthousiasme à la chute de 
leur superbe dominatrice. 

« Près des fleuves de Babylone , là nous nous sommes assis , et 
jioiis avons pleuré en nous souvenant de Sion. Aux saules qui sont 
au milieu d'elle, nous avons suspendu nos cithares. Parce que là , 
ceux qui nous ont emmenés captifs ont demandé les paroles des 
rantiques : ceux qui nous ont arrachés à notre patrie nous ont de- 
mandé l'hymne de la joie: cjiantez-nous un des cantiques de Sion. 

« Comment chanterons-nous le cantique de Jéhova dans une 
terre étrangère ? 

« Si je t'oublie, ô Jérusalem, que ma droite s'oublie elle-même ! 
Que ma langue s'attache à mon palais, si je ne me souviens pas de 
loi; si je ne fiiispas de Jérusalem le principe de ma joie! 

« Souvenez-vous, ô Jéhova ! des enfants d'Édom, au jour de Jé- 
rusalem. Ils disaient: Détruise^;, détruisez jusqu'à ses fondements. 

« Malheur à toi, fille de Babylone; heureux qui te rendra les maux 
que tu nous as faits ; heureux qui saisira tes enfants et les écrasera 
contre la pierre * ! » 

Cyrus, vainqueur que ce cantique prédisait, bien plus qu'il ne le 
souhaitait, à Babylone, est merveilleusement caractérisé par le nom 
(l'heureux. Nous l'avons déjà vu, nous le verrons encore. 



)as faire 
n facile 
Il et son 
} nede- 

aient-ils 
! était en 
é forcés 
lorsqu'il 
de l'ar- 
ces trois 
i la pre- 

léme de 
urnaise, 
ns de la 
des bê- 

Dlle : la 
ir hum- 
ii fidèlfr 

i grand! 



ses pa-] 
irait uni 
édictioni 
uphratel 
plus; en I 
sa d'au- 1 
>ne. 
1 y voitl 
abylone 

évéquc 
em ; on 
rtHienté | 
idorant, , 
a vingt- 
l'il doit| 
léme de 
li en ont 



62 



HISTOIHE UNIVEKSELLE [Liv. XIX. - De 5,ï 



LIVRE DIX-NEUVIÉME. 

DE 538 A 442 AVANT L'ÈRE CHRÉTIENNE. 



Darius 1« Mède annonce à toute la terre le Dien du clelt CTr.„r ? 

a'AIexniiili.o A * '"^^ **■'■'«*'»> *'n«s*olre de» successeun 

E.tl.l? - ^'•'"«••««■«^on«f»e-M«In prend pour femm, 

E»ther, pour premier ministre Mardochée, enyole E^dr^ j 
^^éhémlas relever lesm«r.de aérusaiem. - Fin de^pr^pKète; 



Le psalmiste donne le nom d'heureux au vainqueur de Babvlom. 
Jamais, on effet, on ne vit conquéra.it plus heureux que Cyrus daiii 
toutes ses entreprises. Isaïe, qui l'appelle par son nom deux siè* 
d avance nous montre Dieu lui-même le prenant par la main po„, 
m assujettir les nations, mettre en fuite à son appLhe les roif 
W les resors eachés i, tels que ceux de Crésus et de Babylo 
ht Xenophon, quatre siècles après Isaïe, deux siècles après lym 

joliment les Medes et les Hyrcanions, subjuguant les Syriens, es As- 
ynons, les habitants de la Cappadoce, des deux liygi s, d 

nl'hrr '"^i" '''"'^'"^^' les Babyloniens, la^Badria..! 

ndo, la M,c.e, les Sa(.,s, les Mariandyns, les Grecs d'Asie, l'île è 

(^ m-e et l'Kgypte. Telle est d'abord la terreur de son nom, que pa. 

" t ''t P':"ft '''"'" ^'"trc-prendre contr. son autorité; t'il, 
^s oiisuite 1 allection générale qu'il leur inspire, que tous désiraie,. 
n avoir jamais d'autre maître 2. * ' i 

sef '^h. .'''t '" ^"''"r' '^"^^'"'''' '' ^"«"^ '^ ^'"* ^'0""« «»-div » 
des Medes, dont le royaume .':tait dev(uiu le plus puissant de la tonr 
par une guer... victorieuse de vingt ans. Il l'invita à veniv prendre 
•s^ession de Babylone, oî. la citadelle royale avait été prépai' 'u3 pour 
lu (^yaxare ui ottnt sa fille pour épouse, qui, après la mort de .0., 
•'f^i'e, devait lui a"*-—* ' ^ r 



per 



ipporter en dot la Médic, 



'l8uic,45.~«c:î/rop.,1. 1, 



[il li2 av. rèic clii 

Cyrus avait ] 
nièro N'ivaient e 
coup de reconn 
mont pour son 
homme devant 
vait avoir des p 
Il se rendit ai 
était naturelde i 
son mariage, èti 
pelle Darius le I 
père Astyage, j 
Darius, qui disa 
lexandre, défem 
Cyrus fit voir 
onde les conqui 
dévouées jusqu' 
ter avec patienc 
Celui-ci n'ava 
le gouvernemen 
en Daniel *. 

11 divisa l'emi 

autant de satraji 

trois, peut-être 

en sagesse, le rc 

Comme Xénc 

l'empire nouvel 

homme tel que 

blement occasioi 

ment avait en la 

(iC fut, il est 

leurs, on peut h 

loux, n'aura pas 

(îonquise, ce fut 

du royaume che: 

giiité à laciuelie i 

Comme tout B 

ils(uilrevir<'nt s; 

un prétexte d'a( 

côt('; une attacpK 

vaiiileux monari 

' ban., 6, 31. 



63 



lel; Cyrni, ^ 
et renvoi) 
lin Christ, 
UGcesseuri 
ur femnit 
liHdras el 
trophètei, 



Babyloiii', 
lyrus dans 
ux siècle! 
nain pour 
3S rois, 
Babylone, 
'es Cyrus, 
ixquels se 
s, les As 
ies, delà 
lactriaiie, 
B, l'île de 
, que pii! 
•ité; tello 
lésiraiwil 



'; oi'dri 
xare, roi 
3 la terri 
prendre 
l'ée pour 
t (le son 



il li2 av. l'ère chr.] DE L'ÉGLISK CATHOLIQUE. 

Cyrus avait plus de soixante ans : mais, comme son père et sa 
nièro vivaient encore, il déclara à Cyaxare, en lui témoignant beau- 
coup de reconnaissance, qu'il voulait aller demander leur consente- 
ment pour son mariage. C'est ainsi qu'observait la piété filiale, cet 
honmie devant qui tremblait l'Orient, et cela dans un âge où il pou- 
vait avoir des petits-fils déjà grands. 

Use rendit auprès de son vieux père Canibyse; obtint, comme il 
était naturelde s'y attendre, la permission demandée : et paraît, après 
son mariage, être venu à Babylone avec Cyaxare, que l'Écriture ap- 
pelle Darius le Mède. Celui-ci aura sans doute, après la mort de son 
père Astyage, pris, comme surnom honorifique des rois, le nom de 
Darius, qui disait à peu près la même chose que le nom grec d'A- 
lexandre, défenseur, boulevard. 

Cyrus fit voir une modération peu commune en réservant à son 
oncle les conquêtes de tant d'années, quoique les troupes lui fussent 
dévouées jusqu'à la passion, et qu'il lui fallût plus d'une fois suppoi- 
ter avec patience les caprices du vaniteux Cyaxare. 

Celui-ci n'avait qu'un an de plus que Cyrus. « Darius le Mède prit 
le gouvernement, étant âgé de soixante-deux ans. » Ainsi lisons-nous 
en Daniel *. 

Il divisa l'empire en cent vingt provinces, auxquelles il préposa 
autant de satrapes subordonnés à trois princes. Daniel était un des 
trois, peut-être même le premier. Comme il surpassait les autres 
en sagesse, le roi pensait à l'établir sur tout le royaume. 

Comme Xénoplion attribue à Cyrus l'honneur d'avoir organisé 
l'empire nouvellement conquis par ses armes, et que le mérite d'un 
homme tel que Daniel ne pouvait lui échapper, il avait vraisembla- 
blement occasionné l'élévation du saint vieillard, que Darius égale- 
ment avait en la plus haute vénération. 

(^e fut, il est possible, pendant une absence de Cyrus, qui d'ail- 
leurs, on peut le présumer, pour méimger un oncle vaniteux et ja- 
loux, n'aura pas voulu séjourner longtemps avec lui dans la capitale 
conquise, ce fut probablement durant cette absen(!C qucs les grands 
(lu royaume cherchèrent commeiit ils feraient perdre à Daniel la di- 
Kiiité à laciuelle il était élevé. 

Comme tout Babylone ('tait témoin de son irréi)réh("iisil)le conduite, 
ils entrevirent sans peine (pu; sa religion seule pourrait leur foiu-nir 
un prétexte d'accusation. Encore n'osèrent-ils [)oint Icnler de ce 
oôtV! inie attacpie directe ; mais ils s'en allèrent trouver le faible et 
vaniteux monarque, Jui donnèrent, en le llaltant, le conseil de faire 





bitii,, 5, 31. 




• 1} 



«* * "'^'ro"'»^ UMVEUSELLE [Liv. XIX. - De 638 

un édit portant que, pendant trente jours, nul n'adresserait ni à Dieu 
ma un homme, aucune demande, si ce n'est au roi, sous peine d'être 
jete dans la fosse aux lions. 

Daniel apprit la défense ; mais il ne laissa pas, suivant sa coutume, 
d entrer dans sa maison, d'ouvrir les fenêtres de sa chambre du côt^ 
lt.trH'T' fléchir les genoux chaque jour à trois différentes 
Heures, d adorer son Dieu et de lui rendre des actions de grâces. 

Alors ces hommes, étant venus et l'ayant trouvé en prière, 
s en allèrent chez le roi, auquel ils rappelèrent sa défense et qui ré- 
peta que la peme prononcée devait s'exécuter contre quiconque la 
violerait. Aussitôt ils accusèrent Daniel de cette violation. Le roi en 
fut extrêmement affligé, et chercha jusqu'au soir commentil pourrait 
sauver Daniel. Mais les autres insistèrent jusqu'au tumulte, et lui 
nypelerent que, d'après le droit des Mèdes et des Perses, tous les 
odits des rois étaient irrévocables. 

Le roi commanda donc qujn emmenât Daniel en la fosse aux 
lions ; mais il lui parla auparavant encore et lui dit : Votre Dieu nue 
vous servez sans cesse, lui-même vous délivrera. Darius se rendit à 
a fosse en personne, et scella de son sceau et du sceau de ses grands 
apierrequi était à l'entrée, afin de soustraire au moins àl'insuitece 
grand homme qu il honorait. Après quoi il s'en retourna tout cha- 
^rin ne mangea pomt le soir, ne dormit point la nuit. Le lendemain 
des le point du our, il se rendit de nouveau à la fosse, et s^^ 
d une VOIX plaintive : Daniel, serviteur du Dieu vivant, ton Dieu, q 
u sers sans relâche, a-t-il bien pu te délivrer des li^ns v Et hZl 
répondit : roi, vivez éternellement ! Mon Dieu a envoyé son ange 
et 11 a ferme la gueule des lions, et ils ne m'ont tait aucun ni;!! 
parce que j ai ete trouvé juste devant lui, et je n'ai rien fait iioil 
plus devant vous, 6 roi, qui puisse me rendre coupable. Transporté 
de joie, Darius fit tirer Daniel de la fosse aux lions, et commanda 
d y précipiter ses accusateurs avec leurs femmes et leurs enfants 
qui tous furent mis en pièces avant d'arriver au pavé de la fosse 

« Alors le roi Darius écrivit à tous les peuples, ù toutes les nations 
tt .1 toutes les langues qui habitent sur toute la terre : 
« Que la paix se multiplie sur vous ! 

«J'ordonne par cet édit que, dans iout l'empire de ma domina- 
on, tous rraignont et révèrent le Dieu de Daniel; car c'est lui lo 
D.eu vivant, subsistant dans les siècles : indestructible est son em- 
pire, et sa puissaïKM' n'aura point de fin. C'est lui le libérateur et le 
sam-eur, (ju, lait des pro(%..s .-t des lacrvnilh.H dans le ciel et dans 
Ja terre ; lui quia délivré Daniel de la fosse aux lions». » 
» Dan., G. Tune Duriu«,icx. sciipsit univcisis populi^. lilhubus cl Iin«ui« liu- 



':î 



[à 443 av. l'ère chr.] 

Nous avons vu 

[semblable, mais 

J convertit au pro( 

I tint miséricorde, 

lame *. Il sera de 

Darius, qu'il se c 

lui qui ordonne à 

d'adorer le Dieu ( 

Dieu sauveur dor 

Un pareil décri 
vrance prochaine 
une délivrance be 
après la première 

La même annéi 
|le nombre des soi 
devait durer ia de 
ter de l'année qua 
cliaient à leur fin. 
devait arriver aup 
portaient les nati 
avaient fait les ro 
renvoyer dans sa 
ans? 

Daniel se tourni 
dans les jeûnes, 1 
prière humble, fei 
paroles : « Incline 
•^ yeux et voyez nos 
votre n&ni ; nous j 
nous confiant dans 
ricordes. Seigneur 
dcz et laites! Ne dil 
parce que cette vil 
voti'e nom *. 

lilantlbus in universil 

adceretum, ut in univc 

inielis; Ipseest enim t 

|l':iliiliir, et potestas eju 

sii;iiii, et mirabilia In 

:. il. 

' s. Au^., St'rmo 30 
Jincus, aureni luaiu et 
ni. 



;i 



— De 038 
ni à Dieu 
ine d'être 

coutume, 
B du côté 
ifférentes 
races. 

prière, 
t qui ré- 
ionque la 
Le roi en 
pourrait 
;e, et lui 
I tous les 



)sse aux 
ieu, que 
rendit à 
s fïrands 
«suite ce 
ont cha- 
deniain, 
't s'écria 
'ieu, que 
t Daniel 
)n ange, 
lin mal, 
fait non 
;nsportc 
nmanda 
enfants, 
)sse. 
nations 



à 442 av. l'ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 85 

Nous avons VU précédemment saint Augustin conclure d'un décret 
semblable, mais beaucoup moins formel, que Nabuchodonosor se 
convertit au prodige de la fournaise ardente, qu'il crut en Dieu ob- 
tint miséricorde, évita les flammes éternelles et mérita le salut de son 
lame 1. Il sera donc permis, à plus forte raison, de conclure pour 
iDarius, qu il se convertit et crut en Dieu, au moins dans le moment, 
aiui qui ordonne à tous ses sujets dé craindre et de révérer, autrement 
(1 adorer le Dieu de Daniel, comme le Dieu vivant, le Dieu éternel le 
Dieu sauveur dont le règne n'aura point de fin. ' 

Un pareil décret semblait présager aux Israélites captifs leur déli- 
vrance prochaine ; délivrance qui, à son tour, présageait à l'humanité 
une délivrance beaucoup plus importante. Le prophète, qui soupirait 
après la première, apprit en même temps l'époque de la seconde 

La même année, première de Darius, Daniel comprit par les livres 
le nombre des soixante-dix ans que, suivant la parole de Jérémie, 
devait durer la désolation de Jérusalem. Ces soixante-dix ans, à da- 
ter de l'année quatrième de Joakim, où Daniel fut emmené captif, f ^-u- 
chaient a leur fin. L'humiliation de Babylone et de son peuple, qui 
devait arriver auparavant, était arrivée : ni Darius ni Cyrus ne trans- 
portaient les nations vaincues de leur pays dans un autre, comme 
avaient fait les rois de Babylone et de Ninive. Mais iront-ils jusqu'à 
j renvoyer dans sa patrie, un peuple transmigré depuis soixante-dix 
ans? 

Daniel se tourna vers le Seigneur, son Dieu, dans les supplications, 

dans les jeûnes, le sac et la cendre. Son cœur se répandit en une 

prière humble, fervente et pleine de confiance, qu'il termina par ces 

paroles : « Inclinez, mon Dieu, votre oreille et écoutez; ouvrez vos 

yeux et voyez nos désolations, et cette ville sur laquelle a été invoqué 

votre ncii; nous prosternons nos prières devant votre face, non pas 

flous confiant dans nos justices, mais dans la multitude de vos misé- 

Incordes. Seigneur, exaucez! Seigneur, pardonnez! Seigneur, regar- 

^dcz et faites ! Ne différez plus, mon Dieu, pour l'amour de vous-même- 

parce que cette ville et ce peuple sont à vous, ils ont été appelés de 

voti'e nom ». 



H 



i 



Û 



II 



loinina- 
st lui le 
^n eni- 
ur et le 
et dans 



Ijilantbua In universA terra : Pax vobls multipllcetur ! A me conslitutum est 
lueeretum, ut in univcrso impcrio et regno nieo treniiscant cl pnvennt Dciim Da- 
jniens; ipse est enim Deus vivens etœternus in sœcula; et ro«nuni ejus non dissi- 
■piiliiliir.etpotestas cjususquein œteinum. Ipse liberator alquo snlvatnr, fnriens 
Ifismi, et mirabilia in cœio et in terra ; qui liberavil Danielem de iacu leonuni. 






' s. Ati«., Sermo 301, n. S, et 343. n. 2. 



Daniel, 9, IS il m. Iiiilhiu, Deiit. 



iguis hu- H""'"'*' ""'*'"' '""'" ^^ "^"'' ' "l'^''"' "^'"'"8 l""S et vide dcsoliitintieni uoslram, et 



Cl- 



in. 



Il '* 



88 HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv. XIX. - De 538 

« Lorsque je parlais encore et que je priais, ainsi raconte ce grand 
intercesseur, et que je confessais mes péchés et les péchés de mon 
peuple Israël, et que je prosternais mes prières devant la face de Je- 
hova, mon Dieu, pour la montagne sainte de mon Dieu ; dans ce mo 
ment-là même que je parlais encore dans la prière, l'homme Gabriel, 
que j'avais vu dans une vision au commencement, vola tout d'un coup 
à moi, et me toucha au temps du sacrifice du soir. Il m'instruisit, il 
me parla et me dit : Daniel, je suis venu maintenant pour vous ensei 
gner et pour vous donner l'intelligence. Dès le commencement de vo- 
tre prière, l'ordre a été donné et je suis venu pour vous îe faire con 
naître, parce que vous êtes un homme de désir. Soyez donc attentif à 
la parole et comprenez la vision *. 

«Septante semaines ont été décidées sur votre peuple et sur votre 
ville sainte, pour abolir la prévarication, finir les péchés, expier l'i- 
niquité, amener la justice éternelle, accomplir la vision et la prophé- 
tie, et oindre le Saint des saints *. 

« Sachez donc et remarquez : Depuis la sortie de la parole, pour 
rebâtir Jérusalem, jusqu'au Messie, le prince, il y aura sept semaines 
et soixante-deux semaines; et les places et les murailles seront bâties 
de nouveau dans des temps fâcheux et difliciles 3. 

« Et après les soixante-deux semaines, le Messie sera mis à mort 
et non pour lui-même. Et un peuple, avec un chef (un peuple chef) 
qui viendra, détruira la ville et le sanctuaire ; sa fin sera comme une 

vitatem, super quam invocatum est notnen tuum j neque enim in justiflcationibuf 
nostria prosternimus preces ante facietn tuam, sed in miserationibus luis multis, 
Exaudi, Domine! placare, Domine! attende et Tac ! Ne moreris proptcr lemetipsuni, 
Deu8 mbus; quia nom>jn tuum invocatum est super civitatem, et super populum 
tuum. 

• * Daniel, 9, 20-23, Cùmque adhuc loquerer, etorarem, et conilterer peccata mea, 
et peccata populi mei Israël, et prostcrnerem preces meas in conspectu Dei mei 
pro monte sancto Dei mei ; adliuc me loqucnte in oratione, eccè vir Gabriel 
quem videram in visione à principio, citù volans, tetigit me in tempore sacrifie 
vespeitini ^tdocuit me,et locutusestmihi.dixitquo : Daniel, nunc egressus suii 
ut docerem te, et intelligeres. Ab exordio precum tuarum egressus est sernio 
ego autem veni ut indicarem tibi, quia vir desideriorum es. Tu ergô animadverlt 
sermonem, et intellige visionem. 

* Ibid., 24. Septuaginta hebdomades abbreviatie snnt super populum tuum cl 
super urbemsanctam tuam, ut consummetur prœvaricatio, et llnem acciplat pec 
catum. et deleatur iniquitaa, et adducatur justitia senipit.cma, cl impleatur visw 
et prophetia, et iingatur Sanctus sanctorum. 

3 Ibid,. 25- Sçito er&ô et anjmndvcrtc -: Ab cvitii sçrmoniS: ut itoi'ùni te.à 

llcetur Jérusalem, u8queadChri8tum,duccm,1iebdomadcsseptcm, et hebdomadcj 

oxaginta duu' crunt, ot rursCtm a'dlllfaliilur platca, et mûri in angusiiA toiu- 

IJtnuin . 



Il 442 av. l'ère chr.] 

submersion, et h 
« Il confirmers 
la moitié de la sei 
mination de la d 
ailes), et jusqu'à 
tien 2, » 

Pour bien ente 
l'accomplissemen 
de chronologie ; i 
vivants et toujoi 
l'humanité sortie 
barbarie, des fers 
lumière, animée « 
seule famille sous 
terrogeons l'humî 
ciame-t-elle comr 
devait mettre fin 
justice éternelle, 
comme le Saint c 
comme du chef p 
dix-huit siècles, a 
personne qui l'ign 

Mais le Juif? Eh 
geons le Juif. Dis- 
011 ne sait de qui ; 
crifice, sans patri 
temple, son sancti 
toi l'oblation et 1 
cette désolation sa 
celui que l'univers 
pondre, les siècles 

Quant aux détail 
dre, que ceux-là s 
linesse pour ne pa 

Tous les doctes 

' Dan., 9, 26. Et po 
eilt ojus populus, qui 
impulus cum duce \ 
licôoiatio. 

« Ibid., 27. Con Uni 
liel)(i(unadis, dellciet li 
iiis, ci us(iue ud coiksi 



— De 538 

ce grand 
s de mon 
ice de Je- 
is ce mo- 
) Gabriel, 
l'un coup 
truisit, il 
us ensei 
înt de vo 
'aire con 
attentif à 

sur votre 
xpier ri- 
. prophé 

île, pour 
semaines 
•nt bâties 

i à mort, 
>le chef), 
nme uiiel 



icationibul 
uig muItlsJ 
metipsuniJ 
r populunl 

ccata mea, 

I Dei mei 
r Gabriel, 
s sacrifie 
ressus suii 
ist sernio 
limadvcrlt' 

II tuuiu cl 
ipiat pec 

lalur visii' 

rùm te.ë 
ibdomadc! 
i8ili\ {m 



à 442 av. l'ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 67 

submersion, et la guerre ne finira que par une entière désolation *. 
« Il confirmera l'alliance à plusieurs dans une semaine, et, dans 
la moitié de la semaine, il fera cesser l'oblation et le sacrifice ; l'abo- 
mination de la désolation sera dans le temple (autrement sur les 
ailes), et jusqu'à l'entière ruine, on ajoutera désolation sur désola- 
tion 2. » 

Pour bien entendre les paroles de l'ange et en toucher des mains 
l'accomplissement, il n'est pas besoin de grande étude ni de système 
de chronologie ; il suffit d'interroger deux témoins, témoins toujours 
vivants et toujours présents. Interrogeons la nouvelle humanité • 
l'humanité sortie des ténèbres du paganisme, des horreurs de la 
barbarie, des fers de l'esclavage; l'humanité éclairée d'une nouvelle 
lumière, animée d'une nouvelle vie, et se réunissant comme une 
seule famille sous le même Dieu et dans la même loi d'amour • in- 
terrogeons l'humanité chrétienne. Qui, depuis dix-huit siècles pro- 
clame-t-elle comme le Christ, comme le Messie, comme celui qui 
devait mettre fin à la prévarication, expier l'iniquité, amener la 
justice éternelle, accomplir la loi et les prophètes? Qui adore-t-elle 
comme le Saint des saints ? De qui te- 3 les ans, comme du Christ 
comme du chef par excellence, pleure-t-elle la mort? A qui, depuis 
dix-huit siècles, a-t-elle rendu nom propre le nom de Christ ? Est-il 
personne qui l'ignore ? 

Mais le Juif? Eh ! c'est là même notre second témoin. Oui, interro- 
geons le Juif. Dis-nous donc, peuple autrefois de Dieu, maintenant 
on ne sait de qui ; peuple sans roi, sans prêtre, sans autel, sans sa- 
crifice, sans patrie ; dis-nous, depuis quand ta ville sainte et son 
temple, son sanctuaire, sont-ils détruits? depuis quand a cessé pour 
toi l'oblation et le sacrifice ? depuis quand a commencé pour toi 
cette désolation sans fin? N'est-ce pas depuis que tu as mis à mort 
celui que l'univers nomme le Christ? Ah! tu n'as pas besoin de ré- 
pondre, les siècles répondent pour toi. 

Quant aux détails mêmes do la prophétie, ils sont si faciles à enten- 



S dre, que ceux-là seuls s'y embrouillent, qui veulent y mettre de la 
linesse pour ne pas penser comme autrui. 
Tous les doctes conviennent que les semaines dont il est ici ques- 

' Dan., 9, 26. Et post hebdomades sexaglnta duas, occidetur Christus et non 
cil 0JU8 populus, qui eum ncgatunis est. Et civitatem et sanctuarium disBiDablt 
l'opulus cum duce vcntuio j et li.ils cjus vastitas et post flnem belll stltula 

ucôoiatio. 

^ Ibid., 27. Conilnnabit autcin pactiim iniiltis lielHiomadA unA, et, in dimidlcr 
liclidomadis, denciet liostia et sacrilici.ini ; et eiil in teiiiplo ab..ininatio deaolallo- 
n:s, Cl usiiue ud consuiiuiialionctii et llucni peiseverabit dcsolallo. 



n 



i| 's! 



I 



68 HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv. XIX. — De 538 

tion sont des semaines d'années. 11 y avait chez les Hébreux, non- 
seulement des semaines ou settaines de jours, terminées par le jour 
du sabbat ou du repos, mais encore des semaines ou settaines d'an- 
nées, terminées par l'année du repos ou du sabbat; et enfin des se- 
maines ou settaines de ces semaines annuaires, des semaines de 
quarante-neuf ans, terminées par l'année du jubilé, l'année de l'ex- 
piation et de la rémission, où chacun recouvrait sa liberté et son 
ancien héritage. Ici l'ange du Seigneur, étendant ce comput, prédit 
à Daniel non plus une settaine de ces semaines d'années, un jubilé 
ordinaire, mais une septantaine, une semaine de quatre cent quatre- 
vingt-dix ans ou de dix jubilés, laquelle se terminera par le jubilé 
éternel, par la grande année de l'expiation et de la rémission vérita- 
ble ; où, non plus Israël seul, mais l'humanité entière, réconciliée à 
Dieu par la mort du Christ, recouvrera sa primitive liberté et son hé- 
ritage céleste. 

Cette grande période de septante semaines annuaires doit com- 
mencer à l'ordonnance donnée pour rebâtir les murs de Jérusalem. 
Nous verrons cette ordonnance donnée par Artaxerce-Longue-Main, 
la vingtième année de son règne, quatre cent quatre-vingt-dix ans 
avant Jésus-Christ. Nous verrons pendant les sept premières se- 
maines, au milieu de temps fâcheux, la sainte cité se rebâtir, non- 
seulement quant à ses murailles de pierre, mais encore quant à sa 
police et à son gouvernement. Nous verrons, après les soixante-deux 
semaines suivantes, en tout après soixante-deux semaines ou quatre 
cent quatre-vingt-trois ans, dans la dernière semaine, le Christ misa 
mort, son alliance contirniée avec plusieurs, l'oblation et le sacrifice 
abolis, ensuite la ville et son sanctuaire; enfin nous voyons conti- 
nuer depuis lors l'irrémédiable désolation. 

Les Juifs sont en cela d'accord avec nous. Lorsque depuis tant de 
siècles la synagogue prononce les malédictions les plus terribles con- 
tre ceux qui, de cette prédiction, voudraient calculer les aimées de 
Messie, qu'est-ce que cela veut dire? N'est-ce pas : Chrétiens, vous 
avez raison ? 

Deux ans après cette annonce de l'ange du Seigneur à son pro- 
phète, Darius, roi des Mèdes, et Cambyse , roi des Perses, étant 
morts, Cyrus, fils du second, neveu et gendre du premier, régna 
seul sur presque tout l'univers. Daniel, qui avait été en si grand 
honneur sous l'oncle, ne le fut pas moins sous le neveu. On ne 
doute point qu'il n'ait eu grande part à l'édit que publia cette année 
Cyrus pour !c rétablisseme'i 'h', ij-uiph' de Ji'vnsaloni, ei qui ter- 
mina ainsi les soixante-dix ans de captivité, connue l'avait annonoé 
Jérémie. L'historien Josèphe assure positivement, et la teus su' u\énie 



! 



à 442 av. l'ère chr.l 

(lu décret le doni 
d'Isaïe qui l'appt 
lait comme le co 
peuple de Dieu *. 

« En la premi( 
la parole de l'Été 
plie, l'Éternel su 
royaume, même ] 

« Ainsi parle C 

« Jéhova , Diei 
et il m'a comman 
Judée. Qui est pi 
avec lui. Qu'il m( 
maison de Jéhovs 
lem. Et quiconqu 
étranger , les hab 
l'argent, de l'or, < 
lontairement à la 

Nous verrons ai 
par la maison du 

« Alors les che 
tes se levèrent , et 
afin de bâtir la me 
qui étaient dans l 
ses d'argent et d'( 
ce qu'ils avaient o 
les vases de la n 
portés de Jérusak 
Cyrus, roi de Pers 
sorier, qui les livr 

* Josèphc, Anliq.,] 
sarum, ut compleret 
spirilum Cyrl régis P 
ecripturam, ilicens : 
iulhi Dominus Dcua c 
salem, quxest in Jud 
curn ipso. Ascendat ii 
Dei Israël ; ipse est E 
ublcumque habitent, a 
et pecoribus, except 
salem. — >C. 6. 

* Ibid., 1, 5-8. Et 
sacerdotes, et levltœ, 



De 638 

i, non- 
le jour 
s d'an- 
des sé- 
nés de 
le l'ex- 
et son 
prédit 
1 jubilé 
quatre- 
B jubilé 
vérita- 
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3-Main, 
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On ne 
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nnonot' 

uu'ino 



à 442 av. l'ère chr.l DK L'ÉGLISE CATHOLIOUK. fi» 

du décret le donne à entendre, que Cyrus vit et lut les prophéties 
d'Isaïe qui l'appelait par son nom deux siècles d'avance, le signa- 
lait comme le conquérant de l'univers et comme le restaurateur du 
peuple de Dieu *. 

« En la première année donc de Cyrus , roi des Perses , afin que 
la parole de l'Éternel, révélée par la bouche de Jérémie, fût accom- 
plie, l'Éternel suscita l'esprit de Cyrus et fit publier par tout son 
royaume, même par lettres, disant : 

« Ainsi parle Cyrus, roi de Perse : 

« Jéhova , Dieu du ciel , m'a donné tous les royaumes de la terre, 
et il m'a commandé de lui bâtir une maison à Jérusalem , nui est en 
Judée. Qui est parmi vous de tout son peuple ? Que son Dieu soH 
avec lui. Qu'il monte à Jérusalem, qui est en Judée, et qu'il édifie la 
maison de Jéhova, Dieu d'Israël; il est Dieu, celui qui est à Jérusa- 
lem. Et quiconque reste dans tous les lieux , ou il séjourne comme 
étranger , les habitants de son endroit viendront à son aide avec de 
l'argent, de l'or, des biens et du bétail , outre ce qu'ils offriront vo- 
lontairement à la maison de Dieu, laquelle est en Jérusalem *. » 

Nous verrons ailleurs que Cyrus ordoniàd que les frais seraient faits 
par la maison du roi ^. 

« Alors les chefs des familles de Juda et de Benjamin , et les lévi- 
tes se levèrent , et tous ceux dont Dieu suscita l'esprit , pour monter 
afin de bâtir la maison de Jéhova, qui est à Jérusalem. Et tous ceux 
qui étaient dans leurs alentours leur mirent entre les mains des va- 
ses d'argent et d'or, et des biens, et du bétail, et des meubles, outre 
ce qu'ils avaient offert volontairement. Quant au roi Cyrus, il sortit 
les vases de la maison de Jéhova , que Nabuchodonosor avait em- 
portés de Jérusalem , et qu'il avait mis dans la maison de son dieu. 
Cyrus, roi de Perse, les sortit donc par la main de Mithridate , le tré- 
sorier, qui les livra, en les comptant, à Sassabar, prince de Juda *. » 

' Josèphc, Anliq.,]. Il, c. 1. — ^Esdras, 1, l-4.Inanno primo Cyri régis Per- 
garum, ut compleretur verbum Doininl ex ore Jeremiœ, suscilavit Dominus 
spiritum Cyrl régis Persarum, et traduxit vocem in omni regno suo, eUam per 
scrlpluram, dicens : Haie dicit Cyrus, rex Persarum : Omnia régna terrœ dcdlt 
iiiilii Dominus Dcuo cœll, et ipse prœcepit milii ut œdlflcarem el domum in Jéru- 
salem, quic est in JudicA. Quis est In vobis de universo populo ejus ? Sit Deus kllius 
ciirn ipso. Ascendat in Jérusalem, quae est in Juda>â, et œdiflcel domum Domini 
Dei Israël; ipse est Deus qui est in Jérusalem. Et omnes reliqul in cunctislocia 
ubicumque habitent, adjuvent eum virl de loco suo, argento, et auru, et substantiâ , 
et pccoribus, excepto quod voluntariè olFerunt templo Dei, quod est in Jéru- 
salem. — >C. G. 

* Ibid., 1, 5-8. Et surrexerunt principes patrum de Juda et Benjamin, et 
sacerdotes, et levltœ, et omnis cujus Deus sujcitavit spiritum, ut ascenderent ad 



'1 

i 



I: . 



70 HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv. XIX. — De 538 j 

• On croit que Sassabar est le nom chaldéen de Zorobabel. Les vais- ] 
seaux d'or et d'argent du temple, qui lui furent livrés, àe montaient 
en tout à cinq mille quatre cents. 

Le nombre de ceux qui s'en retournèrent sous la conduite de Zo- 
robabel, prince de la tribu de Juda, fils de Salathiel et petit-fils de Jé- 
chonias, ainsi que du grand prêtre Josué ou Jésus, fils de Josédec, et 
des autres princes , ne monta qu'à quarante-deux mille trois cent 
soixante, auxquels il faut encore joindre sept mille trois cent trente- 
sept serviteurs et servantes. Il paraît que sur ces quarante-deux mille 
trois cent soixante, trente mille environ, desquels on voit le dénom- 
brement par familles, étaient des tribus de Juda, de Benjamin et de 
Lévi, et que le reste était des autres tribus d'Israël. Des vingt-quatre 
familles sacerdotales , il n'y eut que quatre à revenir, savoir : celles 
de Jadaïa, d'Emmer, de Phésur et de Harim ; toutes les autres, ou 
avaient été éteintes, ou restèrent dans le lieu de leui ..aosmigration. 
On ne laissa pas de conserver l'ancien nombre des classes de prêtres, 
tel qu'il avait été fixé par David. Pour cet effet, cliacune de ces clas- 
ses qui étaient retournées fut subdivisée en six ; et les nouvelles clas- 
ses , prenant le nom de celles qui manquaient , subsistèrent sous les 
anciens titres. De là vient que, dans !a suite, Mathathias est dit avoir 
été de la classe de Joarib, et Zacharie de celle d'Abias *. 

Déjà le septième mois de l'année de leur retour, lorsque approchait 
la fête des tabernacles, les Israélites qui avaient commencé à rebâtir 
leurs villes, s'assemblèrent comme un seul homme dans Jérusalem. 
Et Josué, le grand pontife, et les prêtres, ainsi que Zorobabel et les 
autres chefs du peuple, dressèrent un autel, des holocaustes, et dès 
le premier jour âi ce mois ils offrirent l'holocauste au Seigneur, 
matin et soir. On célébra également la fête des tabernacles. 

« En même temps ils donnèrent de l'argent aux tailleurs de pier- 
res et aux maçons, et du froment, et du vin, et de l'huile à ceux do 
Sidon et de Tyr, pour apporter des bois de cèdre du Liban à la mer 
de Joppé, selon ce qu'avait commandé Cyrus, roi de Perse. 

« Et lorsque ( le second mois de la seconde année) les architectes 
posèrent les fondements du temple de Jéhova, les prêtres s'y rendi- 
rent avec leurs ornements et leurs trompettes , et les lévites, fils 

œdiflcandum templum Domlni, quoci erat in Jérusalem. Universique qui erant in 
circuitu, adjuverunt manus corum in vasis argenteis et aureis, in 8ul)8tantiis et 
jumentis, in supelleciili, exceptis his, qua; spontè oblulerant ; rex quoque Cyrus 
protulit vasa templl Domini, quœ tuierat Nabuchodonosor de Jérusalem, et po- 
giiP.r.'ît p^ iv, !<>mp!!i (Ici gui, Piotnlit .lîitcin en r.yriig, rcx Persarum, per manuni 
Milhridatis, illiiGazabar, et annumeravit ea Sassabusar, principi Juda. 
> Piideaux, llv. a. 



I 



A 442 av. IVrc clir.] 

d'Asaph, avec leui 
les mains de Davit 
louanges à Jéhova 
éternellement sur 
louant le Seigneur 
plusieurs des prêti 
anciens, qui avaie 
lorsqu'on fonda ; 
poussaient des cvn 
pouvait distinguer 
ceux qui pleuraier 
de grandes clamei 

Comme le pren 
dix-neuvième ann 
menés à Babylone 
depuis leur retour 
mier temple aprèi 
était confus , plus 
leur enfance. 

On se rappellera 
qui réunissait le r( 
pler le pays déserl 
nouveaux habitant 
Ces colons apport» 
se mêlèrent entre 
rent une instructic 
A la vérité, ils rec 
ainsi que du livre 
bat, faisaient circo 
tenaient en même 
dans leurs opinion 



'Esd., 3, 10-1 3. Fur 
in ornatu suo cum tul 
manus David, régis I 
quoniàm bonus, quo 
quoque populus vocif 
fundatum esset temp 
principes patrum, et 
et hoc templum in o 
liçtitîu, eîevabanî voee 
tium, et vocem fletûe 
magno, et vox audieb 



de Zo- 
5 de Jé- 
îdec, et 
•is cent 
trente- 
IX mille 
lénom- 
1 et de 
■quatre 
: celles 
res, ou 
;ratioii. 
)rêtres, 
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es clas- 
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et dès 
gneur, 



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erant in 
antiis et 
le Cyrus 
, et po- 
manuni 



à 442 av. l'tMc clir.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 71 

d'Asapli, avec leurs cymbales, tous debout, afin de louer Dieu par 
les mains de David, roi d'Israël. Et ils entonnèrent des hymnes et des 
louanges à Jéhova, parce qu'il est bon., parce que sa miséricorde est 
éternellement sur Israël ; et tout le peuple criait à haute voix en 
louant le Seigneur, parce que la maison de l'Éternel était fondée. Et 
plusieurs des prêtres et des lévites, et des chefs du peuple, les plus 
anciens, qui avaient vu le premier temple, pleuraient hautement . 
lorsqu'on fonda sous leurs yeux le temple nouveau ; et plusieurs 
poussaient des cris de joie d'une voix fort élevée. En sortcî qu'on ne 
pouvait distinguer la voix de ceux qui se réjouissaient de la voix de 
ceux qui pleuraient ; car les cris confus du peuple s'élevaient comme 
de grandes clameurs, et toutes les voix s'entendaient au loin *. » 

Comme le premier temple n'avait été réduit en cendres que la 
dix-neuvième année depuis que les premiers captifs eurent été em- 
1 menés à Babylone, et que la fondation du second eut lieu la deuxième 
depuis leur retour, les vieillards pouvaient bien se souvenir du pre- 
mier temple après une cinquantaine d'années ; et plus ce souvenir 
était confus , plus il était favorable à l'objet qu'ils avaient vu dans 
leur enfance. 

Onse rappelleraque les rois assyriens, en dernier lieu Âsarhaddon, 
qui réunissait le royaume de Babylone à celui de Ninive, pour peu- 
pler le pays désert des tribus emmenées captives, y envoyèrent de 
nouveaux habitants de différentes contrées de la grande monarchie. 
Ces colons apportèrent avec eux plus d'une sorte de culte idolâtrique, 
se mêlèrent entre eux et avec les Israélites restés dans le pays, reçu- 
rent une instruction très-défectueuse dans la religion du vrai Dieu. 
A la vérité, ils reconnaissaient la divinité des cinq livres de Moïse, 
ainsi que du livre de Josué, suivant quelques-uns observaient le sab- 
bat, faisaient circoncire leurs fds, attendaient le Messie ; mais ils re- 
tenaient en même temps leurs précédentes abominations, et, divisés 
dans leurs opinions et leurs pratiques superstitieuses, ils ne s'accor- 



< Esd., 3, 10-13. Fundato igitur àcœmentariis tcmplo Domini, steterunt sacerdotea 
in ornatu suo cum tubis. et levitœ, filii Asaph, in cymbalis, ut laudarent Deum per 
manus David, régis Israël. Et concinebant in hymnis et confessione Domino, 
quoniàm bonus, quoniàm in œternum misericordia ejus super Israël; omnis 
quoque populus vociferabatur clamore magno in laudando Dominum, eô quôd 
fundatum esset templum Domini. Plurinii eUani de sacerdotibus et levitis, et 
principes patrum, et scniores, qui viderant templum piius cùm fundatum easet 
et hoc templum in oculis corum, flebant voce magnà, et muiti vociférantes in 
iirtitiu, eîevabanî voeer». Ncc poîerat quisquam agnoseere vocem clamoris îœtan 
tium, et vocem fletûs popull; commixtlm enim populus vociferabatur clamore 
magno, et vox audiel)atur procul. 



I J 




79 



HISTOIRE UNIVERSEIJ.E fl.lv. XIX. - De .138 



ll^ U 



daienl que dans la haine contre les vrais Israélites, principalement 
contre ceux des tribus de J-ida et de Benjamin. Ils étaient appelés 
d'abord Cuthéen- , de Cutha, province assyrienne, vraisemblablement 
parce qu'il y en avait beaucoup de ce pays ; mais ce nom , après le 
rétablissement delà ville de : u.. ;?io, Ui remplacé par celui de Sa- 
maritains. 

Sans doute qu'ils avaient vu avec plaisir la chute du royaume de 
Juda ; aussi la protection dont jouissaient les Juifs sous le grand Cy. 
rus, leur commun maître , dut-elle exciter leur jalousie. Lors donc 
qu'ils apprirent queles enfants de la captivité bâtissaient ce temple 
à Jéhova, Dieu d'Israël, des députés vinr'^ il à Zoiobabel et aux au- 
tres chefs d'entre les pères , et leur dirent : Laissez-nous bâtir avec 
vous, car nous cherchons votre Dieu comme vous ; voilà que nous lui 
avons offert des victimes depuis les jours d'Asarhaddon, roi d'Assur, 
qui nous amena ici. Mais Zorobabel, et Josué , et les autres chefs des 
pères d'Israël leur répondirent: Ce n'est pas à nous et à vous de bâtir 
ensemble la maison à notre Dieu ; mais nous édifierons seuls à Jéhova, 
Dieu d'Israël, comme nous l'a commandé Cyrus , roi de Perse*. 

Les Samaritains, se voyant ainsi congédiés, achetèrent les officiers 
persans, qui empêchèrent la construction du temple, tout le temps 
que vécut Cyrus. 

Ce caractère inconstant de Cyrus on de son règne vis-à-vis de 
Dieu et de son peuple, avait été prédit par Isaie. Dieu dit d'abord de 
Cyrus : Je le susciterai de l'aquilon, et il viendra de l'Orient. Il ap- 
pellera ou invoquera mon nom. Il brisera les grands de la terre 
comme de la boue , et les foulera comme le potier fait l'argile 2. 
Voilà Cyrus au milieu de ses conquêtes, proclamant que Jéhova, le 
Dieu d'Israël, lui adonné tous les royaumes de lai rre, et comma:^- 
dantde rebâtir son temple à Jérusalem. Plus loin, rappelant à Cyrus 
même tout ce qu'il a fait pour lui. Dieu ajoute jusqu'à deux fois : Et 
tu ne m'as pas connu 3. Voilà Cyrus finissant par oublier Dieu dont 
il avait proclamé la toute-puissance, et son temple dont il avait or- 
donné le rétablissement. 

Ce fut là sans doute ce qui plongea Daniel dans cette grande tris- 
tesse, et le fit jeûner pendant trois semaines, au bout desquelles Dieu 
lui révéla la future destinée de l'empire des Perses et de l'empire des 
Grecs, les grandes épreuves du peuple choisi , avec un lointain re- 
gard sur la fin du monde. 

« La troisième année de Cyrus, roi de Perse, une parole fut ré- 
vélée à Daniel, surnommé LUtitassar ; parole de vérité, grandes ré- 

Esd., 4. _ 8 isnïp, M, 2ô. - s Ihid., 45. 4 et 5. 



là 442 av. l'ère chr.] 

Ivolutions ; et il con 

sion *. 

« En ces jours-là 
jdant trois semaines, 
|ni chair ni vin n'en 
jd'aucune huile, jus 

« Or, le vingt-q 
î grand fleuve Hidek 
[voilà un homme \ê 
j(l s reins. Son corp 
llaspect de la foudr 
fct ses pieds comme 
lia voix de la multi 

«Moi, Daniel, jt 
lavcc moi ne la vire 
îsureux, qu'ils s'ei 
j gardai cette grande 
|la sérénité de mon 
faucune force. Et j 
Jdant, je m'étendis 
I « Et voilà qu'um 
4 mes mains. Et il m 
f| rôles que je vous d 
fenvuyé vers vous. 

I 1 Dan., 10. Ânno ter 
Ignomentu Balt&ssar; e 
f neiii; intelligentià enin 
I Indiebus illiis, ego, 1 
Iderabilem non omedi 

iinguento unctus sum, 
I Die aiitein vigesimâ 1 
[est Tigiis, et levavi oc 
jejus accincti auro obr 

spccies fulguris, et ocu 
Isiint usque ad pedes, 
[multitudinis. 

Vidi autem, ph;o, Dai 
jderuntjsed terror ni m 
jrelictus solus, vidi vlsi 
letspecies mea iininuta 
jaudivi vocem sermoni 
|meam, et vultus meus 1 
Et eucè manus teiigi 
jnuum mearum. Et dix i 
lloquor ad te, etsta in 



De 538 

lement 
ippelés 
lement 
près le 
de Sa- 

me de 
ind Cy. 
PS donc 
temple 
lux au- 
ir avec 
tous lui 
Assur, 
lefs des 
le bâtir 
féhova, 
*erse *. 
)fficiers 
! temps 

i-vis de 
>ord de 
. Il ap- 
la terre 
rgile 2. 
ova, le 
uma:^- 
i Cyrus 
m : Et 
!U dont 
ait 01- 

ie tris- 
is Dieu 
ire des 
lin re- 

fut ré- 



là 442 av. l'ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 78 

ivolutions ; et il comprit ce qui lui fut dit, et il eut l'intelligence de sa 



! vision 



1 



« En ces jours-Là, moi, Daniel, j'étais pleurant tous les jours pen- 
dant trois semaines. Je no mangeai d'aucun pain agréable au goût, et 
ini chair ni vin n'entrèrent dans ma bouche ; je ne me servis même 
id'aucune huile, jusqu'àceque ces trois semaines fussent accomplies. 
I « Or, le vingt-quatrième jour du premier Liois, j'étais près du 
grand fleuve Hidekel (le Tigre), et, levant les; yeux- je regardai ; et 
voilà un homme vêtu de lin avec une ceinture d'or très-pur autour 
iH reins. Son corps était comme une chrysolithe, son visage comme 
[aspect de la foudre, ses yeux comme des lampes ardentes, ses bras 
et ses pieds comme l'airain étincelant, et la voix de sa parole comme 
|la voix de la multitude. 

« Moi, Daniel, je vis seul cette vision, et les hommes qui étaient 
av( c moi ne la virent point ; cependant une si grande frayeur fondit 
sur eux, qu'ils s'enfuirent et se cachèrent. Je restai donc seul et re- 
gardai cette grande vision ; mais il ne re ta point de vigueur en moi, 
la sérénité de mon visage fut changée tu abattement, je ne conservai 
aucune force. Et j'entendais la voix de ses paroles, et en l'enten- 
idant, je m'étendis accablé, la face contre terre. 
1 « Et voilà qu'une main me toucha et me fit lever sur mes pieds et 
imes mains. Et il me < it : Daniel, homiu ■ de désirs, entendez les pa- 
froles que je vous dirai, et levez-vous debout ; car je suis maintenant 
lenvoyé vers vous. Et pendant qu'il me parlait ainsi, je me tins de- 



I > Dan., 10. Anno tertio Cyri, régis Persarum, verbum revelalum est Danieli co- 
Ignomento Baltassar ; et VdiLi'in veriim, et '"irtitutl magna ; intellcxitque sermo- 
f niiii; inlelligentià enim est opus in visione. 

; in (liebus illis, ego, Daniel, îygebam tiium hebdomadarum diebug. Panem desi- 

|dcrabilem non omedi, et caro et vinum non introierunt in os meum; sed neqiic 

^inguento unclus suni, donec coniplerentur trium hebdomadarum dies. 

; Die aiitem vigesimâ et quartà mensis priml, eram juxta lluvium magnum, qui 

lest Tigiis, et levavi oculos meos, et vidi; et eccè v,ir unus vestitus lineis, et renés 

ejus accincti auro obryzo ; et corpus ejus quasi chrysolithus , et faciès ejus velut 

spccies fulguris, et oculi ejus ut lampas arden^^ ; et brachia ejus, et quœ deorsàm 

|£iint usque ad pedes, quasi species aeris can ntis, et vox sermonum ejus ut vux 

multitudinis. 

Vidiautem, pso, Daniel solus, visionem; porrô viri (jni erant mecum non vl- 

derunt; scd terror nimius irruit super cos, et fugcrunt in absconditum. Ego autem 

relictus solus, vidi visionem grandem hanc ; et non remansit in me fortitudo, sed 

f et species mea immutata est in me, et emarcui , nec liabui quidquam virium. Et 

^audivi vocem sermonum ejus, etaudiens, jacebam consternatus super faciem 

|meam, et vultus meus hœrebat terra;. 

i Et eccè manus tetigit nie, et erexit me super geiiua mea, et super uiiicuios ma- 

inuum mearum. Et dixitad me: Daniel, virdesideriorum, intellige verba qu.n ego 

lloqiKir ad te, et sta in gradu tuo ; nunc enim sum mi^sus ad te. Cùmque ilixis- 






74 HISTOIRE rNIVKRRKIJ.K {U\. XIX. - Do 538H;,4i2av. l'ère dir-l 

bout en tromblant. Et il me dit : Daniel, ne craignez point ; rar (ItsBiiver à voire peuple 
le premier jour que vous avez appliqué votre cœur à conipreiidre tiBcomplira qu'après l 
à vous affliger en la présence de votre Dieu, vos paroles ont été ■ a Et pendant qu' 
exaucées, et je suis venu à cause de vos paroles. Mais le prince duBtre terre , et je dem 



î 



royaume de Perse m'a résisté vingt-un jours ; et voici, Michel, un 
(ou le premier) d'entre les premiers princes, est venu à mon secours, 
et je suis demeuré là (ou je l'ai laissé là) près du roi (ou desroisj 
de Perse. » 

Le personnage qui parle était, selon toutes les apparences, l'ange 
Gabriel, qui avait dvyd expliqué au prophète deux visions. Quanta 
ce prince des Perses que nous voyons s'opposer à ce que demandait 
Daniel, et quant au prince des Grecs, que nous verrons paraître tout 
à l'heure, les meilleurs interprètes *, avec saint Grégoire le Grand, 
entendent par là les deux anges préposés de Dieu à l'empire des 
Perses et à celui des Grecs. Chacun d'eux plaidait en faveur de sa 
nation, avec l'ange des captifs de Babylone, et avec Michel, chef prin- 
cipal, parmi les anges du peuple de Dieu, de la société des fidèles, 
et alors et depuis. Gabriel aura souhaité voir tous ses chers captifs 
retourner à Jérusalem, et le temple se rebâtir promptement. L'ange 
des Perses aura représenté que l'avantage spirituel des peuples qui 
lui étaient confiés demandait qu'une partie des enfants d'Israël res- 
tât au milieu d'eux. Et nous verrons, en effet, par l'histoire d'Esdras, 
de Néhémie et d'Esther, que cette circonstance ne contribua pas peu 
à conserver la connaissance du vrai Dieu dans les capitales de cet 
empire, à la répandre parmi tous ses peuples, et même à en con- 
vertir un grand nombre. L'ange des Grecs, dont l'empire devait suc- 
céder à celui des Perses, aura exposé des raisons semblables en fa- 
veur des siens. Michel, qui avait la direction de tout l'ensemble, 
aura tempéré les vœux des uns et des autres, pour la plus grande 
gloire de leur commun maître et le plus grand bien des hommes, 
leurs pupilles, d'après une connaissance supérieure, qu'il aura eue 
des desseins de la Providence. 

.« 2 Maintenant donc je viens pour vous apprendre ce qui doit ar- 



set mihl sermonem istum, stetl tvemens. Et ait ad me : Noli metuere, Daniel ; quia 
ex die primo quo posuisli cor tuum ad intelligendum ut te aflligeres in conspectu 
Dei tui, exaudita sunt verba tua, et ego veni propler sermones tuos. Princeps auteiii 
regni Persarum reslititmihi viginti etunodiebus; et eccè, Michaël.unus deprinci- 
pibus primis, venit in adjutoriummeum.etego remansiibijuxtaregem Persarum 

» Lyranus, Estius.Menochius, Tyrinus, Greg. M.,1. 17, Moral., c. 8. S. Thom., 
1. q., a. 8, 93. 

* Daniel, 10, 14-21; 11, 1-4. Veni autem ut docerem te quœ Ventura sunt populo 
tuo in novissimis diebus; quoniàm adhuc Visio in dies. 



semblance du Fils d 
bouche, je parlai , < 
Mon seigneur, quan 
versé, et je n'ai poii 
de mon seigneur p 
sans force ; je perds 

« Alors me toucl 
nie fortifia et me di 
soit avec vous ! Pre 
me parlait, je repris 
car vous m'avez for 
à vous 1 Maintenant 
Lorsque je sortais. 
Cependant je vous 
la vérité ; et nul ne 
tre prince. Et moi, 
dais à s'étabUr et à 
vérité. 

« Voici que trois 
surpassera par la g 
qu'il sera devenu si 
[tre le royaume de J 

Cùmque loqueretur n 
iet tacui. Et eccè quasi 
aeum, locutus sum, et 
Il il dissolutœ sunt com 
oterit servus Domini 
irium ; sed et halitus i 
Rursùm ergù tetigit 
|limere,vir desideriorur 
etur mecum, convalui 
ait : Numquid scis qui 
principem Persarum. C 
Yerumtamen annuntia' 
est adjutor meus in ou 
anno primo Darii Mc( 
itatem annuntiabo tibi. 
Eccè adhuc très rcgi 
super omnes ; et cùm i 
GiiEcia». 



là 412 av. l'ire dir.l l)K L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 75 

[river à voire p(ïuplo dans les derniers jours : car cotte vision ne s'ac- 
complira qu'après bien du temps. 

a Et pendant qu'il me disait ces paroles, je baissais le visage con- 
tre terre , et je demeurais dans le silence. Et voici comme une res- 
semblance du Fils de l'homme qui toucha mes lèvres ; et, ouvrant la 
bouche, je parlai , et je dis à c^lui qui se tenait debout devant moi : 
Mon seigneur, quand je vous ai vu , tout mon intérieur a été boule- 
versé, et je n'ai point conservé de force. Comment donc le serviteur 
(le mon seigneur parlera-t -il avec mon seigneur '{ Je suis demeuré 
sans force ; je perds même la respiration. 

« Alors me toucha de nouveau comme une vision d'homme, qui 
me fortifia et me dit : Ne craignez point , hommo de désirs ; la paix 
soit avec vous ! Prenez courage ! prenez courage ! Et pendant qu'il 
me parlait, je repris des forces et je lui dis : Parlez , mon seigneur ; 
car vous m'avez fortifié. Et il dit : Savez-vous pourquoi je suis venu 
à vous V Maintenant je retourne pour combattre le prince de Perse. 
Lorsque je sortais, le prince de Javan (des Grecs) est venu à paraître. 
Cependant je vous annoncerai ce qui est marqué dans l'écriture de 
la vérité ; et nul ne m'assiste dans toutes ces choses que Michel, vo- 
|tre prince. Et moi, dès la première année de Darius le Mède, je l'ai- 
dais à s'établir et à se fortifier. Et maintenant je vous annoncerai la 
jvérité. 

a Voici que trois rois s'élèveront encore en Perse; et le quatrième 
surpassera par la grandeur de ses richesses tous les autres ; et lors- 
qu'il sera devenu si puissant par ses richesses , il soulèvera tout con- 
jtre le royaume de Javan (des Grecs). » 

Cùmque loqueretur mihl hujuscemodi verbis, dejeci vultum meum ad terram, 
ittacui. Et eccè quasi similitudo Filii hominis tetigit labia mea; et aperiens os 
iieum, locutus sum, et dixl ad eum qui stabat contra me : Domine mi, in visione 
iiii dissolutœ sunt compages meae, et nlhil in me remansit virium. Et quomod»^ 
oterit servus Domini mei loqui cum Domino meo ? nihil enim in me remansit 
irium ; sed et halitus meus intercluditur. 

Rursùm ergù tetigit me quasi Visio hominis, et confortavit me, et dixit : Noli 
limere, vir desideriorum j paxtibi! Confortare, et esto rubustus. Cùmque loque- 
retur mecum, convalul, et dixi : Loquere, Domine mi; quia confortasti me. Et 
; ait : Numquid sois quare venerim ad te ? Et nunc revertar ut prœlier adversùm 
|principem Persarum. Cùm ego egrederer, apparuit princeps Grœcorum veniens. 
|Yeiumtamen annuntiabo tibi quod expressum est in scripturâ veritalis ; et nemo 
iest adjutor meus in omnibus his, nisi Michaël, princeps vester. Ego autem, ab 
lanno primo Darii Medi, stabam ut confortaretur, et roboraretur. Et nunc veri- 
;itatem annuntiabo tibi. 

i Ëccè adhuc très reges stabunt in Perside ; et quartus ditabitur opibus nimiis 
super omnes ; et cùm invaluerit divitiis suis, concitabit omnes adversùm regnum 
GiiEcia*. 




?• HISTOIRE IJNIVERSKLLE [I.lv. XIX. — De 53*442av. l'ère chr.] 

Ces trois rois sont : Cambyse, fils de Cyrus ; le Mage qui se donna l'Egypte, la Libye, 1 
pour Smerdis , puîné de Cyrus , que Cambyse avait fait mourir ; el lout le reste, et fixa 
Darius, fils d'Hystaspe. Le quatrième est Xerxès. Son père Darius 
homme de grand caractère, lui avait laissé le royaume dans un étal 
très-florissant, et amassé de grands trésors, dont parle même ut 
poète grec, son contemporain. Son expédition avec une armée énorme 
contre la Grèce est universellement connue. 11 y entraîna avec lui l'é 
lite de l'Asie et de l'Egypte, perdit presque toutes ses troupes, et pai 
là donna aux Grecs le prétexte et l'audace de songer à la conquête 
des provinces persanes ; prétexte et audace que, cent cinquante ans 
plus tard, Alexandre le Grand sut tellement mettre à profit, qu'aver 
son armée gréco-macédonienne il renversa l'empire médo-perse 

De cet Alexandre la prophétie dit : 



Roxane fit jeter d 
tyre, de crainte qu' 
fruit. Elle-même ao 
PhiHppe fut mi? à 
le Grand, la septiôti 
Alexandre porta sej 
fit égorger, lui et sa 
Écoutons plus loi 
« Et le roi du mi 
core plus puissant q 
Oques années après, 
« * Ensuite s'év^vera un roi vaillant, qui dominera avec une grande jimidi viendra vers le 
puissance, et qui fera ce qui lui plaira. Et lorsqu'il sera le plus af-Hn'acquerra point ui 
fermi, son royaume sera brisé et partagé vers les quatre vents ègsera livrée, ainsi qu 
ciel , non entre ses descendants , ni avec une puissance pareille à laHl'avaient soutenue e 
sienne ; car son royaume sera divisé à d'autres même que ces quatre. M Ptolémée, fils de 
Alexandre mourut. Lui , que l'Asie et la Grèce avaient honorépd'Égypte et de beai 
comme un demi-dieu, resta trente jours sans sépulture. Il ne laissailB^hiladelphe, fit la 
point d'enfants, mais sa femme Roxane était enceinte de huit mois.Bfils de Séleucus-Ni( 
Après une contestation de huit jours , les généraux convinrent entreHfemme Laodice, do 
eux qu'Arridée, bâtard du roi Philippe, père d'Alexandre, lui succé-Hde Ptolémée. Aprèi 
derait: et que, dans le cas où Roxane aurait un fils, celui-ci gouverBnice et reprit Laoc 
nerait conjointement avec l'autre. Arridée était imbécile. Un tel perBliis aîné, Séleucus-( 
sonnage et un enfant, leur ambition les voyait avec plaisir sur i^Psiens à Daphné, prt 
trône: ils espéraient, sous le nom de lieutenants, gouverner l'empii 
et s'en attribuer bientôt chacun sa part comme royaume héréditain 
Arridée fut nommé Philippe. 

Alors tous les généraux se partagèrent l'empire et exercèrent une 
puissance indépendante, sans oser toutefois en prendre le titre de 
souverains. Ils faisaient alliano3 les uns avec les autres et les uns con- 
tre les autres, selon qu'ils le croyaient de leur intérêt, jusqu'à ce que, 
dans peu d'années , tous ces États se fondirent en quatre royaumes 
considérables. Cassandre, fortement soupçonné d'avoir empoisonm 
Alexandre, obtint la Macédoine et la Grèce ; Lysimaque, la Thraw 
et les provinces d'Asie sur l'Hellespont et le Bosphore; Ptolémée 



tiens furent mis à n 
« 2 Mais il s'élève 
une grande armée, 
ravagera et s'en ren 
ainsi que leurs pré 
l Egypte; et il prévau 
versé le royaume, 1 



1 



f.. 



% 



> Surget verô rex fortis, et dominabitur potestate multA, et faclet quod placuerll 
aI. kt cùm Bt6t6rit^ conterfitu? Fssnnm e'us fit dividstiir !n "uatnor ventos cobI!; 
sed non in posteros ejus, neque secundùni potentiam illius, quà domin''.'iUâ est; 
lacerabitur enim regnuin ejus etiam in externos, exceptis )il8. 



' Et confortabitiir r( 

dominabitur dilionc ; n 

»|rabunl(ir, Uliaqiic régis 

obtincbit forlitiidinem 

diixci'iint cam, ndoiosc 

^ Et statiit (](' nenuir 
(llctiir proviiH'iain rogl; 
nunim. otBCuIplilla: V! 
lutn; ipse pr.ivaleblt a 
tri, et revcrlcliu' ad tei 



- De 53! 
e donna 



442 av. l'ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. CT 

l'Egypte, la Libye, l'Arabie, la Judée et la Célésyrie ; Séleucus, obtint 



Darius 
i un étal 
lême m 
! énorme 
10 lui l'é 
s, et pat 
onquête 
ante ans 
qu'avef 
»erse. 



>urir ; el tout le reste, et fixa sa résidence à Babylone. 

Roxane fît jeter dans un puits l'autre femme d'Alexandre , Sta- 
tyre, de crainte qu'elle ne portât dans ses entrailles un rival de son 
fruit. Elle-même accoucha d'un fils, qui fiit nommé Alexandre. 

Philippe fut mi? à mort par l'ordre d'Olympiade, mère d'Alexandre 
le Grand, la septi'aae année de son ombre de royauté. Le jeune 
Alexandre porta sept ans le titre de roi, jusqu'à ce que Cassandre le 
fit égorger, lui et sa mère Roxane. 
Écoutons plus loin la prophétie : 

« Et le roi du midi deviendra puissant ; mais un des princes en- 
core plus puissant que lui ; car très-grande sera sa domination. Quel- 
ques années après, ils feront alliance ensemble, et la fille du roi du 
e grande midi viendra vers le roi de l'aquilon pour cimenter l'amitié ; mais elle 
n'acquerra point un bras fort, et sa race ne subsistera point : elle 
sera livrée, ainsi que son fiis, avec ceux qui l'avaient amenée ou qui 



plus af- 
vents du 
3ille à la 
piatre.* 



e laissait 
lit mois, 
;nt entre 
li succé 
gouver 
tel per 
ir sur le 



l'avaient soutenue en divers temps *. » 
Ptolémée, fils de Lagus, un des généraux d'Alexandre, devint roi 



t honoré d'Egypte et de beaucoup de pays circonvoisins. Son fils, Ptolémée- 
Philadelphe, fit la guerre à Antiochus le Dieu, roi de Syrie, petit- 
fils de Séleucus-Nicator. Ils firent la paix, et Antiochus répudia sa 
femme Laodice, dont il avait deux fils, pour épouser Bérénice, fille 
de Ptolémée. Après la mort de ce prince, Antiochus renvoya Béré- 
nice et reprit Laodice. Celle-ci empoisonna son mari et plaça son 
iiis aîné, Séleucus-Callinique, sur le trône. Bérénice s'enfuit avec les 
siens à Daphné, près d'Antioche, où elle, son fils et sa suite d'Égyp- 

l'empii'fRtiens furent mis à mort. 

éditaircB « ^ Mais il s'élèvera un rejeton de sa tige à elle ; et il viendra avec 
une grande armée, pénétrera dans le pays du roi de l'aquilon, le 
iravageraets'en rendra maître. Leurs dieux mémos et leurs statues, 
iainsi que leurs précieux vases d'or et d'argent, il les emmènera en 
I Egypte; et il prévaudra sur le roi de l'aquilon. Et quand il en aura tra- 
versé le royaume, le roi du midi reviendra dans sou i)ays. » 



rent une 
titre de 
uns con- 
i ce qu(\ 
jyaunift 
foisonne 
i Thraw 
olémée, 



I placuerli 
itng c<sl!; 
a'.'Ms est 



' Et confoitabitiir rcx austvi ; cl do piincipibus l'jus praîvalcbit super eum, et 
jiloiiiinnbitur dillonc ; milita cniin clomlnatio cjiis. Et post tlneni annoruni fœdc- 
irabuntm-, Uliaqiic rogis aiisti i véniel ad legem aquilonis faceie amlcitiam ; et non 
iobtinebit forlitiidinem biachii, noc slabit senieri ojus : ettradetur ipsa, et qui ad- 
liliixciunt cam, adolescentes ejus, et qui cnnlDitabonl eain in t(!niporibu8. 

- Et slabit de ^einiine radiciiin ejns plantatlo ; el veniet eum exercltu, et ingre- 

otiir provinciam régis aquilonis, et ai)uletur eis, et oblinebit. Insuper et deos 

Llcdium, otRCulpiilia^ vnsa nnoque pietiosa ai'giintl etauri. ('..ptlva ducet in .Kgyp- 

îiiiin; ipse pr. valeblladvcrsùs rcgcm aquilonis. Et Inlrubil In regnum rcx aua- 

Itii, ctreverlctur ad terrain suam. 



i 



^^ HISTOmi-: UMVEKSELLK [Liv. XIX. - De ,î^ 

Ptolémée, frère de Bérénice, successeur de Philadelphe, marcha 
au secours de sa sœur, apprit sa mort, résolut de la venger. Il m 
netra jusqu'à Babylone, fit tuer Laodice, prit Séleucie, se rendit mai 
tre de la Célésyrie, de la Cilicie, d'une grande partie de l'Asie é 
puis le mont Taurus jusqu'au fleuve de l'Indus, revint chez lui char» 
de trésors et rapporta aux Egyptiens les idoles que Cambyse, 4 
du grand Cyrus, leur avait enlevées autrefois. On dit que, pour c^tt 
cause, il reçut le surnom d'Évergète, c'est-à-dire bienfaisant. 

« * Mais les fils de celui-là s'irriteront et lèveront de puissantes ar- 
mees. L'un d'eux s'en viendra fondre comme un torrent, qui se 
déborde ; il s'en viendra irrité, et combattra contre la puissance de 
celui-ci. » ' 

Séleucus-Callinique laissa deux fils, Séleucus-Céraunus ou la fou 
dre, et Antiochus, qui fut surnommé le Grand. Le premier mou 
nit après un règne de trois ans. Antiochus marcha contre Ptolé, 
mee-Philopator, fils et successeur de Ptolém.'-e-Évergète : reprii 
Seleucie et la Célésyrie, battit les généraux de son ennemi, s'enJ 
para d une partie de la Phénicie et pénétra jusqu'aux frontièrel 

" *^sypte. I 

« 2 Alors le roi du midi, étant provoqué, se mettra en campagne et 
combattra contre le roi de l'aquilon : il lèvera une grande armée, 
et 1 autre troupe lui sera livrée entre les mains. 11 en prendra ud 
grand nombre, et son cœur s'élèvera. Il en abattra des dix milliers 
inais .1 ne prévaudra pas : car le roi de l'aquilon viendra de nouveau' 
H rassemblera encore plus de troupes qu'auparavant ; et, après uni 
certain nombre d'années, il s'avancera en grande hâte avec une ar] 
mee nombreuse et de grandes richesses. En ce temps-là plusie.m 
s élèveront contre le roi du midi : également les enfants prévanV a- 
t^mberonr'"' ^'"^''^ seront exaltés , accompliront la prophétie et 

Ptolémée-Philopator remporta sur Antiochus une grande victoire 



J Kt provocatus rcx auslri, egrodietur et pugnabit advcrsùs icgcm nquilonis • m 
mjn^nl multiludincn nimian, et dabitur nn.ititudo in manu èjus T i 

"mn ^:'"';^ ■"'""""-• "' l>''^'l'aralùl n,nl,i„„li„nH unUll, n.ajorn 
'l"''ni pnnj, et m luw tempoiun. anni.runuiue, yniid lu'onorans run. .-v mHIj 

a..tn : nni ,p.o.,, pn.aricato.un. popuU tui .tollenlu;. ^ri;;;;::;»^;:,^ 



à 442 av. l'ère chr.] 

près de Raphia, e 
raille hommes tuéi 
î dée se rendirent ai 

Mais, quatorze { 
de Macédoine, co 
de cinq ans. Ils vo 
que pupille. Scopa 
taille par Antiochi 
la bataille deRaph 

Non-seulement < 
le jeune Ptolémé( 
siens. Agathoclée, 
son frère Agathocl 
renne et la vie ; en: 
miel, ne lui domi: 

« * Et le roi de 1 
terrasses et des rei 
les bras du midi n' 
s'élèveront pour k 
Il fera contre le roi 
sonne qui ait pouv( 
gloire, et elle sera 

Antiochus conqi 
rendit ensuite à J 
maître de la citade 
égyptienne. Pour 
Juifs et leur accord 
son temps. Cette e: 
signifie donc pas, a 
vastation de la Jud^ 

« -^ Et il tourner 
(à Ptolémée) ; il fe 
liera sa fille pour é 
réussira pas, et elk 

' Kt venlct rex aqui 
111118; etbrachia austrl 
cl non (uit fortitudo. 
orii qui 8tet contra focl 

^ El ponet facie.iii $iu\ 
i'aciet cum eo, et llliaii 
illiiis crit. 



à 442 av. l'ère chr.] DE L'EGLISE CATHOLIQUE. 79 

près de Raphia; entre Khinocorure et Gaza. Aiitiocliiis perdit dix 
raille hommes tués et quatre mille prisonniers. La Célésyrie et la Ju- 
dée se rendirent au vainqueur, qui garda ces pays en paix. 

Mais, quatorze ans après, Antiochus fit alliance avec Philippe, roi 
de Macédoine, contre Ptolémée-Épiphane, fils de Philopator, âgé 
de cinq ans. Ils voulaient partager entre eux le royaume du monar- 
que pupille. Scopas, général de Ptolémée , fut vaincu dans une ba- 
taille par Antiochus, qui recouvra par là tout ce qu'il avait perdu à 
[la bataille de Raphia. 

Non-seulement deux rois puissants à la guerre se liguèrent contre 
Ile jeune Ptolémée, il courut encore de grands risques parmi les 
siens. Agathoclée, ci-devant concubine de son père, conspirait avec 
son frère Agathoclès, pour la régence; Scopas, pourlui ôter la cou- 
ronne et la vie ; enfin Sosibms, son ministre d'État, homme fourbe et 
j cruel, ne lui donna pas moins à craindre. 

« 1 Et le roi de l'aquilon viendra, continue Gabriel , et iî fera des 
terrasses et des remparts, et il prendra les villes les plus fortes ; et 
Iles bras du midi n'en soutiendront point l'effort; ses plus vaillants 
j s'élèveront pour lui résister, mais ils ne se trouveront pas de force. 
I II fera contre le roi du midi tout ce qu'il lui plaira, et il n'y auraper- 
I sonne qui ait pouvoir de lui résister. Il entrera même dans la terre de 
I gloire, et elle sera consommée par sa main. » 

Antiochus conquit Sidon, Gaza et autres villes de cette contrée, se 
j rendit ensuite à Jérusalem, où les Juifs lui aidèrent à se rendre 
I maitre de la citadelle, dans laquelle S<;^ipas avait mis une garnison 
^ égyptienne. Pour cette raison, Antiochus fut très-favorable aux 
I Juifs et leur accorda de grandes libertés, comme nous le verrons en 
son temps. Cette expression, elle sera consommée par sa main , ne 
signifie donc pas, ainsi que l'ont remarqué des interprètes, une dé- 
vastation de la Judée, mais plutôt une restauration. 

« '^ Et il tournera ses desseins à s'emparer de tout son royaume 
(à Ptolémée) ; il feindra d'agir avec lui de bonne foi, et il lui don- 
nera sa fUle pour .'«pouse, afin de le perdre ; mais son dessein ne lui 
réussira pas, et elle ne sera pas pour lui. » 

' Et venicl rex aquilonls, et comportabit asscrem, et eaplet uibes niunltlssi- 
iim»; otbrachia austri non susiinrbunt, pt consti.wni olecli(>jusacl rcsisteriduni 
01 non tuit fortitudo. Et lach-t venions «up«r ou,,, juxta plaritiim sinnn rt non 
crii qui stct contra ta';ieniejus; cl, stabil in lein. inilyià, clconsun.Hjr jn manu 

(■jus. 

« Et ponet aidcii, siCMii =:! v.iim! mi teneiulu,:: <aiivci=nni rogiiuia ejus ; et meta 
incietcum eo, et Uliani iondna.nin (lal)lt ci, lit everlat iilud ; et non sia' ■ ncc 
illiiis erit. ' ' 



'i!>l 



^^ HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv. XIX. - De 533 

Antiochus donna sa fille Cléopâtre au jeune Ptolémée-Épiphane 
dans l'intention qu'elle trahît œluJKîi. Mais elle n'accomplit peint la 
lionteuse demande de son père, et embrassa les intérêts de son 
mari. 

« * Ensuite il se tournera contre les îles, et il en prendra plu- 
sieurs j mais le géiiéral fWa cesser loutrage qui lui aura été fait, et 
10 fera retomber sur celui-là. » 

Antiochus se rendit maître de beaucoup de villes maritimes en 
Thrace et en Grèce. Des provinces situées près de la mer sont sou- 
vent appelées îles, et dans l'Écriture, et maintenant encore chez les 
Arabes. En outre, il conquit réellement les îles de Rhodes, de Sa- 
nios, d'Eubée et de Délos. Tous ces pays étaient alliés de Rome, et 
par Icà sous sa protection. Antiochus, en les attaquant, se rit du gé- 
néral romain, Lucius Scipion, qui était présent. Mais celui-ci l'atta- 
qua, le vainquit; le força à une paix honteuse, par laquelle, sans par- 
ler des autres conditions dures , il fut contraint, non-seulement 
d évacuer l'Europe, mais encore tous les pays d'Asie en deçà du 
mont Taurus. 

« 2 II reviendra donc aux forteresses de sa terre, et il se heurtera, 
et il tombera, et on ne le trouvera point. » 

Obligé de payer aux Romains de grosses sommes, Antiochus par- 
courut ses provinces d'Orient pour amasser de l'argent, et plilale 
templedeRel,àElymaïs, où, d'après le récit de divers historiens, 

I tut tue par les habitants irrités. Suivant le récit d'Aurélius-Victor, 

II tut égorge par des gens de sa suite, qu'il avait trappes dans l'i- 
vresse. C'est amsi que depuis deux mille ans règne l'incertitude m 
le genre de mort d'Antiochus, nommé le Grand, duquel un prophète 
avait prédit, un siècle et demi auparavant: « Il se heurtera et il 
tombera, en sorte qu'on ne le trouv(>ra point. » 

« -^ Et à sa place, il s'en élèvera un qui enverra l'exacteur et ob- 
scurcira la gloire du royaume; et, après peu de jours, il périra, non 
dans une émeute, ni dans un combat. » 

Au grand >ntiochus succéda son fils Sélcucus-Philopator. Il régna 
environ onze ans sans gloire. Toute son occupation fut de ramasser, 
tous les ans, les mil j talents dus aux Romains. Ce fut lui qri en 



\i\Hin\. l'ère chr.] 

Ivoya Héliodore à 
liodore l'en ooiso 

« * A sa place, 
liiera point la di{ 
s'emparera de la 

Antiochus, frèi 
[lorsque celui-ci 1 
[Démétrius. C'est ; 
Antiochus n'était 
,1; . it la mort de 
frame, et à son 1 
[sur le trône de Sj 
ne demeurât dans 
liochus renversa 
i rendit maître et f 

« ^ Les bras di 
détruits aussi hier 

Féliodore et se 
Ifl'Égypte, furent 
par Antiochus. Le 
Épiphane, qui fi 
quer la Syrie. 

« ^ Après qu'il 
il s'avancera et pr 

Antiochus prit 1 

fils de sa sœur, et 

loniie. Mais bient^ 

(Iro, et le vainquit 

■| termina ainsi sa p 

« * Et il penetrf 
et il fera ce que 
Uaffera leur butin, 
l'iiti-eprises contre 



cipe.n opprobrii kui, et opprobrium ejns convertelnr in puni 
^ tl conveilel laciem 8uam ad imperium lerrœ sua-, d ii.ipinget, et co. 1 uet. .1 

Y^t slahit in loco cjus vili«,imuH cl indignus dccmc régi.., n i„ pauUs dicl.ii» 



f ' Kl stabil in loco 
I lam, et oldiripliii reii 
- El brachin piiRiia 
iliix f't'deris. 

' U post amicllia», 
pop-do. 
'• El nbundanlop et 
^ fil!!?, cl patres palriiin 
^ contra rirniissiniHâ cuj. 
Hl. 



.^— De 6381 

Épiphane, 
it peint la 
ts de son 



^1 4*2 av. l'ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. gi 

ivoya Héliodore à Jérusalem, pour piller le temple. Ce même Hé- 

inr\nvu l'or. .tnïc/M^i-in 



indra plu- 
îté fait, et 

itimes en 
sont sou- 
e chez les 
;s, de Sa- 
Rome, et 
fit du gé- 
-ci l'atta- 
sans par- 
eulement 
deçà du 

Iieui'tera, 

îhus par- 
t piiialc 
storiens, 
s-Victoi', 
dans l'i- 
itude .s 
prophète 
cra et il 

ir et ol)- 
'ira, non 

II régna 

iniasser, 1 



liodore l'en ooisonna 

* A sa place, il s'élèvera un homme méprisable ; on ne lui don- 
nera pomt la dignité royale, mais il s'en viendra furtivement et 
s emparera de la souveraineté par ses artifices. » 

Antiochus, frère puîné de Séleucus, était comme otage à Rome 
lorsque celui-ci le dépagea en y envoyant à sa place son propre fils 
Demetrius. C'est à ce dernier qu'appartenait la couronne paternelle. 
Antiochus n'était pas encore de retour dans son pays, quand il 
a; . it la mort de son frère. Il eut recours à Eumène, roi de Per- 
;ame, et à son frère Attale. Tous les deux aimaient mieux le voir 
sur le trône de Syrie que le jeune Démétrius, de crainte que celui-ci 
ne demeurât dans la dépendance des Romains. Avec leur aide An- 
tiochus renversa Héliodore, qui s'était emparé du royaume, s'en 
rendit maître et prit le surnom d'Épiphane. 

« 2 Les bras du combattant seront battus devant lui ; ils seront 
I détruits aussi bien que le chef de l'alliaiire. » 
^ Héliodore et ses partisans, ainsi que ceux qui tenaient pour le roi 
|(rEgypte, furent vaincus par Eumène et Attale, ensuite dispersés 
■par Antiochus. Le chef de l'alliance peut être Héliodore ou Ptolémée- 
Epiphane, qui fut empoisonné lorsqu'il était sur le point d'atta- 
|cjuer la Syrie. 

' (. =* Après qu'il aura fait amitié avec lui, il agira frauduleusement : 

il s'avancera et prévaudra avec peu de troupes. » 
Antiochus prit les dehors de l'amitié pour Ptolémée-Philométor, 
llilsde sa sœur, et envoya le téliciter sur son avènement à la oou- 
I loniie. Mais bientôt ii marcha contre lui, sous prétexte de le défen- 
I (Ire. et le vainquit près de Péluse. Après quoi il se rendit à Tyr et 
I termina ainsi sa première expédition contre l'Egypte. 
I « * Et il pénétrera dans les riches provinces au milieu de la paix, 
|<'l il fera ce que n'ont fait ni ses pères, ni ses ancêtres: il pai-- 
Ntafrera hniv butin, leurs dépouilles et leurs richesses : il formera des 

• ntreprises contre les villes les iiius fortes : mais ce ne sera quun 



qn 



en- 



:iol piin- 
iruef, 't 
ta (liclitit 



l'onrprentiir insuper et 



! ' Kl stabil in loco «mus (iespectus, ci non trUniotui- ei honor regliis, ol véniel 

1 1 lani, et oliliiipliii, reijniini in frauflnlendà. 

I - Et brachla puRnanlis expiignalMinturà faci' ^^ 

J ' U post amicitia», cum eo faciet .lolun= et aM.i.det, et superahil in nH.iiioo 
I liop'ilo. 

' El nbun.lanicp et ubere» urlies ingredietw et faciet q«8P non fecernnt patres 
•■Ii!-s <l patres patruni ejiia ; ra|iin.i;i, et pianlain, e! divitias eoriini dissipabit; et 
cimtrn nmiissimadcoHitalidnesinibit; et hw m,\»c ad (eiii|Kis. Kl eoneilabitur 
m. ^^ 



*^ HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv. XIX. - De S38 

temps. Sa force se réveillera, et son cœur s'anirr^era contre le roi du 



i à 442 av. l'ère chr.] 



Jl'- 



midi, avec une grande armée ; et le roi du midi se préparera au 
combat avec de fortes et nombreuses troupes ; mais il ne se sou- 
tiendra pas , parce qu'on formera des desseins contre lui. Ceux qui 
mangent de son pain, le ruineront ; son armée sera accablée, et il eu 
sera tué un grand nombre. » 

Après qu'Antiochus se fut préparé pendant l'hiver, il attaqua l'É- 
gypte par terre et par mer avec de grandes forces. 

« Il entra dans l'Egypte, dit un écrivain sacré, avec une puissante 
armée, avec des chars et des él-phants, et des cavaliers et de'noni- 
breux vaisseaux. Et il fit la g.ierre contre Ptolémée, roi d'Egypte, 
Alors Ptolémée trembla devant lui , et s'enfuit, et un grand nombre 
fut blessé et succomba *. » Diodore dit que, dans cette expédition, 
Antiochus se rendit maître de toute l'Egypte 2. 

« 3 Et le cœur des deux rois tfra de se faire du mal l'un à l'autre : 
assis à la même table, ils se pari<-ront mensonge ; mais ils ne réus- 
siront pas, parce nae la fin est fixée a un autre temps. Et il s'en re- 
tournera dans sa terre avec de grandes richesses. » 

Telle est l'histoire de la troisième expédition contre l'Egypte. Les 
Alexandrins avaient élevé mv le trône Ptolémée-Évergète, frère 
puîné de Philométor, irrités de ce que celui-ci, pour la deuxième 
fois, avait fait la paix avec Antiochus. Sous prétexte de remettre sur 
le trône Philométor, Antiochus revint à la tête d'une armée, battit 
les Alexandrins et assiégea Alexandrie. Le siège traîna en longueur, 
Antiochtis, sous prétexte qu'il combattait pour son neveu, reprit de 
nouveau toute l'Egypte, et mangea avec lui à Memphis. Ils se par- 
lèrent amicalement, mais aucun d'eux ne se fiait à l'autre. 

« * Son cœur formera des desseins contre l'alliance sainte; il les 
exécutera, et puis retournera dans son pays. » 

Antiochus apprit en Egypte qu'on l'avait dit mort en Syrie, et que 
les Juifs avaient témoigné beaucoup de joie. D'ailleurs, Jason, qu'il 
avait voulu imposer aux Juifs pour souverain pontife, lorsqu'il s'était 
présenté devant Jérusalem avec environ mille hommes, avait été re- 

fortitudo cjus, et cor ejus adversùm regeiii austri in exercitu magno- et m 
austri provocabitur ad bellum mullis auxiliis, et forlibus nimls; et non sluLunt 
quia inibunl adversùs eum consilia. Et con.cdentes paneiii cum eo, conteinit 
ilium, exercitusque ejus opprimetur, et cadent intcrfecti pluriinl 

» 1. Macu,, 1.— «Dlod.infragm. 

« Dan., Il D.iorum. moque regum coreritut n.alcfaciant, et ad n.ensam unani 
nicndaciuni loquenlur, et non prollcient; quia adhuc Unis In aliud tcmpu8 Kl 
revertetur m terram guam cum opibus niultis. 27 et 28. 

' Et cor cjus adversùm tcsfamenfHm 8an.-f nni, et facict . et revertetur in f en ain 

ÏUiliil, 



poussé par le peu] 
lem, entra dans le 
s'en alla. 

« * Au temps m 
ce dernier voyage 
viendront contre 2i 
lui. Alors il s'emp 
contre elle, et il re 
Ses bras se tienclrc 
cesser le sacrifice ] 
solation. » 

Antiochus marcl 
bassadeurs romain 
avaient trouvés à I 
Irope sur laMéditei 
I était le troisième fi 
Iquatrième de Japh( 
A la tête de l'ai 
|chus, qui l'avait foi 
|mitié. Popilius lui 
sortir de l'Egypte 
ayant lu, dit qu'il 
Itracé un cercle aut( 
|une réponse avant 
Antiochus répond < 
|gea son dépit sur 1 
|contre eux Apollo 
mourir les hommes 
|os enflants. Le cult( 
'âmes courtisanes et 
i)oint (le cruauté qii 
i'cnior le culte du vr 
)erséeuté, torturé, 
« ^ Il induira les 



' Statuto tempore, rc 
hissimum. Et vcnient si 
\\. indignubitur contra t( 
[lit advorsiim eos, qui 
WaltiHit, et polluent sam 
l'iinl aliominalionem in 

i i Et jn.p!! i!i Î!.sf.,tnc 

Nmsuum. obtincbit ( 



— De 538 

le roi du 
arera au 
î se sou- 
Ceux qui 
î, et il eu 

qua l'É- 

mîssante 
de'noni 
'Egypte 
nombre 
►édition, 

l'autre ; 
le réus 
s'en rS' 



à m av. l'ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. ^3 

poussé par le peuple. Antiochus se rendit dans la Judée, prit Jérusa- 
lem, entra dans le temple, le pilla, commit des abominations, et puis 
s'en alla. 

« 1 Au temps marqué, il retournera et reviendra vers le midi; mais 
ce dernier voyage ne sera pas comme le premier. Des vaisseaux 
viendront contre lui de Céthim ; il en sera atterré et retournera chez 
lui. Alors il s'emportera contre l'alliance du sanctuaire, et il agira 
contre elle, et il remarquera ceux qui ont abandonné l'alliance sainte. 
Ses bras se tiendront là, ils violeront le sanctuaire du Fort, ils feront 
cesser le sacrifice perpétuel et dresseront une abomination de la dé- 
solation. » 

Antiochus marchait contre Alexandrie, lorsque arrivèrent des am- 
bassadeurs romains sur des vaisseaux macédoniens ou grecs qu'ils 
Pavaient trouvés à Délos. Céthim désigne en général les pays d'Eu- 
.rope sur la Méditerranée, mais en particulier la Macédoine. Céthim 
|était le troisième fils de Javan ; et Javan, patriarche des Grecs, le 



pte. Les 
e, frère 
mxième 
ittre sur 
;, battit 
[igueiir, 
Bprit de 
se par- 

: il les 



H, qu'il 
1 s'était 
été re- 



Iquatrième de Japhet 

1 A la tête de l'ambassade était Popilius Laîna, ex-consul. Antio- 

|chus, qui l'avait fort connu à Rome, lui tendit la main en signe d'a- 

|mitié. Popilius lui présente le décret du sénat qui lui comnande de 

|sortir de l'Egypte, et lui ordonne de le lire avant tout. Antiochus, 

il ayant lu, dit qu'il en délibérerait avec ses amis. Mais Popilius ayant 

%apé un cercle autour du roi avec sa baguette, lui déclare qu'il faut 

June réponse avant de sortir de la. Interdit d'un procédé si hautain, 

lAntiochus répond qu'il fera ce que le sénat ordonne. Mais il déchar- 

l^ea son dépit sur les Juifs. Car ce fut vers ce temps qu'il envoya 

-contre eux Apollonius à la tête d'une armée, avec ordre de foire 

mourir les hommes, d'emmener captifs et de vendre les knmes et 

f's enfants. Le culte divin fut aboli, le temple profané, rempli d'in- 

'etq"e^i;,,ii,.s(.^ypjigj^j^gg^^j^-^j^.. ,^^ Point de séduction, 

])oint de cruauté qui ne fiit mise en a'uvre pour porter le peuple k 
itnior le culte du vrai Dieu. Quiconque se refusait à l'apostasie, était 
|)erséciité, torturé, mis ii mort. 

« 2 11 induira les prévaricateurs de l'alliance ù user d'hypocrites 



1 et l'cj 
sluLiinl, 
onteroiil 



m unani 
ipus. Kt 

I tonaiii 



^ btatuto tempore, reveitetiir cl venlet ad nuslruin ; et non erit priori simile no- 
J\issirnum. Et vcnient siipcr eum tricrcs et Uoniani ;ct percuUetur, et reverletur 
f iiuHgnubitur contra testamentum sanctuarli, pt faciet; leverteturquc, et coglla- 
f it advcrsùm ces, qui deliqucrunt testamentum sanctuarli. Et bracl'na ex eo 
*"il>iiiit, et polluent sanctuariuni forliUidinis, et auferent juge sacrincium, etda- 
piiiil alioniinalliinem in desolatloneni. 

., *- •" •• "''"'"^ntuia aimuiubum irauanicBîeri popuius ttuieiii, scien» 

«''iimanum. oldineblt etfaciel. 



Il 



84 HISTOIKE LMVEKSELLE [Liv. \IX. — De 538 

cai-esses ; mais le peuple, qui conuait son Dieu, tiendra ferme <!t I 
agira. » 

TelEléazar, tels les Machabées, telle la mère avec ses sept fils mar- 
tyrs comme elle. 

« ' Et les doctes du peuple en instruiront beaucoup d'autres; et 
ils tomberont par le glaive, par la tlamme, par la captivité et par le 
brigandage durnnt des jours. Et pendant qu'ils tomberont, ils seront 
soulagés par un petit secours ; et plusieurs se joindront à eux dans 
le silence. » 

C'est-à-dire à Mathathias et à ses fils, les Machabées. 

« 2 Et il en tombera d'entre les doctes, atm qu'ils soient éprouvi;, 
par le feu, qu'ils deviennent purs et blancs jusqu'au temps fixé ; car 
il y aura encore un temps. Et le roi fera selon qu'il lui plaira : il 
s'élèvera, il se grandira au-dessus de tout dieu. Il parlera insolem- 
ment contre le Dieu des dieux ; et il réussira jusqu'à ce que la colèii 
soit acconjplie : car ce qui est décidé s'exécutera. 11 n'aura aucun 
égard aux dieux de ses pères ; mais il s'abandonnera à la passion 
des femmes ; il ne se souciera de quelque dieu qui; ce ^ioit : car il 
s'élèvera au-dessus de tout. » 

Antiochus joignait l'impiété à la dissolution. Il n'avait au fond 
d'autre dieu que lui-même. Il avait pillé les temples des Grecs . et 
voulut piller celui d'Élymais. S'il tourmenta les Juifs pour leur faiiv 
honorer des idoles, c'était sa volonté despotique, bien plus que ces 
idoles de bois, qu'il voulait faire adorer. Son impudeur était extrême, 
Dans une marche pompeuse, il fit porter cpiatre-vingts de ses concu- 
bines sur des chaises à pieds d'or, et cinq cents autrt's sur deschaiso 
à pieds d'argent. Deux villes deCilicie, Tarse et Mallos, sl révoltèrent 
parce qu'il les avait données en cadeau à une de ces court isa!ie!>, 

u •» 11 glorifiera à sa place le dieu Moazim (U^dieu de la force), dieu 
(|ue ses pères n'ont pas connu ; il le glorifiera avec l'or, l'argent, b 
pierres précieuses et ce (juil y a de i)lus beau. Et il fera des lieux 

' Et docli in populo docebunt pinrimos ; et ruent in yladio, et in (lanunà , tt 
in captivitaii-, cl in rapinà dieium. Clinique corrneiint, t^iiblovabuntur auxilin 
parvuîojel appllcabuntur eis plutimi iiaudulenler. 

« Et de eiuditis ruent, ut conllenturet olii;antui-, et docilbenliir iisque ad Iciii- 
pus pnrdinitum; quia adhuc aliud tempus ciit; et laciet jutta volunlatcm suaiii 
rex, etelevabitur, et magnificabitur advcr.sùs oninem deuni ; et advcrsiis Dot 
rtenrum loquetur magniflta, et diriMelur, donec compleatur iracundia; perpetrala 
quippè est deftnilio. Et deum patrum suorum non repulabil ol eiit in concupis- 
centiis feminarum, nec quemquam deoiuin curabit ; quia adversiim unmxn 
consurget. 

" Deum auteni Moazim in lono suo venerabiliii, et deuni iiwm i«noruveniiitpa 
très eju», coiet aun», et argento, et lapsde pretioso, rebusque pretiosis. Et iaciil 



à 44:.' av. l'ère ehr.] 

forts pour Moazin 
naîtra, il le comb! 
et leur partagera 

Antiochus ne n 
force ; et comme i 
nom de Jupiter-0 
d(^ la force tenaiei 
saint Jérôme, que 
salem, était son j 
forteresse;, et élevi 

« 2 A la fin, le 
quilon le surpren( 
liers et une gram 
toutes et les trave 
pays seront ruine 
Moab et les premi 
sur diverses provi 
rendra maître de? 
plus précieux dan 
ses pas (conune c; 

il y en a (jiii pr 
eède: mais on p( 
d'Aiitiochus en Éj 
règne. Porphyre 1 
Live la rend très- 
son quarantc-sixii 
stui royaume par; 
profité de la disco 
entreprise sur l'É^ 

« ^ Mais il sera 

ut muniat Moazim ci 
ilabit eiï poteslatem ii 

' Qui in tantani su 
suum poni jusserit. C 

«Dan., 11,40-43. 1 
et quasi lempestas vi 
et in classe magnà. 
in terrain gloriosam, 
ejus, Edom, et Moab, 
terras, et terra iEgypl 
et in omnibus pretios 

3 Et faina turbabil 
ut conterai et interfit 



— De 538 1 

ferme <;t 

fils mar- 

itres: et) 
et par h 
Is seront! 
ux dauii 



îprouve;. 

ixé ; car 
laira: il 
msoleni- 
la colèi' 
a aucun 
i passion 
; : car 

au fond 
recs . (' 
eur faiii 
que (C: 
jxtrènie, 
s conçu 
s chaise 
^'oltèiviit 
rtisaae^ 
ce), dieu 
gcul. It^ 
les îicii\ 



Kiiinia , r 
ur auxili' 

l^ illl Iciii 
Icm sdiin: 
■sus Dciiiii 
perpetrala 
(îonciipis- 
. univei- 

veniiit pa 

, Et lai'id 



» 
■I 

»! 



S 



à 'M nv. l'èiv .•In-.] DK I/KGLISE CATHOLIQUE. 85 

forts pour Moazim, auprès de ce dieu étranger. Quiconque le recon- 
naîtra, il le comblera de gloire, leur donnera beaucoup de puissance 
et leur partagera la terre gratuitement. » 

Antiochus ne reconnaissait au fond d'autre dieu, d'autre loi que la 
force ; et comme il se croyait le plus fort, il se faisait adorer sous le 
nom de Jupiter-Olympien ou d'Hercule de Tyr, Ces Moazim ou dieux 
(le la force tenaient sa place. En effet. Porphyre nous apprend, dans 
saint Jérôme, que l'idole placée par ce vran dans le temple de Jéru- 
salem, était son propre simulacre *. Auprès du temple, il bâtit une 
forteresse;, et élevait aux honneurs ceux qui adoraient son dieu. 

« 2 A la fin, le roi du midi combattra contre lui ; mais le roi de l'a- 
quilon le surprendra comme une tempête, avec des chars, des cava- 
liers et une grande flotte. Il pénétrera dans les terres, les ravagera 
toutes et les traversera. Il entrera dans le pays de gloire, et bien des 
pays seront ruinés. Voici ceux qui échapperont à sa main : Édom, 
Moab et les premières terres des enfants d'Ammon. Il étendra sa main 
sur diverses provinces, et la terre d Egypte n'échappera point. Il se 
rendra maître des trésors d'or et d'argent, et de tout ce qu'il y a de 
plus précieux dans l'Egypte; des Libyens et des Éthiopiens suivront 
ses pas (comme captifs) . » 

11 y en a (jui i>renuent ceci pour une récpitulation de ce qui pré- 
cède: mais ou peut Tenteudre fort bien d'une dernière expédition 
(l'Antiochus en Egypte, la onzième ou avant-dernière année de son 
règne. Porphyre la rappelle expressément dans saint Jérôme; etTite- 
Live la rend très-vraisemblable, lorsqu'il dit, dans le sommaire de 
son quarante-sixième livre, que Ptolémée-Philométor fut chassé de 
sou royaume par son frère puîné Ptoléinée-Physcon. Antiochus aura 
profité de la discorde entre les deux ïvèvei, pour tenter une nouvelle 
entreprise sur l'Egypte. 

« ^ Mais il sera troublé par des nouvelles de l'orient et de l'aqui- 

iit muniat Moazim cuin cleo alieno , quem cosnovit ; et inui;iplical)it glorian», et 
ilabit eiï poteslateni ininultis, elteriam dividet gratuitù. 

' Qui in tantam supeibiam venerit, ut in templd HierosolynUs simulacruni 
suum poni jusseril. Comm. S. Hier, in Dan., c. it. 

* Dan. ,11, 40-43. Et in tempore prœflnito piaeliabitur adverses euin rex austri , 
f'i quasi tempestas véniel contra illum rex aquilonis in curribus, et in equitibus, 
et in classe magnà. Et ingrcdielur terras, etconteret, et perlransiet. Et introibit 
in terrain gloriosam, et mulla- corruent ; hœ autem solaî salvabuntur de manu 
t'ius, Edom, et Moab, et principium (lliorum Ammon. Et mUlet manum suam in 
tftrras, et terra iEgypti non ellugiet. Et dominabitur thesaurorum auri et argenti, 
et in omnibus prctiosis iEgypti ; per Libyam quoque et iEthiopiam transiblt. 

^Et fama turbabiteum ab oriente et aquilone: et venlet in mulUtudine mnimi'), 
ut conterai et interftciat plurimos. 



! . 



*• HISTOIRE UNIVERSELLE (Liv. XIX. - Ue 53, 

Ion: il s'en ira avec une grande colère pour perdre et tuer un grand 
nombre.» 

Du côté de l'aquilon, Artaxias, roi d'Arménie, et du ( ôté de l'o- 
rient, Arsace, roi des Partlus, ne voulurent plus payer le tribut. Ap- 
pien et Porphyre >■ l'attestent du premier; et, quant au second, nous 
en avons pour garant Tacite, qui remarque que la guerre des Partlies 
empêcha Antiochus d'ôter aux Juifs leur religion et de leur donner 
les mœurs grecques. 

« 2 Et il dressera son pavillon entre deux mers, près de la sainte 
montagne de Sabi; il arrivera à sa fin, et il n'y aura personne pour 
le secourir. » 

Suivant Polybe, dont la remarquable narration sur la nKjit du ty- 
ran s'accorde si bien avec l'histoire sainte, il mourut près de Taba on 
Tabaï, que Quinte-Curce dit être une ville dans la Parétacène. Cettp 
ville était apparemment située sur le mont Sabi ou Sahaï, Tahi ou 
Tabai; car il est familier aux Syriens de changer le S en T. La Pa- 
rétacène est une province entre deux mers, la mer Caspienne et le 
golfe Persique. 

Tout est surprenant dans ces prophéties, et les détails où elles en- 
trent, et l'exactitude avec laquelle tout s'est accompli, et la manière 
dont cet accomplissement nous est attesté par nos ennemis mêmes. 

Au quatrième siècle de l'ère chrétienne, le Phénicien Malchus, on 
grec nommé Porphyre, fit un livre pour réfuter Daniel. A cet effet, il 
montra avec quelle exactitude, dans !e onzième chapitre de notre pro- 
phète, est exposée d'abord l'histoire abrégée de Xerxès, et ensuite 
avec quelle justesse et quel détail circonstancié, l'histoire d'Alexan- 
dre et de ses successeurs en Egypte et en Syrie. Il le prouva par des 
historiens perdus depuis : Callinicus Sutorius, Hieronymus, Posido- 
nius, Claudius Théon, Andronicus Alypius, et ceux des livres de Po- 
lybe et de Diodore de Sicile qui ne sont point venus Jusqu'à nous. De 
cet exact accomplissement de la prophétie, il concluait qu'elle avait été 
fabriquée après coup. Aujourd'hui, les incrédules mômes convien- 
nent qu'elle existait avant l'événement. En sorte que nous savons. 
par le témoignage même de nos ennemis, et que les prophéties de 
Daniel ont été faites longtemps avant les événements (ju'elles annon- 
cent, et qu'elles se sont ponctuellement accomplies. Peut-on rien dé- 
sirer de plus? 

D'ailleurs ne sait-on pas quelle vénération, quel attachement les 

1 Porph.,apudHieron., ubisuprù. 

« Dan., 11, i5. Et figet tabernaculum suuin Apadno inter maria, Bnper montcm 
inclyturu ctsanctiini ; et vcniet usque ad summitatem ejus, el neiiio uuxiiiabitur el. 



t42av. I'{*i(ilir.] 

Juifs ont toujouis f 
itù^nta au retour di 
Il "v canon ou catî 
[Esdras, catalogue i 
seulement on lisait 
juagogues, on comj 
'dans chaque livre, 
aillent alors, trois s 
pumps après que m( 

iple, comme prophi 
inventées, fabriqu* 
personne n'avait ej 
Et qui donc aurî 
des septante semai 
dente incrédulité es 
longtemps avant la 
i|ui vivait avant le 

Itie qui contredit le 
jMessie et la durée ( 
i)it aux chrétiens d( 
néanmoins la syna 
frappée de sa précii 
lerait ces semaines 
Admirons, bénis 
loi, ses témoignag( 
(|ui en fait resplend 
Jlais ce n'est pas t 
dénions mômes cr( 
nous, aimons la vér 
âme : c'est le vrai r 

J;^ er jamais. Dans 

|lV.sprit de mensong 

|eu l'amour de la vé 
(|ni lui parle, termi 

l époque du monde. 
« * En (;e temps- 
fants de votre peu] 

\ goisse tel qu'il n'y i 

'TesUmoniatuacredi 
l * Dan=, 12, 1—3. In te] 
islatpro flliis populi tui 



- De 53, 
r» grand 

I de l'o- 
mt. Ap- 
id, nous 
Partlies 
donner 

a sainte 
ne pour 

t du ty- 
Paba ou 
e. Cettp 
Vahi ou 
La Pa- 
ne et le 

lies cn- 
nanière 
nés. 

huS, OH 

effet, il 
tre pro 
ensuite 
iVlexan- 
par des 
Posido- 
dePo- 
ou s. De 
ivait été 
invieii- 
savoiis, 
Hies (le 
annoii- 
•ien dé- 



i 442 av. l'ère ihr.] 



DE I/É6LIKK flA'l WLIOUK. 



87 



ent le> 



montcni 
ibilur ci. 



jjiiil'sont toujouis ou pour les saintes Écritures? attachement qui aug- 
uienta au retour de la capîivitf <lf Bai)yluiic. Non-seulement le pre- 
u n- canon ou eataloguc aut'u Mtique des livres saints fut dressé sous 
JEsclras, catalogue dans nuel Daniel a toujours été cx)mpris; non- 
seulement on lisait la loi , ^ les prophètes chaque sain li dans les sy- 
lua^iogues, on compta méi r. jusqu'au nombre de lettres qu'il y avait 
dans chaque livre, iifm d'en empêcher la moindr ifé' .„ i. Com- 
binent alors, trois si les et demi après Daniel, eu est aussi long- 
ftemps après que mon rut Antioclius-Épiphane, imposer à tout ce peu- 
jple, comme prophéties toujours révérer ^ de Daniel, des prophéties 
liiiventées, fabriquées après l'événemt , et dont auparavant jamais 
ipersonne n'avait entendu parler? 

I Et qui donc aurait tout d'un coup imposé à la nation la prophétie 
|des septante semaines? et quand? c( 'te prophétie dont la plus impu- 
lente incrédulité est contrainte d'avouer qu'elle était connue des Juifs 
longtemps avant la naissance de J .-C. , et que le fai rabbi Hi Jel, 

qui vivait avant le temps de notre Sauveur, en a écrit? cette prophé- 
itie qui contredit les préjugés des Juifs sur la puissance terrestre du 
Messie et la durée éternelle de leur empire? cette prophétie qui four- 
Dit aux chrétiens des armes si victorieuses contre la synagogue, et que 
néanmoins la synagogue a si religieusement conservée, encore que, 
frappée de sa précision, elle ait prononcé anathème contre qui calcu- 
lerait ces semaines d'années? 

■ Admirons, bénissons la providence de notre Dieu qui a rendu sa 
loi, ses témoignages croyables à l'excès *, comme dit le psalmiste j 
(|ui en fait resplendir la vérité par ceux-là mêmes qui la combattent! 
Mais ce n'est pas tout de reconnaître cette vérité dans l'esprit : les 
démons mômes croient et tremblent 2, mais ils n'aimant pas. Pour 
nous, aimons la vérité ; aimons-la de tout notre cœur et de toute notre 
âme : c'est le vrai moyen de la bien connaître et de ne rous en éloi- 
Jî- er jamais. Dans les derniers temps, beaucoup seront séduits par 
|lVsprit de mensonge et périront, parce que, dit l'Apôtre, ils n'ont pas 
feu l'amour de la vérité, qui les eût sauvés ». Daniel, ou plutôt l'ange 
jqni lui parle, termine par un regard prophétique sur cette dernière 
jéjjoque du monde. 

I <( * En (;e temps-là, Michel, le grand prince, le protecteur des en- 
ffants de votre peuple, s'élèvera, lorsqu'il sera venu un temps d'an- 



I I 

I 



poisse tel qu'il n'y en eut jamais depuis qu'il y a des nations ju 



-l'a 



' Testimonia tuacredibilia facta sunt nimis. Ps. «2. — a Jacob, 2.-3 2. Tliess. 2. 
4 Dan=, 12, 1-3. în tempore aiitem illo constirget MIehael, princeps magnus.'iu* 
jslat pro flliis populi tui, et veniet tempus quale non fuit ab eo ex quo aentes psse 



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(716) 872-4503 





V 







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**" HISTOIRE UNIVERSELLE fLIv. XIX. -- De sji| 

ce temps-là. Et. on ce temps-là sera sauvé îon [jeuple, tous ceux qui 
seront trouvés écrits dans le livre. Et beaucoup de ceux qui dormen! 
dans la poussière de la terre se réveilleront, les uns pour la vie éter 
nelle, et les autres pour un opprobre et une ignominie éternels. L 
les doctes resplendiront comme l'éclat du firmament; et ceux qui a„ 
ront amené à la justice la multitude, luiront comme des étoiles dm 
les perpétuelles éternités. 

« Mais pour vous, ô Daniel, enfermez ces paroles et scellez ce li 
vre jusqu'au temps de la fin : plusieurs le parcourront, et la scien 
se multipliera. » 

Nous voyons J.-C, interrogé par ses apôtres sur son dernier avé 
nement, joindre et mêler dans la même prédiction, et la ruine finalt 
de Jérusalem, et la ruine finale du monde, l'une étant la figure à 
l'autre. Dans les paroles de l'ange à Daniel, il y a quelque chose d 
semblable. Antiochus, superbe et luxurieux, ne reconnaissant d'an 
tre dieu ni d'autre loi que lui-même, se moquant de toutes les reli 
gions, pillant tous les temples, se faisant adorer dans celui de Jérusa 
lera; contraignant tous les peuples, par la ruse ou la violence, à ri^ 
nier le culte de leurs pères : mourant tout à coup frappé de Dieu, 
donnant lieu par sa mort à une espèce de résurrection en Israël : An 
tiochus était la figure de cet homme de péché qui se révélera à la . 
des temps, de ce fils de perdition, de cet adversaire ou Satan qui s' 
lèvera au-dessus de tout ce qu'on appelle dieu ou qu'on adore, ai; 
point de s'asseoir dans le temple de Dieu et de se donner pour Dieu 
de cet Antéchrist qui exercera une persécution si violente, que jamai 
il n'y a eu, que jamais il n'y aura de tribulation pareille; qui feraè 
signes et des prodiges mensongers, au point d'induire en erreur mêra 
les élus, s'il était possible ; mais qu'enfin le Seigneur tuera par le sont 
fie de sa bouche et par l'éclat de son avènement *. Voilà pourquoi 
de la mort d'Antiochus, le proph." te est transporté soudain à la lii { 
du monde et à la résurrection générale. 

« 2 Alors, moi, Daniel, continue le prophète, je regardai ; et ci 
voilà doux autres debout : l'un en dec^ii, sur le bord du fleuve, c 



cœperunt usque ad tempus illiid. Et in lempore illo salvabltur populus luus oiiini 
qui inven\(i9 fiiorif sciiptus in libro. Et multl de hls qui dormlunt In toirtE pulveri 
evigllabunt, niii in vilain œternam et alii in opprobrium, ut videant semper. D» 
autem docti fuerlnt, fulgebunl (|iiasi splcndorliimamenti j ci qui adjiistitiameru- 
diiint miiltos, quasi slellffi in peipeluas œtornltates. 

Tu autem, Daniel, claudo serniones et signa libnini usquead Icmpua statiitiiin 
pluiiml pertiansibnnt, et multiplex erit scientia. 

» 2..The8S., 2. 

« Dan., 12, 5-:. Et vidi, euo, Daniel; et prêt- qnnsi duonlil stabunt: nnu8him| 



I à 442 av. l'ère chr 

l'autre au delà, 
d'eux dit à l'hc 
lleuve : Quand 
vêtu de lin qui 
sa droite et sa \ 
l'éternité, que 
tié d'un temps, 
toutes ces chos 

Cette express 
signifie, commt 
deux mois. C'ei 
que durera, ce 
qparante-deux 
ans, on pourra 
iiiahométan. Q 
faut pas nous 
même ajoute : 

« 1 Et moi, j' 
seigneur, qu'an 
car ces paroles 
coup seront élu 
agiront avec ir 
doctes comprei; 

« Depuis le 1 
placé par l'abor 
ti'o-vingt-dix je 
mille trois cent 

Les mille de 
trois années sol; 
séditions ont du 

super rlpam fluml 
indutuB iineis, qui 
liumP EtaudivI vi 
t imi elevasset dexl 
iPtcrnum , quia in ( 
fuei'it dispersio ma 

' Et ego audivi, 
ait : Vade , Daniel 
tempus. Eligentur, 
agent impli, neque 

Et à tempore cùi 
desolaUonem, dies 
ad die» mille trece 



IX. -- De d 

>iis ceux qu] 
r|ui dormenf 
r la vie éterj 
ternels. MaiJ 
ceux qui ai 
étoiles dar 

«celiez cf 
et la scieiK^ 



dernier av 
ruine fiim 
la tip;ure ( 
ue chose i 
issant d'ai 
lies les reli 
li de Jériisa 
•lence, à iy 
i de Dieii.i 
I Israël : Ail 
élera à la tii 
atan qui sV 
n adore, iii 
• pour Dieu: 
, que jamai; 



qui ferade^ tro-vinpt-dix jours. Heureux celui qui attend et qui arrive jusqu'à 
mille trois cent trente-cinq jours ! » 

Les mille deux cent quatre-vingt-dix jours font un peu plus de 
trois années solaires et demie. On peut remarquer que toutes les per- 
sécutions ont duré à peu près cetemps dans leurs moments de furie'-'. 



rreurmero 
par le sont 
i pourquoi 
lain à la iii 

rdai ; et ci 
lu fleuve, t' 



U8 tuu8 onini 
tciTCE pulvon 
t semper. Un 
jnstitiam erii 

)U8 statiituin: 



itt hnushinJ 



il 442 av. l'ère chr.] 1)K L'ÉGLISE CATHOLIQUE. R» 

l'autre au delà, sur l'autre bord du même fleuve (le Tigre). Et l'un 
d'eux dit à l'homme vêtu de lin qui était au-dessus des eaux du 
tleuve : Quand sera-ce la fin de ces prodiges? Et j'entendis l'homme 
vêtu de lin qui se tenait debout sur les eaux du fleuve ; et il éleva 
sa droite et sa gauche vers les cieux, et il jura, par celui qui vit dans 
l'éternité, que ce serait jusqu'à un temps, et deux temps, et la moi- 
tié d'un temps. Et lorsque la dispersion du peuple saint sera finie, 
' toutes ces choses s'accomphront. 

I Cette expression, un temps, deux temps ei, la moitié d'un temps, 
; signifie, comme nous avons déjà vu, trois ans et demi ou quarante- 
l deux mois. C'est le temps qu'a duré la persécution d'Antiochus, et 
([ue durera, comme l'on croit, celle de l'Antéchrist. En prenant ces 
l (ji'arante-deux mois pour des mois d'années, ou douze cent soixante 
, ans, on pourra l'entendre de la durée de l'empire antichrétien ou 
1 iiiahométan. Que s'il reste toujours une mystérieuses obscurité, il ne 
I f'iiut pas nous en étonner ni nous en plaindre. Le prophète lui- 
i même ajoute : 

I « 1 Et moi, j'entendis, mais je ne compris pas ; et je lui dis : Mon 
I seigneur, qu'arrivera-t-il après cela ? Mais il répondit : Allez, Daniel ; 
I car ces paroles sont closes et scellées jusqu'au temps de la tin. Beau- 
f coup seront élus, blanchis et purifiés comme par le feu ; les impies 
1 agiront avec impiété, et nul des impies ne comprendra; mais les 
I doctes comprendront. 

« Depuis le temps que le sacrifice perpétuel sera aboli et rem- 
placé par l'abomination de la désolation, il y a mille deux cent qua- 



super ripam flumlnis , et alius indè ex altéra vlpà fluminis. Et dixl viro, qui erat 
indutus lineis, qui stabat super aquas flumlnis : Usquequô flnis horum mirabi- 
!iumP Et audlvi virum, qui indutus erat lineis , qui stabat super aquas lluminis, 
(Mim elevasset dexteram et sinistram suam in cœlum ; et jurasset per vlventem in 
ietcrnum , quia in tempus , et lempora, et dimidium temporis. Et cùm compléta 
fuerlt dispersio manûs populi sancti, complebuntur universa hsRC. 

' Et ego audlvi, et non intellexi ; et dixl : Domine mi, quid erit post hœcP Et 
ait : Vade , Daniel , quia clausi sunt , signalique sermones , usque ad prseilnitum 
tempus. Eligentur, et dealbabunlur, et quasi ignis prolabuntur multi ; et impie 
agent impii, neque Intelligent omnes impii ; porrô docli intelligent. 

Et à tempore cùm ablatum fuerlt juge sacrliicium, et poslla fuerit abominalio in 
desolatlonem, dies mille ducenti nonaginta. Beatus qui expcctat et pervenit usque 
ad die» mille trecentoa trlginta qulnque. — * Rossiiet. Sur le ch. 10 de l'Apoc. 



**' HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv. XIX. - De iA 

La persécution d'Antiochus finit «près cet intervalle; le tenij)!, 
fut purifié, et le culte divin refleurit peu à peu. On peut conjecturer 
que, quand il y aura ce même nombre d'années, depuis que l'empire 
mahométan a placé l'abomination de la désolation, son culte anti- 
chrétien, dans le lieu saint, dans la terre sainte, elle sera de nouveau 
purifiée et rendue à la religion chrétienne. Ceux qui vivrontquelques 
années plus tard, vers le milieu du vingtième siècle, seront heureux 
parce que, selon toutes les apparences^ ils verront le christianisme 
régner sur toute la terre. En attendant, écoutons les dernières pa- 
rôles que l'ange dit au prophète : 

« Pour vous, allez jusqu'à votre fin ; et vous vous reposerez, e! 
vous ressusciterez pour votre sort à la fin des jours ^ » 

Après cela s'endormit en effet, pour attendre la résurrection gé- 
nérale, ce grand et saint homme, respecté des lions, révéré des con- 
quérants, admiré des peuples; docteur des sages de Chaldéeetde 
Perse ; humble au faîte des honneurs, incorruptible au milieu de la 
plus somptueuse des cours; confident de Dieu et des rois, quoiqu'il 
annonçât souvent à ces dernieio des vérités terribles ; historien de l'a- 
venir, prophète de l'histoire universelle, qui lui doit son ensemble : 
Daniel, en un mot, dont la sagesse était si renommée dans tout l'O- 
rient, que, plus d'un demi-siècle avant sa mort, Dieu reprochait au 
roi de Tyr, comme un excès d'orgueil, la pensée d'être plus saL'c 
que Daniel. 

Quelle facilité n'avaient point alors, pour apprendre la sagesse 
véritable, et les mages de la Chaldée et de la Perse, dont il a été si 
longtemps le chef, et les prêtres de l'Egypte, et les brachmanes de 
l'Inde, sujets du même empire, et les sages delà Grèce, qui commeii- 
çaient alors à voyager en Orient pour s'enquérir de la sagesse ! Cer- 
tainement la philosophie grecque, qui naquit du vivant de Daniel, ne 
peut pas se plaindre, non plus que la philosophie de l'Egypte et celle 
de l'Inde, que la Providence leur ait rendu inaccessible la vraie sa- 
gesse, la sagesse divine. 

Cyriis mourut aussi, à l'âge de soixante-<lix ans, regretté de tous 
ceux qui avaient le bonheur de vivre sous sa vaste domination. Il 
avait régné trente ans depuis qu'il avait pris pour la première fois le 
commandement des armées des Perses et des Mèdes, neuf ans depuis 
la prise de Babylone, et sept ans depuis la mort de son oncle Cyaxare 
ou Darius le Mède. L'empire qu'il venait de fonder était borné à 
l'orient psir l'Indus ; au nord, par la mer Caspienne et le Pont-Euxin; 



H* 



« Dan., 12, Î3. (îiotiu? et les Seplante tradiusrnt ainsi. 



4i2 av. l'ère clir.] DE L'IÎGLISK CATHOLIQUK. »1 

l'occident, par la mer Egée ; et au midi, par l'Ethiopie et le golfe 

Arabie. Il en régla si bien les aifaires, qu'il subsista, uniquement 

ar l'ordre qu'il y avait mis, pendant plus de deux cents ans, malgré 

(es dérèglements et les imprudences de ses successeurs. Ce monarque 

lassait sept mois de l'année à Babylone, à cause de la bonté du cli- 

iiat ; trois mois à Suse, au printemps, et deux mois à Ecbatane, 

tendant i s chaleurs de l'été. II fut enterré à Pasargade, en Perse, où 

;oii tombeau se voyait encore du temps d'Alexandre le Grand *. 

Ce qui est arrsvé à Cyrus nous montre dans quel chaos d'incerti- 

ude serait plongée toute l'histoire humaine, si Dieu ne nous avait 

lonné Moïse et les prophètes. Hérodote, qui écrivait cent ans après, 

lous apprend que dès lors il y avait, sur la naissance, la vie et la 

iiort do œ fameux conquérant, trois versions différentes. En effet, 

histoire qu'il nous en donne diffère, en des points très-considéra- 

iles, de colle de Xénophon, qui diffère de celle de Ctésias. Hérodote 

;t Ctésias, mais le premier surtout, le fait naître, vivre et mourir 

■'une manière tout à fait romanesque. Il aura choisi cette version 

lour plaire davantage aux Athéniens. L'histoire de Xénophon est, 

lour les taits, toute naturelle, et d'ailleurs parfaitement d'accord avec 

l'Écriture sainte. Quant aux sages et éloquents discours sur l'art de 

[ouverner les peuples et de faire la guerre, un sent bien qu'ils sont 

le Xénophon bien pius que de Cyrus. 

Un historien grec, contemporain de Cyrus, par conséquent d'un 

iiècle plus ancien qu'Hérodote, nous eût peut-être fourni des rensei- 

;nements plus sûrs, si ses histoires étaient venues jusques à nous : 

î'est Hécatée de Milet, dont Diodore de Sicile nous a conservé, sur 

liistoire de Moïse, un passage remarquable, que nous avons cité 

lilleurs, et qui s'écarte assez peu de la vérité 2. 

De tous les rois des nations, Cyrus est le seul que Dieu ait prédit 

ar son nom, le seul qu'il ait appelé son christ, parce qu'il devait être 

11110 figure du Christ parexcelNnce, en rendant la liberté aux captifs 

l'Israël et en ordonnant la reconstruction du temple. On ne voit pas 

fliio l'Écriture lui reproche, non plus qu'aux autres rois de Perse, 

fl avoir adoré des idoles proprement dites, des idoles de bois, de 

ijiorie ou de métal, comme les rois de Babylone. Nous verrons, au 

Tontraire, les successeurs de Cyrus briser les idoles de l'Egypte et de la 

'yiie, comme injurieuses à la Divinité. En-général, les rois de Perse 

ipparaissent, dans l'Écriture sainte, plus humains, plits généreux, 

lus portés au culte du vrai Dieu qu'aucuns autres. Darius ordonna 



I -J 



' ''!/rop., 1. 8. CIcero, De divin., I. 4. Ptolom. in Can. — îDlod. Sic, !. 40. Phot. 



I 



»2 HISTOIRE UNIVERSELH-: fLiv. XIX. - De 5 ,| 

à tousses sujets de craindre le Dieu d'Israël, parée que c'est le . , 

vivant et éternel; Cyru'^ reconnaît, dans un édit public, que c'est Je" 

hova, le Dieu du ciel, qui lui a donné tous les royaumes de la tem 

Nous verrons les plus puissants et les plus dignes de leurs successeur 

tenir un langage pareil. Cependant on ne voit pas que ni ces rois aKhendadaterp 

leurs peuples aient adoré le vrai Dieu comme il veut et doit l'êtreBionna pour le f 

qu'ils n'aient adoré que lui seul. Au contraire, suivant le témoignag«,„i se maintint 

des auteurs, les Perses n'adoraient que le soleil et le feu : c'est-à-diwp 

que si leur idolâtrie était moins grossière que celle de Babyloneot 

de l'Egypte, ils n'en étaient pas moins idolâtres, en adorant la créa 

ture au lieu du Créateur. Leurs descendants réfugiés dans l'Inde, .. 

Parsis prétendent, il est vrai, que leurs ancêtres n'adoraient le soleti 

et le feu que comme les symboles les plus expressifs de la Divi 

nité; mais iln'y a guère d'apparence .car nous verrons, aux quatrièro 

et sixième siècles de l'ère chrétienne, les rois de Perse Sapor et Izde] 

gerde, tantôt favorables aux chrétiens, tantôt les condamnant à mort 

parce qu'ils ne voulaient adorer que Dieu seul, et non pas le soleil 

ni le feu, ni eux-mêmes. On peut croire que les anciens rois avaieii 

des idées et des intermittences semblables. 

Après la mort de Cyrus, les Samaritains armsèrent les Juifs de] 
vant son fUs Cambyse , qu'Esdras nomme Assuérus, peu après qui 
fut monté sur le trône. Soit qu'ils reçussent une réponse favorable 
soit que son silence les enhardit à empêcher le rétablissement di| 
temple, toujours est-il certain qu'il resta interrompu. 

Cambyse régna sept ans. Dans une expédition en Egypte, il\ 
détruisit un grand nombre de temples et d'idoles, entre autres i 
brûla les temples de Thèbes. Du reste, il se conduisait plus en fre 
nétique qu'en fds digne de Cyrus. Le premier il donna aux Perses 
l'exemple d'un mariage incestueux, en épousant sa propre sœur, pai 
la raison qu'il était permis à un roi des Perses de faire tout ce qui î 
voudrait. Il flt tuer son unique frère su-^ i foi d'un songe; et puis 
cette même sœur qu'il avait épousée s'étant échappée un jour 1 
plaindre le sort de son frère égorgé, il la maltraita si brutaiement 
qu'elle en mourut. Une autre fois il perça d'une llèclie le cœur d'ui 
enfant, pour montrer à son père, un des grands officiers de son ar 
niée, que le vin ne lui faisait pas perdre la raison. 

Cambyse étant mort, les Samaritains, de concert, à ce qu'il parail 
avec les gouverneurs persans de leur province, présentèrent 
nouvelle accusation contre les Juifs au roi Arthasastha ou Artaxerxès 
lui remontrèrent que c'était un peuple enclin à la rébellion, qui, 
lui était permis de rebâtir Jérusalem et de la fortifier de murailles 
ne payerait bientôt plus ni tributs ni impôts. Ils priaient le roi de ïé 



442 av. l'èi'e chr. 

•egarder dans 1( 

■rc des inclinât 

Ce roi, nomr 

rtaxerxès dan 



irésentations d 

iation que vous 

rdonné par m( 

les anciens tem] 

les guerres nais 

sauts à Jérusal 

lleuve; ils rece 

enant donc, éo 

issent cette vill 

ôt que cette ré 

■eut à Jérusalei 

L'audacieux 

lègue. Darius, 

ifamille d'Achér 

veraiiie puissai 

ll'emmes deux fi 

Les Juifs aui 

lue fut-ce que p( 

leurs droits et 1 

au mage détest 

cupant qu'à lat 

cher au temple 

11 parait mên 

lent pas tout li 

sainte. En effet 

jour du sixième 

t|ui leur reproc 

'tt' frappée de 

|ue le peuple a 

Ces saints pei 

(le l'insoucianci 

iiiaii(|ue d'une ( 

parole du Seigi 



' Ksdr., 4. 



^42 av. l'èie chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 93 

•egai'der dans les annales de l'empire babylonien, pour se convain- 
■rc des inclinations dangereuses de cette nation. 

Ce roi, nommé, dans l'hébreu et le grec d'Esdras, Arthasastha, 

rtaxerxès dans le latin, Mardos par Eschyle, Smerdis par Hérodote, 
Sphendadates par Ctésias, Oropastes par Justin, était le mage qui se 
lonna pour le fils puîné de Cyrus, queCambyse avait fait mourir, et 
[iii se maintint quelque temps sur le trône. Il prêta l'oreille aux re- 
irésentations des Samaritains, et répondit en ces terme? : « L'accu- 
iation que vous nous avez envoyée a été lue devant moi, et il a été 
rdonné par moi qu'on examinât, et l'on a trouvé que cette ville, dès 
les anciens temps, se soulève cqntre les rois, et que les séditions et 
les guerres naissent dans son sein. Car il y a eu des rois très-puis- 
iants ù Jérusalem, qui ont dominé sur tout ce qui est au delà du 
lleuve ; ils recevaient des tributs, des revenus et des impôts. Main- 
enant donc, écoutez mes ordres : Empêchez que ces hommes ne ba- 
issent cette ville, jusqu'à ce que je l'aie ordonné autrement. » Aussi- 
ôt que cette réponse du roi fut arrivée , divers conseillers se rendi- 
eiit à Jérusalem et contraignirent les Juifs à interrompre l'ouvrage *. 

L'audacieux usurpateur fut précipité du trône après sept mois de 
l'ègne. Darius, fils d'Hysiaspe, comme Cyrus de l'ancienne royale 
famille d'Achémènes, liomme de tète et de main, parvint à la sou- 
veraine puissance : pour s'y affermir d'autant plus, il prit pour 
ll'emmes deux filles du grand roi. 

Les Juifs auraient bien pu s'attendre que le nouveau monarque, 
lie fût-ce que pour honorer la mémoire de Cyrus, les rétablirait dans 
lleurs droits et révoquerait l'ordre que leurs ennemis avaient surpris 
au mage détesté ; mais ils négligèrent l'œuvre du Seigneur, ne s'oc- 
cupant qu'à labourer leurs terres, embellir leurs maisons, sans tou- 
|ciier au temple dont les fondements étaient jetés. 

Il paraît même que Zorobabel et le grand prêtre Josué n'employè- 
[lent pas tout le zèle convenable pour exciter le peuple à l'œuvri; 
saillie. En effet, la deuxième année du règne de Darius, le f>remier 
jour du sixième mois, Dieu leur envoya un saint prophète, Aggée, 
^i|iii leur reprocha leur négligence et leur apprit que si la terre avait 
i 'te frappée de sécheresse et de stérilité cette anné(!-là, c'était parce 
que le peuple avait interrompu la construction du temple. 

Ces saints personnages, qui sans doute avaient gémi eux-mêmes 
(le l'insouciance du peuple, et n'avaient désespéré des hommes que 
iiiaii(|ue d'une confiance héroïque en Dieu, furent embrasés par la 
l>ai'ole du Seigneur, qui suscita leur esprit et l'esprit de tout le peu- 




' Ksdr., \. 



^* " HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv, XIX. - De bà 

pie, en sorte qu'ils vinrent et travaillèrent à la maison de JéhovaJ 
Sabaoth, leur Dieu *. Les prédictions des saints prophètes Aggéeçt 
Zacharie les encourageaient dans ce travail, par des regards dans 
grand et magnifique avenir. 

« ^La econdeannée du règne de Darius, le vingt-unième joiij 

du septième mois, la parole de Jéhova vint au prophète Aggéc, di- 

sant : Parle à Zorobabel, fils de Salathiel, chef de Juda, et à Jésus, 

fils de Josédec, grand prêtre, et à tout le reste du peuple, et dis-leuri 

Qui est resté d'entre vous qui ait vu cette maison dans sa première 

gloire ? et en quel état la voyez-vous maintenant ? N'est-elle point à 

vos yeux comme si elle n'était point? Et maintenant prends courage, 

Zorobabel, dit Jéhova ; prends courage, Jésus, fils de Josédec, 

grand prêtre ; prends courage, peuple tout entier de cette terre, dit 

Jéhova, et travaillez ; car moi, je suis avec vous, dit Jéhova-Sabaofh. 

Suivant l'alliance que j'ai contractée avec vous quand \ous sortie 

de l'Egypte, mon esprit demeurera au milieu de vous : ne craignez 

pas! 

« Car ainsi parle Jéhova-Sabaoth : Encore un peu, et j'ébranle.,., 
les cieux et la terre, la mer et le continent. J'ébranlerai même toutes 
les nations : et le Désiré de toutes les nations viendra ; et je remplirai 
de gloire cette maison, dit Jéhova-Sabaoth, A moi est l'argent, à 
moi est l'or, dit le Seigneur. » (C'est-à-dire, si cette maison est moins 
riche en or et en argent que la précédente, en ai-jo besoin ? Tout l'ar- 
gent, tout l'or n'est-il point à moi? (I est réservé à cette maison une 
gloire plus haute ! Le Désiré des nations, le Messie, honorera cotte 
maison dosa présence.) « La gloire de cette dernière maison sera 
encore plus grande que n'a été celle de la première, dit Jéhova 



2 Aggée, 2, 1-6. In die vigesinià et (iiiartù mensis, in sexto mense, in anno se- 
cundo Darii régis, in septimo mense vigesimà et prima mensis, factura est ver- 
bum Domini in manu Aggaei proplieta;, dicens : Loquere ad Zorobabel, iilium 
Salathiel, dncem Juda, et ad Jesum, fllium Josédec, sacerdotem magnum, et adre- 
liquos popnli, dicens : Quis in vobis est derelictus, qui vidit domuni istam in glorià 
suà prima? et quid vos videtis hanc nunc ? Niimquid non ità est quasi non sit in 
oculis vestris? Et nunc confortare, Zorobabel, dicit Dominus, et confortare, Jesu, 
flli Josédec, sacerdos magne, et confortare, omnis populus terrœ, dicit Dominus 
exercituum, etfaclte; quoniàm ego vobiscum suin, dicit Dominus exercituum, 
Verbum quod pepigi vobiscum cùm egrederemini de terrA .'Kgypti.ct spiritus meus 
erit in medio vestrùm : nolite timere. 

Quia hfec dicit Dominus exercituum : Adliuc unum modicum est, et ego com- 
movebo cœluin, et tcrram,et mare, et aridani. Et movebo omnesgentes! et ve- 
nictDesideratus cunctis gentlbusjct implebo domum islam glorià, dicit Domi- 
nus exercituum.Meum est argcntum, et meum est aurum.dicit Dominus exercltuuiii, 



1 442 av. l'ère chr. 



1 U2 av. l'èic chr.] DE L'ÉGLISK CATHOLIQUE. 95 

Sabaoth; et je donnerai la paix en ce lieu, dit le Seigneur des 
armées. » 

Aggée termine ses prédictions par une grande promesse à Zoro- 
babel. 

« * Et la parole de Jéhova vint une seconde fois à Aggée, le vingt- 
|[|iiatrième jour du mois, disant: Parle à Zorobabel, chef de Juda, et 
dis-lui : Moi, j'ébranlerai les cieux et la terre ; et je renverserai le trône 
jles royaumes, et je briserai la force des empires des nations; je ren- 
lerserai le char et ceux qui le montent : les chevaux et les cavaliers 
lomberont les uns sur les autres ; et le frère sera percé par l'épée de 
Ion frère. En ce jour-là, dit Jéhova- Sabaoth, jeté prendrai, ô Zoro- 
babel, fils de Salathiel, mon serviteur, dit Jéhova; et je te garderai 
bmme un anneau à cacheter , parce que je t'ai choisi, dit Jéhova- 
Mbaoth. » 

C'est toujours la même prophétie , plus un indice du mystère par 
bii elle s'accomplirait. L'Éternel ébranlera le ciel, la terre et les mers; 
brisera les empires humains , les Perses par les Grecs, les Grecs par 
les Romains, les Romains par eux-mêmes : alors viendra celui que 
joutes les nations désirent ; alors Jéhova lui-même prendra Zoroba- 
lel, prendra sa chair et son sang, se l'unira dans la personne du Verbe : 
te Zorobafeel, Homme-Dieu , cet Emmanuel, né de la Vierge , est le 
Iceau de Jéhova , le caractère de sa substance , le cachet de sa res- 
lemblance parfaite , l'anneau de son alliance et de sa réconciliation 
Ivec les hommes ; c'est Lui qui nous donnera la paix, c'est Lui qui 
era notre paix. 

La même année, le vingt-quatrième jour du onzième mois, 2a* 
fharie, fils de Barachias, prophétisa également. 

« 2 Je regardais pendant la nuit; et voilà un homme monté sur 
11» cheval roux, qui se tenait parmi les myrtes plantés en un lieu bas 
It profond, et, à sa suite, étaient des chevaux, les uns roux, d'autres 
aarquetés, et les autres blancs. 

agna erit gloria domùs istius novissimae plus quàtn primœ, dicit Dominus exeici- 

um; et in loco isto dabo pacem, dicit Dominus exercituum. 

' Et factum est verbum Domini secundo ad Aggaeum , in vigesimà et quartù 

ensls, dicens : Loquere ad Zorobabel, ducem Juda, dicens : Ego movebo cœluin 

Hier et terram; et subverlam soliura legnorum, et conleram fortitudinem re- 

i gentium ; et subvertain quadrigam et ascensorem ejus : et descendent equi 

ascensores eoium ; vir in gladio fratris sui. In die illà, dicit Dominus exérci- 

um, assumam le, Zorobabel, fili Salathiel, serve meus , dicit Dominus ; et ponam 

quasi signaculum, quiatcelcgi, dicit Dominus exercituum. 

' Zachar., 1, 8. Vidi per noctem ; et eccè vir ascendens super equum rufum , 

it ipse stabat intcr myrteta, qua; erant in profundo, et post eum, equi rufl , varii 

|t albi. 



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HISTOIKË UNIVERSELLE [Liv. XIX. - De 53i!fca442av. l'ère chi 
Seigneur, qui sont ceux-ci? Et l'ange qui parlait eol 






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« Je dis alors 
moi me dit : Je vous ferai voir qui ils sont. 

« Et le personnage debout parmi les myrtes répondit : Ce sont 
ceux qu'a envoyés Jéhova pour parcourir la terre. Et eux répond!- 
rer.t à l'ange de Jéhova : Nous avons parcouru la terre, et voilà que 
la terre entière est habitée et en repos. 

i, « Et l'ange de Jéhova dit : Jéhova-Sabaoth, jusqu'à quand n'aurez- 
vous point pitié de Jérusalem et des villes de Juda contre lesquelles 
vous vous êtes mis en colère ? Voilà déjà la septantième année que 
Jérusalem a été réduite en cendres. 

« Alors Jéhova répondit à l'ange qui parlait en moi, des paroles de 
bonté et de consolation. Et l'ange qui parlait en moi me dit : Crie et 
dis : Ainsi parle Jéhova-Sabaoth : J'ai un grand zèle et un grand] 
amour pour Jérusalem et pour Sion. Et j'ai conçu une grande indi 
gnation contre les nations puissantes ; moi, je m'étais mis en colère] 
un peu ; elles, au contraire, ont porté ses maux à l'excès. C'est pour 
quoi , voici ce que dit Jéhova : Je reviens à Jérusalem avec des e^i 
trailles de miséricorde j ma maison y sera édifiée de nouveau, dit Jé- 
hova-Sabaoth ; et on étendra encore le cordeau sur Jérusalem poui] 
la rebâtir. » 

Nous voyons ici le gouvernement invisible de ce monde visible] 
les puissances célestes de la terre, le ministère des anges préposés 
aux royaumes humains. 11 apparaît d'abord un chef, que l'on croit 
être Michel, chef des armées de Jéhova, défenseur principal dii 
royaume de Dieu, la société des fidèles. Viennent à sa suite les an- 
ges des nations, qui lui rendent compte et attendent par lui les ordres 
de Dieu. Le prince de ces souverains se tient pour le moment dans 



Et dixi: Qui surit isti, Domine mi? Et dixit ad me angélus, qui loquebatur i 
me : Ego ostendam tibi quid sint hsec. 

Et respondit vir qui slabat inler myrteta, et dixit : Isli sunt, quos misit Uunii-I 
nus ut perambulent terram. Et responderunt angelo Doniini, qui stabat Intel 
niyi'tela, et dixerunt: Perambulavimus terram, et eccè omnis terra habitaturei| 
quiescit. 

Et respondit angélus Doniini, et dixit: Domine exercituum, usquequù tu noi 
misereberis Jérusalem et urbium Juda, quibus iratus es ? Iste jàm septuagesimu| 
annus est. 

Et respondit Dominus angelo, qui loquebatur in me verba bona, verba consu' 
latoria. Et dixit ad me angeius, qui loquel)atur in me : Clama dicens : HiEC didl 
Dominus exercituum : Zelatus sum Jérusalem et Sion zelo magno. Et ira niagnJ 
ego irascor super gentes opulentas ; quia ego iratus sum parûm ; ipsi verô adjul 
verunt in malum. Proptereà hsec dicit Dominus : Revertar ad Jérusalem in miseJ 
' icordiis ; et domus mea œdiflcabitur in eà, ait Dominus exercituum; et perpeii-| 
diculum extendelur super Jérusalem. 



une vallée plai 

bylone, sol arn 

monté sur un 

sanfçlante veng( 

I dans ce mome 

nations lui ayai 

ilintercède auj 

réponse est trar 

[lui, et que l'on 

« ' Je levai e 

lot voilà un hoi 

Idis: Où allez-v( 

I voir quelle est i 

l'ange qui parli 

Ici lui dit : Cou: 

Isera plus envii 

jd'hornmes et d 

jJéhova, un mui 

lson enceinte. 

« Ah ! ah ! fu 
jvous ai dispersi 
jqui habitez dan 
■Jéhova-Sabaoth 
Iverra contre les 
Jtouche la prun 
■ils seront en pr( 
jconnaîtrez que 
« Entonne de 
|(;ar voici que je 

' Zachar., 2, 1-i 
lluniculus mensoru 
jlein, ut videam qui 
|liii loquebatur in 
Jjus. Et dixit ad en 
lliilubilur Jerusalen 
|t'go ero ei, ait Doi: 

0, ô fugite de te: 
liispersi vos, dicit 1 
pc dicit Dominus 
jiunlvosjquienim 
niini nieam super i 
JDominus exercitui 

Lauda et lœlarc , 
m. 



IX. — De 6311 
ui parlait en 

lit : Ce sont 
ux répondi- 
et voilà que 

and n'aurez- 
re lesquelles 
e année que 

Bs paroles de 
dit : Crie tt 
it un grand 
grande indi- 
lis en colère 
. C'est pour- 
avec des eiil 
veau, ditJél 
usalem poutl 

)nde visible! 
;es préposésl 
[ue l'on croit j 
principal dul 
suite les aiiT 
lui les ordresl 
[loment dans 



loqiiebatur i 

os misit Dumij 
ni stabat Intel 
ra habitaturetl 

uequù tu non 
septuagesimuJ 

I, verba consoj 
ms : HiEC dici 
. Et ira niagnJ 
psi vei'ô adjuj 
salem in mise] 
im ; et perpen-l 



il » 



a 442 av. l'ère chi.] DE L'EGLISE CATHOLIQUE. 97 

une vallée plantée de myrtes; on croit que c'est la province de Ba- 
bylone, sol arrosé et humide, favorable à ces sortes d'arbustes; il est 
monté sur un cheval roux , pour marquer peut-être la prompte et 
sanglante vengeance que Dieu allait tirer de la ville de Babylone, qui, 
dans ce moment, méditait la révohe contre Darius. Les anges des 
nations lui ayant rapporté que toute la terre est habitée et tranquille, 
il intercède auprès de Jéhova pour Jérusalem qui ne l'est point. La 
léponse est transmise à Zacharie par un ange qui parle en lui ou avec 
lui, et que l'on croit son ange tutélaire. 

« Ue levai encore les yeux, continue le prophète, et je regardai : 
(■t voilà un homme avec un cordeau de géomètre à la main. Je lui 
(lis: Où allez-vous ? Il me répondit : Je vais mesurer Jérusalem, pour 
voir quelle est sa largeur et quelle est sa longueur. En même temps, 
l'ange qui parlait en moi sortit, et un autre ange vint à sa rencontre 
(Hui dit : Cours, parle à ce jeune homme et dis-lui : Jérusalem, ne 
sera plus environnée de murailles, tant sera grande la multitude 
d'hommes et de bêtes au milieu d'elle. Je lui serai moi-même, dit 
IJéhova, un mur de feu tout autour ; et je serai sa gloire au milieu de 
son enceinte. 

« Ah! ah ! fuyez de la terre d'aquilon, dit Jéhova, parce que je 
vous ai dispersés vers les quatre vents du ciel. Fuyez, ô Sion ! vous 
jqui habitez dans la ville de Babylone ; car voici Tordre que me donne 
Jéhova-Sabaoth : Après qu'il vous aura rétablis en gloire, il m'en- 
verra contre les nations qui vous ont dépouillés ; car qui vous touche, 
touche la prunelle de son œil. Je vais étendre ma main sur eux, et 
ils seront en proie à ceux qui les servaient auparavant; et vous re- 
connaîtrez que c'est Jéhova-Sabaoth qui m'a envoyé. 

« Entonne des cantiques de louanges, et réjouis-toi, fille de Sion ; 
|(;ar voici que je viens moi-même et que j'habiterai au milieu de toi, 

1 Zachar., 2, 1-5. Et levavi oculos meos, et vidi : et ecce vir, et in manu ejus 
iuinculus mensoruni. Et, dixi : Quù lu vadisi' Et dixit ad me : Ut inetiar Jeiusa- 
llein ut videam quanta sit latitude ejus et quanta longitude ejus. Et ecce angélus 
*iui loquebatur in me, egrediebatur, et angélus alius egredicbatur in occursum 
ps. Et dixit ad eum : Curre, loquere ad pueium istuui, dicens: Absquc nuiro lia- 
intubitur Jérusalem, pra^ mullitudine homlnum et jumcntoruni in nicdio ejus. Et 
jt'So eio ei, ait Dominus, murus ignis in circuitu ; et in glorià eio in niedio ejus. 
I 0, ofugite ue lerrà aquilonis, dicil Dominus; quoniàm in quatuor ventes cœli 
■ilispersi vos, dicit Dommus. Sion. fuge, qua; habitas apud liliaui llabvl.mis ; quia 
ïiaicdicit Dominus exerciluum: Post gloriam, misit me ad génies, qu'a; spoliave- 
pm vos ; qui enim tetigerit vos, tangit pupillam oculi mci. Quia ecce <'go levo ma- 
inuni meam super eos, et erunt prœda) lus qui serviebant sibi; et cognoscelis quia 
|Dominus exerciluum misit me. 

Lauda et lœlare, lilia Sion; quia ecce ego venio et liabital.o iii medio lui, ail 
m. 



I m 




II 

I 



»8 HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv. XIX. - De 538p à i42av. l'èiecli 

(lit JéhovH. Il s'attachera beaucoup de nations à Jéhova dans « 

jour-là, et elles me seront en peuple, et elles habiteront au milieu de 

toi * ; et tu sauras que Jéhova-Sabaoth m'a envoyé. Jéhova possédera 

encore Juda comme son hérita{?e dans la terre sainte, et ii choisira 

encore Jérusalem. Que toute chair soit dans le silence devant la tact | 

de Jéhova, parce qu'il s'est levé du fond de son sanctuaire. » 

La Jérusalem judaïque était l'ébauche de la Jérusalem chrétienne, 
ébauche elle-même de la Jérusalem céleste. Les promesses faites à 
la première s'appliquent encore plus à la seconde. La première était 
alors à moitié déserte ; mais un jour son enceinte sera trop étroite 
pour contenir tous ses habitants : plusieurs s'établiront hors de ses 
murs. Cependant c'est de la seconde surtout, de l'Église catholique, 
qu'il est vrai de dire qu'elle n'est point circonscrite par des murail- 
les ; elle n'a d'autres limites que celles de la terre ; Dieu lui-mêmel 
est son rempart; ses portes sont ouvertes nuit et jour ; la foule desf 
nations y entre pour s'attacher à l'Éternel. 

Il est commandé aux Juifs restés à Babylone d'en sortir. C'est quel 
cette malheureuse ville, déjà prise et humiliée par Cj.'us, devait 
s'attirer bientôt de plus grandes calamités encore. Deux ans après cctl 
avertissement, elle se révolta contre Darius, qui l'assiégea vingt moisj 
Les Babyloniens, pour faire durer plus longtemps leurs provisions, 
prirent la résolution barbare d'exterminer toutes les bouches inu- 
tiles, tout ce qui ne pouvait servir à la guerre. Il fut seulement per- 
mis à chaque homme de conserver celle de ses femmes qu'il aimait le 
plus, et une servante pour faire l'ouvrage de la maison. Tout le reste,| 
enfants, vieillards, filles, femmes, sœurs, mères, fut étranglé. Da 
rius, néanmoins, s'en rendit maître par le stratagème d'un de scsl 
généraux, nonuné Zopyre. S'étant coupé le nez et les oreilles et dé| 
chiré tout le corps, il passa, défiguré de la sorte, chez les assiégés , 
auxquels il dit qu'il avait été réduit dans ce déplorable état parlai 
cruauté de Darius. Il gagna si bien leur confiance qu'ils lui déférèrent 
le commandement de leur ville, dont il se servit pour la faire tomber 
entre les mains de son maître. Celui-ci n'eut pas plutôt Babylone| 
en sa possession, qu'il fit enlever ses cent portes et abaisser ses mu- 
railles, de deux cents coudées à cinquante. Pour ce qui est des habi-l 
tants, après les avoir livrés en proie à ses Perses, autrefois leurs ser- 

Dominus. Et applicabuntur génies multsc ad Dominum in die illâ, et erunt mihil 
in populum, et haijitabo in medio tiii ; et scies quia Dominus exercituuin niisitmej 
ad te. Et possidebit Dominus Judam partem suani in terra sanclilicatà, et eiig£l| 
adliuc Jérusalem. Sileat omnis caro à l'acie Domlni, quia consurrexit de habitaculol 
sanclo ;u '. 
1 Selon les Sepluulc. 



I 



à i42 av. l'ère chr.J DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 99 

viteurs, il en fit empaler trois mille des plus coupables et pardonna 
au reste*. 

Nous avons vu, dane ; i précédentes révélations de Zacharie, le 
ministère des bons anges ; lious allons voir l'occupation des mau- 
vais. C'est îi l'occasion du grand prêtre, qui s'était rendu coupable 
(le quelque faute, soit manque do zèle pour la reconstruction du tem- 
ple, soit quelque autre négligence ; faute qu'il réparait depuis les 
exhortations du prophète : ni plutôt le grand prêtre figure ici, 
moins comme individu que comme chef et représentant de la nation, 
et, comme tel, chargé des iniquités delà nudtitude. 

iiHl me fut montré le grand prêtre Jésus, debout devant l'ange de 
Jéhova, et Satan debout à sa droite pour le combattre. Et Jéhova dit 
à Satan : Que Jéhova te réprimande, Satan ; que Jéhova te répri- 
mande, lui qui a choisi Jérusalem ! N'est-ce pas là un tison sauvé du 
feu? Or, Jésus était revêtu d'habits sales, et se tenait devant la face 
de l'ange. Celui-ci dit à ceux qui étaient debout devant lui : Otez-lui 
ses habits sales. A lui-même, il dit ensuite : Voilà que j'ai ôté de 
dessus toi ton iniquité, et que je t'ai revêtu de vêtements de fête. Il 
ajouta : Mettez-lui sur la tête une tiare éclatante ; et ils lui mirentune 
tiare éclatante sur la tête, et le revêtirent de vêtements précieux. Ce- 
pendant l'ange de Jéhova se tenait debout. 

« Et l'ange de Jéhova fit à Jésus cette déclaration : Ainsi parle 
Jéhova-Sabaoth : Si tu marches dans mes voies, et si tu observes 
mes ordres, tu gouverneras aussi ma maison, et tugarderas mes par- 
vis, et je te donnerai de ceux qui sont ici debout pour marcher avec 
toi. Écoute, ô Jésus ! grand prêtre, toi et tes amis qui habitent devant 
ta face, parce qu'ils sont des hommes de présage. Voici que je fais 
venir mon serviteur l'Orient (ou le rejeton). » 

I-es amis connus du grand prêtre étaient Zorobabel, Aggée, Zacha- 

' Hérodote, 1. 3. - 2 Zach., 3, 1-5. Et ostendit mlhl Dominus Jesum, sacer- 
doteni magnum, stantem coram angelo Domini, et Satan stabat à dextris ejus ut 
adversarcUir ei. Et dixit Dominus ad Satan : Increpet Dominus in te, Satan; et 
Increpot Dominus in te.qui elegit Jérusalem ! Numquid non istetorris est erutus 
de igné? Et Jésus erai indutus vcstibus sordidis, et stabat ante faciem angeli Qui 
respondit, était ad eos qui stabant coram se, dicens : Auferte vestimenta sordida 
abeo. Et dixit ad eum : Ecce absluli à te iniquitatem tuam, et indui te mutato- 
liis. Et dixit : Ponite cidarim mundam super caput ejus ; et posuerunt cidarim 
mundam super caput ejus, et Induerunt eum veslibus; et angélus Domini stabat. 

Et contestabatur angélus Domini Jesum, u, ens : Et hœc dicit Dominus exer- 
cituum : Si in viis meis ambulaveris, et custodiam meam cuslodieris, lu quoque 
iinlicabis domum meam, et custodies atria mea, et dabo tibi ambulantes de his 
qui nunc liic assislunt. Audi, Jesu, sacerdos magne, tu et amici lui qui habitant 
™rain te, quia viri portendentes sunt ; ecce enim ego adducam servum meum 
Orientem. 



' n 



1 >:: 




iOO 



HISTUIHE INiVERSELLË [Liv. X!X. — De 53» 




M S 



rie. Tous ces pieux peisonnages, qui travaillaient avec lui à la réédi- 
fication de Jérusalem et du temple, présageaient en même temps un 
autrg prince de Juda,un autre grand prêtre, un autre JésuS; l'Orient, 
le rejeton ou le Messie, connue dit la version ciialdaïque, qui édi- 
fierait une autre Jérusalem, un autre temple avec d'autres amis; 
ils présageaient Jésus-Christ avec ses apôtres, édifiant l'Églist' 
chrétienne. 

Zorobabel et Jésus, encouragés par les prédictions d'Aggée et de 
Zacharie, s'étaient remis à la construction du temple, avec le peu- 
ple réveillé de sa négligence ; lorsque Thathanai, satrape persien 
des provin<;'^s en deçà de l'Euphrate, et Starbuzanai, vraisemblable- 
ment gouverneur a Sauiarie et subordonné à l'autre, s' an vinrent 
avec quelques conseillers à Jérusalem, et s'informèrent par quelle 
autorité ils bâtissaient cette maison et restauraient ces murailles. Les 
chefs du peuple donnèrent leurs noms ; « et 1 œil de leur Dieu fut sur 
les anciens des Juifs, en sorte qu'on ne put 1<'S empêcher de bâtir. » 
Il fut seulement convenu qu'on renverrait l'affaire à Darius. 

Thathanai lui écrivit en ces termes : « A Darius, roi, toute paix! 
que le roi sache que nous avons été dans la province de Judée, dans 
la maison du grand Dieu qu'on bâtit de pièces non polies; et les 
bois sont placés sur les murailles ; et cette œuvre est faite avec ar- 
deur, et croit entre leurs mains. Nous avons donc interrogé les 
vieillards, et nous leur avons ainsi parlé : Qui vous a donné le 
pouvoir d'édifier cette maison et de rétablir ses murailles ? nous 
leur avons aussi demandé leurs noms afin de vous les faire 
connaître, et nous avons écrit les noms des hommes qui sont 
les princes entre eux. Or, ils nous ont répondu de cette sorte, di- 
sant : Nous sommes les serviteurs du Dieu du ciel et de la terre; 
nous édifions le temple qui était construit longtemps avant ces an- 
nées-ci, et qu'un grand roi d'Israël avait bâti et achevé. Mais après 
que nos pères eurent provoqué la colère du Dieu du ciel, il les livra 
en la main de Nubuchodonosor, roi de Babylone, Chak'éen ; et il 
détruisit cette maison et transporta son peuple à Babylone. Or, la 
première anniie de Cyrus, roi de Babylone, le roi Cyrus publia un 
édit pour rebâtir cette maison de Dieu. Et les vases d'or et d'argent 
que Nabuchodonosor avait enlevés du temple qui était à Jérusal«^m, 
et qu'il avait apportés dans le temple de Babylone, Cyrus, roi- les 
tira du temple de Babylone, et ils furent donnés à un nommé Sassa- 
basar, qu'il établit prince. Et il lui dit : Prends ces vases et va, et 
p'aee-îes dans le tempie qui est à Jérusalem, et tjut; la maison à- 
Dieu soit édifiée en son lieu. C'est pourquoi Sassabasar vint alors et 
posa les fondements de la maison de Dieu à Jérusalem, et depuis cr 



i\ 'i42 av. l'tM-e cli 



i\ 'i42 av. l'tMe clir. ; 



DE L'ÉGLISE CATHOLlQiJE. 



101 



ggée et de 
ec le peu- 
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de bâtir. » 

3ute paix ! | 
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errogé les 

donné le 
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qui sont 
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i la terre; 
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Mais après 
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ne. Or, 1h 

publia un 
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lérusal^'ni, 
s, roi- les 
Il né Sassii- 
i et va, et 
[liaison (le 
int alors et 
t depuis ce 

t. 

-i 



temps-!à jusqu'à présent, on la bâtit, et elle n'est point encore ache- 
vée. Maintenant donc, s'il semble bon au roi, que l'on regarde en la 
bibliothèque du roi qui esta Babylone, s'il a été ordonné par le roi 
Cyrus que la maison de Dieu serait rebâtie à Jérusalem, et qu'on 
nous fasse connaître en cela la volonté du roi *. » 

On voit que le satrape y mettait de la droiture , et qu'en outre il 
avait une haute idée du Dieu d'Israël , puisqu'il en parle comme du 
ffrand Dieu, du Dieu suprême. 

La conduite et les paroles de Darius ne sont yàs moins remarqua- 
bles. Il donna des ordres pour consulter les archives, et l'on trouva 
dans Ecbatane - château de la province de Médie, un livre où était 
écrit : 

« 2 La première année du roi Cyrus , le roi Cyrus a ordonné que 
la maison de Dieu à Jérusalem fût bâtie dans un lieu où l'on pût 
immoler des victimes , et poser des fondements pour porter la hau- 
teur de soixante coudées, et la largeur également de soixante, et trois 
rangs de pierres non polies (choisies), et autant de rangs de nouveaux 
bois : or, les frais seront faits par la maison du roi. Et que les vases 
(l'or et d'argent du tem[)le de Dieu, que Nabuchodonosor avait enle- 
vés, fussent rendus et rapportés en leur place. 

« Maintenant donc, Thatlianaï, gouverneur de la contrée qui est au 
delà du fleuve, Starbuzanaï, et vous, conseillers apharsachéens , qui 
'Mes au delà du fleuve , retirez-vous loin des Juifs , et laissez bâtir ce 
temple do Dieu par leur chef et par leurs anciens, afin qu'ils édifient 
cette maison de Dieu en son lieu. 

« J'ai ordonné aussi ce qu'il faut que vous fassiez à ces anciens des 
Juifs, afin que la maison de Dieu soit édifiée , sf voir : que du trésor 
royal , c'est-à-dire des tributs d'au delà du fleuve, on leur fournisse 



' Esdraa, 5. 

' Esdras, 0, 3-5. Anno primo Cyri régis, Cyrus rex decrevit ul domns Dei fpdili- 
careturquaR est in Jérusalem in loco ulji inimoient hostias, et ut ponant l'unda- 
mcnta supportantia altitudinoiii cubitnruni sexai^inta, et lalitudinem cubitoruni 
iicxaginla; ordines de lapldibus impolilis très, et sic ordines de lipnis novis: 
'<iimptus uutem de dttmo régis dabuntur. Sod et vasa tcmpli Dei aureaet argentea, 
i|U8E« Nabuchodonosor tulerat de teinpio Jérusalem, et attulerat ea in Babylonem 
l'eddantur et rererantur in templum in Jérusalem in iocum Buum, qua> et posita 
sunt in templo Del. 

Nunc ergù, Thathanai , dux regionls quœ est trans flumen, Slarbuzanai, etcon- 
sliiurli vestri Arphasachffi, qui tstis trans flumen, procul leccdlle ab illis, et di- 
mittitc ftori templum Dei i.iud à duce Judasorum et à genloilbus eorum, wt do= 
mum Dei illam u:diilcent in loco 8U0. 

Sed et à me picceptum est quid oporteat )!eri à pvesl!\teiis .liiduoii m Illis , iit 
a'diflcciur domus Del, scllicet, ut de arcA resjis, id est, de tvibulis, qiia' dantiir de 




102 



HISTOIRE UNIVERSELLE 



fLiv. |XIX. - De 538 

avec soin la dépense , pour que l'œuvre ut; soit point interrompue. 
Que s'il est nécessaire , on leur donne chaque jour des veaux , des 
agneaux et des chevreaux pour les offrir en holocauste au Dieu du 
ciel, du froment, du sel, du vin et de l'huile, selon la parole des prê- 
tres qui sont à Jérusalem , sans qu'on leur laisse aucun sujet de se 
plaindre , afin qu'ils offrent des sacrifices au Dieu du ciel , et qu'ils 
prient pour la vie du roi et de ses enfants. 

« C'est pourquoi j'ordonne que si quelqu'un, de quelque qut.I'té 
qu'il soit, contrevient à cet édit, on tire une pièce de bois de sa mai- 
son, qu'on la plante; en terre, qu'on l'y attache, et que sa maison soit 
confisquée. Que Dieu, qui fait habiter là son nom, extermine tout roi 
et tout peuple qui étendra sa main pour y contredire et pour ruinei' 
cette maison de Dieu à Jérusalem. Moi, Darius, j'ai ordonné ce dé- 
cret, et je veux qu'il soit accompli fidèlement. » 

Ainsi parlait ce grand roi, fameux dans l'iiistoire profane par la 
réduction de Babylone, par la conquête de l'Inde et par ses expédi- 
tions contre les Scythes et les Grecs. C'est une chose que générale- 
ment on ne remarque point assez , que la manière dont parlent du 
vrai Dieu, dans leurs édits publics , ces monarques persans , (|ue les 
Grecs eux-mêmes appelaient le roi des rois, le grand roi^ ou simple- 
ment le roi. Darius le Mède prescrit à tous ses sujets la crainte, au- 
trement le culte du Dieu de Daniel, parce que c'est le Dieu vivant et 
éternel. Cyrus reconnaît que c'est lui, le Dieu du ciel, qui lui a donuii 
tous les royaumes de la terre , et il ordonne que son temple soit re- 
bâti aux dépens du trésor royal. Darius, fils d'Hystaspes, renouvelle 
la même ordonnance , y ajoute les peines les plus sévères contre les 
contrevenants , et assigne des revenus pour offrir dans ce temple . 
tous les jours, des sacrifices pour lui et pour ses enfants. Quand ou 
fait attention que c'est sous le règne de ce Darius que l'on place com- 
munément Zoroastre, réformateur de la religion persane, on n'est pas 
étonné d'y trouver plus d'une resscinblaiice avec la croyance des lu - 
breux: on conçoit même fort bien l'opinion <le ceux qui font de Z(i- 
roastre un Juif d'origine. 

reglone trans flumen, stucliosè sumptus denlur viris illis, ne iinpeilialnr opus. 
Quùd si necesse fueiit, et vltnlos, et nsnoa, et li.Tdos in holocuiisluni Dco cœli, 
frumentum, sal, vinum et oleum, seciimlùin ritum saceidotuni, qui siint in Jéru- 
salem, (letur eis per singulos dies, ne sil in aliqiio querinionia, ei olTeruiit obiatin- 
nea Deo cœli, orentque pro vilà régis et (llioruni ejus. 

A me ergù pooitum est dcciclnm, ut omnis honio qui banc- mutaverit jussionom, 
tollaturiignum de domo ipsius, et erisatiir. et conligatur in eo, donuisanleui eiiis 
publicetur. Deusautcm, qui liaijitare fecit nomen suum ilti, dissiper, omnia régna, 
et populum qui cxtenderit niaïuini suani ut iO])umiet et (iissij)ol domuui Dci iiliiin, 
qua" est in .lerusaiem. Kgo, Darius, staliii decrotum, (|u<)d sludinsô inipleri vuln 



442 av. l'ère chr 



I ,iouis=toi bien 



1 Ps. 145. — î I 



l'uiit obluliii- 



à .42 av. l'èi G chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 103 

Lo gouverneur do Syrie et les autres officiers exécutèrent avec soin 
les ordres du roi ; et la construction du temple avançait d'autant plus, 
que les prédictions d'Aggée et de Zacharie encourageaient les an- 
ciens et le peuple. 

Enfin la maison de Dieu fut achevée la sixième année de Darius , 
le troisième jour du deuxième mois. On y avait travaillé près de vingt 
ans. Les enfants d'Israël , les prêtres, les lévites et les autres enfants 
(le la transmigration en firent la dédicace avec grande joie. Ils im- 
molèrent ù cet effet cent veaux , deux cents moutons , quatre cents 
agneaux, et de plus, en holocauste pour le péché, douze boucs de 
chèvres selon le nombre des tribus d'Israël. 

Les prophètes Aggée et Zacharie composèrent, ou du moins chan- 
tèrent, à cette solennité , le psaume suivant, qui, dans les Septante 
et la Vulgate, porte leur nom. 

M mon âme , loue Jéhova ; je louerai Jéhova durant ma vie, je 
chanterai mon Dieu tant que je serai. Ne vous confiez point aux prin- 
ces, aux fils de l'homme, en qui n'est pas le salut. Son esprit se re- 
filera , et lui retournera dans sa poussière : dans ce jour-là périront 
toutes ses pensées. Heureux de qui le Dieu de Jacob est le soutien, de 
qui l'espoir est dans Jéhova, son Dieu ; lui qui a fait le ciel et la terre, 
la in.^r et tout ce qu'eiiK renferme ; lui qui garde la vérité dans les siè- 
cles, qui rend justice à ceux qu'on opprime, qui donne la nourriture 
à ceux qui ont faim. Jéhova délie les captifs, Jéhova éclaire les aveu- 
gles, Jéhova redresse ceux qui sont courbés , Jéhova aime les justes, 
Jéhova veille sur les étrangers ; il relèvera l'orphelin et la veuve, il 
confondra la voie des impies. Jéhova régnera dans les siècles ; ton 
Dieu, ô Sion ! de génération en génération ^ » 

Peu après, le quatorzième jour du premier mois de l'année sui- 
vante , la Pâque fut célébrée solennellement , tant par les enfants 
d'Israël qui étaient retournés de la transmigration, que par tous ceux 
(|ui s'étaient séparés de la corruption des nations de la terre , pour 
chercher avec eux Jéhova, le Dieu d'Israël =^. Ce que l'on entend 
('onuHunément des prosélytes (jui avaient reçu la circoncision ; mais 
on i)('ut l'entendre aussi des Israélites d'origine , qui s'étaient retirés 
(le la superstition et du schisme des Samaritains. 

Le prophète Zacharie continuait d'afiérmir le peuple dans le culte 
; (lu Soigneur par des prédictions nouvelles, en particulier sur le Messie 
I à venir. 

I Voici comme il dépeint l'entrée du Sauveur à Jérusalem: « Ré- 
i iouis=toi bien fort, fille de Sion ; pousse des cris d'allégresse, fille ch\ 



' l>s. 145. — M';»(ir.,fi, 19-22. 



*0* HISTOIRE UNIVERSELLE [LIv. XIX. - De 5:,J 

Jérusalem: voici ton roi qui te vient justo et sauveur : lui pauvre. 1 
monté sur une ânessc et sur le poulain d'une ânesse. J'exterminerai 
les chars d'Epliraïm et les chevaux de Jérusalem, et l'arc des combats 
sera rompu. Il annoncera la paix aux nations, et sa domination sera 
d'une mer à l'autre mer, et du fleuve jusqu'aux extrémités de la terre, [ 
Toi aussi, par le san{? de ton alliance, tu as fait sortir les captifs du 
fond de la citerne, où il n'y a point d'eau ^ » 

Il annonça d'avance que le Seigneur serait estimé trente pièces 
d'argent, et cette somme serait donnée à un potier 2. i 

Lorsque Jésus, après le repas de la divine charité, s'en allait avec 
ses disciples au mont des Olives , et qu'il prévoyait les souffrances' 
qui l'attendaient, comme aussi que ses disciples l'abandonneraient I 
dans l'angoisse, il leur dit : Pendant cette nuit, vous serez tous scaii-| 
dalisés en moi ; car il est écrit : Je frapperai le pasteur et les brebis 
du troupeau seront dispersées ^. 

Voici comme le prophète avait prédit : « glaive, lève-toi sur 1 
mon pasteur, sur l'homme qui m'est le plus proche , dit Jéhova- 
Sabaoth. Frappe le pasteur, et le troupeau sera dispersé; et j'éten- 
drai ma main sur les petits *. » 

II a vu en esprit les mains de Jésus-Christ percées de clous. 
« Quand on lui dira : D'où viennent ces plaies au milieu de tes 
mains ? Il répondra : J'en ai été percé dans la maison de ceux qui 
m'aimaient ^. » 

Il a vu également le Sauveur blessé au côté par une lance, ainsi 
que l'effusion du Saint-Esprit, de laquelle , sitôt après la mort et 
l'ascension de Jésus-Christ, des Israélites furent prévenus , avant 
qu'elle se répandit sur les autres nations. 

1 Zach., n, n-n. Exulta salis, lllia Slon; jubila, flUa Jérusalem : ecce rex tuus 
veniettibi justu.set saivator; ipse pauper, et ascendens super asinam et super 
pnlluin niiuin asinae. Etdisperclam quadrigam ex Ephraim et equum de Jenisa- 
Jem, etdissipabitnr arcusbelli; ei loquetur paccm genllbus ; et potestas cjus i\ 
mari usque ad mare, et à tluminibus usque ad Unes Icrraî. Tu quoque, in ssn- 
uuinc tcslamenti tui, emisisli vinclos tnos do inni, in qno non est aqna. 

- Zacli., Il, 12 et 13. Et dixi iid co.s : Si bon;im est in ocuiis vestris, atlerli' 
mcrcriieni nicani; et t^i non, qiiiescile El uppendcrniit nicrcedeni nieani tiiginl:i 
arpcnleos. El dixit Dominus ad me : Projice illud ad slaluarlum, décorum prc- 
tium, r|ni) appreciatus suni ab eia. Et tuli triainta argentées, et projeci illosin 
domum Doniini ad slatuarium. 

» Malh., 26. 

'» Zacli., t3,7. Framea, snscitatc super pastorom meuni, et super vlrumcnliîr- 
renteni milii,dicit, Doininiis exerciluuin. P<Mcule pastorem, etdi.snergcnlur ove?: 
et convoiijun iiianiini nicam ad parvuios. 

'^ Ihiil., v. G, Et (iiciitur ei : Quid siunt piagai ista- in medio manuumluarum;'' 
Et dicel : Dis plniiîitiis snni iii dnnio rnnnn (|ni dilicebant :ne. 



M av. l'ère chr.] 

« Et je répanc 
ijérusalem l'espi 
moi, qu'ils ont 
fils unique ; ils s 
premier-né. En 
fcomme le deuil 
(lort du saint rc 

Une persped 
^'oyant : 

« Il y aura un 
k sur le soir pai 
lives de Jérusak 
la mer la plus 1 
roi de toute la t 
7n2, » 

Le prophète A 
iiii peuple d'Édc 
tieiu's de son frèi 
pour s'en partag 
ité, les Iduméer 
|e sauver leurs 
luer ceux qui cl 
lis ont fait aux a 
]'Ésau. Mais le i 
Imte-, et lamaii 
Et des sauveurs 
jiiontagne d'Ésai 

Darius, fils d' 

^t pendant qu'il 

)ans la premier 

laille de Maratt 

poursuivit avec 

' Zach., 12, 10 ( 
leiiisaleni spiritum 
Jilangent eum plan 
lolfct in morte prim 
llancliis Adadremii 

> Ibid., 14, 7-9. 

1 tempore \e8peri 
nedium eartim ad 
jBslate et in hyeme 
|rit Dominus unus 

'' Abdias. 



'.'V*"!! 



i. — De 5:18 

lui pauvre. I 
^terminerai 
les combats 
nation sera | 
de la terre, 
captifs du 

nte pièces 

i allait avec 
souffrances 
lonneraient 
tous scan- 
t les brebis | 

îve-toi sur 
lit Jéhova-I 
et j'éten-| 

de clous, 
lieu de tes 1 
e ceux qui 

ance, ainsi 
la mort et 
us , avant 



cce rex tuus j 
îm et super 
1 de Jernsa- 
estas t'jus à 
lue, In ssn- 

istris, all'erlii 
îain tiiginta 
Rcorum ])re- 
ojeci illos in 



viiumcnliii'- 
rcnlur ovt's: 

iim tuaruin ' 



M av. l'ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 105 

« Et je répandrai sur la maison de David et sur les habitants de 
Jérusalem l'esprit de grâce et de prière. Ils jetteront les yeux sur 
tnoi, qu'ils ont transpercé ; ils le pleureront comme on pleure un 
JBls unique ; ils s'affligeront sur lui comme on s'afflige à la mort d'un 
premier-né. En ce jour-la il y aura un grand deuil dans Jérusalem, 
[;omme le deuil d'Adadremmon dans la plaine de Mageddon ( à la 
(loi't du saint roi Josias) *. » 

Une perspective magnifique des derniers temps s'ouvre à ce 
^'oyant : 

« 11 y aura un jour, connu de Jéhova, qui ne sera ni jour ni nuit; 
k sur le soir paraîtra la lumière. Et en ce jour-là, il sortira des eaux 
jives de Jérusalem : la moitié vers la mer d'orient, la moitié vers la 
la mer la plus reculée, et elles couleront été et hiver. Jéhova sera 
loi (le toute la terre ; en ce jour, Jéhova sera l'unique , et son nom 
7n2, » 

Le prophète Abdias, dont on ne sait pas l'époque précise, annonce 
tiu peuple d'Édom sa ruine totale, parce qu'il s'est réjoui des mal- 
[leursde son frère Jacob. Lorsque les étrangers entraient à Jérusalem 
pour s'en partager les dépouilles et traîner ses habitants en capti- 
[ité, les Iduméens faisaient cause commune avec les étrangers; au lieu 
fle sauver leurs frères d'Israël , ils se tenaient sur les chemins pour 
Juer ceux qui cherchaient à s'enfuir. Aussi leur sera-t-il fait comme 
lisent fait aux autres. Il ne demeurera pas un vestige de la maison 
l'Ésaû. Mais le salut se trouvera sur la montagne de Sion et elle sera 
[ainte; et la maison de Jacob possédera ceux qui l'avaient possédée. 
Et des sauveurs monteront sur la montagne de Sion, pour juger la 
hiontagne d'Esaû ; et à Jéhova sera l'empire ^. 

Darius, fils d'Hystaspes, mourut après avoir régné trente-six ans, 
^t pendant qu'il préparait une nouvelle expédition contre les Grecs. 
)ans la première , son armée avait éprouvé un grand échec à la ba- 
aille de Marathon. Son fils Xerxès lui succéda sur le trône , et il 
|)oursuivit avec ardeur les projets de son père. Il réduisit d'abord 

'Zach., 12, 10 et 11. El efl'undam super domuni David et super habltatores 
lerusaleni spiritum gratiœ et precuin ; et aspiclentjad me quem conftxerunt ; et 
llangent eum planctu quasi super unigenituni, et doiebunt super eum, ut doleri 
lolbt in morte primngenlti. In die illi\ magnus erit planctus in Jérusalem, sicut 
pncliis Adadremmon in cainpo Mageddon. 

- Ihid., 14, 7-9. Et erit dies una, qu^e nota est Domino, non dies neque no\; et 
|n tempore \esperi erit lux. Et erll 1 . ,'") illû, exibunt nquœ vivœ de Jérusalem : 
|nodium eartim ad mare orientale, et ni' Jium earum ad mare novissimum; in 
> late et in hyeme erunt. Et erit Dominus rex super omnem terram ; in die lilâ 
élit Dominus unus, et erit nomen ejus unum. 

'Abdias. 



é 



in« HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv. XIX. — De «1 

yple qui s'étail révoltée, et en donna le gouvernement à sorl 



l'Eg 



li2av. l'ôrfichr.] 

iijpts : Arlabane, 
depuis longtcm 
engagea dans se 
fit pntrer dans 1 

iiiiée do son règr 
Xerxès n'était j 

lis en colère coni 

in conseil d'état, 
'luie, de reconnu 
vis de son onck 
illers. Ce fut au 



frère Achémènes, Ensuite, selon la prophétie de Daniel, il soulevai 
par sa puissance et par ses grandes richesses, tout le monde aloj 
connu, l'Asie, l'Afrique et l'Europe, contre le royaume de Javan oii 
desGrecs. Tout l'Orient marchait sous ses ordres, tout l'Occident sous 
œux d'Hamilcai', général des Carthaginois , lesquels, ayant fait avJ 
Xerxès un traité d'alliance, lui amenèrent une armée de trois cem 
mille Africains, Espagnols, Gaulois et Italiens. Les Macédoniens 
mêmes lui envoyèrent des troupes ; la Phénicie et l'Egypte lui four. 
nirent des vaisseaux. Enfin, au témoignage d'Hérodote, d'Isocrateeti 

de Plutarque, les forces de terre et de mer que ce monarque ameni^ 

d'Asie allaient à deux millions trois cent dix-sept mille six cent diW"'^"* ^*^" expéd 

hommes. Et après qu'il fut entré en Europe, les peuples en deçà èP ""*^ *^"^' '^ ^"* ^ 

l'Hellespont qui se soumirent à lui, les augmentèrent encore de troi 

cent mille hommes , et sa flotte de deux cent vingt vaisseaux, qj 

portaient vingt-quatre mille hommes : en sorte qu'en arrivant aus 

Thermopyles, ses troupes de terre et de mer faisaient ensemble 

nombre de deux millions six cent quarante-un mille six cent dis 

hommes, sans compter les valets, les eunuques, les femmes, les vi 

vandiers et u atres gens de cette sorte qui montaient à un nombre égal 

par où il parait que le total des p. sennes qui suivirent Xerxès dans 

cette expédition,' était de cinq millions deux cent quatre-vingt-trois 

mille deux cent vingt ^ » 

Dans ce nombre était un corps de Juifs : Josèphe le montre par 
ancien poète grec 2 : la chose est d'ailleurs toute naturelle. Partout 
sur son passage, Xerxès mettait le feu aux temples d'idoles , par I 
raison que c'était une impiété de prétendre enfermer la Divinité en 
tre des murailles, tandis que l'univers entier est son temple. Il cii 
agissait ainsi, à la persuasion des mages qui l'accompagnaient , «1 
particulier d'Ostanes, leur chef, qui enseignait que la forme de Dieu 
est invisible, et qu'il est assisté des anges '•*. 

Tout le monde connaît l'issue de cette gigantesque expédition. 
L'armée navale fut battue h Salamine, par Thémistocle ; l'arnit-c è 
terre, arrêtée d'abord quelque temps aux Thermopyles par Léonidiis, 
fut défaite à Platée, par Pausanias et Aristide ; celle des Carthagi 
noisdétruite,et leur général tué, par Gélon,roi de Sicile. De retowi 
Suse, Xerxès renonça à tout projet de guerre et de conquête, se li- 
vrant au luxe et à la mollesse , et ne songeant plus qu'à ses plaisirs 
VMte manière de vivre lui attira bientôt hi haine et le mépris de ses 



1 Hcrod., 1, T.Isoc, in Panât. l'Iut., in Thcmist. — - Josèphe., ConJm Apï 
1,1. — -'CinT./;!' Icfi., 1. ?, n. 10. IMin , I. W, c. 1 ol ?.S. Cyprlcn. Dcidol vanil 



lier de verser dei 

répondit qu'il 1 

s hiiinaines, pu 

[as un seul dans ( 

L'Hyrcanien Ai 

l'taxerxès, troisi 

1ère, et en charg 

onter sur le trê 

assurer de la c( 

qu'ainsi il ne p 

Itait encore fort j 

lutre examen, s( 

'ère, qu'il égorg 

Hystaspes, seci 

uronne après 

laotriane, dont i 

'ôiio, dans le de 

irrné un parti as 

urité dont il aval 

les. H avait d'ail! 

levés aux i)rem 

nettait était prii 

[ieux. Mais pend 

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(i'urs, travailla i 

rahison. Sa moi 

i 'ependnnt, pour 

ii' sanj^^laiitos ha 

\i'tax('i'xès pii 



ii2 av. l'( rfi chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 107 

ijpts : Ai'labane, Ilyrcanien de naissance , capitaine de ses gardes, 
depuis longtemps nn de ses premiers favoris, conspira c ntre lui. 
engagea dans son parti Mithridate, un des eunuques du palais, qui 
fit entrer dans la cliambn; du roi : il le massacra la vingt-unième 
niée de son règne, dans le temps qu'il dormait. 
Xerxès n'était point au fond d'un mauvais naturel. S'étant un jour 
isen colère contre un de ses oncles, qui seul l'avait contredit dans 
a conseil d'état, il n'eut point de peine , quand la réflexion lui fut 
nue, de reconnaître publiquement son tort et même d'embrasser 
vis de son oncle, le plus sage au fait, malgré tous les autres con- 
illfirs. Ce fut au môme qu'il confia le gouvernement de l'empire, 
jUrant son expédition en Grèce. Une autre fois, lorsque du haut 
[une tour il eut considéré son innombrable armée, il ne put s'empê- 
iier de verser des larmes. Son oncle lui en ayant demandé le sujet, 
répondit qu'il n'avait pu refuser des pleurs à l'instabilité des cho- 
s humaines, puisque de tant de milliers d'hommes il n'en resterait 
las un seul dans cent ans. 

L'Hyrcanien Artabane, son favori, l'ayant donc tué , alla trouver 
rtaxerxès, troisième fils de Xerxès, lui apprit le meurtre de son 
ère, et en chargea Darius , son frère aîné , comme si le désir de 
onter sur le trône l'eut porté à v^ parricide. Il ajouta que , pour 
assurer de la couronne, Darius avait dessein de se défaire de lui, 

qu'ainsi il ne pouvait trop se tenir sur ses gardes. Artaxerxès, qui 
|tait encore fort jeune, ajouta foi aux discours d' Artabane, et, sans 
utre examen, se rendit sur-le-champ dans l'appartement de son 
ère, qu'il égorgea, soutenu par Artabane et par ses gardes. 

llystaspes, second fils de Xerxès, était celui à qui appartenait la 

oiu'onne après Darius ; mais comme il se trouvait alors dans la 

laotriane, dont il était gouverneur , Artabane mit Artaxerxès sur le 

ône, dans le dessein de ne le laisser jouir qut; jusqu'à ce qu'il eût 

inné un parti assez fort pour s'en emparer lui-même. La grande au- 

Jiji'ité dont il avait joui lui avait acquis un grand nombre de créatu- 

cs. Il avait d'ailleurs sept fils, tous pleins de force et de courage, et 

levés aux premières dignités de l'empire. Le secours qu'il s'en pro- 

ncttait était principalement ce (jui lui avait inspiré ce dessein ambi- 

ii'ux. Mais pendant qu'il se hâtait de l'amener à sa fin , Artaxerxès, 

|i:i avait été informé du complot par Mégabyze, époux d'une de ses 

fiiiirs, travailla à le prévenir, et le tua avaîit qu'il eut pu exécuter sa 

|i'iihison. Sa mort assura la possession du royaume à Artaxerxès. 

ïcntMidant, pour en devenir le seul possesseur, ilfalUit encore livrer 

' sanj^'lantes batailles et aux lils d'Artabane et au parti d'Hystaspes. 

Artaxerxès passait pour le )»lus bel homme de son temps ; mais 



.'■fM 



1 I 

3 



**•* HISTOIRE UNIVERSELLE fLiv. XIX. - De 

ce qui le distinguait encore plus avantageusement, c'était la généroJ 
de son caractère. Les Grecs lui ont donné le surnom de Macrockl 
ou longue main, parce que ses mains étaient d'une longueur extrao] 
dinaire. Dans l'Écriture il est appelé tantôt Assuérus, tantôt 
taxerxès. 

Pour empêcher qu'il ne s'élevât des troubles uans ses états, il dj 
posa tous les gouverneurs des villes et des provinces qu'il soupJ 
nait d'avoir eu quelque liaison avec l'un oul'autre des partis qu'il v] 
nait de détruire, et leur en substitua d'autres auxquels il avait uJ 
entière confiance. II s'appliqua ensuite à réformer les abus et il 
désordres qui s'étaient glissés dans le gouvernement: ce qui lui a] 
quitune grande réputation et lui gagna le cœur de ses sujets da 
toutes les provinces de son empire i. 

La troisième année de son règne, se voyant tranquille possesseJ 
de toute la monarchie de Perse, il donna aux grands de son empi) 
un festin qui dura cent quatre-vingts jours. Encore dans les terni 
modernes, au rapport d'un témoin oculaire, il est d'usage en PpI 
de faire des festins annuels qui durent juste aussi longtemps 2. Apri, 
cette fête de cour, suivit un festin de sept jours qu'il donna à tout] 
peuple de Suse dans les jardins tiu palais. A l'ombre de tentures! 
diverses couleurs, suspendues par des anneaux d'argent à desw 
lonnes de marbre, reposaient des convives sans nombre, àquil'J 
servait le vin du roi dans des vases d'or. La diversité des vins laiss] 
à chacun le choix. Du reste, nul ne contraignait à boire ceux quil- 
le voulaient pas ; liberté qu'on n'avait pas toujours chez les ancien] 
car la coutume obligeait à boire autant que le roi du festin loi 
donnait. 

La reine Vasthi donnait en même temps une fête aux femme 
dans le palais. 

Le septième jour, Artaxerxès, ivre de vin, de jeunesse et oe puiJ 
sance, eut la pensée peu décente de faire venir la reine Vasthi, poî 
que tous les grands et le peuple admirassent sa beauté ; et afin i 
donner à ce caprice, qui, dans les mœurs de l'Orient, choquait touk, 
les convenances, une couleur de bienséance, il envoya sept chaDil 
bellans pour l'amener du palais. f 

Mais elle, soit orgueil, soit modestie, se refusa à l'invitation durj 
et ne parut point. Celui-ci, échauffé par le vin, confondu à la vu, 
des grands et du peuple, s'enflamma de colère, mais cependant cot| 
sulta les principaux seigneurs et les sages qui connaissaient les 

' Plutarch., in Artax. Ctes., c. 31. Diodor., 1. 11. - « Le docteur Fryer, le( 
5., p. 348. lia vécu dans le pays de 1672 à 1681. 



M2 av. l'èie chr. 



leur Fryer, leii ■! 



L2av.rèiechr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 109 

eniies lois, de quelle manière il y aurait à punir la désobéissance 

1 son épouse, qui méprisait ainsi l'ordre qui lui avait été donné. 

Alors Mamucham représenta au roi que la reine avait manqué 

nn-seulementàlui, mais encore, par son exemple, à tous les grands 

1 à tous les peuples de son empire ; et sur la proposition de cet 

bmme, Vasthi fut disgraciée, et sa chute notifiée à tous les peuples 

br un édit du roi expédié dans toutes les langues, et qui enjoignait 

hx femmes le respect envers leurs maris *. 

Cependant, lorsque le courroux du jeune roi se fut apaisé, l'image 

;la belle Vasthi reprenait son empire. Peut-être que ce refus, traité 

)rd d'orgueil, ne paraissait plus que l'effet de la pudeur. Mais 

[après la constitution des Perses et des Mèdes, l'édit qui l'avait 

isgi-aciée était irrévocable. Il en eut du chagrin. Aussitôt les cour- 

jsans, qui observent chaque fantaisie du maître, comme le naviga- 

lur observe le vent, pour y échapper, ou pour en profiter, lui per- 

liadèrent d'envoyer dans tous les pays de sa domination, afin de 

lire venir les vierges les plus belles, et d'élever à la place de Vasthi, 

plie qui lui plairait davantage. 

Le roi ne savait point combien il était près de celle qu'il faisait 
Ucher dans toute l'Asie, et que Dieu avait destinée pour que tout 
Iraël trouvât en elle un puissant auxiliaire contre ses ennemis. 
A Suse vivait un Israélite, Mardochée, de la tribu de Benjamin, 
ont Cis, le bisaïeul, avait été emmené captif à Babylone par Nabu- 
hodonosor, avec Jéchonias, roi de Juda. Cet homme avait adopté et 
levé dans sa maison la fdle d'Abihaïl, son oncle, Édissa ou Esther, 
[rpheline de père et de mère. 

Esther, vierge d'une rare beauté, n'échappa point aux regards des 
nissaires d'Assuérus. De la maison de son père adoptif, elle fut 
oiidiiite à Egée, grand chambellan des femmes du roi. Elle plut à 
fgée, qui hi pourvut d'ornements, lui donna sept compagnes choisies, 
tluiassignala partie la plus belle du palais. Mais elle ne lui dit point 
le quelle famille ni de quel peuple elle était ; car ainsi l'avait or- 
lonné Mardochée, qui se promenait chaque jour devant la cour des 
pmmes, pour avoir dos nouvelles de sa chère pupille et voir ce qu'il 
li arriverait. 

Quand vint le temps où elle devait être présentée au roi, elle ne 

lenianda aucune parure ; mais le grand chambellan en eut d'autant 

llus de soin. Et elle gagnait le cœur de tous ceux qui la voyaient. 

Le dixième mois de la septième année de son règne, le roi l'éleva 

jiir toutes ses femmes, lui mit le diadème royal sur la tête, et la 

Estlier, 1. 



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**" HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv. XIX. - De 

nomma reine. Il donna un splendide festin à ses grands, fit des pr^ 
sents magnifiques, accorda des soulagements à toutes ses provinej 
afin que tous ses sujets prissent part à sa joie. 

Esther n'avait encore découvert au roi ni sa famille, ni son peiiplj 
car, dit l'Ecriture, Esther obéissait à la parole de Mardochée, deniéii 
que lorsqu'elle était élevée chez lui. 

Comme Mardochée continuait à fréquenter le palais du roi, il| 
arriva de découvrir une conspiration que tramaient deux otiiciors( 
la cour contre la vie d'Artaxerxès. 11 se hâta d'en avertir Estliti 
qui, au nom de Mardochée, en avertit le roi. Il y eut une infonj 
tien : les deux courtisans furent trouvés coupables et pendus, otj 
événement fut consigné dans les annales du royaume K 
} Au commencement de cette même septième année, où le roi affij 
tionna Esther par-dessus toutes ses femmes et la déclara reine, l 
avait rendu une ordonnance très-favorable aux Israélites. Il accol 
dait, tant aux prêtres et aux lévites qu'aux autres personnes dei 
peuple dispersées dans son empire, une permission solennelle, soJ 
son sceau et les sceaux des sept princes du royaume, de retouij 
auprès de leurs frères en Judée. ] 

Cette ordonhance , due vraisemblablement à l'infiuence sccrèj 
d'Esther, était conçue en ces termes : 

« 1 Artaxerxès, roi des rois, à Esdras, prêtre, très-sage docteurd 
la loi du Dieu du ciel, salut : 

« Il a été décrété par moi que tous ceux démon royaume quisnii 
du peuple d'Israël, et de ses prêtres, et de ses lévites, à qui il plaij 
de monter à Jérusalem, aillent avec toi ; car tu es envoyé de pari 
roi et ses sept conseillers, afin que tu visites la Judée et JérusaleJ 
selon la loi de ton Dieu qui est en ta main, et que tu portes I'oim 
l'argent que le roi et ses conseillers ont offerts d'eux-mêmes au Dii 
d'Israël, dont le tabernach est à Jérusalem. 

« Accepte également tout l'or et l'argent que tu trouveras dm 
toute la province de Babylone, que le peuple voudra ofl'rir, et cam 
les prêtn-s ont offert volontairement à la maison de leur Dieu, J 



1 142 av. l'ère chr. 



' Esther, 2. 

« Esdras. 7, 12-16. Artaxerxès, rex regum, Esdraa, sacerdoli, scrlbœ lecisUi 
cœh docussimo, salutem. A me decretum est, ut cuicuinque placuerit in rei 
meo de populo Israël, et de sacerdotibus ejus, et de Icvitis, ire in Jenisa J 
tccum vadat; à facie enim régis et septem consiliatoniin ej.is niissus es, ut vl J 
Juda-am et Jérusalem in lejre De: tui, qu.e est in manu tua ; et ut feras inJ 
tum et aurum, quod rex et consiiiatores ejus spontè obtuierunt Deo Israël, cuj 
in Jcnisalem tabernaculuni est. 

Et omneargentum et aurum quodcumque inveneris in universà provincià iJ 



, 142 av. l'ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. lU 

kt à Jérusalem. Achète aussitôt, avec cet argent, des veaux, des 
jnoutons, des agneaux, avec leurs sucritices et leurs libations, et of- 
fre-les sur l'autel du temple de ton Dieu, qui est à Jérusalem. Mais 
lussi, s'il te plait, à toi et à tes frères, de disposer du reste de l'or et 
[le l'argent, faites-le selon la volonté de votre Dieu. 

« Les vases qui te sont donnés pour le service de la maison de ton 
)ieu, place-les aussi en la présence de Dieu, à Jérusalem. Le surplus 
|e ce qu'il faudra dans la maison de ton Dieu, quelque considérable 
|jue cela puisse être, sera donné du trésor et de l'épargne du roi. 

« Moi, Artaxerxès, roi, j'ordonne et je commande à tous les gardes 
h trésor public qui sont au delà du fleuve, que tout ce qn'Esdras, 
brêtre, scribe de la loi du Dieu du ciel, vous demandera, lui soit donné 
|ans retard, jusqu'à cent talents d'argent, et jusqu'à cent muids de 
lioment, et jusqu'à cent tonneaux de vin, et jusqu'à cent barils 
d'huile, et du sel sans mesure. Que tout ce qui appartient au service 
iu Dieu du ciel, se fasse à la maison du Dieu du ciel avec grand soin, 
de peur qu'il ne s'irrite contre l'empire du roi et de ses tils. Nous 
j'ous faisons savoir aussi, par rapport aux prêtres, aux lévites, à tous 
|es chantres ou portiers, aux Nathinéens et ministres de cette maison 
[le Dieu, que vous n'avez le pouvoir d'imposer sur eux ni impôts, ni 
tributs, nirevenus annuels. 

« Et toi, Esdras, selon la sagesse de ton Dieu, qui est en ta main, 
ttablis des juges et des présidents pour juger tout le peuple qui est 



[lylonis, et populus offerte voluerit, et de sacerdotibus quœ spontè obtulerint do- 
iiui Dei sui, quœ est in Jérusalem, libéré accipe ; et studiosè eme de hàc pecunià 
|ituio8, arietes, agnos et sacrificia et libamina eorum, et oll'er ea super altare 
lempli Dei veslri, quod est in Jérusalem. Sed et si quid tibi et Jatribus tuis 
placuerit de reliquo argento et auro, ut faciatis, juxta volur \lem Dei vestri 
lacite. 

Vasa quoque, quœ dantur tibi in rainisterium domûs Dei tui, trade in cons- 
beclu Dei in Jérusalem. Sed et cœtera, qulbus opus fuerit in donumi Dei tui, 
puantumcumque necesse est ut expendas, dabllur de thesaiiro et de lisco régis. 

Et à me : Ego, Artaxerxès, rex, statui atque decrevi omnibus custodibus arcœ 
bublicœ, qui sunt trans flumen, ut quodcumque petieril à vobis Esdras, sacerdos, 
Icriba legis Dei cœli, absque morà detis, usque ad argenti taleuta centum, et 
jisque ad frumenti coros centum, et usque ad vini batos centum, et usque ad 
batoa olei centum, sal verù absque mensurà. Omne quod ad ritum Dei cœli pcr- 
linet, tribuatur diligenter in domo Dei cœli, ne forte irascatur contra regnum 
régis et tlliorum ejus. Vobis quoque notum facimus de universis sacerdotibus, 
fet levitis, et cantoribus, et janitoribus, Nalliinœis, et niinislris domùs Dei liti- 
|us, ut vectigal, et tributum, et annonas, non liabeatis potestatem imponcndl 
)"Pi;r COS. 

fu autuni, Ksdra, secundùm sapientiam Del tui, qu;r est in manu tua, coiii^li- 
lue judices et prœsides, ut judicent oumi populo qui est trans llumen, his videllcet 



i 



* ' 2 HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv. XIX. - De &iflà m av. l'èie chr 

au delà du fleuve, ceux qui connaissent la loi de ton Dieu, et ensei. 



},'iiez ceux qui l'ignorent. Et quiconque n'observera point la loi de ton 
Dieu, et la loi du roi avec soin, sera condamné à mort ou à l'exil, oi 
à la contiscation de ses biens, ou à la prison. » 

Chose bien digne de remarque ! Tandis que les Perses s'attacheii! 
à détruire les temples idolâtres de Babylone, de l'Egypte, de la Grèct 
leurs plus grands rois, un Cyrus, un Darius, un Artaxerxès, s'atta- 
chent à rebâtir, à orner le temple de Jérusalem, à y faire adorer It 
Dieu du ciel, à y offrir des sacrifices pour eux et pour leurs enfants 

Les Nathinéens ou Oblats étaient des peuples vaincus, tels que le] 
(iabaonites, que les chefs d'Israël avaient dévoués au service matt 
riel du temple. 

Esdras descendait de Saraïas, grand prêtre lors de la destructiu, 
de Jérusalem par Nabuchodonosor, et qui fut tué sur l'ordre de J 
prince. 

De Babylone, où l'ordonnance paraît avoir été rendue, Esdras s'a, 
vança sur le bord du Heuve et fit la revue de la troupe qui l'accompa 
gnait. Il s'y trouva dos chefs de familles sacerdotales, mais point è 
lévites ni d'autres ministres inférieurs du temple. Il envoya dans „. 
lieu où il y avait des uns et des autres, et plusieurs vinrent le rejoliv 
dre dans l'espace de huit jours. Alors il clioisit douze princes des prj 
très, auxquels il remit en dépôt l'or, l'argent et les vases précieui 
(pi'il avait reçus en don tant du roi et de ses conseillers que des en- 
fants d'Israël. Outre cent vases d'argent et vingt coupes d'or, il y avait 
SIX cent cinquante talents d'argent monnayé et cent talents d'or; et 
qui fait, le talent de la première espèce à 4,807 francs et à peu près| 
10 centimes, le talent d'or à 08,870 francs et 35 centimes, un mû 
de 10,0 11 ,050 francs, somme assurément considérable et qui pouvait| 
fort bien tenter la cupidité des Arabes et autres voleurs dans les de 
serts de Syrie qu'il fallait traverser. Aussi publia-t-il un jeûne poiii 
demander à Dieu un heureux voyage. Il eût sans doute pu obteii 
du roi une escorte; mais il eut honte de lui en demander une aprè 
lui avoir dit : La main de notre Dieu est en bien sur tous ceux quij 
le cherchent, mais sa force et sa fureur tiur tous oeux qui l'abandon 
nent. Sa confiance en Dieu ne fut poir;! Iroiupéo. Par sa piotectioi 
ils arrivèrent heureusement à Jérusalem. Lor, l'argent, les vases fii 
rent portés au temple, et les enfants de la transmigration offrirent des 

qui noverunt legem Dei lui, sed et imperitos docete libéré. Et oinnis qui ml 
lecerit legem Dei tul, et legem régis diligenter, judicium erit de eo, sive io 
mincm, sive in exilium, sive in condcmnationem substantiae ejus, vel ccitè iil 
<^^iccrem. 



holocaustes au 
jtre-vingt-seize i 
If3 péché ; toute 

« En même 1 
ses lieutenants 
vorisèrent beai 

Ainsi se rétal 
niais un détestf 
Esdras que de 
js'étaient mêlés 
dans cette abc 
l'exemple. 

« Lorsque j'( 
teau, ma robe, 
et je m'assis dî 

Tous ceux qi 
de lui; mais il 
soir. Alors il to 
Dieu, et répan( 

Pendant qu'i 
et pleurant, u 
d'enfants se réi 
lions. 

Alors Séché 
des autres qu'il 
posa de faire a 
mes étrangèrei 
charger de l'e: 
serment aux p 
d'Israël, qu'ils 

A cet effet, 
de Juda et de 
dans trois jouri 
le peuple s'ass( 
de la maison d 
les pluies. 

« Alors le p 
grièvement, vo 
avez ajouté au ] 
le Dieu de vos 

' Ksdr., 8. — •■ 
m. 



|àll2av. l'èicchr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. ' 113 

Iholocaustes au Dieu d'Israël : douze veaux pour tout le peuple, qua- 

[tre-vingt-seize moutons, soixante-dix-sept agneaux, douze boucs pour 

Ile péché ; toutes ces choses en holocauste à Jéhova. 

« En même temps ils donnèrent les édits du roi à ses satrapes et à 

Ises lieutenants au delà du fleuve ; lesquels exaltèrent, c'est-à-dire fa- 

Ivorisèrent beaucoup le peuple et la maison de Dieu *. » 

Ainsi se rétablissaient de plu en plus le repos et l'ordre extérieurs; 

liuals un détestable abus s'était glissé en Israël. Les anciens avertirent 

[Esdras que des Israélites, des lévites même, et jusqu'à des prêtres 

js'étaient mêlés aux peuples de Chanaan par des mariages, et que, 

|(lans cette abomination, les chefs de la nation leur avaient donné 
l'exemple. 
u Lorsque j'entendis celte parole, dit Esdras, je déchirai mon raan- 

lleiiu, ma robe, et j'arrachai les cheveux de ma têLe et de ma barbe, 

jet je m'assis dans la tristesse. » 

Tous ceux qui craignaient la parole de Dieu s'assemblèrent autour 

jde lui; mais il demeura assis dans sa tristesse jusqu'au sacritice du 
soir. Alors il tomba à genoux, étendit ses mains vers le Seigneur, son 

[Dieu, et répandit son âme en une humble prière '^. 

Pendant qu'il était ainsi prosterné devant la maison de Dieu, priant 

jet pleurant, une foule très-considérabie d'hommes, de femmes et 
d'enfants se réunit auprès de lui et pleura avec de grandes lamenta- 

j lions. 

Alors Séchénias, fils de Jéhiel, prit la parole et confessa au nom 

I des autres qu'ils avaient péché contre Dieu ; en même temps il pro- 
posa de faire alliance avec le Seigneur pour renvoyer toutes les fem- 
mes étrangères et ceux qui étaient nés d'elles, et pria Esdras de se 
charger de l'exécution de cette affaire. Celui-ci se leva et fit prêter 

I serment aux princes des prêtres et des lévites, ainsi qu'à tous ceux 

I d'Israël, qu'ils en agiraient selon cette parole. 

A cet effet, il convoqua en assemblée nationale tous les houunes 
de Juda et de Benjamin, sous peine, contre qui ne paraîtrait point 
dans trois jours, de perdre, avec tous ses biens, le droit de cité. Tout 
le peuple s'assembla un jour de très-mauvais temps et s'assit autour 
de la maison de Dieu, tremblant et pour la gravité de l'affaire et pour 
les pluies. 

« Alors le prêtre Esdras se leva et leur dit : Vous avez manqué 
grièvement, vous avez pris des femmes étrangères ; en sorte que vous 
avez ajouté au péché d'iVraël. Maintenant donc rendez gloires à Jéhova, 
le Dieu de vos pères, et faites ce qui lui est agréable. Séparez-vous 



' Esdr., 8. — ■! Ibid., 9. 
ni. 



114 



HISTOIRE UNIVERSELLE 



[Liv. XIX. — De 53) 
d<3s peuples de cette tem; «.>t des Icinnu s étrangères. Et toute l'asseni. 
blée répondit à haute voix : Qu'il soit fait comme vous venez de nous 
dire. » Mais on même temps ils lui représentèrent que ce ne serait pas 
l'affaire d'un jour ni de deux; qu'il fallait donc charger les princesdii 
peuple, en leur adjoignant les ancitns et les juges de chaque ville, df 
terminer cette grande atïaire. Ce qui fut fait *. 

Pendant qu'Esdras travaillait ainsi à la restauration de l'État et d^ 
l'Eglise en Judée, il s'éleva dans Suse, contre les Israélites répandu» 
dans l'empire des Perses, un orage terrible qui allait les exterminer 
■ ous le même jour ; mais Dieu, par la main d'une femme, le détourna 
sur la tête de celui qui en était l'auteur. 

Aman, Macédonien par son père ou par sa mère , et descendan, 
des anciens rois d'Amaîec , nommés Agag , était parvenu à la plus 
haute faveur d'Artaxerxès et par là même à la plus haute puissance 
Élevé au-dessus aes princes, il recevait de toute la cour les homma 
ges de la plus profonde soumission. Tous fléchissaient les genoux dfr 
\..i.'!ui, car ainsi l'avait ordonné le roi. 

Le seul Mardochée ne le faisait point, les Hébreux s'inclinaieiil 
profondément, par respect, devant les hommes, mais ils ne fléchis- 
saient les genoux que devant Dieu seul. C'est à cet hommage reli 
gieux que se refusait Mardochée , connne l'indique le texte original 
On l'avertit plus d'une fois; mais il persista, répondant qu'il étai 
Juif. Les courtisans l'accusèrent alors près d'Aman. Trop fier pourse 
venger sur un seii, Aman résolut d'exterminer la nation entière des 
Juifs, que d'ailleurs il haïssait déjà comme Amalécite, et dont la re- 
ligion détournait Mardochée de rendre à un mortel des honneurs 
surhumains. Une autre cause do sa liaine, c'est (|ue Mardochée avail 
découvert la conspiration dos doux eunuques qui voulaient tuer le roi, 
Comme l'entreprise était grande , il eut recours à l.i pratique s • 
perstitiousc dos sorts, pour savoir quelle époque favoriserait l'exécu- 
tion de son plan. La douzième année du règne d'Artaxerxès, le pre- 
mier mois , Aman fit jeter le sort en sa présence , et il tomba sur le 
douzième mois , nonnné adar. 

n Alors Aman, sans nonmier les Juifs, parla ainsi au roi: « Il est un 
peuple dispersé et c visé entre les peuples dans toutes les province» 
de votre empire ; gens qui ont des lois différentes de colles de tous 
les autres peuple»^, et qui ne comptent pour rien les ordonnances du 
roi ; il n'est i>as do l'intérêt du roi do Ks laisser ainsi. Ordonnez donc, 
s'il vou:i ;ila!l, (ju'il périsse, et jo payerai aux trésoriers do votre opai- 
gno dix luiile talents d'argent , » c'est-à-dji-o plus il' quarante uiil- 

' Esdr., Kl. 



à H2 av. l'ère chi 



' Ksther, 3. — 



à H2 av. l'ère chr.] DE L'ËGLISË CATHOLIQUE. f j 5 

lions de notre monnaie. Le roi tira de son doigt l'anneau dont il avait 
coutume de se servir pour cacheter ses ordres, et le donna au favori 
en disant : « Garde pour toi l'argent que tu m'offres , et fais de ce 
peuple ce que tu voudras *. » 

En conséquence , le treizième jour du premier mois, Aman fit 
écrire, au nom d'Artaxerxès, les lettres suivantes : 

« Artaxerxès, le grand roi, depuis les Indes jusqu'à l'Ethiopie, aux 
princes et aux gouverneurs des cent vingt-sept provinces, soumis à 
son empire, salut : 

«Quoique je commandasse à tant de nations etque j't 'sse soumis 
tout l'univers à mon empire, je n'ai pas voulu abuser de la grandeur 
de ma puissance, mais gouverner mes sujets avec clémence et avec 
douceur, afin que, passant leur vie tranquillement et sans aucune 
crainte, ils jouissent de la paix que souhaitent tous les hommes. Ayant 
donc demandé à ceux de mon conseil de quelle manière je pourrais 
accomplir ce dessein, l'un d'eux, nommé Aman, élevé par sa sagesse 
et par sa fidélité au-dessus des autres, et le second après le roi, m'a 
donné avis qu'il est un peuple dispersé dans ♦oute la terre, qui se 
conduit par des lois nouvelles, et qui, s'opposant aux coutumes des 
autres nations, méprise le commandement des rois, et trouble, par 
la contrariété de ses sentiments, la paix et l'union de tous les peu- 
ples du monde. Ce qu'ayant appris, et voyant qu'une seule nation se 
révolte contre tout le genre humain, suit des lois perverses, contre- 
vient à nos ordonnances, et trouble la paix et la concorde des pro- 
vinces qui nous sont soumises, nous avons ordonné que tous ceux 
qu'Aman, qui a l'intendance sur toutes les provinces, qui est le se- 
cond après le roi, et que nous honorons comme notre père , aura 
désignes, soient tués par leurs ennemis, avec leurs femmes et leurs 
enfants, le quatorzième jour d'adar, douzième mois de cette année, 
sans que personne en ait aucune compassion, afin que ces scélérats 
descendant tous en un mémo jour dans les enfers , rendent à notre 
empire lu paix qu'ils avaient troublée 2. » 

Ces lettres, rédigées dans toutes les langues du royaume et scellées 
du sceau du roi, furent envoyées par des courriers publics dans tou- 
tes les provinces. 

Voilà connue, sans plus d'enquête, un moiuirque, d'ailleurs géné- 
reux, immolait à l'orgueil irrité d'un favori des millions de sujets 
iiuioccnls. Le massacre devait conunencer le treize et durer jusqu'au 
(|uat(>i'ze. Pendant que ce cruel édit s'affichait dans Suse, le roi et 
^on favori célébraient un festin. 



' Ksther, 3. — * Ibid., Vulg,, i;J. Grec, 3. 



'i 




I 



116 



HISTOIRE UNIVERSELLE 



[Liv. XIX. — De i3$ ■ ,•, ,^i^i av. Vive cl 



Toute la ville en fut dans le trouble, les Juifs dans les larmes. 
Mardochée déchira ses vêtements, se revêtit d'un sac, se couvrit la 1 
tête de cendre, passa au milieu de la ville, se lamentant à haute voix 
du malheur qui menaçait son peuple, et s'avança jusqu'à la porte 
du palais, où, attendu que les dieux de la terre ont coutume de fris- 
sonner à l'aspect du deuil, il ne lui était pas permis d'entrer. 

A mesure que l'édit du roi parvenait dans les provinces, les Juifs] 
s'y abandonnai'»'!! à l'affliction, aux jeûnes, aux cris et aux larmes, 
un grand nombre étant couchés dans le sac et la cendre. 

On vint dire à la reine que Mardochée était, ainsi vêtu, à la poite 
du palais, tile en fut consternée, et lui envoya des habits, mais il nt j 
les reçut point. Alors elle dépêcha un eunuque nour savoir la cause | 
de son affliction. Mardochée s'ouvrit à celui-ci et lui donna pour 
reine une copie de l'ordonnance royale, avec la commission de lui 1 
dire qu'elle devait aller trouver son époux afin d'intercéder pour son 
peuple. 

Mais elle fit répondre à son père adoptif, que, comme tout le monde 
savait, personne n'avait permission d'entrer chez le roi sans y ètiil 
appelé. L'infraction à cette étiquette était punie de mort, Pour elle, 
depuis trente jours déjà on ne l'avait point appelée. 

Mardochée répliqua qu'elle ne devait pas espérer, pour être dans i 
la maison du roi, qu'elle échapperait seule. Que si maintenant elle| 
demeurait dans l'inaction, la délivrance viendrait aux Juifs d'un au- 
tre côté ; elle, au contraire, périrait ainsi que la maison de son père, 
Qui sait, ajouta-t-il, si ce n'est pas pour cette circonstance que vous] 
êtes parvenue à la dignité royale ? 

Fortifiée par cette foi courageuse, Esther fit dire à son père adop- 
tif : « Allez, assemblez tous les Juifs que vous trouverez dans Suse, 
et jeûnez pour moi ; ne mangez et ne buvez ni jour ni nuit pendaiill 
trois jours, et je jeûnerai de même avec mes filles. Ensuite j'entrerai 
chez le roi, contre la loi (|ui le défend : et, s'il faut que je périsse, | 
je périrai. Mardochée alla et fit tout ce qu'Esther lui avait or- 
donné *. ») 

Tout Israël s'appliqua donc au jeûne et à la prière. 

Mardochée disait : Seigneur, Seigneur, roi tout-puissant , à (|iii 
tout est soumis, à la volonté de qui nul ne peut résister, si vous ave/ 1 
résolu de sauver Isi-aël, toutvous est connu, et vous savez que quand | 
e n'ai point adoré le superbe Aman, ce n'a été ni par orgueil, ni par 
mépris, ni par un secret désir de gloire ; car j'aurais volontiers baise 1 
les trares mêmes de ses pieds pour le salut d'Israël. Mais j'ai craiiil [ 

1 Eeihai-, 4. 



i Estii. Viilg., 



à m av. l'cic clir.l UE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 1 i T 

(le transférer à un homme l'honneur qui n'est dû qu'à mon Dieu, et 
d'adorer un autre que mon Dieu. Maintenant donc, ô Seigneur-Roi, 
ô Dieu d'Abraham ! ayez pitié de votre peuple, parce que nos enne- 
mis veulent nous perdre et exterminer votre héritage. Ne méprisez 
pas ce peuple qui est votre part, que vous vous êtes racheté de 
l'Egypte. Exaucez ma prière, soyez favorable à une nation dont vous 
avez fait votre partage. Changez, Seigneur, nos larmes en joie , afin 
que, vivant, nous célébrions votre nom, et ne fermez pas la bouche 
à ceux qui chantent vos louanges *. » 

De son côté, la reine, couchée sur la poussière et la cendre, s'é- 
criait du fond de son cœur oppressé : « Mon Seigneur , qui seul êtes 
notre roi, assistez-moi dans l'abandon où je suis, et n'ayant pour me 
secourir que vous seul. Mon péril est en mes mains. J'ai ente ndu de 
mon père, ô Seigneur ! que vous aviez pris Israël d'entre toutes les 
nations, et nos pères d'entre tous leurs ancêtres qui les avaient de- 
vancés, pour les posséder comme un héritage éternel, que vous leur 
avez fait selon votre parole. 

« Nous avons péché devant vous, et c'est pour cela que vous nous 
avez livrés entre les mains de nos ennemis : car nous avons adoré 
leurs dieux. Vous êtes juste. Seigneur. 

a Et maintenant il ne leur suffit point de nous opprimer par une 
(hir(> servitude ; mais, attribuant la force de leurs bras à la puis- 
sance de leurs idoles, ils veulent renverser vos promesses, extermi- 
ner votre héritage, fermer la bouche à ceux qui vous louent, et étein- 
dre la gloire de votre temple et de votre autel pour ouvrir la bouche 
des nations et glorifier lapuissance de leurs vaines idoles, et pour re- 
lever à jamais un roi de chair. 

« Seigneur, n'abandonnez point votre sceptre à ceux qui ne sont 
pas, pour qu'ils se rient de notre ruine ; mais faites retomber leurs 
(le: u'ins sur eu\ . et perdez celui qui a commencé d'exercer sa cruauté 
contre nous. Sonvcncz-vous, Soigneur, montrez-vous à nous dans le 
temps de notre tribulution, et donnez-moi de l'assurance, ô Seigneur, 
roi des dieux et de toute puissance. Mettez dans ma bouche des pa- 
roles convenables en la présence du lion, et transférez son cœur à la 
haine de notre ennemi, afin qu'il périsse lui-même avec tous ceux 
(jui conspirent avec lui. Nous, au contraire, délivrez-nous par votre 
main, et assistez-moi, Seigneur, moi délaissée et qui n'ai d'autre se- 
cotirs que vous. 

« Vous qui connaissez toutes choses , vous savez que je hais la 
gloire des injustes et que je déteste le lit des incirconcis et de t^ut 



i Kstli. Viilg., 18. Grec, 4. 



<18 HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv. XIX. - De 638 

étranger ; vous savez la nécessité où je me trouve ; vous savez qu'aux 
jours où je parais dans la magnificence et l'éclat, j'ai en abomina- 
tion la marque superbe de ma gloire que je porte sur ma tète, que 
je la déteste comme un linge souillé, et que je ne la porte point dans 
les jours de mon silence ; que je n'ai point mangé à la table d'Aman, 
ni pris plaisir au festin du roi, ni bu du vin des libations ; et que, 
depuis le temps où j'ai été amenée ici jusqu'à ce jour, jamais votre 
servante ne s'est réjouie qu'en vous seul, ô Seigneur, Dieu d'Abra- 
ham. Dieu puissant au-dessus de tous, écoutez la voix de ceux qui 
n'ont aucune espérance qu'en vous seul ; sauvez-nous delà main des 
méchants et délivrez-moi de ce que je crains *. » 

Le troisième jour, elle quitta ses habits de deuil, se para de tous 
ses ornements et entra dans le vestibule intérieur du palais. Le roi 
était assis sur son trône, le visage tourné contre la porte de la salle. 
La reine était accompagnée de deux filles, sur l'une desquelles elle 
s'appuyait, tandis que l'autre portait la queue de sa robe. Elle était 
florissante de beauté ; son visage respirait la grâce et l'aménité, ma;: 
son cœur était resserré par la crainte. 

Dans le premier moment qu'il Taperçut, il la regarda avec des i 
yeux étincelants de fureur ; elle tomba évanouie. Mais Dieu changea 
la colère du roi en clémence. Il se leva tout d'un coup de son trône, 
craignant pour la reine, et, la soutenant entre ses bras jusqu'à ce 
qu'elle fût revenue à elle, il la caressait en disant : Qu'avez-vous, 
Esther ? Je suis votre frère : ne craignez point. Vous ne mourrez point ; 
car cette loi n'a pas été faite pour vous, mais pour tous les autres. 
Elle baisa le sceptre d'or qu'il lui avait posé sur le cou, en signe de 
grAce, et il la l^iisa de scn côté, disant : Que voulez-vous, reine Es- 
ther ? que demandez-vous ? Quand vous me demanderiez la moitié 
de mon royaume, je vous la donnerais. Esther dit : S'il plaît au roi, 
que le roi daigne venir aujourd'hui avec Aman au festin que je lui ai 
préparé. Le roi commanda aussitôt d'avertir Aman qu'il eût à obéir 
à la volonté de la reine 2. 

Lors donc que le roi, avec Aman, fut chez la reine, et qu'il eut 
bu du vin, il répéta : Que demandez-vous, Esther? Et il vous sera 
donné. Que désirez-vous ï Fût-ce la moitié du royaume, vous l'au- 
rez. Esther le pria de vouloir bien revenir avec Aman au festin du 
jour suivant ; alors elle lui déclarerait ce qu'elle souhaitait. 

Après le festin, Aman sortit content et joyeux ; mais quand il aper- 
çutMardochée, qui ne lui rendait point hommage en la manière vou- 
lue, il fut outré de colère : toutefois il stî conlint et s'eii alla chez lui. 



Et Manl(tché< 



< Esther. VnlK., 1 i. «rec, i. - s Ibid., Vulg., 16. grec, 6. 



|m 442 av. l't re ihr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 119 

Arrivé à la maison, il fit assembler ses amis, avec sa femme Zarès, 
jse mit à parler de sa gloire et de ses richesses, du grand nombre de 
[ses enfants, de la puissance à laquelle le roi l'avait élevé au-dessus 
|(Ic tous les princes et de tous les grands ; comment lui seul avec le 
lioi avait mangé chez la reine, et de plus était encore invité avec le 
jioi pour le lendemain ; mais combien peu tout cela pouvait le satis- 
jtkire, tant qu'il verrait le Juif Mardochée assis à la porte du palais. 

Sa femme et ses amis ne furent pas en peine de conseil. Ils lui di- 
rent de faire '"esser une haute potence, de parler ie lendemain au 
■roi pour y faire pendre Mardochée et d'aller ensuite, joyeux, avec 
lliii au festin de la reine. Ce conseil plut à Aman, et il donna ordre 
|(le préparer une croix très-élevée *. 

Le roi passa la nuit sans dormir, et se fit lire les annales des an- 
nées précédentes. Le lecteur vint à un endroit où il était question des 
[deux eunuques, dont le complot contre sa vie avait été découvert et 
Idénonié par Mardochée. Artaxerxès demanda quelle récompense il 
[avait reçue pour cet acte de fidélité ; on lui répondit : Aucune ! 

Le matin, le roi apprit qu'Aman était dans le vestibule du palais. 

[Il était venu pour obtenir que Mardochée fût attaché à la potence 

[(|u'il lui avait préparée. Assuérus le fit venir aussitôt en sa présence 

nt lui demanda : Que doit-on faire k un homme que le roi désire ho- 

liiorer '? Aman disait dans son cœur : Qui le roi voudrait-il honorer, 

Isi cx'. n'est moi? 11 répondit donc : L'homme que le roi veut honorer 

Moif être revêtu des habits royaux dont le roi s'est déjà revêtu, et 

j)lacé sur un cheval que le roi a coutume de monter, et recevoir sur 

la tète le diadème royal ; et que le premier des princes et des grands 

(du roi prenne par la main ces habits et ce cheval, qu'il en revête 

l'homme que le roi veut honorer, qu'il conduise par les rues de la 

nllo le cheval sur lequel l'homme sera monté, et qu'il crie devant 

Jliii : C'est ainsi ([uc sera honoré tout homme qu'il plaira au roi 

Id'honorer ! 

« Le roi dit ii Aman : HAte-toi : prends des habits et un cheval 
jconime tu as dit, cl fais ain i au .luif Mardochée qui est assis à la 
[j'orle du palais, (iarde-toi de rien omettre de tout ce que tu viens de 
Idire. n 

Alors Aman |)iit les habits et le cheval, revêtit 'lui-même Mardo- 
jcliéo : et l'ayant fait monter, il le conduisit par les rues de la ville, 
leii criant devant lui : Ainsi sera fait à l'hoinme qu'il plaira au roi 
[d'honorer ! 

Et Mardochée revint à la porte du palais ; mais Aman se hâta d'al- 

' Kslhor, r.. 



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<20 HISTOIRE UNIVERSELLE [Llv. XIX. - De Sis | 

1er chez lui, gémissant et ayant la tête couverte. Il raconta à Zarès, 
sa femme, et à ses amis, tout ce qui venait de lui arriver ; et les sa- 
ges dont il prenait conseil lui répondirent, ainsi que sa femme ; Si col 
Mardochée, devant lequel vous avez commencé do tomber, est dela| 
race des Juifs, vous ne pourrez lui résister ; mais von.s tomberez de- 
vant lui tout à fait. Ils parlaient encore quand les eunuques du roil 
survinrent et obligèrent Aman de venir aussitôt au festin qu'avail| 
préparé Esther i. 

C'était une coutume chez les Perses, que les hommes qui avaient | 
rendu quelque service signalé à l'État ou à la personne du prince, 
fussent récompensés par des honneurs extraordinaires, et leurs nonis| 
inscrits dans la liste des bienfaiteurs du roi, appelés en persan Oro- 
sanges. Hérodote nous raconte de deux Samiens, Théomestor etl 
Phylacos, qui tous deux, comme capitaines de vaisseaux à la bataille 
de Salamine, du reste si malheureuse pour Xerxès, se distinguèrent 
par une grande bravoure, qu'en récompense, l'un d'eux fut élevé par| 
les Perses à la souveraineté de sa patrie, l'île de Samos; l'autre, 
inscrit au nombre des bienfaiteurs du roi 2. 

Lorsque Thémistocle était à la cour de Perse (on n'est pas d'accord 1 
si le roi qui l'accueillit était Xerxès ou notre Artaxerxès), le roil 
convia le Lacédémonien Démarate à lui demander quelque chose; 
celui-ci le pria de lui permettre de faire à cheval une entrée solen-l 
neile dans Sardes avec le diadème royal sur la tête. Le roi prit foil 
haut la hardiesse de cette demande, et ne la pardonna qu'à l'inter- 
cession de Thémistocle ». 

Cyrus donna à un petit peuple dans la province de Drangiane, le-i 
quel s'appelait d'ailleurs Ariaspes, le nom d'Orosanges, que lesGiw 
ont rendu par Évergètes ou bienfaiteurs, parce qu'il avait sauvé soii| 
arniée dans le désert, en lui amenant des vivres. 

Si grande que fût la faveur dont jouissait Aman, Artaxerxès 
paraît néanmoins s'être plu à le leurrer un instant de l'espoir quecf 
serait lui cet homme que le roi voulait honorer. Le despote ne de-[ 
vient point ami , lors même qu'il prodigue à un favori lionneur.s| 
puissance et or. 

Du reste, il pouvait avoir remarqué dans son vizir une telle enllim 
d'orgueil, qu'il crût sage de la réprimer. Le ressouvenir du grai 
service que lui avait rendu le Juif Mardochée agissait peut-être ma 
dans le cœur du roi contre l'iiomme qui lui avait persuadé une me- 
sure cruelle, dont la prochaine exécution le mettait maintenant diiiii 
l'embarras. H est vraisemblable nii'alors déjà !e cM de sa faveur! 

« Eslhcr, C. - 2 Herod., I. 8, n. .3:,. - » Pint. Tn Themistncl. 



là 442 av. l'ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 121 

L'obscurcissait pour Aman ; mais le i'oi ne savait pas encore qu'Es- 
[ther était une fille de ce peuple dont il avait ordonné la ruine à la 
{suggestion du superbe favori. Lorsqu'il l'apprendrait, l'orage devait 
jéciater et la foudre frapper la tête de l'homme dont l'orgueil s'éle- 
Ivaittout à l'heure jusqu'aux nues dans ses pensées de vengeance. 

Quand le roi fut venu, avec Aman, au festin d'Esther, il lui dit de 
Inouveau, comme le jour précédent : Que demandez-vous , reine 
lEstht'r? et il vous sera donné. Que désirez-vous? Fût-ce la moitié 
[(le mon royaume, vous l'aurez. 

Esther, la reine, répondit et dit : Si j'ai trouvé grâce devant vos 
lyeux, ô roi ! et si cela vous plaît, accordez-moi ma propre vie pour 
laquelle je vous prie, et celle de mon peuple pour lequel je vous 
supplie. Car nous avons été vendus, moi et mon peuple, pour être 
écrasés, égorgés, exterminés. Et plût à Dieu qu'on nous vendît au 
moins, hommes et femmes, comme des esclaves! je garderais le 
silence. Mais maintenant nous avon^j un ennemi dont la cruauté re- 
I tombe jusque sur le roi. 

Et qui est -■' ? interrompit Assuérus, et où est-il, celui qui ose 
[dans son cœu. une chose pareille? 

Cet oppresseur , cet ennemi, répondit Esther , c'est ce cruel 
I Aman ! 

Et Aman demeura frappé de terreur à l'aspect du roi et de la 
j reine. 

Le roi se leva en colère, et, de la salle du festin, entra dans le 
jardin du palais. Aman se leva aussi pour supplier la reine Esther 
I (le lui sauver la vie ; car il voyait bien que son malheur était accom- 
pli du côté du roi. 

Lors donc que le roi revint du jardin, dans la salle où ils avaient 
mangé, il trouva qu'Aman s'était jeté sur le lit où Esther était assise 
pendant le repas. Comment ! s'écria-t-il, il veut même faire vio- 
lence à la reine, en ma présence et dans ma maison ! A peine cette 
parole était sortie de la bouche du roi, qu'on couvrit le visage à 
Aman, comme à un criminel condamné à mort et indigne de paraî- 
tre devant le monarque. « Et Harbona, un des eunuques du palais, 
(lit : Voilà, il y a une potence dans la cour d'Aman, haute de cin- 
quante coudées, qu'il avait fait dresser pour Mardochée, qui a donné 
au roi un avis salutaire. Le roi dit : Qu'on l'y attache ! On attacha 
donc Aman à la potence qu'il avait préparée à Mardochée, et la co- 
lère du roi s'apaisa *. » 
Le môme jour, Artaxerxès donna à Esther la maison d'Aman, 



' Esther, 7. 



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122 HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv. XIX. - De 5;ij| 

expression qui ombrasse probablement tous ses biens ; et MardoehéJ 
fut présenté au roi, carEsther avait fait connaître ce qu'il lui était, 
Le roi prit l'anneau, qu'il avait feit ôter à Aman, et le donnaàMar 
dochée ; c'est-à-dire, il le fit son premier ministre ; ou, comme diseni 
les Orientaux, grand vizir. 

Cependanv Esther se jeta aux pieds du roi et le supplia de révo 
quer les ordres qu'à l'instigation d'Aman il avait donnés contre les 
Juifs. Alors il lui donna, ainsi qu'à Mardochée, pleins pouvoirs d'expé. 
dier en son nom, et sous le sceau royal, des ordres à toutes les auto- 
rites, dans toutes les langues des provinces de l'empire. Ces ordres 
furent envoyés par des courriers, le vingt-troisième jour du troisième 
mois 1. 

Ce nouvel édit était de la teneur suivante ; 

« Artaxerxès, le grand roi, depuis les Indes jusqu'en Ethiopie, aux 
chefs et aux gouverneurs des cent vingt-sept provinces, qui sont 
soumis à notre empire, salut : 

« Plusieurs, abusant de la bonté des princes et de l'honneui' qu'ils 
en ont reçu, en sont devenus insolents ; et non-seulement ils tâchent 
d'opprimer les sujets des rois, mais ne pouvant porter avec modéra- 
tion la gloire dont ils ont été combles, ils font des entreprises contre 
ceux mêmes dont ils l'ont reçue. Ils ne se contentent pas de mécon- 
naître les grâces qu'on leur a faites et de violer dans eux-mêmes les 
droitsde l'humanité, mais ils s'imaginent encore qu'ils pourront échap- 
per à la justice de Dieu qui voit tout. Et ils en sont venus à un tel 
degré de folie, que, s'élevant contre ceux qui s'acquittent de leur 
charge avec une grande fidélité et qui se conduisent de telle sorte 
qu'ils méritent d'être loués de tout le monde, ils tâchent de les perdre 
par leurs mensonges et leurs artifices, en surprenant, parleurs dégui- 
sements et leur adresse, la bonté des princes qui jugent les autres 
d'après eux-mêmes : ce qui se voit clairement par les anciennes his- 
toires ; et l'on voit encore tous les jours combien les bonnes inten- 
tions des princes sont souvent altérées par de faux rapports. C'est 
pourquoi nous devons pourvoir à la paix de toutes les provinces, 
Que si nous ordonnons des choses différentes, vous ne devez pas pen- 
ser que cela vienne de la légèreté de notre esprit, mais que c'est plu- 
tôt la vue du bien public qui nous oblige de former nos ordonnances 
selon la diversité des temps et la nécessité des affaires. 

« Et afin que vous compreniez plus clairement ce que nous disons; 
Nous avions reçu avec bonté auprès de nous Aman, fils d'Amadatli, 
Macédonien d'inclination et d'origine, qui n'avait rien de commun 



' Eslher, 8. 



' Esther. Vulg., 



k.2av. l'ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 123 

(veclc sang (les Perses etqui a vouludéslionorer notre clémence par sa 
j'iiauté. Et après que nous lui avons donné tant de marques de notre 
lienveillance, jusqu'à le faire appeler notre père et à le faire adorer 
le tous comme le second après le roi, il s'est élevé à un tel excès 
l'insolence, qu'il avait entrepris de nous faire perdre la couronne 
Ivec la vie. Car il avait faitdessein, avec une malignité inouïe et toute 
louvelle, de perdre, Mardochée, par la fidélité et les bons services 
liiquel nous vivons, fct Esther, notre épouse et la compagne de notre 
ayaume, avec tout son peuple, afin qu'après les avoir tués et nous 
|voir ôté ce secours, il pût nous surprendre nous-mêmes et faire 
lasser aux Macédoniens l'empire des Perses. Mais nous avons re- 
onnu que les Juifs, destinés à la mort par cet homme détestable, 
l'étaient coupables d'aucune faute, mais qu'au contraire, ils se con- 
luisent par des lois justes et qu'ils sont lesenfants du Dieu très-haut, 
ks-puissant et éternel, par la grâce duquel ce royaume a été donné 
nos pères et à nous-mêmes, et se conserve encore aujourd'hui en- 
te nos mains. 

« C'est pourquoi nous vous déclarons que les lettres qu'il vous 
[vait envoyées contre eux, en notre nom, sont de nulle valeur, et 
[u'à cause de ce crime qu'il a commis, il a été pendu avec tous ses 
broches devant la porte de la ville de Suse, Dieu lui-même, et non 
bas nous, lui ayant fait souffrir la peine qu'il a méritée. Que cet édit 
konc que nous envoyons maintenant soit affiché dans toutes les villes, 
Ifm qu'il soit permis aux Juifs de garder leurs lois. Vous leur prête- 
rez secours, afin qu'ils puissent tuer ceux qui se préparaient à les 
perdre, le treizième jour du douzième mois appelé adar. Car le Dieu 
out-puissant leur a fait de ce jour un jour de joie, au lieu qu'il de- 
vait leur être un jour de deuil et de larmes. C'est pourquoi mettez 
liiissi ce jour au rang des jours de fiHe et célébrez-le avec toute sorte 
ne réjouissances, afin que l'on sache à l'avenir que tous ceux qui 
bbéissent fidèlement aux Perses sont récompensés comme leur dé- 
louementle mérite, et que ceux qui conspirent contre le royaume 
)ont punis d'une mort digne de leur crime. 

« S'il se trouve quelque province ou quelque ville qui ne veuille 
point prendre part à cette fête solennelle, ((u'elle périsse par le f(;r 
k par le feu, et f[u'elle soit tellement détruite, qu'elle demeure inac- 
ressible pour jamais, non-seulement aux hommes, mais aussi aux 
lêtes, afin qu'elle serve d'exemple à ceux qui désobéissent aux rois 
}l méprisent leurs commandements*. » 

Par d'autres lettres, le roi permettait aux Juifs de s'assembler dans 



' E«lher. Vulg., IG. 



<«* HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv. XIX. - De !,;, 

chaque ville, le treizième jour du douzième mois, jour destiné à leJ 
ruine, et de se tenir prêts pour défendre leur vie, tuer leurs enneniJ 
et s'emparer de leurs biens. Ces mesures étaient nécessaires pou 
sauver les Juifs, attendu que les ordres antérieurs qu'Aman avaJ 
expédiés plus de deux mois auparavant, sous le sceau du roi, .. 
pouvaient être révoqués, d'après la loi do la monarchie médo-persel 

Quant à Mardochée, il sortit d'avec le roi, portant une robe royalff 
ayant une couronne d'or sur la tête et revêtu d'un manteau de soi] 
et de pourpre. La ville de Suse en fit des réjouissances. Pour 
Juifs, la joie et l'honneur st levaient pour eux comme un nouvel as. 
tre. La renommée de cette nation devint si grande, qu'un grand nom] 
bre d'entre les peuples de l'empire embrassèrent sa religion et, 
firent juifs. 

La haute puissance à laquelle était parvenu Mardochée, cmpêcliJ 
les ennemis des Juifs de trouver aucun appui. C'est pourquoi 
treizième jour du douzième mois, qui devait exterminer les Israélitj 
dans tout l'empire, devint un jour de perdition pour leurs enneniiJ 
Cependant, ni à Suse, ni dans les provinces, les Juifs ne touchèrej 
aux biens de leurs adversaires *. 

On jette les sorts dans le pan de la robe ; mais c'est le Seignei 
qui en dispose, a dit Salomon 2. Aman fit jeter les sorts pour déterJ 
miner à quelle époque il exécuterait son dessein homicide. Il lei 
dans le premier mois, et le sort tomba sur un jour du douzième, l» 
aveugle rage pouvait seule le pousser à proposer au roi cette a 
et à expédier des ordres dès le premier mois, tandis que la suppistiJ 
tion ne lui permettait de les exécuter que dans le douzième. Qui 
temps ne gagnaient point par là Mardochée, Esther, les Israélites diJ 
perses ! L'édit fut affiché à Suse, partout! Il eut expédié à toutes iJ 
autorités des lettres secrètes, s'il avait consulté la prudence la plJ 
commune. Un seul coup d'extermination aurait du, dans tout rem] 
pire, frapper inopinément tous les Israélites ! Mais la rage le reiidl 
insensé, et « un insensé découvre soudain sa colère •*. » Son orgiitil 
l'aveugla aussi. « Qui doit périr, devient auparavant orgueilleux;! 
l'arrogance précède la chute *. » 

Sur la proposition de Mardochée, il fut résolu d'établir une illtl 
en mémoire de cette merveilleuse délivrance des Israélites disperst^l 
dans tout l'empire médo-perse ; et voilà que, maintenant encore! 
après vingt-trois siècles, le peuple des Israélites, dispersé entoutl'i 
nivers , célèbre cette fête ! Ils l'appellent Purim, d'un mot persail 
qui signifie sorts, en mémoire des sorts que fit jeter Aman. 



Souvcnez-vou 



1 Esther, 9, 1-19. — « Prov., 16, 33. - s Ibid,, J2, 16. — » Ibid., 16, 18. 



Esther, 0, 20-a 



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|iV2av. l'cicchr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. • 125 

■eiïièine jour du douzième mois, ils jeûnent, et le nomment le jeûne 
lEsllier. Le jour tombe-t-il un sabbat, ils jeûnent le lundi d'aupa- 
javant *. Le quatorzième et le quinzième jour de ce mois adar sont 
louieiix des jours d'une solennité joyeuse, bruyante et qui dégénère 
ouvont en excès. Ils lisent alors dans leurs synagogues le livre d'Es- 
|ui' ainsi que l'histoire de la première défaite des Amalécites, 
lu'Israël frappa du glaive sous la conduite de Josué, tandis que Moïse 
[levait ses saintes mains vers Dieu dans la prière, et que Dieu , en 
lloritlant son serviteur, nous montrait ce que peut la prière de la 
bi ! Ils lisent cette histoire, parce qu'Aman était du peuple des Ama- 
1 cites. Ils se reposent alors de tout travail et font de grandes aumônes. 
En lisant le livre d'Esther, le lecteur de la synagogue, en cinq endroits 
iiarqiiés, pousse des cris terribles pour effrayer les femmes et les 
[nt'ants. Chaque fois qu'on prononce le nom d'Aman, tous les audi- 
iurs, grands et petits, frappent des pieds ou avec des marteaux sur 
Bes images d'Aman pendu à la potence, ou sur son nom, et même 
|iir tout ce qui se présente. 

Comme l'Écriture sainte nous dit expressément que Mardochée, 
Bevenu la seconde personne après le roi dans tout l'empire, continua 
H être le protecteur et le médiateur de son peuple, il est vraisembla- 
ble que lui ou Esther engagea le roi à établir à sa cour, comme grand 
Ichanson, un Israélite. Cet homme était Néhémias, dont Dieu voulut 
lieuse servir comme d'un instrument pour l'exécution de ses desseins. 

Oii ne sait de quelle famille ni de quelle tribu il était. Quelques- 
[iiis le tiennent pour un prêtre ; d'autres croient qu'il était de la tribu 
He Jiida et de la royale maison de David ; ils le concluent de l'émi- 
Deiik' charge qu'il remplissait auprès du roi. 

Les avantages extérieurs dont il jouissait à la cour du grand roi 
I attachaient point ne vrai Israélite ; son esprit était tourné vers Jé- 
[iisalom, Sion lui tenait au cœur. 

La vingliènie année du règne d'Artaxerxès, quelques Juifs viiu'ent 
Ile .It'iusalem à Suse ; il apprit d'eux que ses compatriotes étaient 
llaiis une grande affliction, que les murailles n'étaient pas encore re- 
iàties, ni les ])ortes redressées. 

Cette nouvelle l'attrista profondément, il pleura, jeûna plusieurs 

jours, et pria le Seigneur, son Dieu, auipiel il confessa les péchés de 

Jou peuple; mais aussi, avec cette hardiesse de la foi qui convient 

[iiix enfants de Di(ni et qui est si agréable au Père céleste, lui repré- 

icntu la promesse assurée déjà par Moïse : 

Souvenez-vous, dit-il. souvenez-vous de la parole (lue vous avez 



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Eslhcr, 0, 20-a2. 



iii 



*«• ' HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv. XIX. - De 

confiée à Moïse, votre serviteur, disant: Quand 'vous aurez tniis, 
gressé, je vous disperserai parmi les nations. Mais si vous revenez! 
moi, et que vous gardiez mes commandements, et que vous les J 
complissiez, quand vous seriez emmenés jusqu'aux extrémités J 
ciel, je vous rassemblerai de là et je vous ramènerai au lieu quej'ij 
choisi pour y faire habiter mon nom. Après tout, ils sont vos ser 
teurs et votre peuple que vous avez rachetés par votre grande fon 
et par votre puissante main. De grâce, Seigneur! que votre oreille soi 
attentive à la prière de votre serviteur, et à la prière de vos seni 
teurs, qui veulent craindre votre nom ; conduisez votre serviteur,) 
donnez-lui miséricorde devant cet homme ! » C'est-à-dire devantl 
roi *. 

Il arriva bientôt après, que le roi, pendant que Néhémias, pari 
devoir de sa charge, lui servait le vin à table, s'aperçut de sa larJ 
gueur. Pourquoi ton visage est-il si triste, lui demanda-t-il, lorsquf 
je ne te vois point malade ? Ce n'est pas en vain ; mais je ne saisi 
niai que tu as dans le cœur. 

Néhémias craignit beaucoup; cependant il se surmonta et dit! 
Vive le roi à jamais ! Comment mon visage ne serait-il point triste] 
La cité, demeure des sépulcres de mes pères, est déserte, et 
portes ont été consumées parle feu. • ' 

Que demandes-tu ? poursuivit le roi. 

Néhémias pria Dieu en silence, et puis supplia le monarque é| 
l'envoyer en Judée, dans la ville des sépulcrto de ses pères pou 
achever de la rebâtir. 

Le roi et la reine, qui était assise à côté de lui, demandèrent cou 
bien durerait son absence. Et le roi consentit à sa requête. 

Alors il demanda des lettres pour les gouverneurs au deiàé| 
l'Euphrate, afin qu'ils lui donnassent escorte jusqu'en Judée, et pou 
Asaph, intendant des forêts royales, afin qu'il lui pi-ocurâtle boisdtl 
construction nécessaire. Et le roi mfe donna, dit-il, selon la inaii| 
favorable de Dieu sur moi. 

Néhémias se mit en route, comme gouverneur de la Judée, aiii| 
que la suite nous le fera voir clairement ; et le roi lui donna 
escorte de grands officiers et de cavalerie. 

Autant le commencement de son entreprise avait été facile pouil 
Néhémias, sans doute à cause de la protection de la reine et m 
Mardochée, autant il rencontra de ditlicultés de la part de quelquel 
hommes qui paraissent avoir été des ollicicrs du roi, et qui étaieuj 
des étrangers, ennemis du nom juif. Sanaballat, Horonite, et TobieJ 

> N«hem., I. 



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là 442 av. l ùic chr.] DK L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 187 

Lvnimonite, virent avec dépit qu'un Israélite, ([ui avait ii cœur le bien 
(de son peuple, fût arrivé comme gouverneur du pays. 

Néhémias ne dit d'abord à personne ce que Dieu lui avait inspiré 
|de faire ; seulement, trois jours après qu'il fut arrivé à Jérusalem, il 
|se leva durant la nuit, visita les murailles, qui étaient tellement en 
li'iiinos, que la bête qu'il montait trouvait à peine où mettre le pied. 
Ensuite il parla aux chefs spirituels et temporels des Juifs, leur fit 
Urt de son dessein. Je leur découvris, dit-il, la main favorable de 
^non Dieii sur moi, et les paroles que le roi m'avait dites. Ils furent 
animés d'un nouveau courage et mirent à l'œuvre leurs mains affér- 
linies dans le bien. 

Sanaballat, Tobie et Gosem, un Arabe, se raillèrent d'eux et expri- 
bèrent en même temps contre eux des soupçons : « Qu'est-ce qu*; 
vous faites là ? Est-ce que vous vous révoltez contre le roi ? » Mais 
S'éhémias leur répondit ; Le Dieu du ciel est celui qui nous aidera : 
cest pourquoi nous, ses serviteurs, nous nous sommes levés et nous 
bâtissons ; pour vous, vous n'aurez ni part, ni droit, ni mémoire en 
Jérusalem *. 

La construction des murailles fut partagée entre diverses familles. 
Éliasib, souverain pontife, fils de Joacim et petit-tils de Jésus, fils 
deJosédec, donna le premier l'exemple, et, avec les prêtres, enen- 
|ireprit une partie, ainsi qu'une des portes à relever. 

Mais Sanaballat et Tobie, qui d'abord se moquaient de l'ouvrage, 
lurent très-irrités quand ils en aperçurent le rapide progrès. Les 
babes, les Ammonites et les hommes d'Azot, une des cinq villes 
principales des Philistins, voyaient également d'un mauvais œil se 
lelever les murailles d'une ville dont les habitants avaient été jadis si 
redoutables à leurs voisins. En outre, pendant la captivité, ces peu- 
ples s'étaient emparés des terres des Juifs, qui se trouvaient à leur 
bienséance. A leur retour, il fallut les rendre. L'intérêt et la jalousie 
les poussèrent donc bientôt à se liguer ensemble contre les Juifs, pour 
les empêcher, par la violence ouverte, de continuer leur entreprise, 
pais ceux-ci prièrent Dieu et établirent des sentinelles le jour et la 
Buit. Belle image de la vigilance spirituelle unie à la prière ! 

Il ne manquait pas non plus de gens qui se lassaient du travail et 
[e décriaient comme excédant les forces du peuple. Ce qui les faisait 
parler de la sorte était probablement la crainte des adversaires, qui, 
^n effet, épiaient l'occasion d'attaquer en armes. 

Néhémias, ayant été averti plusieurs fois dos desseins des ennemis 
lardes Juifs qui habitaient près d'eux, arma une partie du peuple, 



I ;■ 



Nehem., 2. 



: 



''^^ HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv. XIX. - De 5J 

et les plaça, rangés selon leurs familles, derrière la muraille où J 
étaient en garde, avec des épées, des lances et des arcs. Il 'dit en 
même temps aux princes et aux magistrats, ainsi qu'au reste do 
peuple : Ne craignez point leur force ; souvenez-vous du Seigneur 
grand et terrible, et combattez pour vos frères, vos fils, ' os filles vJ 
femmes et vos maisons. ' 1 

C'est ainsi que Dieu dissipa le conseil des ennemis, en découvraj 
leurs projets. "'1 

Cependant les Juifs ne s'abandonnèrent point à une négligente J 
cunte; mais la moitié des hommes était prête au combat, armée* 
lances, de boucliers, d'arcs et de cuirasses, tandis que l'autre moitié 
avançait les travaux. Les commandants étaient derrière eux. MéJ 
ceux qui édifiaient les murailles, qui portaient ou qui chargeaien 
faisaient leur ouvrage d'une main, et de l'autre tenaient un da, 
ou du moins 1 avaient toujours auprès d'eux. En outre, tous ce«J 
qui bâtissaient avaient 1 epée au côté. Un trompette se tenait sJ 
cesse près de Nehemias, qui, actif et vigilant, activait l'œuvre J 
sagesse et courage, et même la nuit, ne quittait les vêtements, luiej 
les siens, que pour se laver *. I 

Cette reconstruction de la Jérusalem matérielle, au milieu de taj 
de difticultes et de tant d'ennemis, nous représente fort bien la J 
struction de la Jérusalem spirituelle, l'Église de Dieu, au milieu dJ 
;^ obstacles sans nombre qu'y opposent sans cesse et le monde et iJ 
fer: persécutions des idolâtres, ravages des mahométans, ruses J 
VK^lences des hérésies, déchirements des schismes, séductions et f, 
reurs de 1 impiété, feux docteurs, fiiux frères, relâchement presque À 
nodique dans les mœurs. Nuit et jour, il faut que les sentinelles vliJ 
lent ; Il faut que les ouvriers soient eux-mêmes soldats : docteurs/ 
pas^^Rur. véritables, pendant qu'ils édifient d'une inaiii, il fauti.^ 
d., autre ils tiennent le glaive de la parole, pour repousser si 
crsse toutes les attaques. II faut surtout que l'intendant de tout 1,] 
vi'age, le successeur de Pierre, et ceux qui l'entourent, imitant i>, 
iu'mias aient continuellement l'œil à tout ce (,ui se passe au dedaJ 
e au dehors de la cité sainte, pour prévenir le mal et soutenirl] 

Zl:. T>' '''"™' ^'^'^"""'' ^"^"^''•'^ '^ architectes se J 

Viennent qu.Iny a qu'un seul qui bâtisse réellement, celui qui ,1 
ait : lu es Pierre, et sur cette pierre ,/e bâlirai mon Église f 

Co saint homme, qui, confiant en Dieu, ne craignait point d J 
iiemis, dut ressentir un vif chagrin de la dureté de ca-ur de œitaiiiJ 
nchespai-mi les Juifs. Au mépris de la loi rln hiou iu »v.,.,,J 

' Nehem., 4. 



là 442 av. l'ère ch 



à442av.rèiechr.] «E L'ÉGLISE CATHOLIQUE. jo» 

Me usure cruelle sur leurs frères pauvres, qui en partie leur avaient 
tieja donne pour gage leurs champs, leurs vignes, leu:3 oliviers, 
leurs maisons, et jusqu'à la liberté de leurs enfants. Les pauvres dé- 
biteurs levèrent enfin de hauts cris contre une pareille exaction. 

Mais Nehemias, ayant fait de vifs reproches aux princes et aux 
hagis^rats, convoqua contre eux une assemblée générale, où il leur 
pit : Nous avons racheté, comme vous le savez, les Juifs, nos frères, 
hui avaient ete vendus aux nations, selon que nous l'avons pu; et 
ous, vous vendrez vos frères, pour que nous les rachetions de nou- 
im t Les riches se turent et ne trouvèrent rien à répondre. Néhé- 
bas ajouta : Ce que vous faites n'est pas bien ; pourquoi ne mai- 
hez-vous pas dans la crainte de notre Dieu, afin qu'il ne nous soit 
boint fait de reproches par les nations nos ennemies? Moi, mes frères 
fctme^s serviteurs, nous avons prêté à plusieurs de l'argent et du blé • 
he redemandons rien, remettons-leur ce qui nou3 est dû. Et vous* 
lendez-.eur aujourd'hui leurs champs, leurs vignes, leurs oliviers! 
I|urs maisons, et le centième (ou l'intérêt) de l'argent, du blé, du . 
lin et de 1 huile que vous exigiez d'eux. Ils répondirent : Nous 
Jendrons, nous ne demanderons rien, et nous ferons comme vous 

Alors il fif venir les prêtres, et, en leur présence, leur fit jurer 
exécuter sa parole. Puis, secouant ses vêtements, il dit : Que Dieu 
^coue ams. hors de sa maison et de ses travaux, tout homme qui , 

Ldir Cf TT^^l ''" P'^™'''" ' ^"''^ '^^ «'"«i rejeté et dé- 
pouille. Et toute la multitude dit : Amen! et loua Dieu 

Nehémias pouvait parler contre cette horreur avec d'autant plus 
efticace, qu il donnait lui-même l'exemple de la générosité, ne 

Kcevant aucun des émoluments qui lui revenaient comme gouver- 
eur^ quoiquil y «ût tous les jours à sa table cent cinquante des 

•imcipaux Juifs, sans compter les étrangers 
Outre les pauvres du peuple, les lévites mêmes se voyaient oppri- 

»es Nehemias leur fit jusiice et leur rendit leurs droits *. Les 
an res sacres et tous les autres ministres, qui avaient été contraints 
so retirer chez eux et d'abandonner le service, faute d'avoir reçu 

Ijnste salaire qui leur avait été ordonné, furent rappelés. Il soutint 

f cause des lévites contre les magistrats, qui avaient manqué à leurs 
OU.S envers eux, et il mit leurs grains et leurs revenus en des 

lui îévitÏ^' '"'"P"'*"'* '"^ ^ '"""«♦*'r« »« prêtre Sélémias et quel- 
Au surplus, on prenant soin d'eux , il leur fit soigneusement gai- 

Ul. 




136 HISTUIRE UNIVERSELLE [Liv. XIX. - De h4 

dei* les l'èglements de David *. La subordination fut observée :j(l 
peuple rendait honneur aux lévites, en leur donnant ce qu'il leur de- j 
vait ; et les lévites le rendaient aux enfants d'Aaron ^, qui étaieml 
leurs supérieurs. Ils gardaient soigneusement toutes les observanc«| 
de leur Dieu. 

Néhémias y tenait la main ; il ordonnait aux sacrificateurs et aui| 
lévites de veiller à ce qui leur était prescrit. Il disait aux lévites ( 
purifier ; et il ne pouvait souffrir ceux qui méprisaient le droit sacerl 
dotal et lévitique ^, c'est-à-dire les règlements que leur prescrivaieu) 
leurs offices. Ce qui lui faisait dire avec confiance ; Dieu ! souvef 
nez- vous de moi en bien, et n'oubliez pas le soin que j'ai eu de J 
maison de mon Dieu, et des cérémonies, et de l'ordre èacerdotalfi| 
lévitique *. 

Sanaballat, Tobie, Gosem l'Arabe et les autres ennemis de 
mias, voyant que les murailles n'avaient plus aucune brèche et qui! 
ne manquait plus que des battants aux portes, se flattèrent de s'ei 
parer de lui par la ruse, après avoir attendu vainement d'emplojfi 
la violence. Quatre fois Sanaballat ot Gosem l'invitèrent à une coiJ 
férence qui devait avoir lieu dans une certaine plaine d'Oiio ; mm\ 
s'excusa sur l'urgence de ses affaires. 

lAlors Sanaballat envoya, pour la cinquième fois, un des siens, 
nant à la main une lettre écrite en ces termes : On a publié parmi l 
nations, et Gosem a dit que toi et les Juifs vous pensez à vous révoi 
ter, et que pour cela tu édifies la muraille, et que tu veux t' élever j 
la royauté ; c'est pourquoi tu as établi des prophètes qui te prônei 
dans Jérusalem, disant : Il y a un roi en Judée. Le roi entendra bieJ 
tôt ces paroles ; c'est pourquoi viens maintenant, délibérons ensenj 
ble. Pour toute réponse, Néhémias lui renvoya ces mots : Les parolj 
que tu dis ne sont pas véritables, mais ton cœur les invente. 

Également Séméias, un faux prophète, qui avait reçu de l'argHi 
de Tobie, voulut inspirer de la crainte à l'homme de Dieu et lui | 
suader de se cacher dans le temple, comme si la nuit on devait veiil 
l'égorger. Mais il répondit : Est-ce qu'un homme tel que moi s'enful 
Et qui est celui, comme moi, qui entre dans le temple pour y saii\i[ 
sa vie? Je n'y entrerai pas. 

Les efforts de Noadia , une femme qui prétendait avoir des révi 
lations, n'eurent pas plus de succès, non plus que ceux d'autres {!« 
qui se donnaient pour prophètes et cherchaient à décourager NiIkI 
uiias. Il ne fit d'eux nul cas, pressa son entreprise avec courage| 
Vigueur, et, après cinquante deux Jours, ic» niurailjes se trouver! 

1«, Ui. — «/!>id,, 13, 22, 29. — * IbidJt 



î 442 av. l'ère chi 



i i 



Nehcm. 

;io, :fl. 



12, 2i, 44,46.- Wf>jd, 



II) il lailn ârkf'^M»^.! 



Nehem., 6. — ^i 



19. —*/^id..ll 



i 442 av. l'ère chr.] DE L'ÉGLISE i ATHOLIQUE. 1 34 

^chevées, malgré la mauvaise volonté d'ennemis cachés et découverts » . 
Cependant approchait le septième mois de l'année religieuse, dont 
je premier jour était le premier jour de l'année civile et la fête des 
Jrompettes. Alors s'assembla le peuple d'alentour avec les habitants 
île Jérusalem, et ils prièrent Esdras d'apporter le livre de la loi de 
^loïse, que le Seigneur avait prescrite à Israël. 

Il le fit, se plaça sur une estrade en bois, qu'on lui avait dressée, 
hiut depuis le matin jusqu'à midi. A sa droite se tenaient six hommes 
fconsidérables , autant à gauche : c'étaient vraisemblablement des 
brêtres et des docteurs de la loi. Treize autres, avec les lévites, en- 
Iretenaient l'attention du peuple. 
Comme il est dit expressément, ils lurent ^, on peut croire qu'ils 
•entouraient point Esdras pour la solennité, mais qu'ils se tenaient 
"i une distance convenable de lui, et que chacun lisait au peuple qui 
l'entourait. Voilà pourquoi aussi il est fait mention de treize autres 
lommes, chargés, avec les lévites, de maintenir dans le peuple le 
lilence et l'attention. 

«Esdras ouvrit donc le livre devant tout le peuple, car il était 
jlevé au-dessus de tous; et quand il l'eut ouvert, tout le peuple se 
tilt debout. Et Esdras bénit Jéhova, le Dieu grand, et tout le peuple 
lépondit : Amen! amen! en élevant ses mains, et ils s'inclinèrent et 
jdorèrent Dieu, prosternés sur la terre. Treize hommes, avec les lé- 
lites, interprétaient au peuple la loi, et le peuple se tenait chacun à 
|a place. 

« Ils lurent donc dans le livre de la loi de Dieu, l'exposant, l'expli- 
luant et en donnant l'intelligence ; et le peuple comprit ce qu'on lui 

tsait. 

« Or, Néhémias et Esdras, prêtre et scribe, et les lévites qui tai- 
sent comprendre à tout le peuple, lui dirent : Ce jour est consacré 
I Jéhova, votre Dieu ; ne vous affligez donc pas! ne pleurez pas! car 
but le peuple pleurait en entendant les paroles de la loi. C'est pour- 
luoiil leur dit : Allez, mangez des viandes grasses, buvez des breu- 
Jages doux, envoyez-en des portions à ceux qui n'ont rien préparé; 
h' ce jour est consacré à notre Seigneur; ne vous attristez donc 
Joint! La joie de Jéhova est notre force. Et les lévitea faisaient faire 
flence à tout le peuple, disant : Silence! car ce jour est saint; ne 
|ous affligez point! 

« Au second jour, les princes des familles de tout le peuple, les 
Irôtres et les lévites s'assemblèrent auprès d'Esdras, le scribe, afin 
=.1 .1 îf,„ M.icipictai ic3puruius uo ta loi. » 

Nehem.,6.— ''il;ta.,8, 8. 



mi 






: tr, 






m 



482 HISl'OIRE UNIVERSELLE [Liv. XIX. - De 53t| 

Es^ras le fit ; et, comme il vint à l'endroit où la fête des tabernai 
des est fixée au quinze de ce mois, ils résolurent de prendre aussi! 
tôt des dispositions pour cela, et firent annoncer dans Jérusalem ei| 
dans toutes les villes, qu'il fallait sortir sur les montagnes et ap[)or.| 
ter des branches d'olivier, de baume, de myrte, de palmier, et autral 
rameaux de diverses espèces, afin de faire des tabernacles, ainsi qui 
est écrit *. 

Le peuple se fit donc des tentes de feuillage, l'un sur le toit de sil 
maison, l'autre dans sa cour, ceux-ci dans les cours du templJ 
ceux-là dans les larges rues de la ville et aux portes. On lisait cha| 
que jour dans la loi. La fête dura ainsi sept jours, et, le huitième, 
célébrèrent l'assemblée solennelle selon qu'il est ordonné ^. 

Ce huitième jour de la fête était le vingt-deux du mois. NéhcJ 
mias et Esdras, tous deux remplis de l'Esprit-Saint, mirent à j 
comme il parait, l'attendrissement qu'avait témoigné le peuple, dl 
donnèrent lieu à une fête de pénitence publique, qui fut célébrée t 
vingt-quatre. 

Les Israélites, qui s'étaient séparés des étrangers, « confessèreiil 
leurs péchés et les iniquités de leurs pères. Et ils se levèrent enseiiij 
ble, et ils lurent dans le livre de la loi de Jéhova, leur Dieu, quatri 
fois le jour, et quatre fois ils confessaient et adoraient Jéhova, leiii 
Dieu. » 

Des lévites étaient debout sur une estrade et criaient : « Leva] 
vous et bénissez Jéhova, votre Dieu, de l'éternité a l'éternité ; quia 
bénissent le nom de ta gloire, ce nom élevé au-dessus de toute m 
nédiction et de toute louange. » 

« Seul, ô Jéhova ! tu es ; c'est toi qui as fait le ciel, et le ciel dej 
cieux, et toute leur armée, la terre et tout ce qu'elle contient, 
mers et tout ce qui est en elles ! C'est toi qui animes tout cela, ce 
toi qu'adore l'armée des cieux ! . . . » 

Ils continuaient à rappeler les prodiges de puissance et d'anioi( 
que Dieu avait témoignés à son peuple depuis le temps d'AbraliaiJ 
et confessaient les infidélités de leur i)euple avec les leurs propivJ 
en punition desquelles ils étaient maintenant sujets d'un roi étranger! 
quoique demeurant dans leur propre pays. 

Enfin ils déclarèrent qu'ils allaient faire une alliance soleiiiiil 
avec le Seigneur^ par laquelle ils s'obligeaient avec serment àgardul 
sa loi. Cette promesse fut mise par écrit et signée des princes, dtJ 
prêtres et des lévites ^. 
Néhémias, pour seconder de mieux en mieux de si l'.enreusesdispfrl 



1 442 av. l'ère chi 



« Levit, 23, a4-43. — « Nehem., 8. — ^Ibid., et iO. 



'2. Mach.,2, 18 



442 av. l'ère chr] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 133 

jsitioiis, établit une bibliothèque où il rassembla de divers pays les li- 
bres des prophètes, eaux de David, et les lettres des rois de Perse 
Bouchant les dons qu'ils avaient faits au temple du Seigneur *. 

Ce fut peut-être à cette occasion que le docteur Esdras, conjoin- 
tement avec le conseil national ou le sanhédrin, fit une révision au- 
Ihentique du nombre et du texte des livres sacrés : ce qu'on a depuis 
appelé le canon d'Esdras. 

Ce fut peut-être encore vers ce temps qu'eut lieu la découverte du 
Bini sa(;ré, ainsi qu'elle est rapportée au deuxième livre des Machabées. 

« Nous croyons nécessaire de vous avertir, écrit le peuple de la Ju- 
dée sous Judas Machabée au prêtre Aristobule, précepteur du roi Pto- 
lémée, et aux autres Juifs d'Egypte, nous croyons nécessaire de vous 
Uertir, afin que vous célébriez aussi la fête du feu qui fut donné 
Luand Néhémias, après qu'eurent été rebâtis le temple et l'autel, y 
"■ il des sacrifices. Car lorsque nos pères furent emmenés en Perse, 
|i's prêtres d'alors, qui craignaient Dieu, ayant pris (par l'ordre du 
prophète Jérémie) le feu qui était sur l'autel, le cachèrent secrète- 
nent dans une vallée où il y avait un puits profond et desséche, et 
Ils l'assurèrent si bien, que ce lieu demeura inconnu à tous. Mais 
huand, plusieurs années s'étant écoulées depuis ce temps-là, il plut 
Il Dieu de faire envoyer Néhémias en Judée par le roi de Perse, il 
Jeiivoya les petits-fils de ces prêtres qui avaient caché le feu pour le 
Inliercher ; et ils ne trouvèrent point le feu, comme ils nous l'ont ra- 
onté, mais seulement une eau épaisse. Et le prêtre Néhémias leur 
J'oninianda (dans le grec : Et Néhémias commanda aux prêtres) de 
puiser cette eau et de la lui apporter ; ensuite il leur ordonna d'en 
Itiiire des aspersions sur les sacrifices, sur les bois et sur ce qu'on 
Vait mis dessus. Et lorsque cela eut été fait et que le temps vint où 
le soleil, qui avait été caché d'un nuage, resplendit tout à coup, un 
fcrand feu s'alluma, et tous en furent dans l'admiration. Or, tous les 
irétres faisaient la prière à Dieu jusqu'à ce que le sacrifice fût con- 
sumé, Jonathas commençant et les autres lui répondant. 

« Et Néhémias priait en ces termes : Seigneur, Dieu créateur de 
joutes choses, terrible et fort, juste et miséricordieux, qui êtes le seul 
Ion roi, seul excellent, seul juste, tout-puissant et éternel, qui déli- 
vrez Israël de tout mal, qui avez choisi nos pères et qui les avez sanc- 
JtiTiés, recevez ce sacrifice pour tout votre peuple d'Israël. Conservez 
jvotre héritage et le sanctifiez. Rassemblez tous nos frères dispersés; 
tiélivrez ceux qui servent les gentils ; regardez ceux qui sont mépri- 
pos et haïs, afin que les nations connaissent que vous êtes notre Dieu ; 

'2. Mach.,2, 13. 



I 






tu HISTOIRE UNIVERSELLE [L'v. XIX. - De 5ij| 

huriiiliez ceux qui nous oppriment et qui nous outragent avec or- 
gueil. Et établissez votre peuple dans votre lieu saint, selon que 
prédit Moïse. 

« Cependant les prêtres chantaient des hymnes et des cantiques! 
jusqu'à ce que le sacrifice eût été consumé. Quand il le fut, Néiié- 
mias ordonna que l'on répandît ce qui restait de cette eau sur 1 . 
grandes pierres. Ce qu'on n'eut pas plus tôt fait, qu'une grande flamniel 
s'alluma 5 mais elle fut consumée par la lumière qui s'éleva de dessusf 
l'autel. 

« Lorsque cet évér'^ .. "t ïO.t connu, on annonça au roi de Persfl 
que dans le même li'. prêtres qui avaient été emmenés capf 

tifs avaient caché le fe.; icré, on avait trouvé une eau dont Néhél 
mias et ceux qui étaient avec lui avaient purifié les sacrifices. Or, lel 
roi, considérant ce qu'on lui disait, et ayant recherché avec soin iJ 
vérité, fit bâtir en ce même lieu un temple, une enceinte sacrée. Etsfl 
tenant assuré du prodige, il donna aux prêtres de grands biens et leutl 
fit divers présents qu'il leur distribuait de ses propres mains. 

« Néhémias appela ce lieu Nepbtar, c'est-à-dire purification ; mais! 
plusieurs l'appellent Néphi *. » 

Judas Machabée, le sénat et le peuple juif disaient encore dans ieuil 
lettre, comme déjà nous l'avons vu, que le même prophète JéréniiJ 
après une réponse de Dieu, avait fait emporter avec lui le tabernaoli 
et l'arche, j- squ'à ce qu'il fût arrivé à la montagne où Moïse étaiti 
monté et d'où il avait vu l'héritage du Seigneur. Là, ayant trouvé ui] 
caverne, il y mit le tabernacle, l'arche et l'autel des encensements; ( 
il en ferma l'entrée et dit que ce lieu demeurerait inconnu jusqu'il 
que Dieu eût rassemblé son peuple dispersé, et qu'il lui eût fait mif 
séricorde; et qu'alors le Seigneur découviirait ces choses; que lama 
jesté du Seigneur paraîtrait de nouveau, et qu'il y aurait une nuée, 
selon qu'elle avait paru à Moïse et qu'elle fut manifestée lorsque Sa| 
lomon demanda que le temple fût sanctifié pour le Dieu souverain. 

Il y en a qui croient que cette prédiction de Jérémie a eu son aci 
complissement au retour de la captivité de Babylone, et que le takl 
nacle, l'arche et l'autel des parfums furent retrouvés sous Néhémia.! 
au même temps que le feu sacré. Mais comme l'Écriture n'en dit rieaf 
qu'elle ne parle plus même de l'arche en aucun endroit, d'autres sonll 
persuadés que cette prophétie no s'accomplira qu !a fin des sièclesf 
lorsque le Seigneur rassemblera dans son Église les restes de sonaivl 
cien peuple. 



Dans l'int.ervnllp rl'nn «i^nlp dAnnîc Ia r^trtnr /Ipc InIA 



£3 rMMta £t. 



ortiren! 



«2. Mach., 1. 



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li,442 av. l'ère chi.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUK. 135 

jde Babylone avec le grand prêtre Josué et avec Zorobabel, le peuple 
js'était très-abondamment multiplié dans la Judée, sous la bénédiction 
jde Dieu, tant par la propagation de l'espèce que par les Israélites re- 
[venusdans leur pays. Le règne d'Artaxerxès leur était singulièrement 
Ifavorable, en ce qu'il confia le soin de cette nation à des hommes tels 
[qu'Esdras et Néhémias, et qu'elle se réjouissait en outre de la puis- 
jsante protection de la reine ei de Mardochée. 

Le plus grand nombre préféraient à Jérusalem le séjour des villes de 
jjuda, qui étaient des cités agricoles. Cependant, soit pour la durée de 
[la nation, soit pour le maintien de la sûreté contre les ennemis envi- 
Ironnants, soit enfin pour toute la constitution ecclésiastique et civile, 
[il était nécessaire que Jérusalem fût habitée par un peuple nombreux. 
On se vit donc contraint d'arrêter que la dixième partie de la nation 
habiterait à Jérusalem, et que le sort en déciderait. Ceux qui s'y of- 
jfrirent volontairement, furent bénis de tout le peuple *. 

« Si le Seigneur ne bâtit la maison, dit le chantre sacré, c'est en 
jvain que travaillent ceux qui la bâtissent; si le Seigneur ne garde la 
ville, c'est en vain que veillent ceux qui la gardent ^. » Telle fut la 
puissante bénédiction du Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob, sur 
làon peuple et sur ce qu'il bâtit, que Jérusalem, dont les murailles eu- 
rent tant de peine à se construire, est comparée par Hérodote, qui la 
vit quelques années après ce temps, à Sardes, une des cités les plus 
[grandes et les plus magnifiques de l'Asie ^. 

Néhémias ordonna une fête publique d'actions de grâces pour l'a- 
I chèvement des constructions, et l'on y fit solennellement la dédicace 
I des murailles. Tous les lévites y furent convoqués. Néhémias et Es- 
dras, avec les princes de Juda et deux grands chœurs, firent une so- 
lennelle procession sur les murailles de la ville, au bruit des trom- 
pettes et des hautbois. Esdras conduisait un des chœurs, l'autre sui- 
vait Néhémias. Les deux chœurs se rencontrèrent devant le temple du 
Seigneur, à qui furent immolées de grandes victimes. La musique re- 
tentissait avec le chant. « Tous étaient dans l'allégresse ; car Dieu les 
avait réjouis d'une grande joie, et leurs femmes aussi, et leurs enfants 
se réjouissaient, et la joie de Jérusalem fut entendue au loin *. » 

Néhémias avait rempli sa charge de gouverneur pendant douze ans, 
quand il se rendit auprès d'Artaxerxès, qui paraît avoir été dans ce 
moment à Babylone. Néhémias, en parlant de ce voyage, l'appelle roi 
(le Babylone, et les rois de la monarchie niédo-perse passaient en 
etfet une grande partie de l'année dans cette ville. Il ne dit pas s'il y 
avait été appelé par le roi, ou s'il s'v était rendu de lui-même, afin 



sr 



I : 



» Nehem., IJ. — * Pa. I2B.— » Herod., 3, 6. — * Neliem., 12. 



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*•'** HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv. XIX. - De jJ 

de poursuivre ses importantes affaires. Quoi qu'il eu soit, nous 
voyons que, quelques années après, Artaxerxès le renvoya, supsj 
demande, et qu'à son retour, il exerça la même autorité qu'aupa. 
ravant. 

De grands et notoires abus s'étaient introduits pendant son ab- 
sence et avaient déjà pris le dessus. Vraisemblablement Esdras s'é-l 
tait réuni à ses pères; pour le grand prêtre Éliasib, il ne paraît paJ 
avoir été digne des siens et de sa haute dignité. Excepté le bon exeni- 
pie qu'il donna dans la construction des murailles, nous ne trouvons 
point qu'il ait aidé Néhémias et Esdras pour atteindre leurs grandes 
fins. C'est une chose étrange, et qui certes ne lui fait point honneur 
que ni pour les salutaires mesures qui furent prises, ni dans les so 
lennités publiques du culte divin, il ne soit fait de lui aucune meii-i 
tion. Ce silence de la part d'un saint homme iel que Néhémias, doii 
déjà faire tomber sur lui un soupçon, avant même qu'on ' voie 
qu'd se laissa porter à une action très-indigne d'un grand prêtre d 
d'un petit-tils du grand prêtre Josué, à qui l'Esprit de Dieu lui-mèmJ 
a rendu un si honorable témoignage. 

Quoique la loi eût exclu les Moabites et les Ammonites de l'assem-i 
blée d'Israël, et que l'Ammonite Tobie se fût montré aussi hostile 
qu'astucieux contre les Juifs, cependant plusieurs des principaux 
avaient entretenu avec lui une secrète intelligence contre Néhémias 
et, au mépris de la loi, s'étaient alliés à lui par des mariages. lA 
grand prêtre, à ce qu'il paraît, non-seulement vit ce désordre avw 
une criminelle complaisance, mais il assigna même à l'Ammonite 
un appartement du temple, destiné à servir de trésor aux offrandes 
aux prémices et à l'encens. On ne donnait pas non plus leurs parts 
aux lévites et aux chantres , ce qui les obligea de sortir de Jérusalem 
et de se retirer chacun dans sa terre. Également, la solennité du sab- 
bat était violée en diverses manières, et par des travaux et par des 
marchés. 

Néhémias s'éleva avec vigueur et succès contre ces abus. Il fit aux 
chefs du peuple de sévères reproches ; il jeta les meubles de Tobie î 
hors du temple et consacra de nouveau l'appartement à son précé- 
dent usage; il fit fermer et garder les portes pour écarter les ven- 
deurs. 

Il montra surtout beaucoup de zèle contre les mariages rontractés 
avec les peuples circonvoisins, et bannit un petit-fils du grand piè- 
tre Eliasib, qui s'était allié au grand ennemi des Juifs, Sanaballat, et 
dont le frère, Joïada, était grand prêtre *. 



' Neliem., l*}. 



\ <42 av. l'ère chrO DE L'ËGLISE CATHOLIQUE. i 37 

Comme nous savons par l'histoire que Joiada ne devint souverain 
Lontife que 1 onzième année de Darius, fils illégitime d'Artaxerxès, 
fet nommé pour cela Darius Nothus ou le bâtard, nous voyons com- 
bien longtemps Néhémias eut à combattre contre les abus au milieu 
jde son peuple. .; .,, 

Artaxerxès étant mort la quarante-unième année de son règne, et 
Séhémias ayant été envoyé, la vingtième année de ce même règne, 
Unme gouverneur à Jérusalem, il doit avoir rempli cette charge au 
liioins plus de trente ans. On croit qu'il mourut la quinzième année 
Hii règne de Darius Nothus, et qu'avec sa mort finissent les sept pre- 
[iiières semaines de Daniel. 

Néhémias, restaurateur de Jérusalem, réformateur des mœurs de 
lia nation, protecteur des droits du sacerdoce, médiateur d'une nou- 
leile alliance et gouverneur du peuple de Dieu, est une figure par- 
lante de Jésus-Christ, qui est tout cela, mais d'une manière infini - 
jiient plus parfaite, pour l'Église universelle, pour l'humanité entière. 

Comme le prophète Malachie est rangé le dernier dans le nombre 
lies prophètes, et qu'il censure certains abus de son temps, contre 
lesquels s'élevait également Néhémias, on croit, avec vraisem- 
piance, qu'il a prophétisé au temps de ce grand homme ou peu 
pprès lui. 

Son petit écrit renferme une sainte morale et de grands aperçus 
Hansles temps de la nouvelle alliance. D'une plainte accusatrice sur le 
|iial, il s'élève tout d'un coup à une perspective ravissante du pro- 
biiain salut. 

Il reproche à ses contemporains d'offrir des victimes défectueuses 
fct de blesser ainsi le respect qu'ils devaient à qui ces victimes étaient 
offertes. 

« Un fils honore son père, dit-il, ou plutôt Dieu par lui; un fils 
lioiiore son père, et un serviteur son maître. Si je suis Père, où est 
mon honneur ? si je suis Maître, où est la crainte qu'on a de moi ? 
dit Jéhova-Sabaoth à vous, prêtres, qui méprisez mon nom.... Qui 
d'entre vous ferme les portes de mon temple et allume le feu sur 
bon autel gratuitement ? IVIon affection n'est point en vous, dit Jé- 
bova-Sabaoth, et je n'agréerai point l'oblation de votre main. Car 
Bcpuis le lever du soleil jusqu'au couchant, mon nom est grand 
parmi les nations, et en tout Heu on offre à mon nom l'encens et une 
bblation pure; car grand est mon nom parmi les nations, dit Jé- 
liova-Sabaoth *. » 









' Malach., 6, 10 et II. Fillus honorât patrera et servus dominum suum. S^ 
Nô Pater ego sum, ubi est honor meus ? et si Dominus ego sum, ubi est tlmor 




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ISR HISTOIRE UNIVERSELLE [Llv. XIX. - De ô-mI 

Avec quelle clarté le prophète ne désigne-t-il point ici le divin sa] 
crifice de la nouvelle alliance qui est offert au Seigneur sur nos autdil 
dans toutes les parties du monde ' La tradition chrétienne est una| 
nime sur ce {)oint. 

« Il est certain, dit un docte protestant au sujet du commentaire! 
de ,int Irénée sur cette prophétie , il est certain, et qu'Irénéeetqutl 
tous les Pères dont nous avons les écrits, soit qu'ils aient vécu ail 
temps des apôtres , soit qu'ils les aient suivis de près , ont tenu li| 
sainte Eucharistie pour le sacrifice de la nouvelle loi , et qu'ils i 
regardé cela, non comme la doctrine privée d'une église ou d'il 
docteur particulier, mais comme la doctrine publique de l'Églial 
universelle ; doctrine et pratique reçues par elle des apôtres, et , pat| 
les apôtres, de Jésus-Christ '. » 

L'oblation, en hébreu minha, dont parle ici le prophète, étaiil 
un sacrifice non sanglant, consistant en fruits de la terre, souvent enj 
pain et en vin. Cette sentence renferme en même temps une prédicl 
tion de l'Église de Jésus-Christ répandue dans l'univers, et la caracT 
térise comme celle où, depuis le levant jusqu'au couchant, doit étui 
offerte au Seigneur l'oblation pure. 

Le prophète reproche aux Juifs la dureté avec laquelle quelques! 
uns d'entre eux traitaient leurs femmes. 

« Vous faites encore ceci : Vous couvrez l'autel de Jéhova de larl 
mes, de pleurs et de cris ; c'est pourquoi je ne regarderai plus vol 
oblations, et vos mains ne m'offriront plus rien qui puisse m'êtHi 
agréable. Et pourquoi ? dites-vous. Parce que Jéhova a été témoil 
entre toi et l'épouse de ta jeunesse, que tu méprises, elle qui cepeJ 
dant est ta compagne et l'épouse de ta jeunesse. N'est-ce pas l'fi| 
qui l'a faite ? N'est-elle pas le reste de son soufïïe ? Et que demanèl 
cet Un, sinon une race de Dieu ? Conservez donc votre souffle, etnf| 
rejette point l'épouse de ta jeunesse 2. » 



I H2 av. l'ère chr, 




f 



meus ? dicit Don\inus exercituum ad vos, ô sacerdotes, qui despicitisnomen meuail 
Quis est in vobis, qui claudat ostla, et incendit aitare meum gratuitô." Nonesl 
mihi voluntas in vobis, dicit Dominas exercituum, et munus non suscipiam dil 
manu vestrà. Ab ortu enim solis usque ad occasum, magnum est nom en meum iil 
gentibus, et in omni loco saciiflcatur etoiTertur nomini meo oblatlo munda; quii| 
magnum est nomen meum in gentibus, dicit Dominus exercituum. 

* Grabe, en son édition de S. Irénée, Ad àrs. kœres. 1. 4, c. 3S. 

* Mal., 2, 13-15. Et hoc rursùm fecistis : Operiebalis lacrymis altare Domal 
fletu, et mugitu ; ità ut non respiciam ultra ad sacriflciuni, nec accipiam piacil 
bile qnid de msn» vestrà. Et dixiglig : Qnam ob causam? Quia Dominus t£si-[ 
catus est inter te et uxorem pubcilatis luœ, quam tu despexisti, et hœc particei«| 

ua, et uxor fo'deristui. Nonne unus feclt, etresiduum spiritûsejus est? ËtquJ 



, H2 av. l'ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 

Ce fut à cause de la dureté de leur cœur . 



1»9 



Moïse permit aux 



Juifs de répudier leurs femmes ; mais au commencement , dit Jé- 
^iis-Clirist, il n'en était point ainsi *. Jamais le divorce ne fut agréa- 
ble à Dieu. Il n'était point permis au grand prêtre de se séparer de 
sa femme ; il ne pouvait pas non plus en épouser plus d'une. C'était 
Remodèle primitif auquel Dieu vouIkiI ramener tout le reste. C'est 
pour cela qu'il fait de si viveâ réprimandes aux Juifs qui répudiaient 
heur première et légitime épouse pour en prendre d'étrangères ; c'est 
pour cela qu'il leur insinue tant de motifs de rester dans leur pre- 
Imière union. 

D'abord Dieu a été témoin de la fidélité qu'ils se sont promise; 
[ensuite c'est l'épouse de sa jeunesse, l'objet de sa première affection 
[([ui, de son côté, lui a sacrifié ce qu'elle avait de plus précieux ; 
[c'est le même Dieu qui a fait l'un et l'autre et qui les a faits un ; il a 
[partagé son souffle entre les deux : si l'homme en a reçu une portion 
[plus grande, la femme en a le reste ; en sorte que leurs deux vies n'en 
Isont qu'une. Cue conclure de là? sinon que ce que Dieu a uni d'une 
[manière si étroite, l'homme ne doit point le séparer, mais que tous 
[les deux doivent être un même esprit et une même chair, afin d'en- 
[gendrer une race de Dieu, race une et sainte, et non point cette race 
Ibâtarde et équivoque qui ne sait parler bien ni juif ni ammonite, et 
[qui boite entre Jéhova et Bélial. 

Malachie représente avec force aux prêtres leurs devoirs. « Les 
lièvres du prêtre seront les dépositaires de la science, et c'est de sa 
[bouche que l'on recherchera la connaissance de la loi, parce qu'il est 
l'ange de Jéhova- Sabaoth 2. » 

Il voit en esprit un Docteur à venir, le grand homme de qui l'éter- 
Inelle vérité a dit elle-même que parmi tous ceux qui sont nés de la 
[femme, il ne s'en est pas élevé de plus grand; il voit le grand Jean- 
Baptiste, il le voit comme précurseur du Seigneur, qui devait le 
(suivre; il vit l'étoile du matin qui précédait le soleil. 

« Me voici, envoyant mon ange, et il préparera la voie devant ma 
[face. Et aussitôt viendra à son temple le Dominateur que vous cher- 
chez, et l'ange de l'alliance que vous désirez. Le voici qui vient, dit 
Jéhova-Sabaoth '^. » 



i 



unus quaerit, nisi semen Dei ? Gustodite ergô spiritum vestrum, et uxorem ado- 
I lescentiae tuae noli despicere. 
»MaUh., 19. — «MaL, 2, 7. 

'• Mal., 3, 1. Eccè ego miUo angelura meum, et praeparablt viam ante faciem 
meam. Et slatlin veniet ad tcs::p!iitn suum Dominator, quem vos queeritis, et 
j angélus testament!, quem vos vultls. Eccè vcnit, dlclt Dominus exercituum. 



140 



HISTOIRE UNIVERSELLE 



41 



[Liv. XIX. - De M, 

C«' voyant conclut par l'annonce répétée du double avènement (lui 
Messie. 

« Vous verrez la différence entre le juste et l'injuste, entre qu,! 
sert Dieu et qui ne le sert point * ; car voici qu'arrive le jour embras, | 
comme une fournaise : tous les superbes et tous ceux qui commet- 
tent l'impiété seront de la paille ; et ce jour à venir les embrasera, i 
Jéhova-Sabaoth, sans leur laisser ni germe ni racine a. 

« Mais pour vous, qui craignez mon nom, il s'élèvera, le soleil i 
justice et le salut sous ses ailes : vous sortirez joyeux comme dJ 
jeunes taureaux bondissants; vous foulerez aux pieds les impies; ilj 
seront comme de la cendre sous la plante de vos pieds, dans ce joiir| 
que je fais, dit le Seigneur des armées. 

« Souvenez-vous de la loi de Moïse, mon serviteur, que je lui J 
prescrite en Horeb pour tout Israël : souvenez-vous des ordoii.' 
nances et des jugements. 

« Voici que je vous envoie Élie, le prophète, avant que vienne iJ 
grand, le terrible jour de Jéhova ; et il convertira le cœur des pèrtJ 
avec leurs enfants, et le cœur des enfants avec leurs pères, de peiirl 
qu'en venant je ne frappe la terre d'anathèrae. » 

Qu'il soit aussi question de Jean-Baptiste dans cet endroit, celai 
paraît manifeste, eu ce que l'ange Gabriel, qui, avant même que 
Jean fût né, apparut à son père, lui en fit l'application. « II mar- 
chera devant le Seigneur, dit-il, il marchera devant lui dans l'esprit 
et la vertu d'Élie, pour convertir les cœurs des pères avec les enfants] 
et les incrédules à la prudence des justes, et préparer au Seigneiirl 
un peuple parfait 3. » 

Jean prépara les Israélites à devenir enfants de Dieu dans la nou- 
velle alliance, en leur prêchant la pénitence et en leur montit 



• Mal., 3, 18. Et convertemini, et videbitls quid sit inter justum et impiuni, hI 
inter servientem Deo et non servientem ei. 

t* * Malach., 4, 1. Eccèenira dies veniet succensa quasi caminus : et eiunt omnesl 
superblet omnes facientes impielatem, stipula; et inflammabit eos dies venienij 
diclt Dominas exercituum, quse non derelinquet eis radicem et germen. 

Et orietur vobis timentibus nomen ineum sol justitiœ et sanitas in pennis ejus;, 
et egrediemlni, et salletis sicut vituli de armento; et calcabitis impios, cùm 
fuerint cinis sub planta pedum vcstrorum, in die quâ tgo facio, diclt Dotninm 
exercituum. 

MementolelegisMoysi, servi mei, quam mandavi ei in Horeb ad omnem Israël 
prœcepta et judicia. 

Eccè ego mittam vobis Eliam, prophetam, antequàm veniat dies Domini, ma-, 
gnus et horribilis; et convertet cor patrum ad lilios, et cor nUorum ad patres ee- 
rum, ne forte veniam et percutlam terram anatheraate. 

» Luc, 1, 17. 



Joun., 1, i!9, ctt 



là 112 av. l'ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 141 

Jjpsus-Christ : « Voici l'Agneau de Dieu, voici qui ôte les péchés du 
|inondp : » le même dont il avait dit : « C'est de sa plénitude que 
|noiis avons reçu tous grâce pour grâce * . » 

Qu'avant la fin des jours, Élie doive apparaître sur la terre, 
Iles maîtres en Israël l'avaient déjà dit avant que Jean , le disciple 
duScignein-, en eût prophétisé dans sa révélation 2; telle est du 
liuoins l'opinion de la plupart des Pères et d'un grand nombre de 
[docteurs. Elie, comme Jean-Baptiste, précédera, semblable à l'étoile 
|(lii matin le soleil de justice. 

i.'avénement plein de grâces de Jésus-Christ, lorsque le Verbe se 
Jtit chair et iiabita parmi nous, plein de grâces et de vérité, fut, il est 
jvrai, terrible pour le peuple qui le rejeta ; cependant la description 
Idii jour terrible du Seigneur parait s'appliquer aussi et plus encore 
Jaii jour du jugement. L'entendre de la ruine de Jérusalem et en 
jiuéme temps des dernières douleurs de la terre à l'approche du jour 
Ide in justice, est un sens conforme à l'esprit de la prophétie, et 
d'autant plus naturel, que Jésus-Christ lui-même annonce les deux 
I événements dans une seule prédiction. 

De même que Jean-Baptiste annonça le règne de la paix aux Juifs 
Ide son temps, brouillés et exaspérés par de nombreux s divi- 
Isions, de même, dans les jours des derniers temps, Élie ôteracemur 
[qui sépare des enfants de l'Église de Jésus-Christ, le peuple de Dieu, 
Idispersé, mais non rejeté pour toujours, et Israël obtiendra le droit 
de cité dans la nouvelle et libre Jérusalem, et il n'y aura qu'un ber- 
jcail et un pasteur. 

Notre Père, qui êtes aux oieux, que votre nom soit sanctifié, que 
[votre royaume nous arrive ! qu'il arrive bientôt ! Cependant que 
I votre volonté soit faite en la terre comme au ciel. 

Très-remarquable est l'endroit où notre Sauveur parle des rap~ 
j ports de Jean-Baptiste avec Élie. 

Lorsqu'il "descendait avec ses trois disciples favoris delà mon- 
Itagiie de la transfiguration où Moiso et Élie leur avaient apparu, ils 
lui demandèrent ; Pourquoi donc les scribes disent-ils qu'Élie doit 
venir auparavant? Jésus leur répondit et dit : Élie viendra sans 
doute auparavant et rétablira toutes choses. Ici il parle évidemment 
de ravénemeut d'Éiie, encore à venir alors, comme aujourd'hui ^. 
Mais immédiatement après il parle ainsi de Jean-Baptiste : Cepen- 
I liant je vous dis : Élie est déjà venu, et ils ne l'ont point reconnu, 
j mais ils lui ont fait comme ils ont voulu ; c'est ainsi que souffrira 
d'eux le Fils de l'honnne. Alors les disciples comprirent qu'il leur 



Joun., 1, 29, etc. — * Apoc, 11. — ^ MaUh., 17. 



I 



*« HISTOIRE UNIVEUSELLE [Liv. XX. Philos., poéul 

avait parlé de Jeau-Baptiste. Un des trois disciples auxquels il dit 
cela était son bien-aimé Jean, qui, quelques années plus tard, eut 
une révélation plus manifeste sur l'avènement encore à venir d'Éliel 
Ici finissent les prophètes de l'Ancien Testament. Le dernier rai>| 
pelle le premier, Malachie rappelle Moïse : Souvenez-vous de la loil 
que j'ai donnée sur le mont Horeb à Moïse, mon serviteur, poiir| 
tout Israël. Ainsi le premier et le dernier ne font qu'un. De plus, le 
dernier de l'Ancien Testament prédit le premier du Nouveau, Mala- 
chie prédit Jean-Baptiste. L'ancienne et la nouvelle alliance ne 
font ainsi qu'une. Le principe, le moyen et la fin de cette alliancel 
éternelle, ce même prophète les résume en peu de mots. 11 annonce! 
que dans le second temple qu'on venait de rebâtir paraîtrait le Do- 
minateur attendu, l'ange de l'alliance, qu'Israël désirait, et qu'alors! 
un sacrifice sans tache serait offert à l'Éternel en tout lieu. Tout est! 
dit, tout écrit. Un jour quelqu'un dira : Tout est consommé. 



hisl. de la gentilit 



Les phlloHO] 



i! 



hisl. (le la gentilUc.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 



143 



LIVRE VINGTIEME. 



Les philosophes» les poëtes et les historiens de la frentUlté. 



Où cessent les prophètes d'Israël, là commencent les philosophes, 
Iles poêles et les historiens des nations. Les prophètes se suivent de- 
Ipuis Adam jusqu'à Malachie, à travers un espace de trente à qua- 
[lantc siècles. Ils cessent quand ils ont tout dit. 

Les sages, communément appelés philosophes, ont commencé 

lenviron six siècles avant Jésus-Christ, et ont fini environ six siècles 

(api'ès. Les principaux sont : Lao-tseu, Cong-fu-tseu ou Confucius, et 

JMeiig-tseu, chez les Chinois ; Zoroastreet Hostanes, chez les Perses ; 

Thaïes, Heraclite, ch3z les Grecs d'Asie; Anaxagore, chez les Grecs 

d'Europe; Pythagore, Xénophane, chez les Grecs d'Italie; Empédo- 

cle, chez les Grecs de Sicile ; Socrate, dans Athènes, ainsi que Platon, 

Aristote, Zenon, Aristippe, Diogène, Epicure, Pyrrhon, etc.; Cicé- 

li'on, chez les Romains. 

A la prédication du christianisme, plusieurs philosophes l'em- 
1 brassèrent. Saint Pantène, que les peuples de l'Inde firent venir 
d'Alexandrie pour les instruire dans l'Evangile, avait été philosophe 
stoïcien; saint Aristide, qui présenta une apologie de la religion 
chrétienne à l'empereur Adrien, était un philosophe d'Athènes ; le 
I saint martyr Justin, qui présenta également une apologie à l'empe- 
leiU' Marc-Aurèle, était platonicien et continuait, aussi bien que 
saint Aristide, à porter le manteau Je philosophe. Ceux qui n'em- 
brassèrent pas le christianisme, s'en rapprochèrent plus ou moins 
dansleurs doctrines, comme Sénèque, Épiotète, Marc-Aurèle, Plotin, 
Jamblique, Proclus. 

Cette espèce de succession se termine au sixième siècle par deux 
illustres catholiques, Boëc« et Cassiodore, l'un et l'autre consuls 
romains. 

Aux individus, il faut joindre les castes ou corporations entières, 
les brachmanes ou brames de l'Inde, qui subsistent encore, les mages 
ùi! Perse, les (iiialdéens de l'Assyrie, les prêtn5sde l'Egypte; d'autant 
l)lus que plusieurs des philosophes nommés plus haut allaient con- 
sulter ces corporations. 



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**♦ HISTOIRE UNIVERSELLE [LW. XX. Philos., poèi.J 

Mais surtout, la race d'Abraham tout entière était une race de 
vrais sages. Aussi un philosophe d'Athènes, Théophraste, discipj 
et successeur d'Aristote, et, après lui. Porphyre, philosophe grecf 
de Phénicie, compte-t-il les Juifs parmi îec philosophes. Ils ne s'en- 
tretiennent, dit-il, que de la Divinité K cWà Abraham et à son arl 
rière-petit-tils Joseph, que l'Egypte dut ce qu'il y a de plus vrai dans 
sa sagesse. Job, son descendant par Ésaii, philosophait avecsesamis 
de Théman, de Sué, de Naamath, mille ans avant la Grèce. Lasaf 
gesse de Salomon faisait l'admiration de l'Egypte, des îles de la Mé- 
diterranée ou de l'Europe, et de l'Asie, jusqu'au delà de l'Euphratc 
cinq siècles avant qu'il fût question de Socrate. Lorsque s'élève ai 
empire universel, qui doit contribuer, parla force, à ramener tons les 
peuples à l'unité, un prophète ou sage d'Israël, Jonas, estenvoyé à Ni 
nive, sa première capitale, pour y prêcher la pénitence ou le retoiJ 
a la sagesse véritable. Et sa parole est plus efficace que ne seraiJ 
mais celle des sages d'Athènes et de Rome. Tobie, à la cour de SalJ 
manasar, y enseignera de même, et par ses discours et par ses oxeniJ 

pies. Cetempire est-il transportéàBabyloneVDanieletses compagnons 
y viennent, qui l'emportent sur tous les sages de l'Orient. DanU de- 
vient le chef des mages. Sa renommée se répand partout. Il est re- 
proché au roi de Tyr, comme un excès d'orgueil, de s'être compare 
en sagesse à Daniel. Ce prophète et ses compagnons se montreni 
philosophes ou amateurs de la sagesse, non-seulement en paroles, 
mais en œuvres. Au faîte des honneurs, ils se laissent jeter dans là 
fournaise ardente, dans la fosse aux lions, plutôt que de retenir la 
vérité captive et de transporter à la créature le culte qui n'est 
qu'au Créateur ; et les édits du roi annoncent le triomphe de lenrsa-L 
gesse à tous les peuples de la monarchie universelle. Enfin, cette mo- 
narchie a-t-elle passé des Babyloniens aux Perses ? Esther et Mardo-I 
chée, dont aujourd'hui encore l'Orient révère les tombeaux, succèdcii 
a Daniel ; ils publient la sagesse des Hébreux dans les cent vingt- 
sept provinces, parmi lesquelles sont nomm»'>nient comprises l'Inèl 
et l'Ethiopie. ' 

La grande gloire de ce peuple vraiment piiilosophe, vraiment aiiiii-l 
teur de la sagesse, c'est que pendant les quinze sièch.'s avant la voiiiJ 
de la sagesse incarnée, il fut le seul peuple de la terre à professe, 
publiquement le culte du vrai Dieu et son vrai culte. « Il est vrai dit 
Bossuet, que depuis la loi de Moïse, les païens avaient acquis 'une 
«•ertame facilité |)lus grande d«( (îonnaitre Dieu par la dispersion dcJ 
Juifs, et par les prodiges que Dieu avait niits en leur faveur; en soHtI 

' Porph. De abslin., 1. a, § 26; I. i, § u. 



hist. de la gentili 



Ihist. de la gentilité.j ])E L'ËGLISE CATHOLIQUE. 145 

|,jue le nombre des particuliers qui l'adoraient parmi les Gentils est 
Ipeut-être plus grand qu'on ne pense ; mais que des peuples entiers 
laient ouvert les yeux à la vraie religion, c'est de quoi l'on ne voit 
jaucun exemple *. » Si des rois de Perse ou de Syrie rendent desor- 
Idonnances pour rebâtir le temple de Jérusalem ou pour y offrir des 
Isacrifices au vrai Dieu, cela ne prouve pas que leurs peuples ni 
Iqu'eux-mêmes professassent son vrai culte. Car, dit Bossuet, « c'est 
Ignorer les premiers principes de la théologie, que de ne pas vouloir 
lentendre que l'idolâtrie adorait tout, et le vrai Dieu comme les au- 
jties^. » Saint Paul établit la même vérité dans son épitre aux Romains. 
« La force de l'argument de cet apôtre, dit encore Bossuet, consisté 
«1 ce qu'il a fait voir d'un côté que les Gentils étaient criminels, en ne 
kervant pas le Dieu qu'ils connaissaient : ce qui leur a attiré tous les 
Ures crimes, dont le même apôtre fait le dénombrement ; et de 
(autre, que les Juifs n'étaient pas moins coupables, pour avoir été 
bévaricateurs de la loi : ce qui montre que tout ce qui n'est pas juif 
k idolâtre, malgré le témoignage de sa conscience; puisque Dieu 
lest fait connaître également à toutes les nations par les ouvrages 
jlosa sagesse ». » Saint Augustin résume et distingue excellemment 
loul cela dans son commentaire sur ces paroles du psaume, Dieu 
ionnu dans la Judée. « Telle est la force de la vraie Divinité, qu'elle 
liu peut être tout à fait cachée à la créature raisonnable parvenue à 
l'usage de la raison ; car, excepté un petit nombre dans qui la nature 
jst par trop dépravée, tout le genre humain confesse Dieu auteur de 
le monde. Entant donc qu'il a fait ce monde où l'on voit le ciel et la 
leire, Dieu était connu de toutes les nations, même avant qu'elles 
lussent instruites dans la foi du Christ; mais en tant qu'il ne doit 
bas être adoré injurieusement avec les fausses divinités, Dieu était 
|onnu dans la Judée *. » 

Ces vérités diverses vont être constatées en détail par l'examen des 
brincipaux peuples de l'antiquicé. 




I' Bossuet, LelU-e 257. à M. Hiisacier. - ^ LeUic 25G. au même. -« Let- 
h'Ihl.-'' Hœc est enim vis verœ divinllatis, ut crealurab ralionall, jaui rationc 
llcnU, nonomnino acpenilùs possit absconili. Exccptis enim paucis In quibus 
lalura nimlùni depravatata est. universum genus luuiianuin Deum mundi hujuB 
ïteUirauclorem. In hoc eigo quod fecit hune mundum cu-Io terràque conspicuum 
Il aille quàin Inibuerenlui ia llde Christi, nolus omnibus uerjiibus Deus. in hoc 
jiitein (luod non est iujuriis suis cum diis lalsis coleiulus, nolus in Jud«A Ueus. 
■njohon. traelat, lOG, n. 4. 



tu. 



10 



146 



HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv. \X. Philos., poèt. J 



l'A CHIMK. 

Environ cent ans après que les dix tribus d'Israël, parmi fel 
quelles setrouvait Tobie, eurent été dispersées jusque dans l'Inde 
peut-être même jusque dans la Chine ; pendant les longues annéJ 
que le prophète Daniel, chef des sages de la Chaldée et de la Perse 
gouvernait l'empire d'Assyrie, et que la puissance du vrai Dieu étail 
fréquemment annoncée par des édits publics à toute la terre, aloJ 
florissaitàla Chine et voyagea vers l'Occident le plus ancien phiioso! 
phe chmois. Son nom est Lao-tseu, qui veut dire fils de l'antiquité 
il naquit vers 600 avant Jesus-Christ, et vécut jusque vers 300 cou 
temporam des prophètes Daniel et Ézéchiel, ainsi que du philosonJ 
Ihalès et des sept sages parmi les Grecs. ' 

Comme il y avait eu en Israël des écoles de prophètes, ainsi eil 
Chine, il y avait eu ce que l'on y appelait }^.kiao, maison de sa."es 
Ce nriot de maison doit se prendre ici, non pour une demeure mal 
terielle, mais, comme il arrive souvent dans l'Écriture sainte, poJ 
amiUe, société. Ces sages vivaient la plupart, au moins un certaJ 
temps, dans la solitude, au milieu des montagnes, livrés à la cou f 
templat.on.Ils étaient souvent consultés des princes, et les aidaient, 
par leurs conseils et leurs efforts, à bien gouverner. 

Le principal objet de leur contemplation était le 7'ao, qui, eu cliiJ 
nois, présente absolument le même sens que le logos en grec et daJ 
Jt^vangile de saint Jean, c'est-à-dire Verbe, raison, parole. Un dJ 
premiers empereurs, Hoang-ti, ayant demanda" à l'un de ces anciej 
solitaires ce qu'était le Tao, il répondit, après trois mois de rénexioii 
Le lao (le Verbe) est obscur et caché : vous ne pouvez le voinii, 
1 entendre ; il est toujours en repos et toujours pur ; il ne travai 
point avec un corps ; il ne se meut point, quoiqu'il soit ce qu'il y, 
de plus subtil, il prévoit tout au dedans de lui-même, il est proJ 
dément (laché au dehors ; il fait tout ce qui naît et périt K 

Voici quelle idée les antiques monuments de la Chine nous don 
nent du sage. 1 

Le Tao, le Verbe, étant le principe, le milieu et la fin do toutes 
choses, le sage ou YYu s'y tient constamment comme dans l'inva- 
riable milieu : il est content d(; tout, parce qu'il a toujours ce qui 
désire (savoir, ce qui est raisonnable). Les anciens enseignent, ditl. 
U-ki: Le sage (l'Yu^ ne s'applique qu'à connaître la vérité et il 

' WindiH.hîîinni,, hj Philosophie dai, s iaprugresdon de lUùtoire du MoJ 
l. I, I>. ilO. {lA\ allciiiaiid.) ' 



)t. Philos., poèl.ei 



lël, parmi les- 
ne dans l'Inde, 
ongues année 
et de la Perse, 
vrai Dieu étaii 
la terre, alors 
mcien philoso. 
de l'antiquité, 
vers oOO,coii. 
du philosoplii 

êtes, ainsi, ei 
aison de sages, 
! dcimeure ma- 
•e sainte, pont 
ns un certain 
vrés à la con 
ît les aidaient, 

', qui, enclii 
1 grec et daii<| 
arole. Un desi 
le ces anciensl 
de réflexion 
vez le voini 
il ne travaillfl 
it ce qu'il ji| 
il est profoii 
t*. 
ne nous don 

fin do toutesl 
dans l'inva- 
iours ce qui 
lignent, ditl 
la vérité c 



dire du Momà 



M. de la gentilité.J DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. j^y 

Icroître dans la vertu. Parler de lui est une tâche infinie; quelques 
jtra.ts seulement l'indiqueront. Le regard du sage est continuelle- 
iinent d.nge sur la venté : nuit et jour, il la suit afin d'épurer ses 
|ronna.ssances et ses actions à ses rayons célestes. Disposé à se dé- 
jouer au prmce, U emploie ses talents pour chacun de ses sem- 
.la les et pour la patrie ; mais il ne les estime point assez haut pour 
ivouloirles imposer a personne ; il attend une vocation. Un F^ne 
.erche dans ses hab.ts que de quoi se couvrir convenablement et 
lans sa maison qu'un abri. Il méprise le choix délicat dans les mets 
.oblie men.e quelquefois des journées entières de manger, enll 
.al^emment le froid et le chaud ; il aime et attend la mort- il tra 
aille sans cesse a sa perfection. La vertu est son trésor : voilà ce 
■u .1 travaille a augmenter, non les biens extérieurs ; son âme veil- 
le champ qu'il cuU.ve. Un Yu vitavecleshommesde sonteums' m 
su.t la doctrine du monde primitif, il est dans son siècle 1^0 
ries .lecles suivants Dans des temps de désordre et de corr^troT 
m ne saurait u. faire accepter un emploi ; on ose à peine lui en o^' 
m- un : tous les ennemis de l'empire et de la vertu sont les siens et 
.nspn-ent contre lui. Ni leur nombre, ni leur rage ne su S le 
ke entrer dans leurs vues. Autant son âme est tendre et out L 
..malheur pub ic, autant elle est fermée au vice. Il voit la mol 
I ..n œ.l tranquille ; on peut le tuer, mais non le ployer à ce qui e 
.%ne de lui. Dans le bonheur et dans le malheur 1' /. est e même 
I s avance lentement mais il ne recule pas et ne se détourne Tas 
leme a 1 aspect du péril. La franchise est son casque, la confiant 
i cu,rasse ; 1 obéissance à la loi et la bonne conduite, sa lance et s^ 
lassue ; aussi n'a-t-il pas peur, même du tyran le plus sanguTnaLe 
. Yu est sensible et tendre. Il rougit de ses fautes, mais non pas des 
.proches de l'ami. Les peines et les joies de l'ami sont les siennes 
les porte en son cœur et expose, quand il le faut, sa vie pour dles' 
.scence de l'>« est grande; mais il ne cherche point fréLidre 
. delà de ce qui est fructueux et ne perd point son tomp à dÏré 
es. Assure dans sa méthode de penser, il ne risque rien Lrmem 
s .t crauidre l'dlus.on. On peut le contredire slns lui dépla re Mo" 
esle sans bassesse, il diminue sa grandeur en se cachant l'i M 
te; au premier aspect, il paraît sans talent, tant il crart dl " 
■■•, tant 1 aime à se taire. Il est complaisant, 'cède ob itf ^ 
o...>o, oublie les ottéiises, compatit aux faiblesses d'autrt « ^ Z. 
olence a son caractère, etc. Le chemin du Ciel dit l'Y K! 1 ' 
J.nple et pur; le chemin du sage est appli,.i J',f ll^^l^^J^ 
^.severance. Les sages, ajoute une glose, ont toujours i^-ldé la 
1..vat,oii <.om„ie une félicité, et les douceurs de la vie comme Jn 




< a 



U ri 



<48 HISTOIKE UNIVERSELLE [Liv. XX. Philos., pcèt.ti| 

malheur. Le sage, dit plus loin l'Y-King, doit se purifier et se re- 
noncer *. 

Tel est le portrait idéal que les anciens Chinois nous ont laissé dul 
sage et de ses devoirs. 

Mais comme en Israël il y avait eu de taux prophètes, qui, 
lieu de reprendre de leurs égarements les peuples et les rois, ne son- 1 
geaient qu'à les flatter pour s'attirer leurs faveurs, ainsi vit-on d 
faux sages ou des sophistes dans la Chine, surtout pendant l'anail 
clîie féodale qui la divisait et la désolait au temps de Lao-tseu. Il s» f 
forma un nouveau Yu-kiao, une nouvelle maison de sages, qui doviii 
de plus en plus une école de cour et d'administration. La puissanaj 
du Ciel ou de Dieu était mise en oubli, l'antiquité était dédaignée; 
il fut dit : Le sage n'emprunte point sa politique, il la trouve daiiv| 
son cœur ; s'il bâtissait sur les pensées d'autrui, il bâtirait sur le sa- 
ble. Le sage est Lii-même : la prééminence de ses vues le distingiifi 
de la foule, et sa conduite exprime sa grandeur '^. 

Au milieu des funestes innovations qu'enfantait cet esprit d'orgueil! 
Lao-tseu entreprit de rétablir le véritable mystère de l'antique sa-j 
gesse, la doctrine du Tao ou du Verbe éternel, son rejaillissenieiill 
dans la nature et dans l'esprit de l'homme, et de s'opposer à la noii-( 
velle école des lettrés de cour, comme un sage de l'école prin.itive [ 
Désolé de voir tous ses efforts sans succès, il quitta la cour impt-l 
rialedes Tclieou, où il était historiographe, et enfin l'empire mêm(,[ 
pour suivre la sagesse dans l'Occident. C'était le temps où Danifl| 
était le chef des Chaldéens et des mages. L^n des plus savants crie 
tahstes de nos jours a pensé qu'il a pu venir jusque dans la Grèced| 
dans Athènes, comme y vint vers ce temps le Scythe Anacharsis. 

Toutefois, à la prière d'un de ses amis, il acheva son livre dekî 
Raison et de la Vertu, Tao-te-king, comme un monument de pro-l 
fonde spéculation à la manière des anciens. Ce livre existe enoorij 
Comme dans le Chou-king de (x)nfucius, le Tao ou le Verbe y m 
la condition fondamentale de l'existence, le principe et la vérité dtf 
toutes choses. Tao veut dire aussi parole ; de plus, d'après son ca- 
ractère écrit, qui se compose du caractère du mouvement et de celui) 
de la tête, il signifie encore chef (jui meut tout, le premier moteiii.| 
le principe et le commencement. « C(! que l'Y-King nonnne la cou- 
pole, dit un savant chinois, ce que Confucius nomme principe, Lao- 
tseu le nomme, également d'après l'ancienne manière, Tao, la lai-l 
son. » Dans quel sens ceci se prend, on le voit dès le commencenieiiil 



' Windischniatin, i. I, p. va» et seq. Slém. cimccrn. les Chinois, l. 8, 9ellii| 
— » \N'inrli.'(!iiniiiiii,l. I, \>. ;iOi. 



hiist, de la gentlllté.) DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE, 149 

(lu Tao-te-king, où il est dit : « Le Tao peut être nommé, mais avec 
I lin nom inouï. Sans nom, il est le principe du ciel et de la terre ; avec 
an nom, il est la mère de toutes choses. C'est pourquoi, soyons tou- 
I jours sans passion pour méditer sa gloire. » Sur ces mots, avec un 
I nom et sans nom, le commentaire chinois donne l'explication sui- 
vante : En soi-même et dans son essence, le Tao (le Verbe) n'a point 
1 (le nom, parce qu'il est avant tout ; il était avant tous les êtres. Mais 
i lorsque le mouvement (le temps) eut commencé et que l'être eut 
I jailli du néant, il put recevoir un nom. 11 faut être sans passion dans 
l'âme pour concevoir l'essence du Tao (du Verbe), ce qu'il était avant 
j la naissance des choses, lorsqu'il n'avait encore ni pensé ni opéré 
lau sens des créatures) . Mais nos passions mêmes nous font voir un 
second état moins parfait du Tao ( du Verbe ) dans les êtres, dont il 
I est la mère. 

« Avant le chaos qui a précédé la naissance du ciel et de la terre, 

I (lit encore Lao-tseu , un seul être existait, immense et silencieux, 

immuable et toujours agissant, sans jamais s'altérer. On peut le re- 

j !,'arder comme la mère de l'univers. J'ignore son nom, mais je le dé- 

^ signe par le mot de Tao (Verbe, raison). 

« L'homme se règle d'après la mesui-e de la terre, la terre d'après 
la mesure du ciel, le ciel d'après la mesure du Tao (du Verbe) , le 
Verbe d'après la mesure de lui-même. L'univers entier se règle ainsi 
d'après le Verbe, la raison éternelle, qui, ne se rapportant qu'à elle- 
1 même, est sa propre mesure et son propre modèle, aussi bien que la 
mesure et le modèle du ciel et de la terre. 

«Les sages du premier ordre entendent le Tao (la raison), et s'y 
( onforment dans leurs actions. Ceux du second ordre i'écoutent, 
mais tantôt ils y pensent, tantôt ils s'en éloignent. Ceux du dernier 
rang en entendent parler, mais ils en rient, ou, s'ils n'en rient pas , 
ils no pensent point assez que c'est le Tao (la raison). 

« Le Tao (la raison) a produit un ; l'Un a. produit le deux ; les deux 
ont produit le trois ; les trois ont produit toutes choses. » Un com- 
mentateur ajoute : « L'Un est le Tao ( la raison ), qui a changé le 
néant en être ; les deux sont les deux règles primordiales, et les trois, 
cette même dualité avec le souffle qui les unit, ou l'harmonie j l'unité 
(le ces trois constitue toutes choses. 

« Celui que vous regardez et que vous ne voyez pas se nommée; 
celui que vous écoutez et que vous n'entendez pas se nomme Hi ; 
':eluique votre main cherche et qu'elle ne peut saisir se nomme Wei. 
Ces trois sont incompréhensibles, unis, et ne font qu'un. Celui qui 
est au-dessus n'est pp.s plus brillant; celui qui est au-dessous n'est 
|)as plus obscur. Se suivant sans interruption, ils ne peuvent être 



I i\ 



^ ^^ HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv. XX. Philos. , poët. « 1 

nommés... C'est ce qui s'appelle forme sans forme, image sanj 
image, et impénétrable. Vous allez au-devant de lui et ne voyez poini 
sa face ; vous le suivez et ne voyez point son dos. » 

Le savant, qui le premier nous a fait connaître ce passage, observe 
que les trois caractères employés pour former les mots J, Hi, Wei 
n'ont aucun sens ; qu'ils sont simplement les signes de sons étran^ 
gers àla langue chinoise, soit qu'on les articule tout entiers, soit 
qu'on prenne séparément les initiales J, H, V que les Chinois ne sa- 
vent pas isoler en écrivant; et il arrive à démontrer que le nomj, 
Hi-Wei , ou Jhv , est identiquement le nom de Jékova, le nom sacré 
que Dieu se donne lui-même dans l'Écriture. 

« Celui qui s'unit au Tao (au Verbe), dit de plus Lao-tseu , est un 
sage véritable et saint. Il doit être sans passion, estimer peu tous les 
biens et honneurs , n'être pas même sensible à la bienveillance de 
l'homme ni à l'amour de ses propres enfants ; son occupation est dans 
la profondeur de l'Esprit, sa loi, le silence. ïl ne doit point affliger ct 
qui existe, vivre comme s'il ne vivait pas, être pénétré de compa.s- 
sion pour les autres et pour tout ce qui vit *. » 

Dans un livre Des Récompenses et des Peines, attribué à Lao-tseu. 1 
mais qui est de quelqu'un de ses disciples, on lit entre autres cho,s( J 
ce qui suit : 

« La route au bonheur ou au malheur n'est point indifférente! 
L'homme lui seul attire l'un et l'autre sur sa tête. La récompense du 
bien et la punition du mal sont comme l'ombre qui suit le corps, ei 
aussi justes à la forme et à la taille. 

« On suit la raison (le Verbe), lorsqu'on ne s'aveugle point par le i 
mal, qu'on ne s'opiniâtre point dans un mauvais conseil ; lorsqu'on 
est sincèrement pieux et amical, qu'on se reprend soi-même et qu'on 
cherche à se plier aux autres, qu'on est rempli d'une tendre com- 
passion pour les veuves et les orphelins , qu'on souffre du malheufl 
du prochain et qu'on se réjouit de son bonheur, qu'on lui aide daiJ 
le besoin, qu'on détourne de lui les périls, qu'on regarde le bien qui 
lui arrive comme arrivant à soi-même, que l'on considère son pré-| 
judice comme le sien propre, qu'on ne révèle pas ses défauts, qu'( 
ne se vante pas de sa propre perfection ; lorsque dans le partage c. 
laisse le plus grand aux autres et qu'on garde pour soi le plus petit;] 
lorsqu'on ne se fâche pas des offenses et qu'on reçoit avec une crainte 
salutaire les réprimandes de la bienveillance : alors onestiionoréde| 
tous et protégé par le Tao ou le Verbe céleste, accompagné du bon-, 
heur et de la véritable richesse. Fuyez tout ce qui est impur. Les 



Ihjst. de la gent 



» Abel Rémusat, Mimoire sur Lao-tseu. Wintllschniann, p. .-JQQ et suivante,'. 



9 et suivante?, 



Ihist. de la gentllité.l DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 154 

jbons esprits veillent et secondent chaque action. Qui agit de cette 
|nianière deviendra lui-même un esprit ou du moins un immortel. 
« Au contraire, se révolter contre la justice, tourner le dos à la rai- 
[son, être puissant et rusé dans le mal, tendre aux vertueux des pièges 
cruels et fum *2s dans les ténèbres, désobéir dans le secret du cœur 
jaux princes et aux pères et mères, et blesser ainsi sa propre chair et 
ses propres os; abuser de la foi des simples, répandre de vains men- 
songes et se plaire dans la tromperie; être sans cesse en deçà ou au 
Idelà de la mesure de ce qui convient; maltraiter en dessous et flatter 
en dessus ; recevoir la bienveillance sans sensibilité, et couver la ven- 
geance dans le cœur ; mépriser le peuple du Ciel (les veuves et les 
orphelins) ; troubler l'ordre de l'empire; récompenser des indignes 
et punir des innocents ; immoler ceux qui se soumettent, et tuer ceux 
[qui se rendent à merci ; humilier les gens de bien et déposer les sa- 
bes; reconnaître ses vices et ne penser point à les corriger; connaître 
lia vertu et ne la mettre point en pratique; enlacer autrui dans ses 
propres péchés ; trahir les secrets des autres, les ravaler, les tromper 
j ou épouvanter, les offenser, se quereller avec eux et vouloir tou- 
jours avoir raison ; endommager les fruits des champs, persécuter 
d'innocents animaux, en particulier tuer leurs femelles lorsqu'elles 
portent ou qu'elles couvent, ou seulement déranger leurs nids; être 
ingrat et sans pudeur, avoir un cœur perfide ; offrir et préparer des 
I sacrifices sans égard aux anciens usages ; entretenir de mauvais dé- 
sirs dans le cœur, et jeter d'impudiques regards sur la femme d'au- 
trui; souhaiter la mort de ceux à qui l'on doit ou de qui l'on a quel- 
que chose à attendre ; attribuer aussitôt le malheur des autres à leurs 
fautes ; se moquer ae leurs défauts corporels , dissimuler leurs bonnes 
qualités; s'élever contre les traditions des anciens et résister à son 
père ou en général à un plus âgé, et exciter leur colère ; aimer la 
violence, le vol, la dissipation et le mensonge; être injuste dans la 
récompense et dans le châtiment; semer des terreurs, blasphémer 
le ciel et accuser les hommes ; gourmunder le vent et s'emporter 
I contre le temps (lorsque soi-même l'on a tort) ; oublier l'antiquité 
I pour des innovations, dire oui avec la bouche et non ^ans le fond du 
[cœur; porter dans le cœur le venin et sur le visage la bienveillance; 
I prendre le ciel et la terre à témoin des plus mauvaises pensées, et 
i commettre des actions criminelles sous les yeux des Esprits ; s'aban- 
j donner sans mesure aux voluptés ; salir, au contraire, la nourriture 
1 des autres et les faire souffrir de la faim, ou les repaître de fausses 
I doctrines ; avoir faux poids et fausse mesure ; demander toujours et 
efre insatiable ; se vanter et se donner des airs de grandeur, et porter 
sans cesse l'envie dans le cœur; aimer et haïr par intérêt propre : 




I ■ 1 



*''^' "'STOIRK UNIVERSELLE fLlv. XX. Philos,, poet , 

laire du mal aux enfants H uialtrailor des iiouveau-nés : - co so,,, 
a dei actions qui méritent dètre punies suivant leur degré de rési! 
tance au Tao des actions qui abrègent la vie et avancent la mort 
même après la mort la punition, si tout nest pas expié, passe a„ 
fils et aux pet,ts-fils ; l'esprit décédé lui-même erre aussi longtem 
autour des tombeaux ou dans les éléments,, et apparaît on dive 
tant^mes Les Espr.ts recueillent les bonnes pensée, tout commo 
reprochent et poursuivent les mauvaises. Le bien suit le repentir 
amendement; cest ce qu'on appelle la conversion du mal au bien 
L homme vraiment heureux et bon voit du bien, dit du bien, fait di, 
b.en et se reunit après la mort aux saints ; h malheureux, au con- 
traire, le méchant, voit du mal, dit du mal, fait du mal et se réunit 
aux Esprits mauvais. Comment ne pratiquerait-on pas la vertu H« 
Nous verrons plus loin ce que la philosophie de Lao-tseu est de- 
venue entre les mains de ses disciples. 

Confucius ou Cong-fu-tseu, et, par abréviation, Coung-tseu, doni 
es descendants subsistent encore à la Chine, naquit l'an r>51 et mo„. 
rut 1 an 479 avant l'ère chrétienne, contemporain des prophètes Da- 
niel, Ézechie, Aggée, Malachie, Esdras, et du philosophe m 
Anaxagore. Il voyagea beaucoup, remplit à différentes fois les plu. 
hautes magistratures, éprouva c'es disgrâces, manqua quelquefois d,, 
nécessaire, vécut dans la solitude et y mourut à l'âge de soixante- 
treize ans, après avoir rédigé ou mis en ordre les livres canoniques 
ae la Chine. Il s était proposé le même but que Lao-tseu, rétablirJa 
doctrine des anciens et y ramener les mœurs publiques et privées 
mais 11 pi.t une voie différente. Lao-tseu avait commencé par ce qui! 

^' K. .P'"' ''*'''■'''' P"' '^ ''"^^""^ ^" '^^^ ou du Verbe dans toutf ., 
sibhmite. Mais les hommes de son temps n'étaient plus capables d. 
ces hautes contemplations. Il n'y eut que quelques individus de l„ 
maison des sages qui les goûtèrent. Koung-tseu résolut de prendiv 
ses contemporains où ils en étaient ; de les porter d'abord, par se. 
paroles et ses exemples, à une réforme moule et rituelle, pour le, 
élever ensuite graduellement aux hauteurs de l'intelligence 

A l'âge de trente ou trente-cinq ans, il alla trouver Lao-tseu nom 
le consulter sur les rites des anciens. Le vieillard , qui connaissait, 
méprisait son siècle, lui répondit ironiquement : « Il y a longtemn. 
que les hommes dont vous parlez ne sont plus; il y a longtemps ql 
leurs ossements sont ombés en poussière, et il ne reste plus d'm 
que des maximes stériles. Le sage doit suivre le temps et se plier am 

mLTl ^^tfT'- ^". ^^'""^P"^'' «' '*"* P'if^es, traduit du cliinoLs. Winriisoh- 
mann, p, 414 et sniv.intes. 



Mém. sur LaO' 



is. WinriiMi- 



IhiM. Ue ia eonlllllé., DE L'I^GLISE CATHOLIQUE. 153 

llicoiistances, en profiter si elles sont favorables, et se dérober à la 
jtempête dans le cas contraire. On cache avec soin un trésor qu'on 
[vient de découvrir et on n'en laisse rien apercevoir : ainsi la vertu 
jprincipale consiste à paraître comme un insensé. Quittez cet extérieur 
[superbe, ces prétentions excessives, ces projets qui , après tout , ne 
[mènent plus à rien. Voilà ce que je puis vous dire ; profitez-en. » 
[L'on ne sait quel effet produisit sur l'âme de Confucius cette réponse 
[amèrf et sévère. Lui-même s'en expliqua là-dessus d'une manière 
[cnigmalique avec ses disciples, quand il dit : « Je ne m'étonne point 
[que les oiseaux volent, que les poissons nagent et que les bêtes des 
Ichamps marchent. Je sais qu'on prend les poissons avec des filets , 
les bêtes fauves avec des rets , et qu'on tue les oiseaux à coups de 
[llèches. Mais quant à ce qui regarde le dragon, j'ignore comment il 
jcsl porté à travers les vents et les nuages, et s'élève jusqu'au ciel. J'ai 
[vu Lao-tseu : il est semblable au dragon *. » 

Quand on pense que, dans l'antique symbolisme des Chinois , le 
Idragon était un emblème célèbre des esprits célestes, Lao-tseu n'est 
jpoint ravalé par cette comparaison : et Confucius avoue en même 
■temps qu'il n'est pas capable de le suivre partout dans ses hauteurs 
t ses profondeurs. 

Confucius eut jusqu'à trois mille disciples ; dans ce nombre il en 
[distingua soixante-douze, et puis douze autres plus spécialement en- 
Wre. Ces disciples étaient la plupart des hommes faits, qui venaient 
|e consulter quand ils voulaient et sur quoi ils voulaient. Il n'était pas 
liécpssaire qu'ils demeurassent avec lui ; c'était assez qu'ils lui eus- 
jsent parlé et qu'ils se fussent déclarés pour la doctrine des anciens. 
Je n exige des hommes que ce qu'il faut en exiger , disait-il. La 
jdoctrinu que je tâche de leur inculquer est celle que nos anciens ont 
Inseignée et qu'ils nous ont transmise ; je n'y ai rien ajouté et je n'en 
.('lie rien. Je la transmets à mon tour dans sa pureté primitive. Elle 
j(st immuable ; c'est le Ciel même qui en est l'auteur. Je ne suis, par 
iiapport à elle, que ce qu'est un agriculteur par rapport à la semence 
feqn'il confie à la terre. Il ne dépend pas de lui de donner à la semence 
||iiiie forme différente de celle qu'elle a, de la faire germer, croître et 
jlhictifier; il la met en terre telle qu'elle est , il l'arrose et lui donne 
Ises soins: c'est tout ce qu'il peut faire ; le reste n'est pas en son pou- 
|voir. Depuis Yao et Chun, la sainte doctrine a coulé sans interrup- 
tion jusqu'à nous : faisons-la couler à notre tour pour la transmettre 
it ceux qui viendront après nous. Eux, à notre exemple, la transmet- 
■tiont à ieurs descendants ; et, de générations en générations, elle ré- 

Mém. sur Lao-tseu, Wlndisoh., p. 394. 



1 'i~r 



*** HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv. XX. Pl.llos.. poèt., , 

pandra sa lumière et ses influences sur la terre , jusqu'à ve qu'ell, 
remonte au Ciel où elle a pris sa source. Attachons-nous au trône 
plutôt mourir que de nous en séparer *. » 

Il enseignait, non point à des heures fixes ni dans une forme dé 
terminée, mais suivant les occurrences et par manière de conversa 
tion. Un jour , qu'il était ainsi à discourir sur certains usages de la 
haute antiquité, le roi de sa province lui demanda pourquoi les an 
ciens empereurs avaient établi l'usage de joindre les ancèti-es au Cùi 
dans les sacrifices qu'ils offraient. 

« Le Ciel, lui répondit Koung-tseu, est le principe universel ; ije^t 

la source féconde de laquelle toutes choses ontdécoulé. Les ancêtre^ 

sortis de cette source féconde, sont eux-mêmes la source des gén, ' 

rations qui les suivent. Donner au Ciel des témoignages de sarecoii. 

naissance est le premier devoir de l'homme ; se montrer reconnais 

sant envers les ancêtres en est le second. Pour s'acquitter en mm 

temps de ce double devoir et en inculquer l'obligation aux généra 

tions futures, le saint homme Fou-hi établit des cérémonies en l'hoii 

neur du Ciel et des ancêtres ; il détermina qu'immédiatement apm 

avoir offert au C/mng-ti, on rendrait hommage aux ancêtres 5 mais 

comme le Chang-ti et les ancêtres ne sont pas visibles aux yeux dii 

corps, il imagina de chercher, dans le ciel qui se voit, des emblèmes 

pour les désigner et les représenter. 

« Avant que vous alliez plus loin, interrompit Ting-Koung, dites- 
moi, je vous prie, pourquoi l'on n'honore pas le Chang-ti (l'empereur 
auguste) de la même manière partout? 

« Par la raison, répondit Koung-tseu, qu'il faut que, dans le céré- 
monial qui s'observe, il y ait une différence marquée entre le fils du 
Ciel (l'empereur) et les autres souverains. Le fils du Ciel, en oftraiit 
au Chang-ti, représente le corps entier de la nation; il lui adres,* 
ses prières au nom et pour les besoins de toute la nation. Les aute 
souverains, ne représentant chacun que cette portion particulière df 
la nation qui a été contiée à ses soins , ne prient le Chang-ti qu'au 
nom et pour les besoins de ceux qu'ils représentent. Je reviens à rf 
que je vous disais : le Chang-ti est représenté sous l'emblème géné- 
ral du ciel visible ; on le représente aussi sous les emblèmes particu- 
liers du soleil, de la lune et de la terre , parce que c'est par leur 
moyen que les hommes jouissent des bienfaits du Chang-ti pour l'en 
tretien, l'utilité et les agréments de la vie. 

« Par sa chaleur bienfaisante, le soleil donne l'âme à tout, vivifi, 

> Vie de Confucius ou Koungtsée, par le P. Amiot, t. 12 des Mémoires sur k 
Chinois, p. ;1'44. 



tmoires sur hs\ 



jliist. de la gentilité.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUK. 155 

|toiit. Il est à nos yeux ce qu'il y a de plus brillant dans le ciel ; il nous 
éclaire pendant le jour ; et, comme s'il ne voulait pas cesser un \u- 
stantdenous éclairer, il semble avoir substitué la lune pour suppléer 
là son absence et tenir sa place pendant la nuit. En observant leurs 
jcours et en les combinant l'un avec l'autre, les hommes sont parve- 
jniis à distinguer les temps pour les ditt'érentes opérations de la vie 
Icivile, et à fixer les saisons pour ne pas confondre l'ordre des cultu- 
jros qu'ils doivent à la terre, afin d'en tirer avec plus de profit la sub- 
jsistance dont elle les gratifie si libéralement. 

« Dans l'intention de témoigner leur sensibilité et leur reconnais- 
Isance d'une manière qui eût quelque analogie aux bienfaits et qui fût 
Ipropi-e à en rappeler le souvenir, les anciens, en établissant l'usage 
Idoffrir solennellement au Chang-ti, déterminèrent le jour du solstice 
Id'hiver, parce que c'est alors que le soleil, après avoir parcouru les 
jdoiize palais que le Chang-ti semble lui avoir assignés pour sa de- 
Inieiire annuelle, recommence de nouveau sa carrière pour recom- 
|iiiencer à distribuer ses bienfaits. 

« Après avoir satisfait en quelque sorte à leurs obligations envers 

Ile Chang-ti, auquel, comme au principe universel de tout ce qui 

icxiste, ils étaient redevables de leur propre existence et de ce qui sert 

là l'entretenir, leurs cœurs se tournaient comme d'eux-mêmes vers 

Iceuxqui, par voie de génération, leur avaient transmis successivement 

llii vie. Ils fixèrent en leur honneur des cérémonies respectueuses 

jpour être comme le complément du sacrifice offert solennellement 

au Chang-ti ; et c'est par là que se terminait cet acte auguste de la re- 

pgionde nos premiers pères. LesTcheou jugèrent à propos d'ajouter 

quelque chose à ce cérémonial ; ils instituèrent un second sacrifice 

Iqui devait être offert solennellement au Chang-ti, dans la saison du 

jprintemps, pour le remercier en particulier des dons qu'il fait aux 

jliommes par le moyen de la terre, et pour le prier d'empêcher que 

Iles insectes, qui commencent alors à se mouvoir et à chercher leur 

Tiiouriiture, ne nuisissent à la fécondité de la mère commune. Ces deux 

Isacrifices ne peuvent être offerts dans le Kiao, avec solennité, que 

[lar le fils du Ciel ; le roi de Luu ne doit ni ne peut les offrir. C'est 

|])ar cette prérogative attachée à sa dignité, que le fils du Ciel diffère 

pdes autres souverains. 

^ « Je comprends tout cela, dit Ting-Koung; continuez-moi vos in- 
|structions sur cet article important, et mettez-moi au fait de ce qui 
iconcerne le Kiao, le 7'an, les victimes, les ustensiles et les autres 
|choses qui servent au fils du Ciel lors des grands sacrifices. : . 
^ « Ce qu'on appelle Kiao, répondit Koung-tseu, est aujourd'hui un 
|t(lifice entouré de murailles, dans l'enceinte duquel est une élévation 




•1 



\h IKI 




^ -'^ HÎSTOIRE UNIVERSELLE [Liv. XX. Philos., poii. J 

à laquelle on a donné le nom de Tan. On a choisi, pour la construcl 
tion de cet édifice, un endroit hors des murailles de la ville, du côt« 
du sud, parce que le Chang-ti est représenté sous l'emblème du so- 
leil, et que le soleil se montre ei paraît faire son cours dans cette par- 
tie du ciel. On a dressé dans l'enceinte de cet édifice le Tan, et on lui 
a donné une forme ronde, pour faire entendre que les opérations dy 
ciel et de la terre, dirigées par le Chang-ti pour l'avantage de toutcf 
qui existe, étaient sans fin, se suivant et se succédant sans interrup. 
tion, recommençant ensuite pour se suivre et se succéder encore avec 
la même régularité. 

« Pour le grand sacrifice, que le fils du Ciel offre le jour du so^ 
stice d'hiver, un jeune taureau, dont les cornes commencent seule. 
ment à pousser, qui soit sans aucun défaut extérieur et d'une couleur 
tirant sur le rouge, est la seule victime qu'on doit immoler, après 
qu'elle aura été nourrie pendant l'espace de trois mois dans l'enceinte 
du /Ciao. Un bœuf, quel qu'il soit, suifit pour le sacrifice moins so- 
lennel que, depuis les Tcheou seulement, le fils du Ciel offre au Chan,»- 
ti dans la saison du printemps, en reconnaissance des bienfaits doiit 
il nous comble en particulier par le moyen de la terre. 

« Par tout ce que je viens de rappeler à Votre Majesté, elle com- 
prendra sans doute que sous quelque dénomination qu'on rende If 
culte, quel qu'en soit l'objet apparent et de quelque nature que soienl 
les cérémonies extérieures, c'est toujours au Chang-ti qu'on le rend; 
c'est le Chang-ti qui est l'objet direct et principal de la vénération 
« Je n'ai pas le moindre doute sur cet article, reprit Ting-Koiiiif!, 
Achevez, je vous prie, et dites-moi surtout pourquoi le fils du Cid 
fait les cérémonies en l'honneur de ses ancêtres dans l'enceinte du 
même Kiao. 

« L'usage de rendre hommage aux ancêtres dans l'enceinte même 
du ICiao, repartit Koung-tseu, est de temps immémorial. On a eu 
en vue, en l'établissant, de prendre à témoin ceux à qui on était rt 
devable et de la vie, et de 3e que l'on était dans l'ordre civil, qu'on 
n'avait rien changé à leurs sages institutions. Avant le sacrifice, onles 
avertit de ce que l'on va faire ; après le sacrifice, on leur annonce ci 
que l'on a fait. En les avertissant de ce que l'on va faire, on est censt 
demander l<^urs ordres pour ne le faire que dans le temps etdels 
manière dont ils l'auront eux-mêmes prescrit; et en leur annonçani 
se que l'on a fait, on est censé leur donner la preuve d'une entière 
soumission à leur volonté, puisqu'il ne s'est fait que ce qu'ils avaienl 
ordonné, dans le temps et de la manière dont|ils ravalent ordonni^' 

> Vie de Confwius, p. 202-207. 



Jiist. a« la gentillté.] DE L'ÉGLISB CATHOLIQUE. 157 

On voit ici de quelle manière Confucius entiidait le culte rendu 
|aux esprits et aux ancêtres. 

Interrogé par un autre roi sur la nature de l'homme, il distingua 
Itrois choses, le corps, le souffle de vie et la substance intellectuelle, 
jet termina ainsi sa réponse : « L'homme n'était parvenu au terme de 
jla plénitude de la vie que par degrés et par voie d'expansion ; il n'ar- 
jrive de même que par degrés et par voie de dépérissement, au terme 
Ide la destruction. Cette destruction, toutefois, n'est pas une destruc- 
Ition proprement dite, c'est une décomposition qui remet chaque 
jsubstance dans son état naturel. La substance intellectuelle remonte 
jaii Ciel, d'où elle était venue ; le Ki ou le souffle se joint au fluide 
laérien, et les substances humides et terrestres redeviennent terre et 
jeau. L'homme, disent nos anciens sages, est un être à part, dans le- 
Iquel se réunissent les qualités de tous les autres êtres. Il est doué 
|d'intelligence, de perfectibilité, de liberté, de sociabilité ; il est capa- 
jble de discerner, de comparer, d'agir pour une fin et de prendre les 
jraoyens nécessaires pour arriver à cette fin. Il p it se perfectionner 
[ou se dépraver, suivant l'usage bon ou mauvais qu'il fera de sa li- 
Iberté; il connaît des vertus et des vices, et sent qu'il a des devoirs à 
liemplir envers le Ciel, envers soi-même et envers ses semblables. 
IS'il s'acquitte de ces différents devoirs, il est vertueux et digne de 
jrécompense ; il est coupable et mérite châtiment, s'il les néglige. 
IVoilà , seigneur , un très-court abrégé de ce que je pourrais vous 
(dire sur la nature de l'homme *. » 

Nous avons vu ailleurs que les antiques sages de la Chine n'igno- 
jraient pas que l'homme était déchu. Ils n'ignoraient pas non plus 
Iqu'il devait venir un Saint, un Rédempteur, envoyé du Ciel pour ré- 
I parer toutes choses. 

« Qu'elle est grande la voie du Saint! s'écrie Confucius. Elle est 
j comme l'Océan, elle produit et conserve toutes choses; sa subUmité 
! louche au ciel. Qu'elle est grande et riche !... Attendons un homme 
qui soit tel qu'il puisse suivre cette voie; car il est dit que, si l'on 
n'est doué de la suprême vertu , on no peut parvenir au sommet de 
I la voie du Saint 2. » • 

Après avoir i)lusieurs fois rappelé ce saint homme qui doit venir, il 
I ajoute : « Il n'y a dans l'univers qu'un saint qui puisse comprendre, 
liolairer, pénétrer, savoir et suffire poi'.i- gouverner ; dont la magna- 
nimité, l'affabilité, la bonté contieiinent tous les hommes ; dont l'é- 
iiergie, le counige, la force et la constance puissent sufllre pour 



I '4 



' Vin tic Confucius, p. 'i77. — - L'invariable milieu, liuiluit pur Abel Itétmi- 
sat, [). !»i. 



I ; 



i. 



**' HISTOIRE UNIVERSELLE LLiv. XX. Philos., poèiJ 

commander ; dont la pureté, la gravité, l'équité, la droiture suflisem 
pour attirer le respect; dont l'éloquence, la régularité, l'attention 
l'exactitude suffisent pour tout discerner. Son esprit vaste et étendu 
est une source profonde de choses qui paraissent chacune en leiJ 
temps. Vaste et étendu comme le ciel , profond comme l'abîme, J 
peuple, quand il se montre, ne peut manquer de le respecter : s'il 
parle, il n'est personne qui ne le croie ; s'il agit, il n'est personne 
qui ne l'applaudisse. Aussi, son nom et sa gloire inonderont bientôt 
l'empire et se répandront jusque chez les barbares du midi et du 
nord, partout où les vaisseaux et les chars peuvent aborder, où lej 
forces de l'homme peuvent pénétrer, dans tous les lieux que le ciel 
couvre et que la terre supporte, éclairés par le soleil et la lune, M 
tihsés par la rosée et le brouillard. Tous les êtres qui ont du sangel 
qui respirent, l'honoreront et l'aimeront, et l'on pourra le compara 
au Ciel (à Dieu) *. » ' 

Un jour le ministre d'un roi consulta Confucius, et lui dit : Oinai-I 
tre, n'èt s-vous pas un saint homme? Il répondit : Quelque effort qmi 
je fasse, ma mémoire ne me rappelle personne qui soit digne de ce 
nom. — Mais, reprit le ministre, les trois rois (fondateurs des trois! 
premières dynasties) n'ont-ils pas été des saints ? — Les trois rois,, 
répondit Confucius, doués d'une excellente bonté, ont été remplis 
d'une prudence éclairée et d'une force invincible; mais moi, Khièotil 
(petit), je ne sais pas s'ils ont été des saints. Le ministre reprit : Les 
cinq seigneurs n'ont-ils pas été des sa'nts ? — Les cinq seigneurs 
dit Confucius, doués d'une excellente bonté, ont fait usage d'une i 
chanté divine et d'une justice inaltérable; mais moi, A-^i^om. je ne 
sais pas s'ils ont été des saints. Le ministre lui demanda encore : kl 
trois Auguste n'ont-ils pas été des saints? — Les trois Auguste, ré- 
pondit Confucius, ont pu faire usage de leur temps; mais moij 
ATiîeoM, j'ignore s'ils ont été des saints. Le ministre, saisi de surprise'! 
lui dit enfin ; S'il en est ainsi, quel est donc celui que l'on peut ap- 
peler saint? Confucius, ému, répondit pourtant avec douceur àccltc 
question : Moi, Khiêou, fai entendu dire que, dans les contrées occi- 
dentales, il y avait (ou il y aurait) un saint homme, qui, sans exer- 
cer aucun acte de gouvernement, préviendrait les troubles; qui, 
sans parler, inspirerait une foi spontanée; qui, sans exécuter de 
changements, produirait naturellement un oeéan d'actions (méritoi- 
res). Aucun homme ne sauraitdire son nom; mais moi, A^^iVom, j'ai 
entendu dire que c'était là le véritable saint ^. » 
Cette parole remarquable de Confucius. d'upW.s laquelle le sain! 

» Vinvariable milieu, iiol., p. 102. — « iWd., p. H4, etc. 



Ibi^l. de la gentilj 



hii. de la gentilité.] DE L'EGLISE CATHOLIQUE. 159 

jdevait paraître à l'occident de la Chine, précisément du côté où se 

Irouve la Judée, est consignée jusque dans quatre ouvrages chinois. 

I Voici qui n'est pas moins curieux. Dans l'écriture chinoise, il est 

lune classe propre d'anciens caractères prophétiques et typiques que 

Iles sectateurs de Fo, Boudda, ont appliqués à son incarnation. Ils se 

Iservent en particulier d'un caractère principal de cette espèce; mais 

Jce caractère, combiné avec le signe descendre, s'humilier, et celui de 

tmître, prendre vie, est, comme le dit Tschang-tsien, très-ancien, et 

Iles sectaires l'ont appliqué à Fo, mais ils ne l'ont point inventé. Il 

lajoute : « Les anciens ont employé ce caractère d'écriture pour dé- 

jsigner celui qui par sa richesse enrichit les autres, et par sa dignité 

jet son excellence les ennoblit. Le nom de saint, ditWan-Ki, désigne 

Icehii qui connaît tout, voit tout, entend tout. Ses pensées sont par- 

Ifaitement vraies, ses actions parfaitement saintes. Sa parole est doc- 

Ifrine, son exemple est règle. Il réunit trois ordres d'êtres, possède 

Itout bien. Il est tout céleste et merveilleux. Le livre Tchao-sin-tu- 

jlioei dit : Le saint est si élevé et si profond qu'il est inscrutable. Il est 

Ile seul dont la sagesse n'ait point de bornes. L'avenir est clair devant 

jses yeux. Son amour embrasse l'univers et le vivifie comme le prin- 

jtemps. Il est un avec le fhian (le Ciel, Dieu). Suivant le livre Lun- 

Ihen, le cœur du Thian est dans la poitrine du saint, et la doctrine 

jdu Thian sur ses lèvres. Le monde ne peut pas connaître le Thian 

Jsans le saint. Suivant l'Y King, il n'y a que le saint qui puisse offrir 

jau Chang-ti un sacrifice agréable. Les peuples attendent le saint, dit 

iMeng-tseu, comme des plantes flétries les nuées et la pluie. 

On pourrait peut-être dire qu'on entend par là un saint comme 
jko, Chun ou Confucius ; mais comment entendre alors ces paroles 
Iqiiise lisent dans la 'préface d'un célèbre ouvrage de philosophie, 
Iconiposé par un empereur : « Avant h naissance du saint, le Tao (le 
IVerbe) résidait dans le ciel et dans la terre : depuis la naissance du 
Isaint, c'est en lui que le Verbe réside ? » Comment entendre les pa- 
Iroies du grand commentaire sur le Chou-King : « Le ïhiau est le 
Isaint invisible , le saint est le Thian devenu visible et enseignant les 
Ihommes ? » Comment cette glose sur l'Y-King : « Cet homme est le 
jThian, et le Thian est cet homme ? » Comment, en outre, ces expres- 
Isions : L'homme divin, l'homme céleste, l'homme unique, l'homme 
jpar excellence, le plus beau des hommes, le vrai homme, l'admira- 
|We, le premier-né , etc.? Comment enfin ces expressions si souvent 
jusitées et par tant d'écrivains : Il renouvellera le monde, changera 
-OS nuf-urs, expiera les péchés du monde, moun'a dans l'opprobre et 
|iii douleur, ouvrira le ciel, etc. ? ■' 

Outre ce caractère principal du genre typicpie , il eii est encore 



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100 HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv. XX. Philos.. poëUel| 

beaucoup d'autres qui ne doivent pas moins être considérés comniel 
des combinaisons suivant une tradition primitive ; par exemple, lif 
mage d'une nuée de pluie, de laquelle sort l'image d'un enfant dans 
le sein maternel, signifie désiré. Et à côté se voit le personnage qui! 
attend; c'est l'image de l'homme, d'un sage selon l'ancienne doc- 
trine. De plus, une figure humaine sur le signe dix (qui est unt 
croix -j-)j placé au-dessus d'un cœur, signifie amour, miséricorde! 
Un grand nombre do caractères typiques se groupent autour de l'i. 
mage de l'agneau. Avec celle de nourriture, cela veut dire nourri] 
turedu peuple; avec le signe de moi, justice; avec le signe dix (unij 
croix), au-dessus du vase du sacriiice, grande justice; combiné avw 
l'image de l'homme, celui qui pardonne dans son cœur; dans l'image 
de la prison, chargé d'iniquités. Le Chouven ajoute : C'est aussi! 
nom d'un peuple dans le Ta-tsin (la grande Chine, l'Occident, l'em- 
pire romain), qui est plein de charité; or, la charité est le gérait | 
d'une longue vie ; et ce peuple a un roi qui ne meurt jamais. 

L'idée d'une vierge, mère du saint, revient fréquemment, non- 
seulement dans la tradition chinoise, mais encore dans les Kings, li- 
vres canoniques rédigés par Confucius. Les saints, les sages, les li- 
bérateurs des peuples naissent de vierges. Les saints et les sages, dit I 
le Chouven, furent appelés fils de Dieu (fils du Ciel, Thiaa-tseiii, 
parce que leurs mères les avaient conçus par la puissance du Ciel, 
Kog-yang-tseu dit encore plus clairement : « Le saint n'a point de 
père, il est conçu par l'opération du Ciel. » On attache tant de pii\ 
à cette idée, que chaque dynastie attribue volontiers cette préroga- 
tive à son fondateur. Enfin, dans la Chine comme dans l'Inde, 
reconnaît qu'il faut une conception et une naissance pures. Aussi les 
noms de la vierge sans tache sont-ils remarquables ; elle est appelé | 
la beauté attendue, la vierge qui s'élève, la vierge pure, la feli( 
universelle, la grande fidélité, qui a sa parure en elle-même. Le| 
Chi-King chante de la mère de Hoang-ti, un des empereurs à moitii 
fabuleux : « Elle offrit sa prière et son sacrifice pour que le Désirt 
vhit, et, pendant qu'elle était remplie de cette grande pensée, le sou- 
verain Seigneur (Chang-ti) l'exauça, et, dans le moment et le lieiil 
même, elle sentit ses entrailles ébranlées et fut pénétrée d'un respe(-| 
tueux frémissement. Elle conçut ainsi Hoang-ti et enfanta, loisqui 
son temps fut venu, son premier-né, comme un tendre agneau, sai^ 
lésion, sans eflbrt, sans douleur et sans tache. Merveille céleste ! Hé 
le souverain Seigneur n'a qu'à vouloir... La tendre mère l'enfaiitiil 
dans une cabane près du chemin ; des bœufs et des agneaux le n- 
rhauffèrenl de leur haleine; les habitants du bocage accournrenl| 
malgré la rigueur du froid ; les oiseaux volèrent auprès de rcnfaiil 






(si, de la gentilité.] DE L'ËGLISË CATHOLIQUE. 161 

tor le couvrir de leurs ailes; mais lui-même fit entendre sa voix au 

lin, etc. » Ces chants et d'autres semblables du Chi-King, en l'hon- 

ur de mères-vierges et de leurs célestes fils, ne sont, suivant tou- 
h les apparences, que des applications d'une antique prophétie, 
>it les vestiges se rencontrent chez les peuples les plus civilisés 

l'Orient et jusques en Amérique. Une glose du Chi-King ajoute : 
JLe Thian (le Ciel) veut manifester sa puissance et montrer combien 

saint est au-dessus des autres hommes. » Le nom de la mère 

Hoang-ti est composé, au reste, de deux caractères : le pre- 

hier contient un agneau et une vierge, l'autre une source et une 

jerge. Le caractère niu, qui y revient deux fois, désigne une fille 

Jiine vertu pure, les mains jointes, modestement assise, calme et 

léchissant *. 

Quant à la morale, voici quelle était en substance celle de Con- 
nus. « Je ne vous enseigne rien, disait-il au grand nombre, que ce 
bevous apprendriez de vous-mêmes, si vous ne faisiez qu'un légi- 
Jme usage des facultés de votre esprit. Rien de si naturel, rien de si 
impie que les principes de cette morale dont je tâche de vous incul- 
jiier les salutaires maximes. Tout ce que je vous dis, nos anciens 
^es l'ont pratiqué avant nous ; et cette pratique, qui, dans les 
Imps reculés, éta:' universellement adoptée, se réduit à l'observa- 
011 des trois lois fondamentales de relation entre les souverains et 
h sujets, entre les pères et les enfants, entre l'époux et l'épouse, et 
1 la pratique exacte des cinq vertus capitales qu'il suffît de vous 
bmmer pour vous faire naître l'idée de leur excellence et de la né- 
bssitédeles exercer. C'est l'humanité, c'est-à-dire cette charité 
liivci'selle entre tous ceux de notre espèce, sans distinction ; c'est la 
listice, qui donne à chaque individu de l'espèce ce qui lui est légi- 
|iiit'nient dû, sans favoriser l'un plutôt que l'autre j c'est la confor- 
lité aux cérémonies et aux usages établis, afin que ceux qui vivent 
lisemble aient une même manière de vivre et participent aux mêmes 
hautages comme aux mêmes incommodités ; c'est la droiture, c'est- 
Wire cette rectitude d'esprit et de cœur qui fait qu'on cherche en 
but le vrai et qu'on le désire, sans vouloir se donner le change à soi- 
pme ni le donner aux autres ; c'est enfin la sincérité ou la bonne 

c'est-à-dire cette franchise , cette ouverture de cœur mêlée de 
pliance, qui excluent toute feinte et tout déguisement, tant dans la 
hiduite que dans le discouis. Voilà ce qui a rendu nos premiers 
jistituteurs respectables pendant leur vie, et ce qui a immortalisé 

' Windlschniann, p. :j(i3ct auivuntes. Mémolic manuscrit des H. P, jésuites de 
Chine. 



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11 



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*62 HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv. XX. Philos., poet., 

leurs noms après leur mort. Prenons-le? pour modèles, faisons 

nos efforts pour les imiter *. » 

^ De retour dans son pays natal, le royaume de Lou , Confuci 

s'occupa constamment du soin de mettre en ordre les cinq Kings 

livres sacrés des Chinois. L'Y-King est un commentaire sur une, 

pèce d'écriture algébrique en lignes brisées ou entières, attribuée 

Fo-hi ; le Chou-King, traité de morale politique, tiré de l'histoire 

la Chine, depuis Yao jusqu'au temps de Confucius; le Qii-King,, 

cueil d'anciens cantiques ; le Li-King, recueil des anciens rites ; h 

King, traité de l'ancienne musique. Ce dernier est perdu. Outre, 

cinq ouvrages, qui sont devenus les livres canoniques de toutlei 

pire chinois, Confucius en fit un sixième sur l'histoire du royaume, 

lou, sa province natale. Ce qui fait que l'on compte quelquefois a 

Atngs. 

Quand il eut conduit ce grand travail au degré de perfection 

il le voulait, Confucius cessa d'écrire et ne pensa plus qu'à se disf. 

ser à la mort. Mais en terminant sa carrière littéraire , il crut qu 

était de son devoir de remercier le Ciel de lui avoir donné assez i 

Vie et de force pour pouvoir la fournir jusqu'au bout. II assenilil 

'CMX de ses disciples qui lui étaient les plus attachés et sur lesquelsi 

comptait le plus pour la publication de sa doctrine après sa mort; 

et les ayant conduits au pied de l'un de ces antiques tertres près d 

quel on avait construit un Ting ou pavillon pour en conserver km 

moire, il leur enjoignit d'y dresser un autel. L'autel dressé, il y é 

posa les six Kings ; puis, se mettant à deux genoux, la fiice tounii 

du côté du nord, il adora le Ciel, et le remercia, avec les sentimeni 

de la plus sincère reconnaissance, du bienfait insigne qu'il lui ai 

accordé en prolongeant le cours de sa vie autant de temps qu'il 

fallait pour pouvoir compléti^r l'objet qui seul lui faisait désirer de 

vre. Il s'était disposé à cette pieuse cérémonie par la purification 

par le jeûne; il la termina par l'offrande entière et sans réserve 
son travail 2. » 

Après les cinq livres canoniques du maître, viennent quatre liv 
de son école : 1° le Ta-hio ou la grande science, qui traite on pat. 
ticuher de la néœssité de se connaître et de se gouverner soi-iiiê 
avant de penser à éclairer les peuples et à gou\erner les empires, 
premier chapitre est le propre texte do Confucius ; les dix aiil.„, 
n'en sont (pie des développements par son disciple Tseiig-tseii 
2^ l'invariable milieu, rédigé par un pHil-fils de Confucius, Tseu-sJ 
d'après les instructions de son grand -père. Il y est traité avecprfr 



' Vie de Confucius, p. 139.— 'i TbiiL, [i. HW. 



y. de la gentililé.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 1«3 

[fondeur de l'éternel milieu ou de la raison et de la sagesse vérita- 
Vs, des moyens de s'y affermir et d'éviter ou de vaincre tous les 
Urémes dans la route de la science et de la vertu; 3» le Lun-yuou 
livre des entretiens, qui renferme des entretiens de Confucius avec 
ies disciples 5 4» les écrits de Meng-tseu ou Mencius. ,^.s .>,4 
Meng-tseu naquit l'an 398, environ quatre-vingte ans après la 
nort de Confucius, et mourut l'an 314 avant l'ère chrétienne, con- 
temporain de Platon et d'Aristote. Il recueillit l'héritage de Confu- 
lius en développant ses principes, comme Confucius avait recueilli 
l'héritage des plus anciens. Aussi est-il honoré à la Chine comme le 
deuxième saint, Confucius étant regardé comme le premier. Sa ma- 
liière d'argumenter est une espèce d'ironie. Il ne conteste rien à ses 
■adversaires ; mais en leur accordant leurs principes, il s'attache à en 
■tirer des conséquences absurdes qui les couvrent de confusion. Il ne 
■ménage même pas les grands et les princes de son temps, qui sou- 
jvent ne feignaient de le consulter que pour avoir occasion de vanter 
leur conduite, ou .pour ootenir de lui les éloges qu'ils croyaient 
Imériter. 

Le roi de Weï, un de ces princes dont les dissensions et les guerres 
jperpétuellos désolaient la Chine à cette époque, (ixposait avec com- 
jplaisance, à Meng-tseu, les soins qu'il prenait pour rendre son peu- 
jple lieureux, et lui marquait son étonnenient de ne voir son petit 
lÉtat ni plus florissant ni plus peuplé que ceux de ses voisins. 
j« Prince, lui l-épondit le philosophe, vous aimez la guerre; permet- 
Itfiz-moi d'y puiser une comparaison : deux armées sont en présence; 
Ion sonne la charge, la mêlée commence, un des partis est vaincu; la 
linoitié des soldats s'enfuit à cent pas, l'autre moitié s'arrête à cin- 
jquante. Ces derniers auraient-ils bonne grâce à se moquer des au- 
Iti-es qui ont fui plus loin qu'eux ?-- Non, répondit le roi ; pour s'être 
lai-rêtés à cinquante pas, ils n'en ont pas moins pris la fuite : la 
] même ignominie les attend. — Prince, reprit vivement Meng-tseu, 
[cessez donc de vanter les soins que vous prenez de plus que vos voi- 
jsins; vous avez tous encouru les mêmes reproches, et nul de vous 
n'est en droit de se moffuer des autres . 

Poursuivant ensuite ses mordantes interpellations ; Trouvez-vous, 
ilit-il au roi, qu'il y ait quelque ditïérence à tuer un homme avec un 
l)(\ton ou avec une épée ? — Non, répondit le prince. — Y en a-t-il, 
continua Meng-tseu, entre celui qui tue avec une épée, ou par une 
administration inhumaine ? — Non, répondit encore le prince. — Eh 
1 1)1011 , renrit Meuiï-tseUs vos ('uisines roi'orw'ent do viandes • vos haras 
sont remplis de chevaux, et vos sujets, le visage hâve et décharné, 
sont accablés de misère et sont trouvés morts de faim au milieu des 



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*6* HISTOIRE UNIVERSELLE [Llv. XX. Philos., poët,et| 

champs et des déserts. N'est-ce pas la élever des animaux pourdél 
vorer les hommes ? Et qu'importe que vous les fassiez périr par J 
i,'lciive ou par la dureté de votre cœur? Si nous haïssons ces aniniauj 
féroces qui se déchirent et se dévorent les uns les autres, comblej 
plus devons-nous détester un prince qui, devant, par sa douceur J 
sa bonté, se montrer le père de son peuple, ne craint pas d'éleverl 
des animaux pour le leur donner à dévorer ! Quel père du peiipJ 
que celui qui traite si impitoyablement ses enfants, et qui a moinsdel 
soin d'eux que des bêtes qu'il nourrit ! 

Un jour le roi de Tsi, s'informant près du philosophe des é\éih\ 
ments qui s'étaient passés à des époques déjà anciennes alors, 
parlait du dernier prince de la première dynastie, détrôné pari 
Tching-thang, et du dernier prince de la seconde dynastie, mis à| 
mort par Wou-wang, fondateur de la troisième. Ces faits sont-il< 
réels ? demanda-t-il à Mencius. — L'histoire en fait foi, répondit ce| 
lui-ci, — Un sujot mettre à i..o)'t son souverain ! cela se peut-il ? ré- 
pliqua le prince. — Le rebelle, repartit Meng-tseu, est celui qui on-, 
trage l'humanité; le brig.nd est celui qui se révolte contre la justice, 
Le rebelle, le brigand n'est qu'un simple particulier. J'ai ouï direquij 
le châtiment était, dans la personne de Cheou, tombé sur un parti- 
culier. Je ne vois pas qu'on ait en lui fait périr un prince. 

Près de dix-sept siècles plus tard, vers la fin du quatorzième del 
l'ère chrétienne, Houng-wou, le fondateur de la dynastie des MinJ 
lisant un jour Meng-tseu, tomba, dit-on, sur ce passage : « hl 
prince regarde ses sujets comme la terre qu'il foule aux pieds „„ 
comme les graines de sénevé dont il ne fait aucun cas ; ses sujets, à | 
leur tour, le regardent connue un brigand ou comme un ennemi! i 
Ces paroles choquèrent le nouvel empereur : « Ce n'est point ainsi, 
dit-il, qu'on doit parler des souverains. Ce!(î qui a tenu un pa..„ 
langage n'est pas digne de partager les honneurs qu'on rend au sagel 
Confucius. Qu'on dégrade Meng-tseu et qu'on ôte sa tablette dii[ 
temple du prince des lettrés ! Que nul ne soit assez hardi pour ... 
présenter à ce sujet des représentations, ni pour m'en transmettre, | 
avant qu'on ait percé i: une flèche celui qui les aura rédigées ! » 

Ce décret jeta la consternation parmi les lettrés ; un d'entre eiix.l 
nommé Thsian-tang, président de l'une des cours souveraines, rés(>| 
lut de se sacritier pour l'honneur de Meng-tseu ; il composa une re- 
quête dans laquelle, après avoir exposé le passage en entier, et 
expliquélevrai sens dans lequel il fallait l'entendre, il faisait leV 
bleau de l'empire au temps de Meng-tseu, et de l'état déplorable où 
l'avaient réduit tous ces petits tyrans sans cesse en guerre les uns 
avec les autres, et tous égalenient révoltés contre l'autorité légitime 



Abel Rémusat. 



Li, (le la gentllité.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 165 

Hes princes de la dynastie des Tcheou. « C'est de ces sortes de sou- 
lerains, disait-il en Unissant, et nullement du fils du Ciel que Meng- 
jseu a voulu parler. Comment, après tant de siècles, peut-on lui en 
jfaire un crime? Je mourrai, puisque tel est l'ordre; mais ma mort 

cra glorieuse aux yeux de la postérité. » 

Après avoir dressé cette requête et préparé sou cercueil, Tlisian- 

angse rendit au palais, et, étant arrivé à la première enceinte: « Je 
liens, dit-il aux gardes, pour faire des représentations en faveur de 

lleiig-tseu; voici ma requête; et, découvrant sa poitrine : Je sais 
i|uels sont vos ordres, dit-il ; frappez. » A l'instant un des gardes lui 
décoche un trait, prend la requête et la fait parvenir jusqu'à l'empe- 
k'ur, ù qui l'on raconta ce qui venait d'arriver. L'empereur lut at- 
leiitivement l'écrit, l'approuva ou feignit de l'approuver, et donna 
Ipsordres pour soigner Thsian-tang de la blessure qu'il avait reçue. 
En même temps il décréta que le nom de Meng-tseu resterait en 
possession de tous les honneurs dont il jouissait ^ 

Maintenant, la doctrine de Confucius et de Meng-tseu a-t-elle tou- 
jonrs été observée à la Chine ? quels effets y a-t-elle produits ? 

Voici d'abord un fait que racontent les historiens chinois : Un siè- 
Jcle après la mort de Meng-tseu, il s'éleva, pendant plus de vingt ans, 
inifi violente persécution contre les lettres et les lettrés. L'an 247 
Jivant l'ère chrétienne, un nouvel empereur, Chihoangti, réunit en 
Im seul empire la Chine, jusqu'alors divisée en plusieurs royaumes 
[jiii se faisaient presque toujours la guerre. C'est lui qui bâtit la 

rande muraille de quatre cents lieues de long, pour défendre le 
pays contre les incursions des Tartares. Atin de gouverner plus à 
Congre, il entreprit, dit-on, la trente-quatrième année de son ré- 
sine, d'abolir les anciennes histoires et les anciennes doctrines, en dé- 
liuisant les anciens livres, particulièrement ceux de Confucius. 
[Comme ces livres étaient écrits alors sur dei tablettes de bois, la dé- 
couverte et la destruction en étaient plus faciles. Plusieurs ouvrages 
périrent ainsi tout à fait, comme l'Yo-King du philosophe : d'autres 
hc furent retrouvés qu'en partie, comme le Chou-King. 

Quant à l'empire moral de la doctrine elle-même sur les esprits, 
|iin des plus fameux lettrés va nous l'apprendre. 

« Le Tahio, ou la grande science, dit Tchou-hi, n'est autre 
cliose que la doctrine des anciens sages ; elle apprend aux hommes 
[œ qu'il leur importe le plus de savoir. 

« Fou/n, Chinnoung, Hoangti , Yao et Chun reconnaissaient un 
[maître, arbitre souverain do tout ce qui est, et ils lui rendaient iiom- 

Abel Rémusat. Nouw Mélang. asiatiques, t. ?, art. Meng-tseu. 



I ! 



.; (1 







' 


' '^' *n 



^•® HISTOIRR UNIVERSELLE fLIv. XX. Philos., porte, | 

mapre. Placés par oo souverain à la tête de la nation, ils la pouvpf., 
naient en pères. Ils avaient à cœur les cérémonies, la musique et M 
rites, et ils en firent la base do leur législation... Les trois famillfs 
qui gouvernèrent après eux, je veux dire les fondateurs des trois 
dynasties, ffia, Chang et Tcheou , les imitèrent et les surpassèrent 
raénio ^ ceiiaiiyH égards. Dans ces temps heureux, le bon ordre A 
gfiail f%aks(.-.-!it dans la cour du souverain, dans les palais desgraiièl 
et dans les maisons des simples particuliers. 

« Et si la dynastie des Tcheou, d'où sont sortis tant d'illustres 1 
personnages, a produit aussi de méchants princ(!s, des princes indiJ 
gnes de régner ; s'il s'est pratiqué tant de vertus sous les bons rois qui 
l'ont illustrée, et s'il s'est commis tant de crimes sous les princes 
iniques qui l'ont déshonorée, c'est uniquement parce que les uns se | 
conduisaient suivant les principes de la ^ranrfe science, et que les an- 
très se laissaient conduire par leurs passions. 

« Cependant, dans ces temps nébuleux où la dynastie des Tchm\ 
était sur son déclin, pour avoir négligé la grande science, le Ciel ne | 
voulut pas abandonner tout à fjit les hommes à leur sens pervei-s; 
il fit naître Koungtsée, pour qu'il tâchât de rappeler sur la terre riii^ 
nocence et la vertu, qui semblaient en être bannies, en y renoiive-| 
lant le souvenir de la <7m<rfe science, qui était presque entièrenicr! 
perdu. 

(f Après la nT^rtde Koungtsée et de ses disciples, l'ignorance etl 
la corruption éteignirent le flambeau dont les sages s'étaient servis | 
pour éclairer la nation. Meng-tsée le ralluma, mais ce ne fut pas 
pour le faire briller longtemps ; il s'éleva quantité de fausses doctri- 
nes qui en obscurcirent l'éclat. Les sectateurs de ces fausses dodri-l 
nés se multiplièrent à l'infini et prévalurent sur le petit nombre de fl 
sages qui cultivaient la science des mœu.s, la grande science,! 
seule vraie science. Les sectaires , en débitant des choses (pii soni, 
en apparence, bien au-dessus de celles qu'on trouve dans le 7'«/i!(;J 
attirèrent à eux la multitude. — La plupart d'entre eux n'admettent | 
aucun être intellectuel pour premier principe des choses, et ne chir- 
chentsur la terre qu'à se procurer un honteux repos; ce sont des| 
hommes méprisables et vils, mutiles au genre humain , et qui \ù 
d'humanité que ce dont ils ne peuvent se dépouiller. 

« Il en est d'autres qui, pour se procurer des richesses et des lion- 1 
neurs, séduisent le peuple nar leurs prestiges, leurs artifices t;t leiiB 
vains raisonnements. 

« Après Meng-tsée, les semenees de !a saine doctrine que cr fa^r 
avait lait germer d.' nouveau, furent étouffées par les mauvais grains 1 
que les différents sectaires répandirentde toutes parts. Ces sectaires, 



' Vie de Confuciu 



L|, de la gentllité.] DE L'ËGMSK CATHOLIQUE. 167 

ytipliés à l'infini, prévalurent sur \(ts vér.'ables sages dans l'esprit 
la populace et des ignorants ; ils firent presque oublier Koung- 

^e et lu doctrine des anciens, jusqu'au temps où parurent les deux 
hkeng-tsée dans le Ho-nan. Ces deux illustres personnages, tant par 
lias discours que par leurs écrits, mirent en vigueur les préceptes 
lii grande science, et tâchèrent de porter les hommes à l'accom- 

lissement de leurs devoirs; mais ces deux brillantes lumières ont 
lisparu, ('^ malheureusement pour nous, leurs ouvrages ont été dis- 

i'i'sés ou mutilés. Je ne suis pas assez habile pour suppléer en entier 
qui nous manque ; mais comme j'ai toujours aimé l'étude, que je 
liesuis appliqué surtout ù l'étude de nos grands livres, je suis tout 

éiiétré des maximes de Koung-tsée et des sages de la haute anti- 
|iiité, qui sont celles de la grande science *. » 

Voilà donc la philosophie chinoise, par la bouche d'un de ses plus 
llustres défenseurs, qui confesse avoir été ii^puissante à réaliser le 
lien qu'elle avait entrepris. Tout ce qu'a pu l'écol'; de Confucius, 
l'est de conserver parmi les savants de la Chine la lettre de la doc- 
Iriiie ancienne ; mais, depuis des siècles, c'est une lettre morte. Les 
lisciples de Lao-tseu ont dégénéré bien plus encore : au lieu de 
iiai'cliei' sur les traces de leur maître, ils en ont fait une espèce de 
|ivinit( fabuleuse ; au lieu d'étudier avec lui la raison divine, ils se 
Bvrent à des extravagances sans nombre. Sous le nom superbe de 
lao-sse ou docteur, de la raison, ce n'est plus qu'une secte de jon- 
gleurs, de magiciens et d'astrologues, cherchant le breuvage d'im- 
liioi'talito et les moyens de s'élever au ciel en traversant les airs. En- 
pii, pour la Chine comme pour le reste du monde, il n'y a d'espoir 
l'.ie dans le saint qu( Confucius attendait du côté de l'Occident. 

Un savant homme de nos jours, qui a fait une histoire approfondie 
pc la philosophie en Chine, conclut par les réflexions suivantes : 

Tourner le regard sur la vérité, principalement d is sa manifesta- 
tion naturelle comme ordonnance céleste de tous le. événements du 

Qiide pour annoncer la volonté souveraine, tel est u caractère fon- 
damental de l'ancienne sagesse. Le fondement tout entier est théocra- 
lique. Les temps (' la première législation sont trop peu connus pour 
pouvoir détermii l' combien de temps les ancît-es du peuple chinois 
■estèrent liés avec les sahil^ patriarches du monde primitif, ni ce qui les 
|)oi'ta spécialement à s'acheminer vers l'Orient. Eu principe, l'empe- 
K'ur était regardé comme le fils du Ciel, le vicaire de Dieu, comme 
|e père et la mère du peuple ; la volonté du Ciel était sa règle. Mais 
ime il n'y avait poii:: de puissance interr:icdiairc pour interpréter 



' Vie de Confucius, p. 503-506. 



^'^^ "'STOIRE UNIVERSELLE fLlv. XX. Phlloa., po,, ^ 

du Cel sa volonté a lui seul, son intérêt, sa passion. Ce qui ne nJ 
qua pas d arriver. Souvent on vit, sous l'apparence de Thum lil 
plus extrême orgueil assis sur le trône. Les dominateurs ^ tj 
Ment comme des d.eux, et le peuple se prosterna devant eux J 
plus dans 1 ancen esprit d'une vénération Oliale, mais proprement j 
esclaves et en idolâtres. Mais comme les gouvernants de cette es J 
tenaient mo.ns que personne du caractère théocratique, et queS 
v.e ne montrait que trop combien peu ils étaient accrédités /lu'c 
très-souvent aussi, derrière cetesprit servile et cette fausse dévotio 
fermentait une aversion intérieure ; de sorte que de tous les côté" 
mensonge se cachait sous le masque de l'antique véracité. Poiid.,, 
que d ambitieux seigneurs font de longs discours et publient des 3 
dans le style de l'antiquité, mais dont chaque aflidé sait bieii n 
ont n est qu un mensonge et que le vrai fond c'est la volonté ar 
traire de 1 empereur, l'ambition et l'intérêt particulier des grands J 
peuple, a son tour, est devenu de plus d'une manière sournois et nJ 
tian : et tandis que celui-là regarde la conscience individuelle, q,,oJ 
qu il n y ait plus ce vieux respect pour la volonté du Ciel, comiîelj 
plus haiit et dernier tribunal, celui-ci également suit ses petites vuj 
et cherche a gagner sur le gouvernement tout ce qu'il peut. L'adrà 
nistration paternelle est devenue le système de la plus vigilante nJ 
i^ce. Le gouvernement de justice, que représente le Chou-King L\ 
change en injustice ; ce monument, autrefois si révéré, n'a plJ 
qu un rapport abstrait à la vie publique ; on lui fait la révérence ej 
passant mais il n'est plus dans le cœur. Il se parle toujours de J 
grande famille ; mais ce ne sont, le plus souvent, que des mots sonJ 
res. La réalité a disparu, il ne reste qu'une forme vide. C'est l'orgueil 
nobiliaire d une vieille extraction et de vieux documents, mais saJ 
les sentiments nobles dont ces antiques documents témoignent La 
force prend la place de l'ancienne dignité ; la ruse, l'iiypocrisie, la 
place de la vénération et des mœurs anciennes. Agir avec le Ciel J 
conduire d'après la volonté du Chang l i, est encore le langage offi- 
ciel ; mais on interroge par des arts astrologiques les arrêts du desi 
tm, ou bien l'on écoute les devins qui annoncent la bonne fortune, 
Hors le cercle étroit de la famille, où, principalement dansl'inteJ 
rieur de 1 empire et loin des villes, la piété règne encore et apparaît 
comme le plus ancien et aussi le dernier pilier de l'ensemble, les an- 
ciennes vertus ont disparu de plus en plus de la vie publique ; au 
point que, particulièrement dans les villes de commerce, les étran-. 
gers ont souvent et amèrement à se plaindre de voir l'Iiumanité et la 
justice changées tout à fait en leurs contraires. 



I hi.:|. (le la gentilité.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 169 

Do là aussi et naturellement, le regard d'intuition, ce trait fonda- 
I mental de l'antique sagesse, s'est évanoui ; à sa place s'est introduit 
le calcul physique et moral que le grand nombre des lettrés met sa 
{,'loiio à exécuter subtilement ; tout ce qu'on peut leur présenter de 
plus élevé, ils le dédaignent avec un pliarisaïsme enraciné de mieux- 
savoir. Au moral et au politique, on a trouvé depuis longtemps l'art 
(l'éluder toutes les lois et d'avoir cependant pour soi la lettre, d'en- 
treprendre en secret tout ce qui avait été défendu précédemment sous 
Vs peines les plus sévères, et, lorsqu'une entreprise de cette sorte 
devient publique, de la justifier par la loi môme et de se faire ainsi 
illusion à soi et aux autres ; mais cette illusion étant réciproque, elle 
se détruit elle-même, et l'un ne permet à l'autre son jeu secret 
qu'autant qu'il ne le peut déjouer. C'est une guerre silencieuse de tous 
contre tous, qui se fait souvent avec une ruse admirable, et que la force 
publique empêche seule d'éclater et de perdre entièrement l'empire. 
Les Chinois, toujours avec quelques honorables exceptions, ont 
donc perdu le regard sur ce qu'il y a de primordial , sans pouvoir 
d'eux-mêmes acquérir de nouveau les idées anciennes ni se tirer 
d'où ils sont ; car la paix intérieure a fui leur cœur depuis longtemps : 
on se contente de la jouissance du moment, et l'on abandonne avec 
! indifférence les vrais biens de la vie. L'orgueilleux parlage de vertu 
et d'ancienne grandeur remplit les heures de loisir, et c'est l'unique 
essor que prenne l'âme ; encore, à vrai dire, n'est-ce point prendre 
l'essor, mais flotter dans le torrent de la vieille coutume. L'ancienne 
{grandeur perce encore ici et là, mais la platitude ne sait plus la sai- 
sir. Moins l'antiquité subsiste réellement, plus on s'en montre senti- 
i mentalement amoureux. La Chine, voilà tout : hors de là, rien qui 
mérite d'être vu, si ce n'est pour y trouver à reprendre et pour dire 
qu'on sait et qu'on fait mieux, tout cela avec une insupportable suf- 
fisance. L'usage pour la vie est partout la règle ; l'utile seul décide 
le prix d'une chose, car il n'y a d'estimé que la vie terrestre, et le but 
plus élevé s'est rabaissé tout à fait aux objets sensibles dont on est 
entouré ; le spirituel est devenu l'empire des ombres où habitent les 
ancêtres, on lui donne ici et là un regard par une ancienne habitude. 
Le noble empereur Kang-hi censura sévèrement toui ce qu'une 
pareille vie a de creux et de mensonger, et recommanda vivement 
l'harmonie du dedans avec le dehors. Mais les temps approchent de 
l'accomplissement : depuis longtemps s'est achevé ce qui était possi- 
ble dans cet état de choses et qui a réellement existé. Le peuple chi- 
nois attend la rédemption et l'éducation dans l'esprit de la vérité, qui 
précédemment déjà lui a été conim en figure *. 
' Windischmann, t. 1. 







m- 



^'^ HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv. XX. Philos., poët.p, 

Ainsi parle cet écrivain. Mais il y a plus : non-seulement la Chine 
connaissait la rédemption future, non-seulement elle savait que le 
Rédenipteur devait venir du côté de l'Occident, non-seulement el!e 
pouvait l'apprendre des Juifs qui ont, suivant une ancienne tradî- 
tion, depuis deux cerit six ans avant Jésus-Christ, une synagogue au 
centre de son empire, où se conservent précieusement la loi de Moïse, 
avec quelques Prophètes, ainsi que les livres de Josué, des Juge-,, è 
Sanuiftl et des Rois* ; la Providcnce'Jui adonné encore plusieur > m 
de connaître la rédemption accomplie, de savoir que le Rédempteur 
était venu d'où ses anciens sages l'attendaient. Vers la grande époque 
où l'Évangile fut annoncé dans toutes les langues et par toute la 
terre, l'empire chinois touchait à l'empire romain et dut ainsi néces- 
sairement entendre de près la bonne nouvelle. Dans un ancien bré- 
viaire de l'Église de Malabar dans l'Inde, écrit en chaldéen,ilesldit 
que la conversion des Chinois au christianisme fut commencée par 
l'apôtre saint Thomas 2. Les constitutions synodales du patriarche 
Théodose parlent du métropolitain de la Chine; et cette qualité fai- 
sait partie du titre du patriarche qui gouvernait les chrétiens de Co- 
chin, quand les Portugais abordèrent à la côte de Malabar. Arnobe. 
qui vivait au troisième siècle, compte les Sères ou Chinois parmi les 
peuples qui, de son temps, avaient embrassé la foi. Au septième 
siècle et au huitième, le christianisme était non-seulement connu, 
mais florissant à la Chine. Il en existe un monument curieux, et que 
les premiers savants ont reconnu pour authentique 3. 

Eu 162,fi, on déterra, dans le voisinage de la ville de Sianfou, pro- 
vince de Chensi, une table de marbre de dix pieds de long sur cinq de 
large. On y trouva, sur la partie supérieure, une croix bien gravée 
et, plus bas, une inscription en caractères chinois, accompagnée, sur 
les bords, de plusieurs signatures en caractères syriaques. Cette in- 
scri[)tion contient l'histoire du christianisme en Chine depuis l'an O,'!,'. 
jusqu'en 781, où ce monument fut érigé, c'est-à-dire pendant cent 
quarante-six ans. Il est dit qu'en 035, Olopen, homme d'une énii- 
nente vertu, vint du Ta-thsin ou de l'empire romain à Sianfou. L'eni 
pereur envoya ses olliciers au-devant de lui jusqu'au faubourg occi- 
dental, le fit introduire dans son palais et ordonna qu'on traduisît les 
saints livres qu'il avait apportés. Ces livres ayant été examinés, l'oni- 
pereur jugea que la doctrine en était bonne et qu'on pouvait les pu- 
blier. Le décret qu'il donna en cette circonstance est cité dans lin- 



> Choix de Lettres èdif., t. l, p. 2.'J2. ~« Asseniani, Biblioth. orient. H. 
Mél. astat., 1. 1, p. 33. New. Méi, t. 2, p. 190. 



'/l)i(J.-« Abcl 



Ist, de la genlllIté.T DE L'ÉGLISK CATHOLIQUE. 171 

(ription. On y dit, à la louange de la doctrine enseignée par Olcpen, 
Ue la loi de vérité, éclipsée à la Chine au temps de la dynastie des 
îcheou, et portée dans l'Occident par Lao-tseu, semble revenir à sa 
ource primitive pour augmenter l'éclat de la dynastie régnante. 
fcette doctrine est rapportée en substance : il est dit qu'A/oAo, c'est- 
Ldire Dieu en langue .syrienne, créa le ciel et la terre, et que Satan 
jiyai)t séduit le premier homme, Dieu envoya le Messie pour délivrer 
[es hommes du péché originel: qu'il naquit d'une vierge dans le pays 
de Ta-thsin et que des Persans vinrent l'adorer, afin que la loi et la 
brédiction fussent accomplies. Les caractères syriaques, formant qua- 
Ire-vingt-dix lignes, contiennent les noms des prêtres syriens qui 
létaient venus en Chine à la suite d'Olopen. 

D'autres relations nous apprennent que beaucoup de chrétiens pé- 
|rirent,en 877, à la prise de la ville de Cumdan, aujourd'hui Cantong, 
par un chef de rebelles *. A la fin du treizième siècle, un religieux 
iianciscain, Jean de Montecorvino, envoyé dans l'Orient par le pape 
[Nicolas IV, étant arrivé à Khan-balckh ou la ville royale, aujourd'hui 
Ipéking, y trouva un grand nombre de chrétiens attachés aux erreurs 
[de Nestorius. Il y baptisa lui-même plusieurs milliers de personnes 
[et y éleva une église ; convertit un prince des Mongols, qui régnait 
jaloi's en Chine ; traduisit en leur langue le Nouveau Testament et 
(les Psaumes; fut établi archevêque de Péking, en 1314, par le pape 
Iciément V ; y mourut en i 330, et eut pour successeur un]religieux 
(du même ordre. Les relations des musulmans confirment tout cela, 
(car elles nous apprennent qu'il y avait en effet beaucoup de chré- 
jtieiis chez les Kéraïtes, tribu mongole de laquelle était le prince con- 
[verti, et elles citent plusieurs princesses de cette nation comme ayant 
[professé hautement la religion de Jésus-Christ *^. 

A la fin du dix-septième siècle, des religieux de saint Ignace, de 

I saint Dominique et d'autres congrégations commencèrent à prêcher 

de nouveau l'Évangile à la Chine. Et actuellement il y a dans ce pays 

[plusieurs évêques titulaires, avec un clergé catholique d'indigènes. 

La Chine, bien qu'elle soit à d<nix mille lieues du centre de lacatho- 

I licite, ne peut donc pas se plaindre de la Providence. 

lilNDB. 

L'Inde est le berceau delà philosophie, le paradis des philosophes. 
Si haut que remonte l'histoire profane, elle nous montre la philoso- 



' Ibid.—^ Abcl Rémusat, Nouv. Mél,, t. î, art. Jean de Montecnrvino. 




*'2 HISTOIRE UNIVERSELLE tlk. XX. Philos , poëte, 

phie florissante dans l'Inde; nous voyons les philosophes indiens, h 



brachmanes, révérés de leurs compatriotes et admirés des étran- 
gers. L'ancienne Grèce les regarde comme les oracles de la sagesse 
Pythagore, Démocrite, Anaxarque, Pyrrhon iront les consulter. De^ 
puis ces temps primitifs jusqu'à nos temps, ces philosophes sont les 
maîtres de l'Inde, ils y régnent sur les esprits et les volontés ; ce qu'ils 
disent, on le croit ; ce qu'ils ordonnent, on le fait. Depuis vingt à 
trente siècles, rien ne leur manque pour faire de cette immense po. 
pulation ce qu'ils jugent à propos. Nous verrons donc, par cet exeiii- 
pie, ce que peut et veut la piiilosophie, ce que peut et veut l'honinie 
sans le Christ. 

Les doctrines indiennes sont contenues principalement dans les 
quatre Védas et les dix -huit Pouranas. 

Suivant la tradition reçue parmi les Hindous, les Védas ayant de 
révélés par Brahma, le Dieu créateur, furent d'abord transmis de 
bouche en bouche jusqu'à l'époque où Vyasa, c'est-à-dire le compi. 
lateur, les recueillit et les distribua en livres. Le premier Véda sap. 
pelle RigSé&à, et .'contient des prières et des hymnes en vers; le 
second, JWyow/'-Véda, renferme des prières en prose : le troisième, 
ou Sama-yêÂà, les prières qui sont destinées à être chantées ; le 
quatrième Véda, Atharvan, consiste principalement en formules de 
consécration, d'expiation et d'imprécation. Chaque Véda se compost 
en général de deux parties distinctes dos prières, mantras, et (k 
préceptes ou dogmes, brahmanas. 

Au dix-septième siècle de l'ère chrétienne, un abrégé de ces livi,. 
a été tiiit, ou traduit en persan, sous le nom dOapnekhat, par luidi,. 
de Darachekouh, frère aîné de l'empereur mogol Aurengzeh. An 
dix-huitième, un Français, Anquetil-Duperron, le rapporta de l'Inde 
et le traduisit en latin. 

Aux Védas , se rattachent immédiatement les Pouranas , qui ren- 
ferment la théogonie et la cosmogonitî des Hindous ; ils sont encore 
attribués à Vyasa, et l'on en compte dix-huit. Chaque Pourana traite 
des cinq obj«'ts suivants: 1" la création du monde, ses Ages et son 
renouvellement ; 2" la génération des dieux et d<'s héros ; .]«' la dm). 
nologie d'après un système mythique ; i' l'histoire des demi-dieux 
et des héros ; .^i" la cosmogonie avec une histoire mythique et Iktoï. 
que. Les Pouranas peuvent d«)n(> être comparés aux cosmogonies d.s 
Grecs; ils comprennent la mythologie proprement dite des Hindous, 
tandis que les Védas dévelo[)pent principalement les idées des Dieu. 
de la création primitive des choses, de l'Ame et de son rapport avec 
la Divinité. 

Viennent en troisième lieu les grands poèmes épiques ou liisfori- 



de la gentililé.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 173 

Lues, leltamayan et le Mahabharat. Le Ramayan, attribué à Valmiki, 
Lut la légende indienne fait une incarnation de Brahma, chante les 
Uions de Rama, une des incarnations de Vichnou. Le Mahabharat, 
bu le grand Bliarata , a pour auteur Vyasa , autre incarnation de 
lahnia, suivant les uns, de Vichnou , suivant les autres, et consiste 

I dix-huit chants , qui racontent les guerres allumées dans la race 
|ies enfants de la lune, et dont le héros principal est Crichna , hui- 
(lièino incarnation de Vichnou. 

A la période des poètes épiques succède celle des législateurs. Le 
bliis ancien code des Hindous est le Manava Dharma Sastra, c'est-k- 
[liie le recueil sacré des lois de Menou ou Manou, le Noe indien ; re- 
Jrueil qui, au jugement des savants, n'est l'ouvrage ni d'un seul 
liomme, ni même d'un seul siècle. 

Après les législateurs viennent lf*s philosophes spéculatifs. Dogma- 
lisme, S('i?pticisme, et jusqu'au nihilisme complet, tous les points de 
lue, tous les développements, toutes les formes de la spéculation ont 
m épuisés par les Hindous. On compte six différents systèmes phi- 
losophiques , qui se distribuent deux à deux : les deux philosophies 
^yaya, les deux Mimansa et les deux Sankkya. 

II faut ajouter à tous ces livres et a tous ces systèmes, des poërraa 
[irainatiques et un grand nombre d'apologues. 

Ce qui étonne d'al)ord dans cet empire de philosophes, dan ;et; j 
hdiesse littéraire , c'est l'absenc^e de toute histoire. 11 n'y a pas une 
lépoquc, pas un per»^>nnage historique. C'est jusqu'à présent un chaos 
liifornie et ténébreux. Au milieu de cef'î multitude de livres que les 
Inalunanes possèdent et que l'ingénieuse persévérance des Anglais 
pi parvenue à connaître, il n'exist(î rien qui puisse nous instruire 
[ivec ordre sur l'origine de leur nation . sur les vicissitudes de leur 
^w'iété ; ils prétendent même (pie la religion leur défend de \ -^nser- 

lii mémoii'c dt; cv, qui se i)asse dans l'âge actuel, dans l'âge du 
luailieur. 

"on y découvre cependant, ainsi que nous l'cavons vu. l'histoire 
jiiicontestable de Noé et du déluge, mais avec des allégor^'s d'une 
pagination |)rodigieuse. Au lieu de dire simplement que Oieu, voyant 
hue les hommes avaient oublié ou méconnaissaient tout à fait sa loi, 
Ircsolut de les (ihAtier par le déluge, mais «piil fit grâce à N )é ou Ma- 
jiiou, et lui ordonna de bâtir une arche, dont !ui-ménn\, par sa pro- 
ividonce , serait le pilote, voici ce (|ue raconte la noésie indienne: 
jl'ralinia, !e créateur, se reposant après une longue suit*; d'âges, le 
lliii't (Icnioii Hnyagriva s'approcha de lui et déroba les V^'das, livres 
i<li la loi divine, qui avaient coulé de sa bouche. Noii content de les 
îîirioih r, il les «V'iia vl alla se cac-lier dans les abhnes les plus profonds 



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*"^ HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv. XX. J>l.ilos.,poit.ci| 

de la mer. Pour réparer ce malheur, Vichnou, le Dieu sauveur, siiJ 
carna en poisson. Satyavraia, le septième menou, régnait dans J 
temps-là : c'était un serviteur de l'esprit qui plane sur les eaux, J 
pieux, que les eaux faisaient sa seule nourriture. Un jour que'J 
prince s'acquittait dp ses ablutions dans une rivière, Vichnou lui ap. 
panât sous la figure d'un petit poisson, qui, recueilli par lesaintmJ 
narque, devint successivement si gros dans les diverses demeum 
qu'il lui donna , qu'à la fin Satyavrata fut obligé de le placer dan 
l'Océan. De là le dieu adressa ces paroles à son adorateur qui l'avai 
reconnu: « Encore sept jours, et toutes choses seront plongées daj 
une mer de destruction ; mais, au milieu des vagues meurtrières, i 
grand vaisseau, envoyé par moi, paraîtra devant toi. Tu prendras 
alors toutes les plantes médicinales, toute la multitude des graines 
et, accompagné des sept saints {Btckis), entouré de couples detooi 
les animaux , tu entreras dans cette arche spacieuse et tu y demeu. 

^'^^^^ Tu connaîtras alors ma véritable grandeur , et ton esprii 

recevra des instructions en abondance, » En effet, la mer, franchis- 
sant ses rivages, inonda toute la terre ; et bientôt elle fut accrue pai 
les pluies que versaient des nuages immenses. Le roi , méditant les 
commandements qu'il avait reçus, vit le vaisseau s'approcher, et i 
entra avec les chefs des brahmanes. Le dieu parut sur le vaste Océali 
comme un poisson resplendissant, arm^' d'une corne énorme, à,», 
quelle Satyavrata attacha le vaisseau en faisant un câWe d'un p'aii 
serpent. Plus tard, le dieu-poisson plongea dans l'abîme, attaquait 
démon, lui ouvrit le ventre, au retira l(>s quatre livres, qu'il rendit à 
Brahma. Ce n'est pas tout. La terre étant ainsi submergée dans h 
eaux, Vichnou se transforme en sanglier, {>i/4ige de nouveau dans la 
mer, tue h chef des géants et soulève la terre sur ses défenses, afi 
qu'elle devienne de nouveau habitable. L'imsigination indienne ne s'en 
est pas tenue là. La terre est ainsi noyée chaque fois que Bra^miasen 
dort; et, pafeil à l'homme^ il s'endort chaque nuit. Il y a scuImim, 
cette différence que, pour l'hommcle jour et lanuit ne durent ens«nii* 
que vmgtrquatre heures, tandis que le jour et la nuit de Brahim 
sont de huit milliards six cent quarant.> millions dannwîs solanrs', 

Ce que les Hindous ont fait de l'histoire de Noé et du délug. i!* 

'ont fait de tout, de Dieu, de lacréatioii, de la chute des anjies.» .le 

1 honmie, du Hédempteur, d(>son incarnation, de la nécessite de ïm 

pénitence, de l'inunortalité de l'iîme, du paradis, i , l'enfer, du dih- 

gatoire. ' 



' Recherches asiatiques. SmUlique de Creuzc^. Mœurs des peuples de l'hê,; 
par M. Dubois. 



Iliist. delà genimté.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 175 

On lit çàvet là dans les Védas et les Oupnekhat : « Brahm est l'É- 
ternel, l'Être par excellence , se révélant dans la félicité et dans la 
jjûie. Le monde est son nom , son image ; mais cette existence pre- 
Imière, qui contient tout en soi, est seule réellement subsistante. Tous 
les phénomènes ont leur cause dans Brahm; pour lui , il n'est limité 
ni par le temps ni par l'espace; il est impérissable, il est l'âme du 
I monde, il est l'âme de chaque être en particulier. 

8 Cet univers est Brahm, il vient de Brahm, il subsiste dans Brahm, 
leiil retournera dans Brahm. 

(( Brahm , ou l'être existant par lui-même, est la forme de la 
[science et la forme des mondes sans fin. Tous les mondes ne font 
qu'un avec lui, car ils sont par sa volonté. Cette volonté éternelle est 
innée en toutes choses. Elle se révèle dans h création, dans la con- 
servation et dans la destruction, dans le mouvement et dans les for- 
[mes du temps et de l'espace. » 

La doctrine, sauf l'exagération de quelques termes, est magnifique. 
I Mais au lieu de ramener ces hyperboles à un sens modéré , les In- 
I diens les pous^t a toute outrance. Brahm ou l'Être suprême , se 
! révélant comme créateur, devient Brahma; comme conservateur, 
Vichnou ; comme destructeur, Siva. Telle est la Trimourti ou tri- 
I nité indienne, dont chaque personne est appelée plus d'une fois l'Être 
[suprême ou Brahm. Il y a peut-être là quelque vestige de la Trinité 
i véritable. Mais, à chacun de ces dieux, l'imaginaticn des Hindous at- 
tribue une femme, avo(; des aventures tantôt honorables, tantôt en- 
core plus scandaleusement étranges ([ue celles de Jupiter dans les 
poêles grecs et latins ; enfin les trois copples ont une postérité de 
trois cent trente millions de divinités subalternes *. 

Tous les mondes, tous les êtres ue font qu'un avec l'Être suprême, 
car ils sont par sa volonté. Ces paroles pourraient se tolérer, enten- 
dues au sens de saiîit Paul : C'est en Dieu que nous vivons, que nous 
nous mouvons et que nous sommes ^. Mais l'Hindou abusera de cette 
vérité, jusfw'ïi adorer non-seulement le soleil, la lune, la mer. mais 
encore la i^eile, le couteau, le bassin, etc., dont il se sert pour offrir 
le sacrifice, 

l)i(in seul étant la réalHé es8entiellement subsistante, et le l'esté, 
coujpai'é il lui, étant comme un néant, la raison, la vertu veulent 
(jii'on se détache f[' •-»•♦ 
lui unmènh- espi . 




le reste, pour s'unir à Dieu et devenir avec 
!e unjon avec Dieu, moyennant sa grâce, est 



' Dubois, MiPurif des peuple* de l'Inde, t. 3, p. 306. — ■ * Acl., 17, 28. In ipso 
l'iilm vivimus, tît aioveoinr, et ijumus, — ^ Qui autem iidhirret Domino, unu"i 



^nirltni: iiat i il' 




*^* HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv. XX. Philos., poét. e| i 

le but du chrétien. Le brachmane de l'Inde prétend le pousser jus- 1 
qu'à devenir Dieu lui-même. Il dira chaque jour dans sa prière du 
matin : Je suis Dieu ! il n'en est pas d'autre que moi. Je suis Brahniai 
je jouis d'un bonheur parfait , et je ne suis point sujet au change 
ment. Il dira : Je suis moi-même la divinité à laquelle je vais sacrifier! 
Les moyens pour arriver à l'union avec Dieu sont le renoncement 
à soi-même, le recueillement, la prière, la contemplation des perfec- 
tions divines. Voilà ce qui a peuplé les déserts et les cloîtres. Les 
Hmdous disent la même chose, mais en exagérant tout : ainsi, d'après 
les Oupnekhat et l'enseignement actuel des brahmanes, voici n,, 
moyen întaillible de faire des progrès rapides dans la spiritualité. On 
se conli)ip fout seul dans un lieu où l'on n'entende aucun bruit: on 
retire, comme une tortue, tous les membres en soi ; oa tient toutes les 
ouvertures du corps si exactement closes, qu'aucun des cinq vents 
qui s'y trouvent ne puisse en échr^pper. A cet eflPet, on introduit les 
deux pouces dans les oreilles; on ferme les lèvres avec le petit doi-t 
et l'annulaire de chaque main, les yeux avec les deux index, et oii 
appuie les doigts du milieu sur chaque narine; et, pour boucheries 
ouvertures inférieures, on croise les jambes et on s'assoit bien per- 
pendK'ulairement sur un de ses talons. Dans cette attitude , tenant 
une de ses narines fortement comprimée, et laissant l'autre libre, on 
respire par celle-ci aussi longtemps et aussi violemment que possi- 
ble ; puis, la fermant aussitôt, on ouvre l'autre, et on rend l'air aspiré 
en faisant des efforts prolongés de même 2. 

D'autres fois, toujours dans la même attitude, on prononce à cha- 
que respiration, quatre-vingts fois lemotowm ; douze fois en aspirant 
etiereste en respirant. Le mot oum, formé de trois lettres, est un sym- 
bole de la trinîté indienne : la première lettre représente Brahma 
la seconde, Vichnou ; la troisième, Siva. Quiconque fait cette céré- 
monie pendant trois mois , voit, au quatrième, les anges ; au cin- 
quième. Il acquiert toutes leurs qualités : et, au sixième, il devient la 
lormc de l'Etre suprême «. 

Une autre pratique , non moins cHicace pour se garantir de ton! 
péril ('t voir la Divinité, c'est, toujours dans la même posture di' 
regarder fixement le bout de son nez, et de prononcer le mot om\ 
Unelque chose de plus puissant encore, c'est de connaître la veine 
qui est au bout du nez, entre les deux narines : oui la commit l)i,'n, 
celui-la s'est tac^vi' jusqu'à l>ara-Brahm, jusqu'à l'Être suprême, cl il 
en est devenu lu forme ». 



• DiiJ»ois, t. 
t. 2, p. 273. - 



, p. im cLa4î. - 4 Oupnekhat, t. 2, p. 274, 359 cl 
3 Oupiiok., t. :2, p. :j«;j. - v /(„d., t. 2, p. 107— :> l 



eequ. Dubois, 
•'/bt'd,, p. W. 



es ; au cm- 



Jiist. de la gentilité.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 177 

Pour pratiquer la vie mystique d'une manière plus parfaite, des 
[brahmanes se retirent dans la solitude et prennent le nom de San- 
jiiyasi. Voici comme les Védas et les Oupnekhat parlent de leur genre 
dévie. 

« Qui connaît Brahm est Brahm, il est la lumière des lumières, il 
lest la science des sciences ; il s'élève au-dessus des œuvres, les bon- 
lies ne lui servent pas, et les mauvaises ne lui nuisent pas ; méditer 
Isiir Brahm lui suffit : c'est là son œuvre, sa vie, sa science. Celui 
([ui veut atteindre à ce grand but et marcher dans cette voie, doit, 
bnt tout, lire les Védas et y conformer ses œuvres ; puis, quand il 
■» résolu de renoncer à tout désir, à toute volonté, à tout lien, quit- 
[tersa femme, ses enfants, ses amis, ses proches, le monde entier ; 
prendre pour tout vêtement un morceau de drap dont il couvre sa 
|uidité, pour toute arme un bâton, pour tout meuble une tasse de 
Lis ou d'argile, et n'accepter d'aumône que ce qui est nécessaire 
jpour l'entretien de sa vie ; du reste, plus de lecture, plus de médita- 
Jtiou que celle des Oupanichadas^ c'est-à-dire les Oupnekhat, extrait 
jiiiystique des Védas. Voilà le petit Sannyasi, voilà le premier degré 
Ide sainteté. Mais le grand Sannyasi repousse bien loin tout objet 
lextérieur, toute pensée étrangère, ne lit plus même les Oupanicha- 
Irffls, ne garde plus même de quoi couvrir ses parties honteuses ; les 
Isix états de la vie, l'existence, la naissance, la croissance, la vieillesse, 
lia décrépitude, la mort, tout cela ne le regarde point; le corps et tout 
Ice qui y touche n'est rien pour lui ; il a dompté toutes ses passions, 
jt'touft'é en soi tous les sentiments, détruit le moi; il n'y a pour lui 
jiii jour, ni nuit, ni toi , ni moi, rien, absohuiient rien qu'Atma ou 
lame universelle; il dit ou plutôt il sait : Atma, c'est moi, sa maison 
lest la mienne , son nom c'est mon nom. Enfin, toute sa prière c'est 
jdc savr)ïr que son âme et la grande âme ne font qu'un : tel est le 
[Sannyasi, le Yogui , le saint par excellence *. » 

Tels sont, du moins dans les livres, ces sages que l'Inde, (jue les 
I anciens connaissaient sous le* nom de gymnosopiiistes ou philoso- 
phes nus. 

A la mort, les âmes saintes se réunissent à Dieu dans le ciel , l(!s 
limes imparfaites exj)ient le reste de leurs fautes, et les âmes tout à 
[t'iîit méchantes vont en enfer. Les livres des Hindous enseignent la 
niènu) doctrine pour le fond. Les âmes parfaitement pures se réunis- 
sent à l'Être suprême })our toujours. Quant aux âmes couiiables de 
[certains crimes énormes, elles sont précipitées dans le Naraca ou 
l'enfer, et y souffrent d'horribles tourments. Mais, au dire des Indiens, 



m. 



1« 




*^* HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv. XX. Philos., poète I 

ces tourments ne sont pas tout à fait éternels ; ils ne durent que cent] 

ans de Brahma, au bout desquels l'Être suprême retire à lui la réalité 

de toutes les créatures pour commencer une création nouvelle. Tou- 

tefois, il est à remarquer qu'un seul jour de Brahma équivaut à huit 

milliards six cent quarante millions d'années solaires, autrement 

quatre-vingt-six millions quatre cent mille siècles *. Ce qui donne, 

pour une année entière, trente-un milliards cinq cent trente-six mil! 

tions de siècles , et, pour les cent ans de Brahma, trois mille cent 

cinquante-trois milliards six cent millions de siècles, sans compter 

les jours bissextiles. Tout cela ne laisse pas d'être assez long. Mais, 

ce que les Hindous ont imaginé , Dieu l'accomplira-t-il ? réabsoN 

bera-t-il vraiment tout ce qu'il y a d'êtres dans la création pour 

la recommencer après ? Lui-même a dit en parlant des méchants 

dans l'enfer : Leur ver n'y mourra point, leur feu ne s'y éteindra 

point ■^. , , 

Quant aux âmes intermédiaires, suivant la doctrine de l'Inde, elles 

sont récompensées du bien qu'elles ont fait ; mais en même temps, 

pour expier le mal dont elles se trouvent encore souillées, elles sont 

condamnées à revenir sur la terre et à y animer de nouveau soit des 

corps humains, soit des corps de bêtes, jusqu'à ce qu'elles arrivent 

à une pureté complète. C'est ce que l'on coimaît sous le nom de 

métempsycose ou transmigration d'àmes. Les Hindous l'envisageiK 

comme un effroyable malheur. Pour y échapper, il n'est rien quils 

ne fassent. C'est le but principal de leurs pratiques religieuses, même 

de leurs sciences. C'est pour être > exemptes de co\[g transmigration 

posthume que les uns se condamnent à d'incroyables pénitences, que 

les autres font des pèlerinagt^ de cinq à six cents lieues de loin: 

ceux-ci, immobiles sur une colonr.t , s'efforcent d'anéantir leur esprit 

dans la contemplation de lessence divine; ceux-là épuisent le leur 

à produire des raisonnements sans tin. Qui wnuait Hrahm ou l'Être 

suprême, le devient mr là même : te' ( st le grand principe des Ve- 

das et des Oupnekhat. Pour arriver à cette connaissance déifique, les 

uns emploient la simi)licité de l'intuition; les autres, la multiplicité 

du raisonnement. C'est cette dernière méthode qui a produit les si\ 

différents systèmes de philosophie, regardés eu un sens comme 

orthodoxes : les deuxSankhyia, les deux Nyaya et les doux Mimansii, 

Le premier de chaque couple enferme ce qu'il y a de capital dans le 

second; et le second, une application du principe fi^ndamental on 

plus avancée, ou différente, nu phu, élevée. De sortcî que, dans le 

' Asia polyglotta, p. 21. - 2 Maw, 9, 4S-47. Ubl vermis eorum non moritiir, 
fit iïnis non extin^nitur. 



h\ii. du la gcntili 



' iïeil. tic Sclil 



non moritiir, 



Ihiâl. dclagcntilllé.] 1)E L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 179 

vrai, il n'y a que trois directions intellectu>;lles qui forment l'ensemble 
|de la philosophie indienne. 

Le premier couple part de la nature ; le second, de la pensée ou 
Idufwoî pensant; le troisième s'attache entièrement à la révélation 
I contenue dans les Védas. 

La philosophie qui part de la nature comme premier principe, 
1 s'appelle système de Sankhya ou philosophie des nombres, parce 
qu'on y énumère les principes de toute chose au nombre de vingt- 
jquatre ou vingt-ci iq. Parmi ces premiers principes, la nature tient 
le premier rang; l'intelligence, même l'intelligence infinie, seulement 
Ile second. Ce système a été soupçonné pour cela d'pthéisme. Mais il 
I parait que les doutes y tombent plutôt sur la création et sur le pour- 
Iquoi de la création que sur Dieu. La preuve en est dans la seconde 
jpartie, nommée philosophie Yogha ou philosophie de l'union, parce 
Iqu'elle développe les moyens d'unir l'âme à la divinité et de l'absorber 
[en elle. 

La seconde espèce de philosophie, qui part, non de la ..iture, 
Imais du principe pensant, de l'acte le plus élevé de l'intelligence et 
Idu moi pensant, est contenue dans le système Nyaya, dont l'inven- 
jtetir ou le fondateur fut Gotama. Dans sa deuxième partie, elle ren- 
Ifernie l'application ultérieure du principe, dans la doctrine des unités 
let des différences. On ^ voit tout ce que les Grecs ont appelé logique. 
Idialectique, entre autres, l'art et les règles du syllogisme. On y re- 
Imarque même une tendance à la doctrine des atomes, telle qu'Épi- 
[ciire l'imagina chez les Grecs. 

La troisième espèce de philosophie indienne s'attache entièrement 
laiix Védas et à la tradition qu'ils renferment. La première partie, 
iMimansa, ne s'occupe directement que de l'interprétation. Le sys- 
jtème complet s'appelle Védanta , c'est-à-dire, fin, complément des 
IVédas; il expose l'esprit intime, le vrai sens, le but propre de ces 
llivres et de l'antique révélation de Brahma, qu'ils contiennent. La 
|philosophie du Védanta domine généralement dans toute la littéra- 
|lure et la vie indienne. 

Comme les Hindous ont poussé à bout les conséquences de tous 
Iles systèmes, il se trouve, outre les philosophies orthodoxes, d'autres 
Iqui ne le sont pas. Mais, d'après les savants européens qui ont com- 
Iii'encc à débrouiller cette nouvelle antiquité, jusqu'à présent toutes 
Iles philosophies de l'Inde s'accordent plus ou moins en ceci, que 
lleiir but est tout à fait pratique , savoir : de délivrer l'âkiie pour tou- 
I jours du funeste destin de la métempsycose ^ 




i icj. tic Sclilcgel, Philosophie de ïliisloire, sKièiuc lc(;on. Colcbrookc; 



180 



HISTOIRE UNIVERSELU 




[Liv. XX. Philos., poêt.et| 
Une autre croyance universelle du genre imain, c'est que Dipni 
doit être adoré par la prier» «t le sacrifice. Les Hindous ont sur cJ 
point des idées d'autant plus » . . dînantes, qu'elles se trouvent ri alii^t^l 
pour I(; fond dans le sacrifice adorable des chrétiens. D'après la doc- 
trine des Védas et des Oupnekhat, l'univei's en'ier est un saciilfe 
infini, où l'Lire suprême est tout ensemble et le sacrificateur, et lo- 
blation, et le l'eu qui la consume, et la prière qui l'accompagne, et la | 
divinité à qui elle est offerte, tout, en un mot, et < haque partie *. 
Pour sortir de l'état de dégradation où il est tombé, l'homme av 
besoin d'un rédempteur. Dieu le promit, le genre humain l'attend 
et il est venu dans la plénitude des temps. C'est le Verbe, la secondé 
personne de la Trinité véritable. Avant de s'incarner réellement, il 
s'était déjà manifesté aux patriarches sous une figure humaine, 
comme pour s'essayer à se faire homme. Ces idées se retrouvent 1 
dans l'Inde, mais, comme presque toujours, poussées à l'extrême, | 
Non-seulement Vichnou, la se. onde personne de la trinité indienne, 
doit s'incarner, il s'est incarné déjà huit à neuf fois : une première, 
en poisson, pour sauver Manou du déluge; une seconde, en sanglier, 
pour soulever la terre du fond des eaux ; une troisième, en tortue,] 
pour aider à retrouver Vamrita, l'ambroisie, ou breuvage d'immor- 
talité ; une quatrième, en homme-lion, pour vaincre le géant Ht- 
ranya; une cinquième, en brahmane nain, pour renverser le tyran 
Bali; une sixième, en brahmane armé d'une hache, pour châtier 1 
l'insolence des rois de la race du soleil ; une septième, en la perl 
sonne de Rama, pour délivrer la terre des tyrans qui l'opprimaient: 
une huitième, en la personne de Crichna, pour combattre le mal sousl 
toutes les formes. 

Ces deux dernières incarnations sont célébrées par deux immenses 1 
épopées, le Ramayan et le Mahabharat, par des poèmes dramati- 
ques, par des peintures et des sculptures sans nombre. Dans l'his- 
toire poétique de Crichna, il y a des particularités singulières : sa [ 
mère devient toujours plus belle, à mesure qu" avance sa grossesse; 
à l'heure même où l'enfant divin est donné au h onde, à minuit, sesl 
parents sont illuminés tout à coup d'une gloire céleste, et les chœurs [ 
des devatas, ou divinités inférieures, font retentir leurs sacrés coU' 
certs. Crichna parait avec tous les caractères de la divinité ; il se fait 
transporter dans un autre pays par son père et sa mère, pour éviter 1 
les embûches d'un tyran cruel qui cherche à le faire périr, et qui 



Essai sur la Philosophie des Hindous. Abel Rémusat, Nouv. Mél.,l, 2, p. Ml 
Windischmann. 
' Oiipnek., t. 1, p. 290 tt dm. 



List de la gentil! ] DE ' 'lÎGUSR CATnOFJQUE. 181 

jfaif périr à sa pi e les nuuveaM-nés. On raconte fort divoi ornent sa 
Iniort. Une tradii an rema'quable et avérée le fait exj.fer sur un bois 

aK un arbre, où il fut cloué d'un coup de flèche, et du haut d 

j(|uei il 1 -redit les maux qui allaient fondre sur la terre. Pour expli- 

lîierces détails surprenants, les savants pensent que les évangiles 

iiii oryphes ayant été portés d ns l'Inde et communiqués aux Hin- 

|dou>. ceux-ci les greffèrent en quelque sorte sur l'ancien mythe de 

Une nei'vième incarnît» clinon, sous le nom de Bouddha 

et «'Il la personne de Chakui-Mouni, apparaît encore plus impor- 

Ifantej car elle a produit, ou plutôt elle a été, dans une grande por- 

jtiun de l'Asie, u révolution religieuse a laquelle se sont mêlées des 

I institutions incoii. astables de christianisme. 

Les traditions asiatiques varient beaucoup sur la naissance de 
I Bouddha; les nus la placent phis de dix siècles avant Jésus-Christ, 
les autres moins de six. D'après une encyclopédie japonaise, Chakia- 
iMoiini, à qui l'on donna post- irement If nom de Bouddha ou de 
Isage, naquit l'an 1020 avant » tiv chrétienne, et fut ainsi contempo- 
rain de David et de Salomon. Étant mort en 950, ' <^nait successive- 
ment dans les patriarches; l'encyclopédie ,ja| m inaise, depuis la mort 
jdeChakia jusqu'à 713 de Jésus-Christ, en compte trente-trois; elle 
[marque leurs noms et presque toujours l^s années de leur naissance 
|rt de leur mort. Un des plus actifs fut le douzième, qui mourut 
Fan 332 avant Jésus-Christ. Les premiers patriarches qui héritèrent 
IderAnif de Bouddha, vivaient d'abord dans l'Inde, à la cour des 
Irois du pays, dont ils étaient les conseillers spirituels, sans avoir, à ce 
qu'il semble, aucune fonction particulière à exercer. Le dieu seplai- 
Jsait à renaître tantôt dans la caste des brahmanes ou dans celle des 
L'uerriers, tantôt parmi les mart hands ou parmi les laboureurs, con- 
Ifoimément à son intention primitive, qui avait été d'abolir la dis- 
tinction (les castes, et de ramener ses partisans à des notions plus 
saines de la justice divine et des devoirs des hommes. Le lieu de sa 
naissance ne fut pas moins varié : on le vit paraître tour à tour dans 
rinde septentrionale, dans le midi, à Ceylan, conservant toujours, à 
jciiaque vie nouvelle, la mén)oire de ce qu'il avait été dans ses exis- 
tences antérieures. La plupart de ces pontifes, quand ils se voyaient 
Iparvenus à un âge avancé, mettaient eux-mêmes fin aux infirmités 
[de la vieillesse, et hâtaient, en montant sur un bûcher, le moment où 
Is devaient goûter de nouveau les plaisirs de l'enfance. Cet usage 
iost transmis jusqu'à nos jours j seulement, au lieu de se brûler vifs, 



Crpiizer, t. 1, p. 183-219. 



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♦«a HISTOIRE UNIVKRSFXLE [Liv. XX. Philos., poa.el 

ils ne sont livrés aux flammes qu'après la mort. Au cinquième siècle 
de notre ère, Bouddha, alors fils d'un roi de Mabar, dans l'Inde mé- 
ridionale, jugea à propos de quitter l'Hindoustan pour n'y plus re- 
venir, et d'aller fixer son séjour à la Chine. On peut croire que cettt 
démarche fut l'effet des persécutions des brahmanes et de la prédo- 
minance du système des castes. Une fois établis à la Chine, les pa- 
triarches bouddhistes y reçurent différents titres, entre autres ceux 
de grands maîtres de la doctrine et de princes spirituels de la loi. D«s 
princes, qui embrassèrent le bouddhisme, trouvèrent glorieux d'en 
possédci les pontifes à leur courj et les titres de précepteur du 
royaume et de prince de la doctrine, fuient décernés tour à tour à 
des religieux nationaux ou étrangers, qui se flattaient d'être animés 
par autant d'êtres divins et subordonnés au Bouddha, vivant sous le 
nom de patriarches. C'est ainsi que la hiérarchie des bouddhistes 
naquit sous l'influence de la politique. 

Pendant huit siècles, ces patriarches furent ainsi réduits à une 
existence précaire et dépendante ; mais, au treizième siècle, sous 
Gongis-Khan et ses premiers successeurs, qui régnaient du Japon à 
l'Egypte et à la Silésie, ils reçurent des titres plus magnifiques que 
jamais : le Bouddha vivant fut élevé au rang des rois ; et, comme le 
premier qui se vit honoré de cette dignité terrestre était un Thibé- 
tain, on lui assigna des domaines dans le Thibet, et le mot de lama 
(\m ?À^m^\e prêtre dans sa langue, commença, en lui, à acquérir 
quelque célébrité. La fondation du grand siège lamaïque de PoutaJa 
n'a pas d'autre origine que cette circonstance tout à fait fortuite, el 
elle ne remonte pas à une époque plus reculée. Au seizième siècle, 
vers l'époque du règne de François P"", le patriarche du Thibet recul 
le titre encore plus magnifique de lama pareil à l'Océan, en mongol, 
daldi lama, par lequel on entend, non pas sa domination effective. 
qui n'a jamais été très-étendue, ni complètement indépendante, mais 
l'immensité des facultés surnaturelles qu on lui suppose. 

A l'époque où les patriarches bouddhistes s'établirent dans le Thi- 
bet, les parties de la Tartarie qui avoisinent cette contrée étaient 
remplies de chrétiens. Les Nestoriens y avaient fondé des métropo- 
les et converti des nations entières. Plus tard, les conquêtes des en- 
fants de Gengis-Khan y appelèrent des étrangers de tous les pays ; des 
Géorgiens, des Arméniens, des Busses, des Français, des Musul-,' 
mans, des moines catholiques chargés de missions importantes pa/ 
le Pape et par saint Louis. Ces derniers portaient avec eux des oJ 
nements d'église, des autels, des reliques, pour veoir, dit ioumll 
se /h pourraient attraire ces gens à nostre créance. Ils célébrèrent ?s 
cérémonies religieuses devant les princes tartares. Ceux-ci leur don/è- 



J \ 



t. de la gentlUté.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 183 

Irent un asile dans leurs tentes, et permirent qu'on élevât des chapel- 
les jusque dans l'enceinte de leurs palais. Un archevêque italien, éta- 
||,ii dans la ville impériale, à Péking, par CM-dre de Clément V, y avait 
ti une église, où trois cloches appelaient les fidèles aux offi- 
Jces, et il avait couvert les murailles de peintures représentant des 
sujets pieux. Chrétiens de Syrie, Romains, schismatiques, musul- 
mans, idolâtres, tous vivaient mêlés et confondus à la cour des empe- 
reurs mongols, toujours empressés d'accueillir de nouveaux cultes, et 
linême de les adopter, pourvu qu'on n'exigeât de leur part aucune con- 
jviction, etsurtout qu'on ne leur imposâtaucune contrainte. On sait que 
Iles Tartares passaient volontiers d'une secte à l'autre, embrassaient 
laiséinent la foi, et y renonçaient de même pour retomber dans l'ido- 
lâtrie. C'est au milieu de ces variations que fut fondé, au Thibet, le 
liiouveau siège des patriarches bouddhistes. Il est naturel qu'intéres- 
Isés à multiplier le nombre do leurs sectateurs, occupés à donner plus 
[de magnificence au culte, ils se soient appropriés quelques usages 
jjitiirgiques, quelques-unes de ces pompes étrangères qui attiraient 
lia foule; qu'ils aient introduit même quelque chose deees institutions 
Ide l'Occident que leur vantaient les ambassadeurs du roi de France 
jet du Pape, et que les circonstances les disposaient à imiter. De là, 
jsiiiis aucun doute, et ce que plus tard l'on n'a pas été peu surpris de 
Iretrouver au centre de l'Asie : des monastères nombreux, des reli- 
L'ieux gardant un célibat perpétuel, portant la tonsure, récitant en 
jfhœur une espèce de bréviaire ; des processions solennelles, des pè- 
llerinages, des fêtes religieuses, une cour pontificale, des collèges de 
llamas supérieurs, élisant leur chef, souverain ecclésiastique et spiri- 
|tiiel des Thibétains et des Tartares ». 

De là encore, et de communications antérieures, des traces visibles 
Ide christianisme dans la légende de Bouddha, telle qu'elle est racon- 
jtéedans les livres bouddhistes. Bouddha, disent-ils, descendit dusé- 
jjour céleste dans le sein de Maya, épouse de Soutadama, roi du 
Inord de l'Hindoustan, et membre de la famille Chakia, la plus illus- 
[trede la caste des brahmanes. Sa mère, qui l'avait conçu sans souil- 
llure, le mit au monde sans douleur. (Saint Jérôme écrit que, suivant 
Iles philosophes samanéens, Bouddha, leur maître, était né d'une 
Ivierge.) Des prophètes et des savants reconnurent dans ce merveil- 
eux enfant tous les caractères de la divinité, et à peine avait-il vu le 
I ^ur, qu'il fut surnommé dieudesdieux> Un roi qui était une incarnation 



Abel Rémusat, Mél. asiat., t. l, p. 113 et 129. Son Mémoire, plus étendu, se 
I truve (luns la collecllon de l'Académie. Letlre du P. Dcsjdcri, piumi les Lcttrex 
I ''''*. ft eurii'uses. 




i i 



^ ^^ HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv. XX. Philos., poêt.etl 

divine, lui conféra le baptême avec l'eau sainte. A l'ftge de dixanj 
il fut confié à des sages pour l'instiuire ; mais bientôt il leur proposa 
des questions insolubles, qu'ensuite il leur expliquait lui-même. C'é- 
tait le plus beau des enfants des hommes. Quand il s'asseyaitsousyu 
figuier, 1(} peuple, assemblé autour de lui, ne se lassait pas del'ad. 
mirer. Emu de compassion sur les maux de ses semblables, il neres- 
pire que pour les délivrer. Il se retire dans le désert, où doit com 
mencer sa mission divine. Là il s'ordonne prêtre, se rase la tête de s« 
propres mains, et, entouré de ses cinq disciples de prédilection, selivre 
à la vie la plus austère durant plusieurs années. Enfin, après qui 
eut surmonté plus d'une tentation, les dieux eux-mêmes descendent 
du ciel pour l'inviter à répandre sa doctrine, et, rayonnant de gloire, 
il se rend à la ville sainte, à Bénarès, pour y occuper le trône des 
saints qui avaient enseigné la loi dans les âges précédents. Il fitaveo 
ses disciples un voyage sur le bord de l'Océan, traversa plusieurs dé- 
serts et y pratiqua des exorcismes. Sa morale consistait en dix com- 
mandements : 1» ne pas tuer ; 2° ne pas voler ; 3° la chastaté ; ¥é\\. 
ter le faux témoignage ; 5» ne pas nentir ; 6° ne pas jurer ; 7o éviter 
toutes les paroles déshonnêtes ; 8° être désintéressé ; 9« ne point 
conserver de ressentiment ; 10° n'être point superstitieux ». 

Chakia-Mouni, c'est-à-dire le moine ou le pénitent de lamaisondf 
Chakia, porte le nom de Bouddha en sanskrit, de Fotho, Fo ou F* 
en chinois, de Somonacodom en siamois, de Bourkan en mongol, 
Parmi ses divers surnoms, on trouve les suivants : Ceiui qui sort pow 
remporter la victoire, ceiui qui rend à chacun selon ses mérites, le dm 
des dieux, celui qui sait tout, le maître universel, celui qui est de lui- 
même toutes les lois, celui en qui tous mettent leur confiance, celui ^i 
balaye les péchés, celui qui dissipe les crimes, le suprême bienfaiteur, 
le dispensateur de la vraie gloire ^. 

Les bouddhistes étaient connus des auteurs grecs et latins, telsqu? 
Mégasthène, Strabon, Clément d'Alexandrie, sous le nom de philo- 
sophes samanéens, qu'ils portent encore aujourd'hui dans certaines 
contrées ». Les brahmanes on étaient également connus sous le nom 
de brachmanes et de gymnosophistes ou philosophes nus Depuis 
vingt à trente siècles, ces deux sectes de philosophes régnent dans 
l'Inde, non pas sur l'esprit d'une seule ville, comme le demandai! 
Platon pour la philosophie grecque, mais sur l'esprit de bien de 
millions d'hommes. Voyons donc ce qu'ils ont fait : ce qu'ils ont fs 
pour Dieu, pour l'humanité, pour eux-mêmes. 

' Klaproth, Asia polyglotla. Creuzer, Symbolique, t. i, p. 288 cl 663. i«l 
Rémusat, Mël. asiat., t. 1, p. 107 et seqq. «eguignes, Mém. de l'Acad. desh- 
script., t. 46.-2 fô,rf.^ t. 1, p. i«:j, etc.- ^ Strab., 1. 15. Clem. Al., Strom.M 



' Luc, 11. Mal 



Ihist. de la gentiUté.l DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 185 

Ce dernier article est, dans la réalité, le premier et le principal. Le 
I chef des philosophes samanéens, le grand Lama, se fait adorer comme 
[une incarnation divine : les autres, à proportion. 

Les brachmanes, ces philosophes si vantés, s'appellent volontiers 
I les dieux de la terre. Pour justifier ce titre, voici la généalogie qu'ils 
se donnent : tantôt ils descendent de ces sept Richis eu pénitents, 
qui furent sai 'es du déluge avec Manou, et qui, pour leur extrême 
sainteté, ont été transportés au ciel et sont les sept étoiles de la 
Grande-Ourse ; tantôt, et c'est la fable la plus en vogue, lorsque 
Brahma voulut créer les hommes, il tira les brahmanes de sa tête ; 
les kchatrias ou guerriers, de ses épaules ; les veissiahsou marchands, 
de son ventre ; les sudras ou artisans, de ses pieds. Telles sont les 
quatre castes que les philosophes de l'Inde ont établies et consacrées 
I comme le fondement de la constitution religieuse et politique. Pour 
I mieux assurer leur domination, eux seuls ont le droit de lire les Vé- 
I (las ; les guerriers ou nobles n'ont que le droit de se les faire lire et de 
faire des présents aux brahmanes ; les deux autres castes n'ont que 
[ ce dernier droit. La caste des philosophes regarde les trois autres 
comme impures ; tout ce que celles-ci peuvent faire de plus méri- 
I toire, c'est de combler de présents ceux-là, de leur donner des fes- 
tins, sans jamais oser s'asseoir à la même table. La vénération pour 
ces sages augmente suivant les quatre degrés de leur caste : ce sont 
(l'abord les jeunes brahmanes, avant qu'ils soient initiés par le triple 
cordon; ensuite ceux qui, nés une seconde fois par leur inflation, et 
mariés, vivent dans des villes ou des bourgades ; en troisième lieu, 
ceux qui se retirent dans la solitude avec leurs femmes et leurs en- 
tants, et se nomment Vanaprastas ; enfin les Sannyasi, qui, restés 
célibataires ou quittant leur famille, vivent tout seuls dans la re- 
traite, adonnés à la contemplation. Ceux de ces philosophes qui se 
font gourous ou prêtres, sont les plus vénérables de tous : se pro- 
sterner devant eux, ou simplement les voir, suflit pour remettre tous 
les péchés. 

Un pharisien ayant invité Jésus-Christ à dîner, s'étonnait de ce 
qu'il ne se lavait point auparavant les mains. Le Seigneur lui dit .- 
Vous autres pharisiens, vous nettoyez le dehors de la coupe, mais 
votre intérieur est plein de rapine et d'iniquité ; vous payez la dîme 
(le la menthe et du cumin, et vous négligez ce que la loi a de plus 
grave, la justice, la miséricorde, la fidélité ; conducteurs aveugles, 
vous passez au couloir ce que vous buvez, de peur d'avaler un mou- 
cheron, et vous engloutissez le chameau. Malheur à vous * ! Les 



' Luc, n. Matlh., 23. 



w -u 



*** HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv. XX. PhUos., poët. J 

brahmanes sont les pharisiens de l'Inde. Même affectation dans J 
genre de vie, même appréhension des souillures extérieures, mênJ 
usage continuel des ablutions et du bain, même zèle pour desminu 
ties, même négligence de ce qu'il y a de plus essentiel, même orgueil 
môme ostentation, même hypocrisie. Il y en a qui font à la lettre « 
dont parle le Sauveur, qui boivent à travers un linge, de peur d'à 
valer un insecte ; en môme temps ils engloutissent le chameau, fou 
lent aux pieds la justice, l'humanité, la miséricorde. Ce qui suit 
en est une preuve entre mille. ^ 'i 

Bien au-dessous de la dernière caste, bien au-dessous des sudras 
croupit dans la servitude, l'opprobre et la misère, le quart de lapo' 
pulation indienne, sous le nom de pariahs. Manger avec ces malheu 
reux, ou toucher à des vivres apprêtés par eux, et même boire de 
1 eau qu'ils auraient puisée ; se servir des vases de terre qu'ils ont 
tenus dans leurs mains; mettre le pied dans leurs maisons, ou leu, 
permettre d'entrer dans la sienne : ce sont là, aux yeux des phiioso- 
phes, autant de crimes qui excluent un Indien de sa caste. Dans bien 
des endroits, l'approche seule des pariahs ou la trace de leurs pieds 
est cx)nsidérée comme capable de souiller tout le voisinage. Il leur 
est interdit de jamais traverser la rue où logent les brahmanes. Un 
pariah qui pousserait l'audace jusqu'à entrer dans la maison d'un de 
ces sages, pourrait être mis à mort sur-le-champ ; et on en a vu plus 
d'un exemple, sans que personne y trouvât à redire. 

Les philosophes samanéens ou bouddhistes ont réformé en ceci la 
philosophie brahmanique : ils rejettent la distinction des castes et les 
Vedas, sur lesquels cette distinction est fondée. Aussi y a-t-il eu 
guerre entre les deux sectes^ et, au septième siècle de l'ère chrétienne, 
les philosophes samanéens se virent expulsés de l'Inde et se réfugié- 
rent parmi les Chinois et les Tartares, où leur doctrine est parvenue à 
humaniser quelque peu ces derniers. 

Mais, pas plus que les brahmanes, les sar . ,éens n'ont facilité au 
peuple la connaissance de la vérité. Moïse, pour instruire les enfants 
d'Israël, écrivit, d'un style simple et clair, l'histoire du genre humain 
et leur propre histoire, avec la loi qu'ils devaient observer, en un 
petit volume, qu'on pouvait facilement porter à la main et mettre dans 
sa poche. Non-seulement il ne leur défendait pas, mais il leur com- 
mandait expressément de le lire, de le méditer nuit et jour, en d'au- 
tres mots, d'en faire leur philosophie, sauf à consulter les prêtres 
dans les questions difficiles. Joignez-y les prophètes et les autres li- 
vres de l'Ancien Testament, le volume ne sera que médiocre. Ajoutez- 
y enfin tout le Nouveau Testament, ce sera toujours un volume très- 
portatif, que chacun peut lire, étudier, méditer, et dans le texte ori- 




ij»l. de la RcntilUé.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 187 

, et dans des versions authentiques. De plus, de toute la doctrine 
i s'y trouve contenue, il existe un abrégé très-court et très-simple, 
lUs le nom de catéchisme, sans compter l'enseignement toujours 
ivsnt et partout présent de l'Église. 

Il n'en est pas ainsi des religions philosophiques de l'Inde. Les 

irahmanes seuls peuvent lire les Védas ; ils les tiennent si secrets, que 

jusqu'à présent, on n'en a pu avoir encore un exemplaire complet. 

seul abrégé mystique, connu sous le nom d'Oupnekhat, forme 

eux gros volumes. Parmi les dix-huit Pouranas, il en est un qui, 

ut seul, contient plus de trente mille vers, le tout écrit dans une 

gue morte, que les brahmanes eux-mêmes ont de la peine à bien 

ntendre. On peut donc dire de ces philosophes ce qui a été dit des 

ribes et des pharisiens chez les Juifs : Malheur à vous, docteurs de 

la loi, parce qu'ayant pris la clef de la science, vous n'y entrez pas 

ous-mêmes, et vous empêchez d'y entrer ceux qui le voudraient * ! 

Les samanéens ou bouddhistes soîit moins jaloux ; comme ils ne 

eeonnaissent point de caste privilégiée, se fait lettré qui veut. Mais 

ne autre difliculté se présente : c'est la quantité et l'étendue prodi- 

euse des livres. A la vérité, il existe un abrégé sommaire de leur 

loetrine ; mais cet abrégé n'a pas moins de cent huit gros volumes, 

t ne peut être porté qu'à dos de chameau. Qu'on juge des au- 

res. Il en est surtout un, qui, malheureusement ou bienheureuse- 

ent, n'existe que dans le palais fabuleux des dragons. Ce livre, 

ntitulé en chinois Pou-yan, tout œil, contient toutes les j»or/es ou pa- 

agraphes de la loi. Quand on changerait l'Océan en encre et les 

erbes du mont Sou-merou en pinceaux ou plumes, on ne pourrait 

arvenir à écrire une seule phrase de ce livre, prise dans un seul sens, 

lise dans une seule doctrine, prise dans une seule porte, prise dans 

ne seule section. A plus forte raison ne saurait-on transcrire en en- 

ierœ miraculeux ouvrage. Dans l'Occident, il n'y a que les succes- 

[stursdes pharisiens et des scribes, les rabbins juifs, qui puissent aller 

e pair avec les philosophes du bouddhisme ; car ils font des contes 

pareils au sujet de leur Talmud. 

Le savant français à qui nous devons ces curieux renseignements 
[ajoute : « On cessera d'être surpris de la prodigieuse étendue de 
m livres, si l'on se rappelle qu'ils sont composés en grande partie de 
litanies, de formules de prières, d'invocations qu'on répète un grand 
nombre de fois de suite sans y rien changer, et sans même chercher 
iy mettre un sens. On ne doit pas oublier non plus que les trois doc- 



, r j 



' Luc, 11, 62. Vœ vobis Icgispcritls, quia lulistls clnvem scienlla», ipsi non 
[intrnistis, et eos, qui introibant, pvohibnistis. 



» 



*** HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv. XX. Philos., po^,, J 

trines des bouddhistes forment un système de philosophie aussi oom. 
plet qu'on puisse l'attendre de la part des Hindous, et qu'elles com 
prennent les principes de la morale, les fables cosmogoniqueset J 
description tant du monde réel que du monde fantastique, une frJ 
de traditions allégoriques et mythologiques, et, par-dessus tout u J 
metaphysiq. o dont il est impossible d'atteindre le fond. Je ne crai J 
pas d'être démenti en assurant que qui n'a pas lu quelques-uns J 
livres des bouddhistes ne connaît pas toute l'étendue de l'extrava 
gance humaine, et n'a pas une idée complète du degré d'absurdiJ 
où peuvent conduire l'abus des méditations sans objet, et l'emnlJ 
desordonné des abstractions appliquées à des sujets où l'intelligenJ 
ne saurait atteindre *. 

« Le spectacle des folies humaines, dit-il encore, n'est pas entiè 
rement perdu pour les esprits méditatifs ; et comme toutes les natioJ 
plongées dans les ténèbres de l'idolâtrie se le sont alternativement 
donne les unes aux autres, l'innocente satisfaction qu'il procure est 
une de celles dont on doit le moins craindre de voir tarir la source 
La religion samanéenne, une des plus célèbres de l'Asie orientale, 
présente peut-être, à un plus haut degré que toute autre, ces diveR 
avantages réunis. Ceux qui l'ont instituée étaient de ces sagpsde 
antique Orient, qui aimaient à s'exprimer par énigmes et par syniJ 
boles, qui dédaignaient de dire raisonnablement des choses raison- 
nables, et qui, pour rien au monde, n'auraient voulu émettre une 
vente sans l'avoir préalablement déguisée en extravagance. QuelquJ 
dogmes très-ingénieux, une morale assez épurée, pouvaient recomJ 
mander le bouddhisme auprès des hommes sensés; mais des fables 
absurdes devaient surtout lui faire trouver grâce aux yeux du viil- 
gaire. Le système mythologique le plus embrouillé qui soit né eJ 
Asie, s'y trouve combiné avec des subtilités métaphysiqws , telles 
que jamais aucune école d'Occident n'en a enseigné d'aussi complé- 
tement inintelligibles, même depuis cinquante ans 2. » 

Quant aux Védas , voici comme en parle un homme qui a vécu 
trente ans parmi les brahmanes, parlant leur langue, et ne négligeai 
aucune occasion pour découvrir ce qu'ils ont de plus secret. « Qu'a,,, 
ne s'imagine pas que ces livres contiennent des choses de quelque 
intérêt. Leur antiquité seule, réelle ou prétendue, est tout cequiles 
rend recommandables. Une exposition prolixe du polythéisme indien, 
tel qu'il existait dans l'origine; les fables les plus pitoyables elles 



j Abel Rémusat, Sur Vétendue de quelques-uns des livres sacrés de Bouddk.\ 
mei.asiat.t. l.-i Abel Rém., Sur l'origine de la hiérarchie lamaiaw.m] 
asiat., 1. 1, p. 130. Paris, 1825. 



list. dé la gentilité.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 180 

dIus ridicules , concernant les pénitences chimériques de leurs soli- 
aires ; les métamorphoses de Vichnou, le culte de ce qu'il y a de plus 
[jiifàme, etc. : c'est là, j'en ai acquis la preuve, ce qui constitue la base 
dt'S textes dont les brahmanes font un si grand mystère. Le quatrième 
de ces livres est le plus funeste de tous pour un peuple livré aux 
plus grossières superstitions : c'est une sorte de grimoire où est en- 
Ligne l'art magique de nuire aux hommes par les sortilèges et les en- 
lliaiitements ; les sacrifices sanglants y sont aussi prescrits. C'est dans 
te livres que les bralimanes ont puisé la plupart de ces mantrams ou 
Hbrmuies de prières qui font pleuvoir sur eux l'argent et la considé- 
btion, et c'est là, dans la réalité, ce qui les leur rend si précieux*. » 
Enfin, depuis tant de siècles, ni les uns ni les autres n'ont fait un 
pas de progrès. Ils ne voient dans l'étude des astres que l'astrologie ; 
dans l'étude de la nature, que la magie. Voici un échantillon de leur 
Hiistoire naturelle. « Quatre principaux nuages donnent la pluie et 
Remplissent cet oflice chacun une année. Le premier et le dernier sont 
Bavorablement disposés pour les hommes , ils procurent des pluies 
secondantes ; les deux autres , au contraire , ne produisent que des 
kempêteset des ouragans. La fréquence des pluies dépend aussi beau- 
Icoup de la bonne ou mauvaise volonté de sept éléphants , connus 
Ichacun par un nom qui leur est propre , et dont la fonction annuelle 
■consiste à porter l'eau aux nuages, chacun à tour de rôle. Quatre met- 
Jtent une grande activité dans leur service, et fournissent à la pluie 
lune ample provision ; mais les trois autres ne s'en acquittent qu'avec 
liionchalance, la terre reste aride, et la disette se fait sentir. Des ser- 
Ipents, au nombre de sept, et qui ont aussi un nom particulier, exer- 
Icent successivement, une année chacun , un empire souverain sur 
■toutes les espèces de serpents. Le serpent Ananta, qui est le premier, 
lest le plus puissant de tous : c'est lui qui soutient la terre sur sa tête. 
jL'année de son règne est funeste , en ce que les serpents sont alors 
■extrêmement venimeux , et que la mort suit ordinairement de près 
lleur morsure. Le règne du serpent Karkata n'est pas moins à crain- 
Idre. Quant aux cinq autres, ils ne sont pas à beaucoup près si mé- 
Ichants. Il est rare qu'on soit mordu des serpents sous leur règne, ou, 
llorsqu'on l'est, le venin n'est pas mortel. Le serpent il/a/<a-/*arfwîa, en 
Jparticulier, est l'ami des hommes : non-seulement il empêche les au- 
itres serpents de leur nuire ; mais encore, si par hasard quelqu'un en 
[était mordu, il envoie le médecin Darmantary pour le guérir 2. » 
Pour ce qui regarde la connaissance et le culte de Dieu, voici une 

I Dubult), Mœ\ii,n et institutions des peuples de l'Inde, t. 1, p, 23â. — ^ Dubois, 
[Mmrs et instilulions des peuples de l'tnde, t. 2, p. 51. 



I 
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i ! 




**" HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv. XX. Philos., poei. J 

sentence, entre autres, que les brahmanes font apprendre dans lu 

plupart des écoles ; «Avant que la terre, l'eau, l'air, le vent, lefeo 

Brahma, Vichnou, Siva, le soleil, les étoiles et autres objets sensibi J 

existassent, le Dieu unique et étemel, Suayambou (celui qui est nJ 

iui-même) existait *. » Et avec cela, le peuple dont les brahmaL 

sont les philosophes et les docteurs , est le plus superstitieuses 

Idolâtre qu. fut jamais : il adore tout à la fois et l'oiseau GaroudJ 

espèce d aigle, et le serpent Capel, que c«t oiseau mange : au lieu J 

uer ces venimeux reptiles, qui lui donnent souvent la mort, il « 

eur offrir en sacrifice les mets les plus délicats au bord de leu^ 

trous i; il adore des pierres et des plantes, et célèbre une fèteaflJ 

nuelle en l'honneur d'une herbe très-commune, nommée durba 

Cependant un missionnaire français vient de découvrir dans iJ 
livres originaux de l'Inde sur l'astrologie et l'astronomie tradition- 
nelles du pays, que fort avant Descartes, Galilée et peut-être Pythai 
gore les Indiens appliquaient l'algèbre à la géométrie; disputaient 
dans leurs écoles sur la question du mouvement de la terre provenant 
de sa rotation diurne, sur son axe au milieu de l'espace; s'ent^et^ 
naient de la cause de la chute des graves, et comparaient la terre à 
une pierre d'ahnant; calculaient des sinus et des cosinus, et en dreJ 
saient des tables; faisaient, comme chose ordinaire et toute simple, 
la somme du carré de chacun des côtés d'un angle droit, dansi 
triangle, égale au carré de l'hypoténuse ». 

Il y a cinquante ans passés, la philosophie du dix-huitième siècle, 
maîtresse des affaires en France, imagina un calendrier où chaque 
jour était consacré, non plus à un saint ou à une sainte, mais à une 
bête, une plante, un outil. Cet œuvre convenait mieux aux philoso- 
phes de l'Inde, où, dans plus d'une occasion , l'on adore jusqu'à sa 
pelle et sa bêche ; où, à une certaine fête , chacun offre un sacrifiée 
a tous les outils de sa profession. Dans le calendrief philosophique, 
la vache et le bœuf tenaient un rang fort distingué ; ce dernier était 
le principal personnage d'une des grandes fêtes de l'année : nous en 
avons été témoin. Dans l'Inde, il y a des fêtes semblables en l'hon-, 
neur de l'une et de l'autre. La vache surtout y est quelque chose de 
SI sacre J qu'en tuer une ou manger de sa chair, est un crime beau- 
coup plus grand que de tuer un homme, fût-ce même son pèreoo 
sa mère. Il y a plus : l'urine de vache est aux Hindous une eau lus-, 
traie, non>seulement pour se laver, mais pour boire. Enfin le plus 

» Dubois, Mœurs et inslilutions des peuples de l'Inde, t. 2, p. 436 et suivantes 
*Ibtd,, p. 203. - 3 Annales de Philosophie chrétienne, 3» série, t. 17 p u 
Astronomie indienne d'après la doctrine elles livres anciens et modernes des' Bra- 
mes, par M. l'abbé Gucrin. Paris, 1847. 



fet. de la gentlllté.l DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. ifli 

rrand bonheur, le moyen infaillible d'aller tout droit en paradis, pour 
un brahmane, pour un de ces lameux philosophes do l'Inde, c'est de 
nourir en tenant une vache, non par la tête, mais par la queue *. 
Il y a cinquante ans passés, en France, la philosophie triomphanio 
^dorait la raison, c'est-à-dire s'adorait elle-même , dans la personne 
l'une prostituée nue.. Eh bien ! depuis des siècles, la philosophie de 
l'Inde, unissant ensemble ce qu'il y a de plus obscène dans la prosti- 
luée et le libei^tin, en fait un objet d'adoration sur les autels, un or- 
Wment de dévotion que les femmes portent à leur cou. Il n'y a pas 
He temple un peu considérable qui n'ait à son service un certain 
hombre de courtisanes. La distinction des castes, l'abstinence de 
kiande, etc., si sévèrement prescrite d'ailleurs, disparaît tout à fait 
\ certaines fêtes abominables, où brahmane et pariahs, pêle-mêle, 
Commettent en public toutes les infamies que les premiers chrétiens 
pient accusés de commettre en secret 2. 

Voilà donc, sans parler de plusieurs autres sectes répandues dans 

l'Inde, voilà où en sont les brahmanes et les samanéens, ces philo- 

flphes si vantés de l'antiquité, ces oracles qu'allaient consulter les 

Philosophes de la Grèce ! Ce que dit saint Paul, on le reconnaît en 

feux : « Ils sont inexcusables, parce qu'ayant connu Dieu ils ne l'ont 

bas glorifié comme Dieu, ni ne lui ont rendu grâces, mais ils se sont 

Ivanouis dans leurs raisonnements, etleurcœur insensé s'est obscurci : 

le disant sages, ils sont devenus fous et ils ont changé la gloire du 

llieu incorruptible en la ressemblance d'un homme corruptible, ainsi 

bue d'oiseaux, de quadrupèdes et de reptiles. C'est pourquoi Dieu 

les a livrés aux convoitises de leur cœur, en sorte qu'ils s'abandon- 

Vnt à l'impureté et l'infamie. Ils ont travesti la vérité de Dieu en 

biensonge, et ont adoré et servi la créature plutôt que le Créateur, 

qui est béni dans tous les siècles, amen. C'est pourquoi Dieu les a 

livrés à des passions d'ignominie 3. » 

Les philosophes de l'Inde sont d'autant plus inexcusables que la 
Providence leur a ménagé plus de moyens de connaître la vérité. 
Parmi les fils de Noé, Sem reçut les plus grandes bénédictions : le 
liom de Sem est connu et révéré des brahmanes, ils s'en parent 
tomme d'un titre glorieux, il est invoqué dans les occasions solen- 
lielles. Il y a même des savants qui pensent que les anciens sama- 
Véens tiraient leur nom de Sem, et qu'ils étaient ainsi de la race pri- 
vilégiée du monde patriarcal *. Lorsque les enfants d'Israël furent 
dispersés dans toute l'Asie, pour faire connaître les merveilles de 



I ■' 



dernes des Bri- 



' DuboiSi Mœurs et institulions des peuples de l'Inde, t. 2, p. 203. -* ^ tbidi 
l. I, p. 403. — »Rom., 2, 20-26. — » Windischmann, p. 735. 



* ::î 



192 HISTOIKE UNIVERSELLE [Liv. XX. Philos., poéLe,! 

Dieu aux nations qui l'ignoraient, lorsque Daniel fut si longtemps à | 
la tête des sages de la Chaldée et de la Perse, l'Inde pouvait facile. 
ment se renouveler dans la connaissance et le culte du Dieu de Seni; 
lorsque, sous Esther et Mardochée, la gloire du Dieu vivant est an^ 
noncée par des édits publics aux cent vingtrsept provinces de l'em- 
pire persan, l'Inde y est nommément comprise. Il paraîtrait même 
d'après ses informes traditions, que tout cela ne fut pas sans quelque 
effet ; car c'est vers cette époque que les samanéens y apparaissent 
comme faisant le plus d'efforts pour ramener la doctrine des brali- 
mânes à quelque chose de moins imparfait. Voisins de la Perse, dont 
les pèlerins étaient à Jérusalem à la première prédication de saint 
Pierre, il est impossible que les Hindous n'aient dès lors entendu 
parler de Jésus-Christ. Il est dit de l'apôtre saint Thomas, qu'il 
prêcha dans l'Inde; de l'apôtre saint Barthélemi, qu'il porta dans 
l'Inde un exemplaire de l'Évangile de saint Matthieu ; cet Évangile t 
fut retrouvé entre les mains de plusieurs fidèles, cent ans après, par 
le philosophe saint Pantène, qui, sur la demande des peuples de 
l'Inde, y alla défendre le christianisme contre la doctrine ^es brah- 
manes *. Comme les samanéens étaient les adversaires de ces der- 
niers, il n'est pas improbable qu'ils adoptèrent le cliristianisme, siiioa 
dans sa totalité, du moins en partie. De là ces traits si reconnaissa 
blés de la vie de Jésus-Christ, dans la légende de Bouddha ou deFo. 
Aussi un savant orientaliste est-il porté à regarder le bouddhisme 
comme un christianisme dégénéré. Il lui a paru que, dans les histo- 
riens chinois, les chrétiens sont souvent confondus avec les bouddhis- 
tes; et que, lorsqu'en l'année 65 de l'ère chrétienne, un empereiirde 
la Chine envoya des ambassadeurs vers l'Occident, pour s'inforniei 
de la venue du saint dont avait parlé Confucius, et qu'à cette occasion 
le culte de Fo s'introduisit à la Chine, il s'agit là de la prédication 
du christianisme, qui, dès lors, fut introduit dans la Chine par l'Inde, 
mais, faute de missionnaires qui se succédassent, dégénéra peu à peu 
en superstitions 2. 

Aujourd'hui l'Inde voit sur ses côtes quelques évêchés catholiques 
et plusieurs missions dans l'intérieur des terres. Il est des provinces 
où la moitié des congrégations chrétiennes se compose de pariak 
Il semblerait que Dieu veut faire pour ce pays ce qu'il a fait pour le 
reste de l'univers : choisir ce qu'il y a d'insensé selon le monde, 
pour confondre les sages ; ce qu'il y a d'ignoble, de méprisable et de 



' Euseb., Hùl. cccî., 1.5, c. lo. — -^ Deguignes, Recherches sur les chrétiml 
établis à la Chine dans le septième siècle. Mém. de l'Acad. des Inscript., 1 5), 
in-12. ' 



L, de la gentUité.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 193 

Jiéant, pour détruire ce qui est, afin que nulle chair ne se glorilid en 
|lle-même, mais en lui *. 

Les Chaldéens étaient les philosophes de Babylone. Ils ont eu à 
leur tête le prophète Daniel, qui leur avait sauvé la vie lorsque Na- 
Juchodonosor eut ordonné de les faire mourir; ils ont vu ses compa- 

nonsjetés aans la fournaise, et lui-même deux fois dans la fosse 
lux lions, pour ne point adorer les idoles et rester fidèles au culte 
lu Dieu vivant. Ils ne pouvaient donc ignorer le Dieu véritable. Aussi 
ton convient assez unanimement qu'ils reconnaissaient un Être su- 
[rème, père et maître de toutes choses. Nous avons vu comment le 

haldéen Bérose raconte que Dieu, qu'il nomme Bel ou Seigneur, 
béa le ciel et la terre. Saint Justin, Ensèbe, Porphyre, citent unora- 
Beoii les Chaldéens vont de pair avec les Hébreux pour la sainteté 
|u culte qu'ils rendaient au Roi éternel ; les Chaldéens seuls, y est-il 

■,(mt eu la sagesse en partage, ainsi que les Hébreux, rendant un 
\tltepur au Dieu gui est le Roi subsistant par lui-même '^. 

Mais cet éloge ne peut être admis qu'avec bien des restrictions, 
lu temps même de Daniel, l'on voit adorer à Babylone, sous le nom 
le Bel, une idole de bois qui, au dire des Chaldéens qui en étaient les 
Irêtres, consommait chaque jour douze mesures de farine, quarante 
l'ebis et six amphores de vin ; l'on y voit ensuite le dragon ou grand 
bpent; on voit surtout, dans la lettre de Jérémie , qu'il y avait en 
tand nombre des dieux d'or, d'argent, de pierre, de bois, portés 
br les épaules et adorés par la multitude : ces idoles étaient cou- 
bnnées, habillées de pourpre et parfumées d'encens. Leurs prêtres, 
lui étaient des philosophes chaldéens , étaient assis dans leurs tem- 
les, la barbe coupée, la tête rasée et découverte, leurs habits déchi- 
^s, et jetant de grands cris comme s'ils eussent pleuré la perte de 
belque personne décédée. L'on voit en particulier, dans cette lettre, 
tnsi que dans les auteurs profanes, qu'il y avait à Babylone une in- 
Inie idole , en l'honneur de laquelle toutes les femmes devaient, au 
foins une fois en leur vie, et cela dans le temple même, se prosti- 
per à des étrangers ^. 



I i 



1';^ 




' i.Cor., 1, 27-29. Sed quac stulta sunt niundi elegit Deus, ut confundat sapien- 

^lel infirma mundi elegit Deus, ut confundat fortia ; etignobilia, etconlem- 

plia elegit Deus, et ea quse non sunt, ut ea quœ sunt destrueret, ut non glo- 

ftur omnis caro in conspectu ejus. - « Just., Cohort. ad gentes. Euseb., Dem. 

1. 3. Porph., Vita Pythag. — » Baruch, 6. 

lu. ,3 




;>•■, 




194 HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv. XX. Philos., poêt,ei| 

La gloire des philosophes chaldéens était la connaissance des 
très : ils s'y appliquaient depuis un temps immémorial. Mais leuj 
objet dans cette étude n'était pas précisément ce que nous appelooil 
astronomie, science des astres et de leurs phénomènes naturels! 
Diodore de Sicile * témoigne que, de son temps , soixante ans avaLil 
Jésus-Christ, ces phibsophes ne se sentaient pas encore capables del 
prédire une éclipse de soleil. C'était ce que nous appelons astrologie [ 
ou Part de prédire, par les aspects, les positions, les influences des! 
corps célestes, les événements futurs, non-seulement ceux 
avaient quelque rapport à l'atmosphère, tels que les changements dJ 
temps, le.s vents, les tempêtes -, mais encore et surtout ce qui nJ 
avait aucun rapport, telq.^'e le succès d'une guerre, le sort d'une 
pire, le destin d'un enfant qui vient ae naître , les jours favorabfeî 
ou non pour entreprendre telle ou telle aflFaire. Ils avaient, di 
cette prétendue science, une si grande réputation, que tous ceux( 
s'y distinguaient, s'appelaient Chaldéens, quelle que fût leur patrie. ili| 
faisaient en outre profession de s'entendre non moins bien au voll 
et au cri des oiseaux, à l' interprétation des songes , à toute espèftl 
de divinations et de présages, et aux enchantements pour détouiMl 
le malheur et attirer le bonheur. Tels nous apparaissent les pliilosJ 
phes de la Chaldée dans les auteurs grecs et latins. Les prophètes iJ 
dépeignent sous les mêmes traits. Isaïe dit à Babylone ; « la sagcss«f 
ta science t'ont perdue, et tu as dit dans ton cœur : Je suis, et il ni 
a que moi. Les maux t'accableront avautque tu puisses les presseJ 
tir. Tu ne sauras d'où te vient la plus affreuse infortune. Parais av«| 
tes enchantf nrs et ces sortilèges que tu cultives dès ta jeunesse; 
verras s'ils ajoutent à tu force. Tu t'es épuisée en conseils. Qu'ils J 
montrent donc, qu'ils te sauvent, ceux qui regardaient le ciel, J 
observaient les étoiles , qui calculaient les nouvelles iunes pour t'aii| 
noncer ton avenir *. » 

Depuis la venue du Christ, les descendants des anciens 
de la Chaldée sont devenus chrétiens. lis étaient engagés la piiipaitl 
dans quelques erreurs, plus par ignorancequo par mauvaise voloiife[ 
L'an 1606, deux Chaldéens se trouvèren'i du nombre des pauvrisij 
qui le pape Paul V lava I«s pieds le jeudi saint. De retour dans iJ 
pays, ils racontèrent à leur patriardie, (jui porte le titre dv patriail 
cho de Bcbylone, avec quelle tendresse paternelle ils avaicDt été iï| 
çus par ie successeur de saint Pierre ; lui remirent de sa part 
ques présents, avec la profession de foi que l'on présente aux pdJ 
nvs d'Orient qui vieiment h ilome. Le patriarcliu, ùc conœrt aval 

» DIod.,1. 2, c. 31, -î Isaic, 47. 



hist. de la gent 



hist. de la genlilité.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 195 

les cvêques et les archevêques de sa nation, envoya le supérieur gé- 
néral des religieux chaldéens, pour renouveler, avec la mère des 
églises, les relations de piété filiale, qui, fréquentes autrefois, 
comma il était marqué, disait-il, dans les annales du pays, avaient 
été interrompues par la difficulté des temps. Il écrivait dans sa let- 
tre : « Voilà, ô Père ! que ma profession de foi arrive à Votre Sain- 
teté: voyez s'il y a quelque fraude, quelque erreur, si elle s'éloigne 
en quelque chose de notre mère l'Église romaine; avertissez, et nous 
ferons; enseignez, et nous obéirons. » Son légat, arrivé à Rome, y 
demeura trois ans, reconnut que, d'accord avecI'Église romaine 
Ipour le fond, ses compatriotes se servaient par ignorance de quelques 
[expressions hétérodoxes, et s'en retourna dans sa patrie avec des 
I présents considérables en ornements, en livres chaldéens et rtrabes , 
pour le patriarche et ses suffragants, qui approuvèrent tout ce oui 
I s'était fait*. ^ 

De nos jours, l'évêque catholique de Babylone, qui est un Euro- 
Ipéen et réside à Bagdad, est comme le représentant du Saint-Siège 
jdans la Chaldée et la Perse. Le.s Chaldéens catholiques , au nombre 
(d'environ cent cinquante mille, ont un patriarche, quatre archevê- 
jqiies et cinq évécbés ^. 

La Perse antique avait aussi ses sages ou philosophes: c'étaient 
Iles mages, qui formaient une espèce de corporation, originaire , à ce 
Iqu'il paraît, de la Médie et de la Bactriane, proche de l'Inde. Selon 
jd'anciens auteurs, leur nom f^ignifmt savant, prêtre, théologien, par- 
jceqii'ils étaient à la fois philosophes, théologiens et sacrificateurs a. 
jLeur autorité était grande. Le roi ne pouvait monter sur le trône 
Iqu'après avoir été initié à leur doctrine et agrégé à Icar ordre * : 
Ils étaient de ses principaux conseillers et les précepteurs de ses en- 
jfaiits. Darius, fils d'Hystaspe, un des plus grands rois de Perse, or- 
Idonnaque l'on mît sur son tombeau, entre autres titres, qu'il avait 
^té docteur dans l'ordre des mages. Ils ont eu également Daniel pour 
^hef, pendant les règnes de Darius le Mède et de Cyrus. Sous r^lui 
^eCambyse, un d'entre eux, Smerdis, se plaça sur le trône, comme 
pnt Smerdis, fils de Cyrus, auquel il ressemblait beaucoup, et que 
m frère Cambyse avait fait mourir. L'imposture ayant été décou- 
verte, le mage fut tué avec uii grand nombre des siens. Pendant le 
jiègnc de Darius, tils d'Hystaspr, un autre parvint à réparer cet 

PeiiiStrozcE, De dogmattbus Chaldceorum.Komw., 1617.— « Pour l'état actuel 
Je la religion catholique en Clialdee, en Perse, dans l'Inde, dans la Chine et autres 
m de l'Orient, voir Tabl.sau cfînéral des principales conversions qui ont eu lieu 
farm les protestants et autres religionnaires, par l'auteur de cette histoire, t. 2 
^ Porph., De abst., 1. 4. Apul., 1. 1. Hesych., etc. - * Cic, De divitwt., i. I. 






196 HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv. XX. Philos., poët. et | 

échec et à rétablir le crédit de l'ordre. Ce fut Zoroastre, Zerdochtou 1 
Zérétestro. Parmi les Orientaux, les uns en font un disciple de Da- 
niel, les autres d'Ézéchiel ou d'Esdras : il y en a même qui en font 
un Juif*. Il est regardé comme le restaurateur du magisme. Lorsque 
Xerxès entra en Europe et en Grèce, il était accompagné du chef des 
mages qui s'appelait Hostanes, et qui, au rapport de Pline, répandit [ 
parmi les Grecs la passion de la magie ^. Des mages vinrent de l'O- 
rient adorer le Christ nouveau-né ; le premier des hérésiarques s 
nommait Simon le mage ou le magicien : ce qui nous montre à la 1 
fois le bon et le mauvais côté de cette corporation de savants. An 
septième siècle de l'ère chrétienne, les mahométans s'étant emparés 
de la Perse, ceux des Persans qui restèrent attachés à la doctrine de | 
Zoroastre se réfugièrent dans l'Inde, où ils subsistent encore en pe- 
tit nombre sous le nom de Parsis, Gaures ou Guèbres. C'est parmi 1 
eux qu'un savant français recueillit, il y a soixante ans, quelques 
livres sur leur croyance et leur culte. Une partie en est attribuée ii| 
Zoroastre ; mais le tout est interpolé de morceaux du septième siè- 
cle, en sorte qu'on ne peut savoir au juste ce qui appartient réellfr| 
ment à cet ancien philosophe. On y voit seulement qu'il vivait i 
temps de Darius Hystaspe. 

Maintenant, quelle était la doctrine des mages et en particulier de| 
leur réformateur ? 

Deux des premiers apologistes du christianisme, Minucius-P 
et saint Cyprien, comptent le mage Hostanes parmi les anciens phi-l 
losophes qui reconnaissent le vrai Dieu. « Le premier des mages pail 
l'éloquence et l'autorité, disent-ils, Hostanes, traite le vrai Dieu av«| 
la majesté convenable ; il proclame que sa forme est invisible ; 
connaît également les anges, c'est-à-dire les ministres et les messal 
gers de Dieu, mais du Dieu véritable ; il sait qu'ils se tiennent ensaj 
présence pour l'adorer , et qu'ils tremblent au moindre signe , 
seul aspect du Seigneur. Il signale aussi les démons terrestres, qui [ 
vont de côté et d'autre, et sont ennemis de l'humanité ^. » 

Quant à Zoroastre, Eusèbe cite comme de lui un passage où il eslj 
dit, que Dieu est le premier, incorruptible, éternel, sans origine, saiisl 
parties, auteur de tout bien, le meilleur de tout ce qu'il y a de boni 
le père de l'équité et de la justice *. Photius nous apprend, d'aprèif 
Théodore de Mopsueste , que, le dogme des Perses, établi par Zaïal 
dès ou Zoroastre, c'est que Zarouam est le principe de toutes cliol 
ses ; que, s'adorant lui-même pour produire Ormuzd , il produisit [ 

' D'Herbelot, Bibl. onent. — * Plin., J/wt. nat., I. 30, e. 1.— » Minuc. Fcl.,o4 
<at'.,n. 26. S. Cyp., De Idol.vanil., n. 4. — * Euseb., Prœp. cr., I. ), c. lO.p.ii 



It 



I iijst. de la eentilité.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 197 

aussi Satan *. Les livres zends, recueillis par Anquetil-Duperron, ont 
éclairci les paroles de Photius. Ils nous apprennent que, dans la 
I doctrine de ZoroaPtre, le premier principe est Zéromne Akéréné, le 
Temps sans bornes ou l'Étemel ; que c'est lui qui a produit ou créé 
Ormuzd , l'auteur du bien, le prince de la lumière , et Ahriman , 
l'auteur du mal, le prince des ténèbres, que ces livres appellent aussi 
Sheitan ou Satan. 

Par où l'on voit que les anciens Perses n'admettaient pas deux 
principes coéternels, comme on le suppose quelquefois ; mais un 
seul principe éternel et suprême, et ensuite deux principes subalter- 
nes, l'un du bien, l'autre du mal. C'est entre ces deux qu'est le com- 
I bat, qui, suivant leur opinion, doit durer douze mille ans et se ter- 
miner par la victoire du bon sur le mauvais.^ Manès ou Manichée, 
i qui enseignait deux principes éternels et indépendants, a été regardé 
I en Perse même comme hérétique, et puni comme tel. 

On voit encore dans ces livres, qu' Ahriman n'a pas été créé mau- 

I vais par nature, mais qu'il l'est devenu par sa propre volonté ; que 

I son empire ne subsistera pas toujours, mais qu'il sera détruit à la 

résurrection générale. Il est même tels passages de ces livres où il 

[ est dit qu'il se convertira lui-même à la fin. 

Dans son monde de lumière , Ormuzd , par la parole divine, créa 
I six amchaspands, desquels il paraît lui-même quelquefois le chef. 
Ils sont comme les présidents généraux de la création. Ils ont beau- 
I coup de rapport avec les sept archanges, que l'Écriture sainte nous 
montre debout devant le trône de Dieu 2. H fit en outre un grand 
I nombre d'izeds, chefs et soldats de l'armée céleste , et les fervers, 
I génies tutélaires, anges gardiens des hommes. Dans les ruines do 
Persépolis, et autres cités antiques, on voit des tombes royales , où, 
au-dessus de la figure du roi, plane celle de son ferver ou ange pro- 
tecteur. 

De son côté, dans son monde de ténèbres, Ahriman a ses dews , 
lis darvands ou diables, parmi lesquels il y en a aussi sept de prin- 
cipaux. C'est lui qui, sous la forme de serpent, a séduit Meschia et 
Mesch'ané, le premier homme et la prennère femme ; c'est lui qui, 
par le péché de l'homme, a introduit la mort dans le monde. 

Telles sont les deux armées qui, d'après la doctrine deZoroastre, 

doivent se combattre pendant douze mille ans ; combat où l'homme 

lui-même doit prendre part pour Ormuzd contre Ahriman, afin do 

n'être point puni avec celui-ci, mais récompensé par celui-là. 

Un homme est-il mort ? à l'instant les d(!ws cherchent à s'emparer 






• Pliot., Bibl., col, 199. — » Toi)., 12, |5. 






198 HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv. XX. PhHoB., poët.et 

de son ftme, qui devient leur proie, s'il a fait le mal ; mais, s'il a été 
droit et pur, les izeds sont là pour le défendre. Ensuite l'âme se 
présente au grand pont Tchinevad, qui forme la barrière entre ce 
monde et l'autre. Là elle est jugée par OrmUzd, et, selon ses œuvres 
et leur justice, ou elle est conduite au delà du pont par les saints 
izecîs dans une terre de bonheur, ou elle reste en deçà pour expier ses 
crimes. 

Enfin, quand le temps est venu où doit cesser la lutte du mal con- 
tre le bien, commence la résurrection générale. Les bons et les mé- 
chants se lèvent à la fois, reprennent leurs corps, et tout reparait 
comme au premier jour de la création. Les bons se rangent avec le 
bon, les méchants avec le méchant ; Ahriman est précipité dans l'a- 
bîme de ténèbres et dévoré par l'airain fondu. Alors la terre chan- 
celle comme un homme malade ; les montagnes décomposées s'écou- 
lent en torrent de feu avec les métaux qu'elles enfermaient dans leur 
sein ; les âmes passent à travers ces flots brûlants pour effacer leurs 
dernières souillures par cette dernière et terrible purification, et se 
rendre dignes de la félicité sans fin qui les attend. 

Et alors, la nature entière est renouvelée : plus de ténèbres, plus 
de tourments, plus d'enfer ; le royaume d' Ahriman a passé, et dé- 
sormais Ormuzd règne seul; tout est devenu lumière. Ormuzd, à la 
tête des anichaspands, et Ahriman lui-même, redevenu bon, avec les 
princes des dews, offrent à l'Éternel un commun sacrifice, et toutes 
choses sont consommées. 

Voilà ce qu'on trouve çà et là tlansle Zend-Avesta ou la parole vi- 
vante, ouvrage attribué à Zoroastre par les Parses de l'Inde *. 

Quant à la nature propre d'Ormuzd, tantôt il paraît identique à 
l'Éternel, tantôt non. Lui-même dit quelque part: Mon nom est: 
Le principe et le centre de toutes choses ; mon nom est : Celui qui 
est, qui est tout, qui conserve tout. Ailleurs, il est le Verbe débouté, 
né de la semence de l'Éternel ; il est nommé le premier-né des êtres, 
image resplendissante et vase do l'infini, toujours lumière etlumièn 
immense, dont la volonté infiniment sainte a sa source profonde dans 
l'être. Il fut produit par le mélange de l'eau primitive et du feu pri- 
mitif. Il s'appelle Eliore Mezdao, c'est-à-dire le grand roi, tout par- 
fait, tout-puissant, tout sage, corps des corps, qui vivifie et nounil 
toutes choses. Il est le fond et le milieu de tous les êtres, le principe 
des principes, la science et le dispensateur de la science, la raison 
(le Verbe) de tout. L'Éternel l'a préposé comme roi, limitant son em- 

> Zend-Avesta, traduit par Anquetil-Dup. Symbolique de Creuser, 1. 2, gurloul 
les notes. Windischrnann, t. 3. 



Lt. de la gentililé.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 199 

[)ire aune période de douze mille ans ; et il exerce sa domination sur 

ftlte période *. 

11 en est à peu près de même de Mithras, le dieu médiateur des 
Perses. Tantôt il paraît une production d'Ormuzd ; tantôt l'auteur du 

oleil et son guide. Il porte aussi le nom de Démiurge ou de créa- 
eur : Mithras, est-il dit expressément, a formé le monde ; il est l'au- 
leiirdu monde et l'auteur de la création ^. 

On peut croire, les doctes du moins le pensent, que les Persans, 
[iiKssi bien que les Hindous, leurs voisins, n'admettaient au fond 
ijii'un Dieu unique et suprême, mais qui se manifestait en plusieurs 
[formes ou personnes. Ce qui le rend presque certain, c'est que le 
Parse moderne, chaque fois qu'il noue sa ceinture, dit en lui-même : 
^ieu est un ^, et que, parmi les péchés qu'il professe dignes de mort, 
l?st œlui de dire qu'il y a plus d'un dieu, et d'adorer les dews ou les 
liémons *. 

Maintenant, les anciens Perses étaient-ils proprement idolâtres ? 
Si l'on entend par idolâtrie adorer comme dieux des images de bois, 
^e pierre, de métal, il ne le paraît point ; car, suivant Hérodote, les 
Perses ne croyaient pas, comme les Grecs, que les dieux eussent des 
[formes liumaines ; et il assure, de concert avec Xénophon, Strabon 

t d'autres anciens, que ce peuple ne leur élevait ni statues, ni tem- 
ples, ni autels. Nous avons vu, au contraire, que Xerxès renversait 
les temples de la Grèce, attendu que le vrai temple de la Divinité 
itait l'univers. 

Il est vrai que, dans les ruines de Persépolis, d'Ecbatane, de 
Suse, de Pasagarde et autres cités de la Perse, on trouve des figures 
d'animaux très-semblables à ceux dont il est parlé dans les prophè- 
|les Daniel et Ézéchiel, ainsi que dans l'Apocalypse; mais on convient 
Généralement que ce ne sont là, non plus que dans les prophètes, 
^iicdes figures symboliques, desquelles on n'a pas encore pu décou- 
vrir tout à fait le sens. 

Mais les Perses n'adoraient-ils pas les éléments, comme le feu, 
l'eau, la terre, le soleil et la lune ? Hérodote le dit formellement. Leurs 
(lescendants réfugiés dans l'Inde, les Parses ou Parsis de nos jours, 

avec eux bien dessavjints européens, prétendent que leurs adora- 

jtions ne s'arrêtaient point à ces créatures, mais remontaient jusqu'au 

Créateur ; qu'ils adoraient Dieu dans le feu et dans le soleil, et non 

le feu et le soleil même, comme si c'étaient des dieux. Le feu sacré 

iiu'ils invoquaient, en présence duq'ir'i s'accomplissaient tous leurs 



I i 






' Creuzer, p. 321 et 699. Zend-Avesla. — « Crcuzcv, p. 353 et 735. 
\vosla, t. 2, p. i. Pni-is, 1731. - * Ibid., p. 30. 



8 Zend- 




i 



r 



*"® HISTOIRE UNIVERSELLE [Llv. XX. Philos, poèt. J 

sacrifices et les principales cérémonies prescrites par la loi, n'était 

pour eux qu'un emblème de la volonté ou parole divine qui a créél 

l'univers et le vivifie incessamment. Le dadgah, ou le foyer qui en. 

tretenait cette flamme symbolique, avant d'être placé sur un autel 

brûla longtemps sur latente nue ; et ce fut plus tard encore que loi 

éleva des ateschgahs ou temples du feu, nommés joyr^wpar les Grecs 

et dont les dômes, tout en préservant des injures de l'air l'élément sa' 

cré, étaient censés représenter la voûte céleste ; ils devaient être 

construits de telle sorte que les vents pussent librement répandre 

dans les différentes parties du monde, l'agréable odeur du feud'Or^ 

miizd. Ce n'étaient point des temples ni des autels tels que les entffl. 

daient les Grecs ; ceux-ci, du reste, observent les savants, ne parais. 

sent guère avoir compris le sens profond de ce culte, non plus que 

des rites nombreux qui s'y rattachaient *. 

Mais si des Grecs, qui n'étaient pas de médiocres esprits, n'ont m 
pénétrer le sens de ce culte symbolique, le vulgaire persan en était-il 
plus capable ? Il est malaisé de le croire. Combien donc ne lui était- 
il pas facile de s'arrêter au symbole, aux éléments, sans remonter ju^ 
qu'au Créateur ! Aussi n'est-il pas surprenant de lire, dans Esther» 
que les Perses attribuaient la gloire de leur empire à la puissance de 
leurs idoles, sol qu'il faille entendre par ce mot les éléments raêniK 
qu'ils adoraient, ou bien des images qi ils pouvaient s'en être faites, 
M< Toutefois, si l'on ne peut pas dire en général que les anciens Persts 
ne fussent aucunement idolâtres, on peut dire au moins qu'ils nelé- 
talent point aussi grossièrement que beaucoup d'autres. Ils n'ado- 
raient point les génies mauvais ou les démons. Au contraire, dans 
les livres de leurs descendants, les Parses, toutes les prières , tous les 
vœux sont dirigés contre Ahriman et les siens. Ainsi, dans leurs priè- 
res du matin, ils disent à Ormuzd : « Juge du monde, puissant, sa- 
vant, maître de l'univers, vous qui le nourrissez , qui l'avez créé^qui 
ne faites que le bien et qui donnez l'abondance ; Ahriman qui ne sait 
rien, Schetan qui ne sait rien, Schetan qui ne peut rien, ô Ormuzd, 
juste juge, brisez cet Ahriman ». » Et encore : « Au nom de Dieu, qui 
saittout^ juste juge, Ormuzd, roi, qu'Ahriman et les dews ne soient 
pas ! Tenez-le éloigné ; qu'il soit frappé et brisé, cet Ahriman! ix^ 
dews, lesdaroudis, les magiciens, les darvands, — qu'ils soient frap- 
pés et brisés ! que ces méchants n'existent plus ! que l'ennemi soit 
affaibli, que l'ennemi n'existe plus, ni m?me son nom*! » Le Perse 

» Creuzer-Guignlaut, p. 338 et 716. Anqueill-Duperron, dans son Zend-Avesta, I 
Uisi. univ. den navants anglais, t. C, p. 247. — « Eather, c. 14, v. 8 et lO. ' 
'* Zend-Avestn, t. 2, p. 126. - '>Ibid., p. 2. 



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hist. de la gentlllté,] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 204 

ne sft contentait pas de prier, il agissait. Tandis que l'Hindou se con- 
I centrait et s'absorbait dans la contemplation, lui se proposait le com- 
battre, avec Ormuzd et ses anges, contre Ahriman et les siens. La 
maxime de Job était sa maxime : La vie de l'homme sur la terre est 
un combat continuel*. De là cette activité, cet esprit chevaleresque, 
cette noble générosité qu'on remarque dans les anciens Persans. 

Cette lutte contre l'auteur du mal commence dès la naissance et 
dure jusque après la mort. Dans le rituel des Parsis, il y a des prières, 
! avec une espèce d'aspersion ou de baptême, pour purifier de la tache 
I originelle l'enfant nouveau-né 2 ; il y a des prières pour les âmes des 
défunts , où l'on fait des actes de foi à la résurrection générale des 
corps et à la future destruction de l'empire d 'Ahriman 3. H y a sur- 
tout en grand nombre des formules de confession pour s'accuser de 
ses péchés, soit seul en la présence de Dieu, soit devant le destour ou 
le prêtre. En voici une : « Ormuzd, roi, je me repens de tous mes pé- 
I filés, j'y renonce. Je renonce à toute mauvaise pensée, à toute mau- 
vaise parole, à toute mauvaise action ; à ce que, dans le monde, j'ai 
j pensé, ou dit, ou fait, ou cherché à faire de mal. Ces péchés de pen- 
sée, de parole, d'action, je m'en repens, ô Dieu ! ayez pitié de mon 
corps et de mon âme, dans ce monde et dans l'autre *. » On y voit 
I jusqu'à des examens de conscience, avec le détail des péchés qu'il 
faut confesser au destour, et de ceux qui sont punissables de mort. 
I Parmi les premiers se comptent l'obstination à soutenir que le men- 
! songe est la vérité, l'opposition à la paix, n'écouter que soi, empo- 
cher le bien ; parmi les seconds, faire le mal, dire qu'il y a plus d'un 
Dieu, désobéir à son père et à son maître, adorer les dews, semer la 
discorde parmi les hommes, contredire la loi, affliger l'homme pur, 
ne pas guérir le malade, détourner de la pénitence, faire le mal avec 
les femmes '. 

Voilà ce qu'il y a de plus remarquable dans les livres des Parsis ou 
Guèbres. On peut croire qu'il y a là plus d'un emprunt fait aux Juifs 
et aii\ chrétiens. H s'y trouve aussi mêlées quelques superstitions , 
mais moins que chez d'autres peuples. Par exemple, comme les Hin- 
dous , ils emploient l'urine de vache ou de bœuf en guise d'eau lus- 
trale; ensuite, comme le feu est pour eux un élément sacré, c'est un 
énorme sacrilège de le polluer en le soufflant de son haleine. On sait 
aussi, par d'autres monuments, que le culte de Mithras, du moins à 
une certaine époque, était accompagné de sacrifices humains. 

Quant à ceux des Perses qui , au septième siècle , ne quittèrent 



I 




' Job, 7, 1. — s Zend-Avesta, t. 8, p. 651. 
-' /Wd., p. 30et 33. 



» Ibid., p. 35. - * Ibid., p. 2. 



M" «I 



2»2 HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv. XX. Philos., poët. et 

point leur pays, ils embrassèrent la plupart le mahométisme, lequel 
n'est au fond qu'une hérésie ou secte chrétienne, catholique surlV 
nité de Dieu , arienne sur la trinité des personnes , judaïsant en 
plusieurs de ses rites. 

Pour ce qui est des mages, leurs anciens philosophes, ils dégéné. 
rèrent de bonne heure en magiciens. On serait môme t-nté de croire 
que, dès l'origine, la magie formait une de leurs principales études. 
Ce qu'il y a de sûr, c'est que presque tous les anciens auteurs qui 
parlent de Zoroastre et d'Hostanes n'en parlent qu'à propos d'arts 
et opérations magiques. Finalement, comme le nom propre des phi- 
losophes de Babylone, le nom de Chaldéen, devint, pour les Grecs 
et les Latins, synonyme d'astrologue, de devin , de tireur d'horos- 
cope : de même le nom des sages de la Perse , le nom de mage, 
devint, pour les mêmes, synonyme de magicien et de sorcier. 

La honteuse dégradation de ces philosophes fut d'autant plus cri- 
minelle de leur part, que Dieu leur ménagea plus de lumières. De- 
puis ïobie, Daniel, Mardochée, Esdras, qui avaient brillé parmi eux 
comme des flambeaux éclatants, ils savaient ce qu'était la sagesse 
véritable, ils savaient où s'en trouvait la pure doctrine. Ceux d'entre 
eux qui vinrent à Bethléhem adorer le Christ, les prêchèrent sans 
doute de parole comme d'exemple. Les Élamites, province centrale de 
la Perse, qui avaient assisté à la merveilleuse prédication de saint 
Pierre, furent pour eux de nouveaux messagers de salut. Plusieurs 
apôtres annoncèrent la bonne nouvelle dans leur pays. La première 
épître de saint Jean portait autrefois, dans son inscription, aux Par- 
thés, les mêmes que les Perses. Au quatrième siècle, il y avait au 
milieu deux une chrétienté florissante. Un évêque persan siégea au 
concile de Nicée en 325, un autre au concile de Jérusalem en 333. 
Que font alors iis mages? Jaloux de voir triompher une doctrine au- 
tre que la leur , ils accusent les chrétiens auprès de Sapor, roi de 
Perse ; ils les accusent d'être d'intelligence avec les empereurs de 
Constantinople, et de ne pas suivre la religion du roi. Saper les 
écoute. Près de trente évêques sont martyrisés, entre lesquels l'évê- 
que de Suse et l'archevêque de Séleucie ou Ctésiphon : avec eux, 
plusieurs grands officiers de la couronne, deux princes, dont l'un. 
Hormisdrts, était de la fjimille des Achéménides , la plus ancienne 
dynastie de Perse : de plus, un si grand nombre de fidèles, qu'on en 
connaissait seize mille par leurs noms, et qu'un histor'en persan les 
porte à deux cent mille. Cette persécution dura trente à quarante 
ans : une seconde recommença un siècle après, sous le roi Varara- 
nés. Dans les actes des martyrs de Perse, on voit les mages se faire 
tout à la fois d«';lateurs, témoins, juges et bourreaux. « Bientôt, di- 



fil('J.,I. Rousseau. 



Ibist. de la gentilité.l DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 203 

saient-ils à Sapor, on n'adorera plus le soleil, ni l'air, ni l'eau, ni la 
lierre ; car les chrétiens les méprisent et les insultent. » Ce n'est pas 
|(]iie ni le roi ni les mages ne convinssent au fond que tout cela n'é- 
jtait que des créatures. « Quoi ! misérable ! dit le deuxième persé- 
jfiiteur Vararanes, à un martyr, saint Jacques, surnommé l'Intercis , 
Iparce qu'il fut coupé morceau par morceau, vous n'adorez ni le soleil, 
|ni la lune, ni le feu, ni l'eau, ces illustres productions de la Divinité ? » 
||l savait donc, et lui et ses philosophes , que c'est Dieu qui a créé 
jtout cela, et que, par conséquent, tout cela n'était pas Dieu : et ce- 
Ipendant ils adorent la créature plutôt que le Créateur, et ils veulent 
[que tout le monde soit absurde et impie comme eux ! et ils font pé- 
Irirdans les plus affreux tourments ceux qui s'y refusent * ! 

Mais est-il croyable que des philosophes agissent de la sorte ? Un 
Iphilosophe du dix-huitième siècle nous dit de ceux de son temps : 
[«Quand les philosophes seraient en état de découvrir la vérité, qui 
[d'entre eux prendrait intérêt à elle ? chacun sait bien que son sys- 
tème n'est pas mieux fondé que les autres ; mais il le soutient parce 
[qu'il est à lui. Il n'y a pas un seul qui, venant à connaître le vrai et 
[le faux, ne préférât le mensonge qu'il a trouvé à la vérité découverte 
par un autre. Où est le philosophe qui, pour sa gloire, ne tromperait 
'volontiers tout le genre humain ^ ? » Ainsi parlait-il de ses collègues 
[en sagesse. Et trente ans après, nous les avons vus, arrivés au pou- 
[voir, traiter les chrétiens en France, comme les mages les avaient 
traités en Perse. 

Pour en revenir à ce dernier ppys, à la fin du dix-septième siècle, 
[il y avait encore un évêque catholique à Ispahan, capitale de la Perse 
[actuelle. De nos jours, et par suite des révolutions qui l'ont boule- 
Iversé, ce pays est sous la juridiction de l'évéque européen de Ba- 
[bylone. 



1^ 



8 



li'ECtYPVK EK li'KTHIOPIK. 

Les brachmancs ou philosophes de l'Inde , les Chaidéens ou phi- 
llosophes de Babylone, les mages ou philosophes de la Perse, ont été 
[pour les philosophes delà Grèce, comme des maîtres et des oracles : 
|l)('aucoiip moins cependant que les prêtres ou philosophes de l'É- 
[gypto. Ceux-ci, plus près, ont été consultés plus souvent. Ils regar- 
[daient les Grecs comme leurs novices. « Solon ! Solon ! disait à ce 



• Tilleniont, Hist. eccl., t. 7 et 12. Etienne Assémani, Act, mart, orient, Jo- 
îfppli Assémani, Biblioth. orient, Godescard, Martyrs de Perse, etc. — 2 Emile, 
|il('J..I. Rousseau. Suite du I. 4. 





! ' 1 



204 HISTOIRE UNIVERSELLE [LIv. XX. Philos., pofi.J 

sage un prêtre de Sais, vous autres Grecs, vous êtes toujours enfants 
il n'y a point de vieillard en Grèce. Vous êtes tous jeunes, quant à l'es. 
prit ; car vous n'y avez aucune opinion ou doctrine ancienne, trans. 
mise par l'antique tradition, aucune science blanchie par letemps',, 
Il n'en était pas ainsi de l'Egypte. Sa sagesse était déjà renoniméf 
mille ans avant Solon ; car il est dit que Moïse fut instruit danstouif 
la sagesse des Égyptiens 2. Elle remontait encore plus haut. Deui 
siècles avant Moïse, le patriarche Joseph, arrière-petit-fils d'Abrj. 
ham, enseignait, par ordre du pharaon, aux princes de l'Egypte, la 
sagesse et la prudence dont Dieu l'avait lui-même doué ». 
Mais que devint cette sagesse entre les mains de ces sages ? 
Pendant longtemps on n'en pouvait juger que par les pyramides, 
les canaux du Nil, les ruines de la Thébaïde, une antique renommée 
d'habileté en fait de gouvernement, et d'extravagante idolâtrie en fait 
de religion. A l'exception de quelques fragments épars dans les auteuR 
grecs et latins, la philosophie proprement dite, la doctrine scientifi. 
que de l'Egypte, était ensevelie sous le voile des hiéroglyplies. Ce 
voile vient d'être levé. Les doctes se convainquent de plus en plus 
que, dans l'antique Mizraïm, la philosophie était au fond la mênif 
qu'elle est encore actuellement dans l'Inde. Un Être suprême et 
que, se manifestant sous trois formes principales ou personnes; m 
Verbe créateur, intelligence souveraine ; la chute des âmes, l'espo^ 
et le travail de la rédemption, des incarnations divines ; un paradis, 
un enfer, un purgatoire par la métempsycose ; des allégories, des 
personnifications du soleil, de la lune, du ciel, de la tei-re, de lÉ- 
gypte, du Nil, des années, des saisons, des mois, des vents, des dé- 
serts, etc., ou plutôt, la divinité se transformant, se manifestant, st 
reproduisant en tout c^la ; en un mot, toutes les vérités servant è 
fond à toutes les erreurs ; tel apparaît, comme déjà nous l'avons vy 
ailleurs, le système, l'ensembic de la philosophie égyptienne. 

Les livres où on le trouve écrit, peint, sculpté, sont des palais, 
des temples, des colonnes, des obélisques, des momies, des tom- 
beaux qui, tantôt s'élèvent en pyramides, tantôt sont creusés daiisit 
roc comme des villes souterraines. Ces monuments, feuillets d'une 
liistoire ancienne et nouvelle, se trouvent répandus non-seulenieiil 
dans toute l'Egypte, mais dans l'Ethiopie, dans la Nubie, dans les 
déserts de Libye et d'Arabie, au milieu des oasis ou îles de verdure 
qui apparaissent ici et là dans ces mers de sable. Les savants mênips 
inclinent à croire que cette merveilleuse dynastie des sciences et des 
arts est entrée en Egypte par l'Ethiopie. 

1 Plat., Tim., t. 9, p. 290, éd. bip. - « Act., 7, 22. — » Ps. 104, 22. 



ncienne, trans. 



bist. de la gentilité.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 203 

On a découvert, en outre, des livres écrits sur du papier ou papyrus. 
[il en existait de cette sorte, où les philosophes exposaient et com- 
nentaient leur doctrine. Un Père de l'Église, Clément Alexandrin, 
len pai'le en décrivant une de leurs processions religieuses. « A la 
lléte, marche le chantre portant un des symboles de la musique ; il 
(doit posséder deux des livres d'Hermès, dont l'un renferme les hym- 
jnes des dieux , l'autre les règles pour la conduite du roi. Après le 
jchantre vient l'horoscope, qui tient dans sa main l'horloge et la 
Ibranche de palmier, emblèmes de l'astrologie. 11 doit avoir présents 
Iles livres d'Hermès, relatifs à l'astrologie, au nombre de quatre : l'un 
[traite de l'ordonnance des étoiles fixes ; un autre des conjonctions 
jet des illuminations du soleil et de la lune ; les deux autres des le- 
jvers. Marche ensuite le scribe sacré (ou l'hiérogrammate) : il a des 
Iplumes sur la tête, un livre et une règle dans les mains, avec de 
jj'encre et un roseau pour écrire. Il doit savoir l'hiéroglyphique, 
[la cosmographie, la géographie, la marche du soleil, de la lune et 
Ides cinq planètes; connaître la chorographie de l'Egypte, la des- 
[cription du Nil, le détail complet de ce dont se compose l'appareil 
Ides cérémonies religieuses et les lieux qui leur sont consacrés, la 
[mesure et la nature de toutes les choses nécessaires aux sacrifices. 
[Ces personnages sont suivis du stoliste, qui porte dans ses mains la 
[coudée de justice et la coupe pour les libations. Il est instruit dans 
tout ce qui concerne l'éducation, et dans l'art de préparer et d'im- 
Inioler les victimes. Dix objets constituent les honneurs que l'on doit 
[aux dieux, et embrassent la religion égyptienne : les sacrifices, les 
prémiœs, les hymnes, les prières, les processions, les fêtes et autres 
choses semblables. Après tous les autres, s'avance le prophète, por- 
tant dans les plis de sa robe l'urne sacrée découverte àtousltj yeux : 
derrière lui sont ceux qui portent les pains d'expositio Le pro- 
phète, président du temple, est obligé d'apprendre les dix livres sa- 
cerdotaux proprement dits, qui traitent des lois, des dieux et de 
toute la discipline du sacerdoce. C'est encore lui qui surveille la dis- 
tribution des revenus. Il y a en tout quarante-deux livres d'Hermès 
essentiellement nécessaires ; de ces quarante-deux, les prêtres nom- 
més ci-dessus en étudient trente-six, qui contiennent la philosophie 
j entière des Égyptiens. Les six autres sont laissés aux pastcphores : 
{ ce sont ceux qui traitent des diiférentes parties de l'art de guérir, 
c'est-à-dire de la structure du corps, des maladies, des instruments, 
I des médicaments, des yeux, et enfin des femmes *. » 

Dans ce passage, le philosophe chrétien d'Alexandrie nous ap- 




' Cletn. Alex., Strom,, 6, p. 633, édit. du Vaisseau, 



-^^ mSTOlRK UNIVERSELLE [Llv. XX. Philos., poli.,, 

prend qu'il y avait quarante-deux livres d'Hermès, essentiellt-menu 
nécessaires : ce qui suppose qu'ils n'étaient pas les seuls; et eJ 
ettet, l'on en trouve beaucoup d'autres cités dans les auteurs. Il yen 
a qui en comptent vingt mille; Jamblique, philosophe néoplatonJ 
cien, en porte le nombre jusqu'à trente-six mille cinq cent vingt 
cinq *. Si cela est, les Egyptiens ne le cédaient guère aux bouJ 
dhistes pour le nombre de livres. 

Suivant la doctrine égyptienne, telle que la conçoivent aujoiir- 
d'hui les plus savants, Hermès ou Thoth est l'intelligence divine 
comme Verbe éternel, il est appelé Hermès Trismégiste ou Herniwi 
trois fois très-grand; comme Verbe incarné, il est appelé HernièJ 
deux fois très-grand ou le second Hermès. 

Plusieurs Pères de l'Église ont cité des livres d'Hermès ou Mer 
cure Trismégiste, en faveur de l'unité de Dieu et autres vérités rhiM 
tiennes. Un auteur, qui paraît être du cinquième siècle, JeanSto- 
bee, nous en a conservé des extraits plus nombreux encore et plus 
considérables, où se retrouve la même doctrine pour le fond 11 
existe un livre tout entier d'Hermès, sous le titre de Pimandre, con- 
forme pour le sens à ce qu'on voit cité dans Stobée et dans les Pères 
Mais jusqu'à ces derniers temps, on croyait généralement tout cela 
apocryphe, inventé après coup et faussement attribué aux ancienJ 
Egyptiens. Aujourd'hui, les plus savants tombent d'accord que ces 
livres, en quelque temps qu'ils aient été rédigés ou traduits en grec 
et en latin, contiennent réellement l'ancienne doctrine de l'Egypte 
a doctrine enseignée dans les hiéroglyphes; et que, par conséquent 
les auteurs chrétiens ni ne trompaient ni ne se trompaient lorsqu'ils' i 
s appuyaient de cette sorte de témoignages 2. 

Mais comment alors l'Egypte a-t-elle pu devenir aussi grossière- 
ment idolâtre, jusqu'à se prosterner devant des bœufs, des boucs et 
des crocodiles ? L'exemple actuel de l'Inde est là pour nous le mon- 
trer. Avec les idées les plus magnifiques sur l'unité de Dieu, dans 
les livres, l'Inde se prosterne devant la vache, devant le serpent, de- 
vant I herbe darba, devant les ustensiles de niisinc. C'est que, entre 
beaucoup d'autres causes, les sages de l'Égvpîo.. rj„n plus qur te 
sages de llnde, au lieu de chercher la ■•m; .c jieu, ne cher- 
chaient que leur propre gloire. Dans l'Egypte comme dans l'Inde, ils 
tonnaient une caste héréditaire et privilégiée; dans l'Egypte comme 
dans llnde, ils se réservaient à eux seuls la lecture des livres de 
sciences. Dans l'Egypte, ils avaient même un moyen de plus pour 



r 'PP 



J. U Myst. ^ôî/p^ - 3 champollion, Panthéon égyptien. Creuzer-Gui- 
éùiaiû, 1. 3, surtout les notes. 




hisl. (le la gcntllllé.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 907 

conserver h jamais ce monopole : ils avaient deux langues mysté- 
rieuses inconnues au vulgaire. 

La vérité était en Egypte, mais captive. Dieu la délivre avec 
Israël : il la délivre des hiéroglyphes, en la faisant écrire dans une 
langue et avec des caractères que chacun pouvait connaître facile- 
ment; il la délivre de la multiplicité des symboles astronomiques, 
astrologiques, physiques et autret,, en la faisant écrire dans toute sa 
simplicité ; il la délivre du secret où on la retenait, en la publiant du 
haut d'une montagne et au bruit du tonnerre ; il la délivre de l'op- 
pression de la caste savante, en la donnant en héritage à tout un 
peuple pour la méditer et la faire connaître à tous les peuples. 

L'Egypte et l'Ethiopie conservent toujours des relations avec ce peu- 
pie dépositaire de la vérité. La reine du midi ou d'Ethiopie vient admi- 
rer la sagesse de son roi Salomon ; Pharaon lui donne sa fille. Jérémie 
prophétise en Egypte. Des colonies juives s'établissent en Egypte et en 
Ethiopie, du sixième au troisième siècle avant Jésus-Christ, et for- 
ment dans ce dernier pays un royaume *. Sous Alexandre, les Juifs 
obtiennent droit de cité dans Alexandrie. Le Christ, enfant, est trans- 
porté en Egypte. L'eunuque de la reine Candace vient adorer à Jéru- 
salem, et, de là, remporte dans l'Ethiopie le germe du christianisme, 
qui s'y est développé depuis et y règne encore à présent. Saint 
Marc le prêche dans Alexandrie. De pieux solitaires peupleront la 
Thébaïde. Alexandrie verra son école chrétienne devenir une des lu- 
mières du monde. Aujourd'hui même après tant de revers, les chré- 
tiens forment encore plus de la moitié de la population en Egypte, la 
plupart, il est vrai, engagés dans l'erreur ou le schisme, mais plus 
par ignorance que par opiniâtreté. Plusieurs d'entre eux, les Coptes, 
desa'ndent des anciens Égyptiens et ont conservé leur langue dans 
l'oflice divin ; ce qui n'a pas servi peu à "a découverte des hiéro- 
glyphes 2. 

liJi OBKCE ET li'iTAIilE. 

La GrècCj où nous abordons maintenant, a hérité sa philosophie 
de l'Asie et de l'Egypte ; mais elle lui a imprimé son caractère par- 
ticulier. Dans tout l'Orient, à commencer par la Chine, l'Inde , la 
Perse, la Chaldée, pvjr finir par l'Egypte et l'Ethiopie, la philosophie 
présente quoique chose d'immobile et d'uniforme, aussi bien que tou- 
tes les autres institutions, les lois, les gouvernements, les mœurs, les 



' Nouveau journal asiatique. Juin 1829. — * Lettre du P. Sicard au comte de 
Toulouse. 



* 





^"^ HISTOIRE UNIVERSELLE iLiv.XX. Piillo8.,poët.et 

arts, les usages. Dans la Grèce, il en est différemment. Colonisée par 
des peuplades venues de divers pays, habitée par des races de di- 
verse origine ; découpée par la mer en îles, en presqu'îles, en pro- 
inontoires ; divisée en une multitude de petits États ayant chacun sa 
forme de gouvernement différente, la Grèce a imprimé sa mobilité 
et sa variété natives à la philosophie comme à tout le reste. La sa- 
gesse n'y sera plus le privilège d'une caste, mais an bien sans mai- 
tre que chacun pourra cultiver à son gré ; elle ne sera plus renfer- 
mée dans le secret des temples : elle se montrera dans les rues, dans 
les rlaces, dans les promenades, dans les boutiques; elle ne s'expri- 
mera plus en une langue inconnue et hiéroglyphique : elle parlera la 
langue vulgaire, la langue des servantes et des artisans, langue 
douce et harmonieuse qui est à elle seule une volupté ; elle ne pré- 
tendra plus domhier en souveraine : elle voudra plaire à un peuple 
spirituel, mobile, curieux, et, dans ce but, changera souvent de ton. 
de manières, de costume, de docteurs, quelquefois même de doc- 
trine, ns rompre toutefois au fond avec l'Orient. 
^ Thaïes, qui passe communément pour le premier sage de la Grèce 
n'était pas Grec, mais Phénicien. Nous le savons d'Hérodote et dé 
Diogène Laërce. Ce dernier cite encore, à l'appui de son témoignage 
Duris , Bcmocrite et Platon. Celui-ci le fait descendre de Cadmiis 
qui, le premier, apporta en Grèce les lettres de l'alphabet. Quanti! 
Plutarque, il reproche à Hérodote, comme un trait de malignité 
d'avoir fait du prenne? sage de la Grèce un Phénicien et un barbare, 
Mais Hérodote, n'ayant vécu qu'un siècle après Thaïes, est un témoin 
plus croyable que Plutarque, qui vécut sept siècles après Hérodote. 
Plutarque, d'ailleurs, ne donne aucune preuve du contraire; il con- 
vient môme que Thaïes ne vint ù Milet en lonie que dans un Age fort 
avancé *. 

Ce fut donc en Phenicie que naquit Thaïes, l'an 030 avant Jésiis- 
Ciirist, lorsque le saint roi Josias commençait à régner en Judée. Il 
vécut près de cent ans, et fut ainsi contemporain de Lao-fscu et Con- 
lucius à la Chine ; de Gotama, une des principales incarnations de 
Bouddha, ou bien l'un des principaux philosophes du bouddhisme 
dans l'Inde ; de Zoroastr dans la Perse; ; ainsi que des prophètes Jé- 
rémie, Daniel et Ézéchiel. 11 avait quarante ans à l'époque où Jéru- 
salem, si près de It» Phenicie, fut prise et le temple brûlé. Étant 
d'une famille illustre , il dut naturellement avoir connaissance des 
prophéties nicnavantes que Jérémie envoyait aux rois de Tyr et de 
Sidon. Comme sa langue était la inhwa (juo celle des Hébreu-- et que 



Diog. Lacrt., Vie de IhalèsMwL, De malig, Herodot. 



Ihist. de la gentJlité.] biS L'ÉGLISE CATHOLIQUE. ao9 

les deux peuples avaient ensemble des relations intimes depuis des 
siècles, il est également naturel de penser qu'il connut les livres de 
Moïse. Sa philosophie paraît empruntée aux premiers versets de la 
Genèse. Il dit que l'eau fut l'élément primitif des chofos, et que Dieu 
est cette intelligence qui a formé toutes choses de l'eau *. Les an- 
ciens Grecs donnaient à l'eau le nom de chccâ et réciproquement. 
Le prince des apôtres s'exprime à cet égard comme le prince des 
I sages: saint Pierre, comme Thaïes, dit que le monde, produit de 
l'eau, subsistait par l'eau 2. Moïse parle lo même langage quand il 
dit que l'Esprit de Dieu était porte sur les eaux ou le chaos primitif. 
Tlialès définissait Dieu, un être qui n'a ni commencement ni fin! 
Il avait voyagé en, Egypte sous les règnes de Psammétique et dé 
JNéciiao, et s'était attaché aux prêtres de ce pays. De son temps, les 
rois d'Egypte et d'Ethiopie s'envoyaient des énigmes à deviner, des 
[questions à résoudre, comme on voit par l'exemple de la reine de 
Saba que c'était l'usage au temps de Salomon. L'an 568, étant re- 
venu en Grèce, Périandre, tyran de Corinthe, lui donna un banquet 
célèbre, oùPlutarque, qui en a composé le récit, fait assister lessa- 
jfres contemporains. Solon d'Athènes, Pittacus de Mytilène dans l'île 
de Lesbos, Bias de Priène en l'Asie Mineure, Cléobule de l'île de 
! Rhodes, Chilon de Sparie, et le maître du festin, Périandre, avec le 
[Scythe Anacharsis, Ésope et quelques autres. 

Durant ce banquet, qui est appelé le banquet des sept sages, on 
jvint dire à Thaïes que le roi d'Egypte, Amasis, avait adressé plu- 
sieurs questions au roi d'Ethiopie, et qu'il en avait reçu les réponses 
suivantes : « Qu'y a-t-il de plus ancien ? le temps ; de plus grand ? 
le monde ; de plus sage ? la vérité; de plus beau ? la lumière; de plus 
commun ? la mort ; de plus utile? Dieu ; de plus nuisible V le démon ; 
f de plus fort? la fortune; de plus facile? le plaisir. » — « Aucune de 
I ces réponses n'est admissible, dit Thaïes ; toutes sont marquées au 
[coin de l'erreur et de l'ignorance. D'abord, comment le temps peut- 
I il être ce qu'il y a de plus ancien, puisqu'on le divise en passé, pré- 
sent et avenir ? Ce dernier est certainement moins ancien que les 
hommes et que les événements actuels. Dire que la vérité est la sa- 
jîîesse, c'est, ce me semble, confondre l'œil avec la lumière. Si d'ail- 
I leurs la lumière est selon le roi d'Ethiopie, ce qu'il y a de plus beau, 
pourquoi ne pas nommer le soleil lui-même? Quant aux autres ré- 
I ponses, celles qu'il a faites sur les dieux et Itss dénions sont aussi 



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Cic. De nat. dfi.nr,, \, \ , n. 10. Thaïes nquam dhit ossc initium rcriim j Deuni 
imlciii, cam mentcm, quic ex aquà cunt»;» llngeret. — * 2. Pot., ;j, 6... Cœllerant 
prlùs, et terra de aqui\ cl pcr aqurm coiigUtens Del verbo. 

III. 14 




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1 






210 HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv. XX. Philos., poète, | 

hardies que dangereuses. Ce qu'il dit de la fortune est tout à fait dé- 
raisonnable ; si elle est réellement si forte et si puissante, comment | 
change-t-elle avec tant de facilité? Enfin la mort n'est pas ce qu'il y 
a de plus commun, puisqu'elle n'existe point parmi les vivants. J 
Thaïes ne se contenta point de blâmer les réponses qui avaient été 
faites, il crut devoir en faire d'autres, que tous les convives approu. 
vèrent, et qui méritent d'être rapportées : « Qu'y a-t-il de plus an- 
cien ? Dieu, car il . ,t éternel ; de plus grand ? l'espace : il contienne 
monde, qui lui-même renferme tout ; ce qu'il y a de plus beau? fe | 
monde, parce qu'il est l'ouvrage de Dieu; de plus sage? le temps; 
il a découvert ou découvrira tout ; de plus commun? l'espérance i 
elle reste à ceux même qui n'ont rien ; de plus utile ? la vertu : elle 
fait bien user de tout ; de plus nuisible ? le vice : il corrompt tout pat | 
sa présence ; de plus fort ? la nécessité : elle seule est invincible ; de 
plus facile ? ce qui est selon la nature : on se lasse souvent du plaisir 
même *. » 

La nécessité dont parle Thaïes n'était, dans les principes de ce 
F âge, que la résolution fixe et la puissance immuable d'un Être pré- 
voyant. Cette observation est de Stobée 2. Plutarque la fait égale- ] 
ment, lorsqu'il ajoute à la parolcjde Thaïes : « Démocrite et Parme- 
nide disaient que tout se faisait par les lois de la nécessité ; mais que 
cette nécessité était la même chose que le destin, la justice, la pro- 
vidence, la puissance qui a fait et entretient le monde ». » 

La maxime favorite ('■ Thaïes était : Connais-toi toi-même. Il est 
le premier que l'histoire nous montre avoir prédit une éclipse de 1 
soleil. Après avoir vécu près d'un siècle, il mourut à cette occasion ; 
il assistait aux jeux de la lutte, lorsque la chaleur du jour, la soif | 
et les infirmités de la vieillesse lui causèrent tout d'un coup la mort, 
Il fut, dans l'ancienne philosophie grecque, le chef de ce qu'on al 
nommé l'école ionique, à cause qu'il passa les dernières années de 
sa vie à Milet enlonie. 

L'on a trouvé sur l'une des portes de cette ville une inscriptic. 
curieuse et qui fait voir que le nom du vrai Dieu n'était pas inconnu 
dans ce pays. Cette inscription, qui est en grec, porte en toutes let- 
tres : Jéhova, toujours saint, gardez la ville de Milet ainsi que tout 
ses habitants *. 

Pendant que Thaïes commençait le règne de la philosophie dans 
PAsie Mineure, un autre sage le fondait en Italie . c'était Pytliagore, 
né, suivant quelques-uns, dans une île de la mer de Toscane, suivant 




« V\n\.., Banquet des sept sages.— 2 stob., Eclog. phys., c. 8. — ^ Plut., /)« 
placit. phil., 1. I. c. 24. — ^ Spon, Voyage d'Halie cl du Levant, t. I, p. m 



hist. de la gentilité.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 2il 

le plus grand nombre, dans l'île de Samos, vers l'an 580 avant Jésus- 
Christ, d'après l'opinion la plus accréditée ; car il n'y arien d'absolu- 
ment certain ni sur le lieu ni sur l'époque de sa naissance. Après avoir 
été pendant quelque temps disciple de Phérécvde de Scyros, il habita 
longtemps en Egypte, parcourut laPhénicie, l'Asie Mineure, alla jus- 
que dans la Perse, la Chaldéeetdans l'Inde. C'était le temps où Daniel 
était le chef des sages deBabylone. Au dire de Jamblique, il séjourna 
plusieurs fois sur le mont Carmel, où il y avait eu, si même il n'y 
avait encore, une école de prophètes. Porphyre, dans la vie de Pytha- 
gore, dit expressément qu'il consulta des Hébreux. Hermippus, dans 
sa vie du même philosophe, ajoute qu'il transporta dans sa philoso- 
phie plusieurs opinions et usages des Juifs *. Revenu de ses voyages, 
il se fixa dans l'Italie inférieure, nommée alors la grande Grèce, dans 
la ville de Crotone, chez le fameux athlète Milon. Il y fonda une école 
I de philosophie, connue sous le nom d'école italique. C'était encore 
moins une école qu'une congrégation religieuse, dont Pythagore était 
le supérieur général. Pour y être reçu, il fallait subir des épreuves 
: longues et diverses. Ces épreuves embrassaient à la fois et le régime 
j du boire et du manger, et les vêtements, et le sommeil, et les exer- 
j cices gymnastiques ; tout y tendait à fortifier l'âme en la purifiant, 
I à dompter les sens, à faire supporter les privations et vaincre la doa- 
I leur, à façonner l'esprit aux habitudes de la méditation. Les postu- 
I lants devaient garder le silence pendant deux, trois ou cinq ans, se- 
1 Ion qu'ils étaient plus ou moins enclins à parler. C'est alors seulement 
qu'ils étaient initiés à la doctrine secrète ; car il y avait une doctrine 
publique pour l'universalité des auditeurs. Ce qu'il y avait de mysté- 
I rieux ne se confiait que sous le serment du secret le plus inviolable. 
! Tous ses disciples mettaient leurs biens en commun; ils habitaient 
tous ensemble dans un vaste édifice, et y suivaient, pendant la jour- 
née, une règle dont l'austérité était tempérée par la promenade, le 
I chant, la musique instrumentale, la danse, la lecture des poètes. La 
I Irugalite de leurs repas n'admettait ni la viande ni le poisson ; le viii 
jetait interdit aux contemplatifs; tous étaient vêtus d'une tunique 
|hlanche; les cérémonies religieuses et les sacrifices se mêlaient aux 
I travaux de l'étude. 

Quant à la doctrine de Pythagore sur Dieu, saint Justin, Clément 
|(1 Alexandrie, Lactance, saint Cyrille d'Alexandrie la résument en 
I ces termes ; « Écoutons ce que dit Pythagore ; voici comme il parle : 
|lîiciiest un; il n'habite point, comme quelques-uns se l'imaginent, 
; Hors des limites du monde ; mais, résidant tout enti'^r en lui-même, 

Apud Joseph, cont. Appion,, I. |. 



19 





K 



I 



212 HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv. XX. Philos., poët. « 

il contemple, dans l'orbite universel, toutes les générations; il est le 
centre de tous les siècles , l'ouvrier de toutes ses puissances et de 
toutes ses œuvres, le principe de toutes choses ; il est la lumière dans 
les cieux, le père de tous, l'esprit et la vie de tout, le moteur de tous 
les orbites. Ainsi parle Pythagore *. » 

Saint Justin cite encore du même ces autres paroles : « Si quel- 
qu'un dit : Je suis Dieu, outre celui qui est un, celui-là doit faire un 
monde pareil à celui-ci et dire : Ce monde est à moi ; non-seulement 
il doit dire et faire ainsi, mais il doit encore habiter le monde qu'il 
aura fait, comme celui qui est un le fait dans le monde présent *. « 
Mais où l'on voit plus détaillée la doctrine de Pythagore et de son 
école sur Dieu et sur la création, c'est dans le traité du pythagori- 
cien Timéede Locres, intitulé : De l'Ame du monde, etdansle dialogue 
de Platon, intitulé : Timée. parce (ju'il est un développement de 
l'autre écrit. On lit dans le premier : 

« Avant la formation du ciel, il y avait l'idée, la matière et Dieu, 
démiurge ou artisan du mieux. 

« Le Dieu éternel, le Dieu père et chef de tous les êtres, ne peut 
être conçu que par l'esprit. Il est toujours le même, non engendré, 
non produit. 

« L'idée est improduite, immuable, permanente, toujours la 
même, intelligible, modèle de tous les êtres engendrés, sujets au 
changement. 

« La matière est la pâte, la mère, la nourrice, ce qui engendre la 
troisième nature ou l'être sensible. Par elle-même, elle est sans forme | 
et sans tigure, mais elle reçoit en elle toutes les figures et toutes les 
formes ; elle devient divisible en devenant corps : c'est l'être toujours | 
autre ou changeant. On l'appelle matière, lieu, capacité. 

« Comme ce qui est plus ancien vaut mieux que ce qui est plus nou- 
veau, ce qui est réglé, mieux que ce qui ne l'est pas. Dieu, bon par | 
essence, voyant la matière qui recevait toutes les formes et se livrait 
de toute manière, sans aucune règle, à toutes sortes de variations, 
voulut la soumettre à l'ordre et à des variations régulières plutôt 1 
qu'irrégulières , afin que les dittérences des corps se correspondis- 
sent et ne fussent plus abandonnées au hasard. 

« Dieu fit donc ce monde do toute la matière, le constituant la li- 
mite de la nature des êtres, parce qu'il renferme tout en lui ; il le fil 
un, unique, parfait, animé et raisonnable, parce que ce qui est animé 



' S.Jtist., Coh. ad gnsc.ed.Hen. S(epli. Clem. Alex., Admonit. ad gentes,^ 
47. Lacl., Insl. div., 1. !, S.Cyr. Alex., Cont. Jul.,\. 1. — « S. Justin., Démo- 
narcliid. 



' Timî'P (le 1.1 



Iiisl. de la gentllité.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 213 

et raisonnable vaut mieux que ce qui ne l'est point ; il lui donna un 
corps sphéi'ique, parce que (-'est la plus parfaite des figures. 

« Dieu ayant donc voulu faire une production excellente , fit ce 
dieu produit (le monde), qui ne pourra jamais être détruit par une 
autre cause que par celui qui l'a formé, si jamais il le voulait. Mais 
il n'est pas d'un être bon de se porter à détruire un ouvrage excel- 
lent fait par lui-même. Le monde subsistera donc toujours, tel qu'il 
est, incorruptible, indestructible, heureux. 

« Des êtres produits, c'est celui qui a le plus de stabilité et de force, 
parce qu'il a ( (iiit par l'auteur le plus puissant ; non d'après un 
modèle fragile, mais d'après l'idée et l'essence intelligible, sur la- 
quelle il a été tellement exécuté et fini, qu'il est devenu très-beau et 
qu'il n'aura jamais besoin d'être réparé. 

« Il est complet dans ce qui concerne les êtres sensibles, parce que 
le modèle, dont il est l'expression, comprenait en lui les formes 
idéales de tous les animaux possibles sans exception. Le modèle était 
l'univers intelligible : le monde est l'expression sensible du modèle. » 
Après avoir parlé de la formation du soleil, de la lune, des étoiles 
errantes ou fixes, ainsi que de leurs diverses révolutions, Timée 
ajoute : 

« On appelle parties du temps, ces périodes que Dieu a ordonnées 
en composant le monde. Car les astres n'étaient point avant le 
monde, .li par conséquent l'année , ni les retours périodiques des 
saisons par lesquelles se mesure la durée de ce temps engendré. Ce 
temps est l'image du temps improduit, que nous appelons éternité. 
Car de même que ce monde a été formé à l'image du monde éternel 
et intelligible, de même le temps a été produit avec le monde sur le 
modèle de l'éternité *. » 

On voit ici que, dans la pensée de Timée, comme le dira expres- 
sément Platon , le temps n'a commencé qu'avec l'organisation du 
monde, avec les révolutions du soleil et de la lune. Tout ce qui exis- 
tait auparavant, comme la matière première, est au delà du temps. 
C'est pour cela que d'une part Timée dit que cette matière est éter- 
nelle, mais non pas immuable ; ^tque, d'une autre part, il nous mon- 
tre Dieu plus ancien que la matière. 

Il parle ensuite de la terre, de la création des animaux et de 
l'homme, de son corps et de son âme, des vertus et des vices, des 
récompenses et des châtiments (jui l'attendent après la mort, et ter- 
mine son récit par ces mots : « C'est la juste Némésis qui règle tout 
cela dans une seconde vie avec les génies terr( stres, vengeicrs des 



' Timée (le Locres, éillt de Lcbaltcux. /l'cm infer opéra Platon. 



2^ * HISTOIRE UNIVERSELLE [Llv. XX. Philos., poêt. « 

crimes dont ils ont été les témoins. Le Dieu arbitr-^ de toutes choses 
leur a confié l'administration de ce monde inférieur composé de 
dieux, d'hommes, d'animaux de toutes espèces, qui ont été formés 
d'après ïe modèle parfait de l'idée improduite , éternelle, purement 
intelligible. » 

Dans cet exposé de la doctrine pythagoricienne, on voit donc un 
Dieu éternel, plus ancien que tout, visible à l'esprit seul, qui crée le 
monde d'une matière informe, comme il est dit au livre de la Sa- 
gesse*. Ce monde est très-bon et très-beau, comme il est dit au p^^ 
mier chapitre de la Genèse *. Pythagore fut le premier qui appela 
l'univers du nom de cosmos, qui signifie ordre, arrangement, har- 
monie. C'est l'équivalent du mot hébreu Séba, pluriel 5o*aoM, que le 
latin rend par ornement, armée ^. 

Mais qu'estrce que cette idée éternelle , incréée , immuable, tou- 
jours la même, exemplaire intelligible de toutes les créatures ? N'est- 
ce pas cette intelligence , cette sagesse vivante, dans laquelle sont 
cachés tous les trésors de la sagesse et de la science de Dieu *? sa- 
gesse conçue de Dieu avant tous les temps, et qui était avec lui ar- 
rangeant toutes choses *; sagesse, raison éternelle, par qui tout a 
été fait, et sans qui rien n'a été fait », qui contient en elle, par con- 
séquent, les idées de tous les êtres possibles. 

Mais que peut-il y avoir de vrai touchant cette âme du monde 
dont parle Timée, et qui fait même le titre de son livre ? C'est peut- 
être là une notion obscure de cet Esprit de Dieu qui planait sur les 
eaux, qui les couvait, les fomentait, c'est-à-dire, comme parle saint 
Ambroise, les vivifiait pour les tourner en créatures nouvelles, et 
par sa chaleur , les animer à la vie ; qui acheva la perfection de la 
création, selon ce qui est écrit : « Les cieux ont été aflfermis par le 
Verbe de Jéhova, et leur armée par l'Esprit de sa bouche ''. » Esprit 
de l'Éternel qui remplit l'univers et contient toutes choses » ; Esprit 
vivificateur de tout , et par conséquent créateur, car il est dit : En- 
voyez votre Esprit, et toutes choses seront créées ». 

Timée distingue du Dieu créateur l'âme du monde ; d'autres phi- 
losophes diront que cette âme est Dieu même. Comme on peut attri- 
buer la puissance créatrice au Père , l'intelligence au Fils, l'amour 
ou la vie à l'Esprit-Saint , les deux sentiments s'accorderaient dans 
un fond de vérité. L'Esprit qui anime le monde par son souflle vivi- 
fiant est distinct du Père et cependant îe même Dieu avec lui. 



'Sap., Il, 18, suivant le grec.—» Gen., i, 31. — » Ibid., 2, I. — »Co- 
lo88., 2,3.— sprov., 8, 30. — 8Joan., 1,3. — 7 P8.32. - «Sap., 1,7. - «Ps. 
!03.,H!ernn. Quœst, kekr, in Cfen, 



' S. Thom. Coi 



) 4 



i.|iii 



i hist. de la gentlUté.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 915 

Celte proposition , Dieu ou l'Esprit-Saint est l'âme du monde, 
I prise dans le sens rigoureux que l'on y attache maintenant, estinad- 
! missible ; elle suppose que Dieu et le monde ne forment qu'un seul 
1 être composé, de même que l'âme et le corps ne font qu'un seul 
homme. Mais, dans le sens des anciens philosophes, elle offre quel- 
que chose de tolérable. Suivant eux , comme saint Thomas l'a re- 
marqué sur Platon, l'âme n'est unie au corps que comme le pilote 
ail navire ; en sorte que l'homme n'est pas un être composé d'une 
âme et d'un corps, mais une âme se servant du corps *. Dans ce sens 
1 Dieu pourrait être appelé l'âme du monde, parce que le monde est 
i pour lui comme un vêtement, un char , un pavillon. Pour parler 
I exactement, il faut se borner à dire que Dieu est comme l'âme du 
monde. Ce n'est plus là qu'une comparaison qui insinue qu'il y a 
I ressemblance, mais non parité. 

Une chose est encore possible. Plus d'un philosophe ancien dis- 
tinguait, dans l'homme , l'âme raisonnable d'avec l'âme sensitive, 
j telle qu'elle est dans les animaux, et d'avec l'âme végétative , telle 
j qu'elle est dans les plantes. Il paraîtrait que plusieurs ont distingué 
pareillement dei'x âmes dans l'univers : l'une incréée , première. 
Dieu lui-même, limant cet univers , comme le roi anime tout un 
[empire; l'autre, secondaire, instrumentale, créée comme le princi- 
I pal ressort pour le gouvernement de ce monde. Dans chaque plante, 
I outre la providence créatrice de Dieu et sous sa main, il est un prin- 
cipe végétal, une âme végétative qui pousse les racines en bas, la tige 
I en haut, et répand la sève dans toutes les parties ; dans chaque ani- 
j mal, outre cette même providence et sous sa main, il y a un principe 
sensitif, une âme sensitive qui voit, qui entend, qui palpe, qui flaire, 
qui savoure par les organes extérieurs ; de même, dans l'univers en- 
I lier, sous la main de la providence divine qui le soutient et lui com- 
I munique l'être , plus encore que l'âme ne fait au corps, il y a, d'a- 
près l'opinion de quelques philosophes , un principe commun de vi- 
talité, une espèce d'âme universelle , un réservoir primitif d'esprit 
I vital, de fluide électrique, magnétique, etc., cause immédiate du 
principe de cohésion dans le minéral, du principe de végétation dans 
la plante, du principe de sensibilité dans l'animal ; océan mystérieux 
, dont les flots circulent dans toute la création, du soleil à la terre d'un 
soleil à un autre, pour opérer, sous la direction des anges à qui 
Dieu a confié l'administration de ce monde, mille et mille phénomè- 
j lies divers. Nous avons vu ailleurs que le char mystérieux et vivant 
I qui, dans les visions d'un prophète, sert de trône à l'Éternel, pour- 

'S. Thom. Cont. gentes, \. 2. c. 27. Summa, q, 70, a. 3. 





1 



^*® HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv. XX. Philos., poë,,„ 

rait s'entendre à peu près de la sorte. On concevrait alors que Dieu 
ait réellement créé cette âme avec quelque chose d'analogue am i 
proportions harmoniques d'éléments célestes et terrestres, dont les 
pythagoriciens ont cru que Dieu l'avait composée. 

Nous disons, avec quelque chose d'analogue ; car, prise littéraleme 
l'explication de Timée est la plupart du temps inintelligible ou 
absurde. Dieu composa l'âme du monde, dit-il, en mêlant l'essence 
indivisible avec la divisible, de sorte que des deux il ne s'en fît qu'une 
dans laquelle furent réunies les deux forces, principes des deus 
mouvements, l'un toujours le même, l'autre toujours divers. Le mé- 
lange de ces deux essences était difficile et ne se fit pas sans beau. 
coup d'art et d'efforts. Les rapports des parties mêlées suivent ceux 
des nombres harmoniques que Dieu a choisis ainsi, afin qu'on n'igno- 
rât pas de quoi et par quelle règle l'âme avait été composée. 11 parle 
ensuite de ces nombres; mais les anciens mêmes ne connaissaient 
rien de plus obscur. Timée ajoute que Dieu composa l'âme humaine 
des mêmes rapports et des mêmes qualités, et que, l'ayant divisé^, 
il en remit la distribution à la nature altératrice. Celle-ci, prenant la 
place de Dieu dans cette partie, composa les animaux mortels et 
éphémères, et versa sur eux, comme par infusion, les âmes, extraiJ 
tes, les unes de la lune, les autres du soleil, ou de quelque autre des 
astres errants dans la région de l'être changeant; excepté une par- 
celle de l'être toujours le même, qui fut mêlée dans la partie raison- 
nable de l'âme pour être un germe de sagesse dans les individus 
privilégiés. Car dans les âmes humaines, il y a une partie qui a lin- 1 
telhgence et la raison, et une partie qui n'a ni l'une ni l'autre. Or, 
ce qu'il y a de plus exquis dans la partie raisonnable , vient de lêtw 
immuable, et ce qu'il y a de vicieux, de l'être changeant. Ces idées | 
paraissent empruntées aux prêtres de l'Egypte, que Pythagore i 
consultés dans ses voyages. 

Comme lesBrahmes de l'Inde, et peut-être grâce à eux, Pytha^„., 
et ses disciples avaient, sur le système du monde, des idées dont le I 
découvertes modernes ont constaté lajustesse. Ils disaient quolatcm 
était ronde, habitée tout autour ; qu'il y avait des antipodes ; que le 
centre du globe était le bas, et cji qui s'en éloignait, le haut; que la 
terre tournait sur elle-même et autour du soleil, qui lui-même sJ 
mouvait circulairement ainsi que la lune *. Ceux-là donc se trom- 
pent beaucoup, qui s'imaginent que de pareilles notions étaient 
inouïes dans le monde avant Copernic. 
Jusqu'à Pytliagore, les hommes qui s'appliquai(.>nt aux connais- 

• Diog, Laert., Vie de Pyth. Plut., De placit. philos., I. 4, c. J3. 



aux connais- 



hist. de la gentmté.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 217 

sances intellectuelles s'appelaient sophi ou sophistes, c'est-à-dire 
sages. Pythagore, le premier, prit un nom plus modeste, et s'ap- 
pela philosophe, c'est-à-dire amateur de la sagesse. Mais moins il 
prétendait par le nom, plus il prétendait par la chose même. Son 
école, avec ses épreuves, ses mystères, ses serments, devait être une 
vaste corporation, non-seulement scientifique et religieuse, mais po- 
litique. Il voulait, selon toute apparence , introduire en Occident 
quelque chose de semblable aux. castes savantes de l'Orient, aux 
lettrés de la Chine, aux brahmanes de l'Inde, aux mages de la Perse 
aux prêtres de l'Egypte , pour dominer à la fois les doctrines, le 
culte et le gouvernement. Voilà sans doute la cause secrète des oppo- 
sitions violentes qui s'élevèrent contre cette institution, et qui la fi- 
rent disparaître dans l'espace de deux siècles. 

L'autorité de Pythagore était grande parmi les siens : ces seuls 
mots, le maître l'a dit, étaient pour eux une preuve sans réplique. 
Pour les amener là, il employa plus d'un moyen, non-seulement les 
sciences, où on lui attribue des découvertes importantes , mais cet 
air de mystère qu'il mettait en tout. On n'était pas facilement admis 
aie voir ; lui parler, était une faveur dont on se vantait. Ce n'est pas 
tout: il avait rapporté de l'Orient la doctrine de la métempsycose. 
Dans cette transmigration, l'âme oubliait tout ce qu'elle avait été 
dans un état précédent. Par la faveur de Mercure, Pythagore con- 
servait une mémoire fidèle de tout. Il se souvenait donc bien, di- 
sait-il, qu'il avait été autrefois ^thalide, et qu'il avait passé pour le 
tils de Mercure, qui lui accorda pour cette raison le don de mémoire. 
Il devint ensuite Euphorbe , se trouva au siège de Troie, où il fut 
dangereusement blessé par Ménélas. Depuis , son âme passa dans 
Hermotimus ; et dans ce temps-là, pour convaincre tout le monde 
du don que Mercure lui avait fait, il s'en alla dans le pays des Bran- 
chides, entra dans le temple d'Apollon, et fit voir son bouclier 
tout pourri, que Ménélas, en revenant de Troie, avait consacré à ce 
Dieu, pour marque de sa victoire. Après Hermotimus, il devint le 
pécheur Pyrrhus, ei enfin le philosophe Pythagore, sans compter 
qu'il avait encore été auparavant le coq de Mycile et le paon de je ne 
sais qui. 

Il assurait que dans les voyages qu'il avait faits aux enfers, il avait 
remarqué l'âme dn poète Hésiode attachée avec des chaînes à une 
colonne d'airain, où elle se tourmentait fort. Que pour celle d'Ho- 
mère , il l'avait vue pendue à un arbre , où elle était environnée de 
serpents , à cause de toutes les faussetés qu'il avait inventées et at- 
tribuées aux dieux , et que les âmes des maris qui avaient mal vécu 
avec leurs femmes étaient rudement tourmentées dans ce pays-là. 



fj 
il 
il 






21 « HISTOIRE UNIVERSELLE [Llv. XX. Philos., poêt „ 

Une autre fois , Pythagore fît faire une profonde caverne dans sa 
maison. On dit qu'il pria sa mère d'écrire exactement tout ce qui ^ 
passerait pendant son absence. Il s'enferma dans sa caverne, et, après 
y avoir demeuré une année entière, il en sortit sale , maigre et hi^ 
deux à faire peur. Il fît assembler le peuple et dit qu'il revenait des 
enfers ; et afîn qu'on ajoutât foi à ce qu'il voulait faire croire, il corn. 
mença par raconter tout ce qui était arrivé pendant son absence. Le 
peuple fut fort touché ; on s'imagina aussitôt qu'il y avait quelque 
chose de divin dans le philosophe ; chacun se mit à pleurer et à jeter 
de grands cris. Les hommes le prièrent de vouloir bien instruire leurs 
femmes : c'est de là que les femmes de Crotone ont été appelées py. 
thagoriciennes. Pythagore se trouva un jour à des jeux publics : il fit 
venir à lui, par de certains cris , un aigle qu'il avait apprivoisé sans 
qu'on en sût rien : tout le peuple fut fort étonné. Le philosophe, pour 
rendre la chose plus spécieuse, fit voir à toute l'assemblée unecuiiîse 
d'or attachée à sa jambe. 

Il faisait profession de s'entendre aux présages et aux augures. Il 
avait surtout un respect extraordinaire pour les fèves ; non -seulement 
il n'en mangeait point, mais fuyant un jour devant des ennemis qui 
le poursuivaient , il rencontra dans son chemin un champ de ce lé- 
gume qu'il fallait traverser ; jamais il ne put s'y résoudre. Il vaut 
mieux mourir ici, dit-il, que de faire périr toutes ces pauvres fèves- 
là. D'autres racontent sa mort d'une autre manière ; car il n'y a pas 
plus d'acccord là-dessus que sur l'époque et le lieu de sa naissance», 
Les principaux disciples de Pythagore ont été : 
i" Timée de Locres, dont nous avons vu plus haut la doctrine. 
2o Ocellus de Lucanie, sous le nom duquel il existe un petit traité 
de La Nature de r univers. On y voit, pour prouver que l'univers est 
éternel, plusieurs raisonnements qui prouvent bien qu'il est un être 
éternel, immuable, c'est-à-dire Dieu, mais nullement que ce soit l'u- 
nivers que nous voyons. Ce qu'il dit sur la sainteté de l'union conju- 
gale est singulièrement remarquable , surtout dans la bouche d'un 
païen. 

« Pour ce qui est de la procréation des hommes entre eux, et des 
lois de sainteté et de modestie qui doivent la régler, quant àl'objetet 
aux personnes, il me semble , dit-il , qu'il fout d'abord statuer que 
l'homme ne doit se proposer que de donner la vie à des hommes; 
toute autre vue est illégitime. Dieu n'a point donné aux hommes les 
facultés, les organes et les désirs, pour leur procurer des sensations 
agréables, mais pour assurer la perpétuité de leur espèce. Car comme 

» Diog. Laert., Vie de Pythag. 



' Ocellus Lucar 



s , 



hist. de la gentmté.l DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 91Q 

il n'était pas possible, selon les lois de la nature, que chaque individu, 
[né mortel, jouît des prérogatives de la divinité , Dieu, pour y sup- 
ipléer, a établi les générations dont la suite infinie remplit l'éternité 
qui manque aux individus. La première considération à faire, c'est 
donc que la volupté n'est point le but de l'union conjugale. Il faut 
considérer ensuite le rapport de chaque homme dans cet état avec le 
tout: étant partie d'une famille , d'une ville et surtout du monde, il 
doit aider à réparer les pertes journalières de l'espèce ; sans quoi il 
est déserteur de son poste dans son foyer, dans sa patrie, dans l'uni- 
vers, qui est la cité de Dieu. Ceux qui auront une seule fois un autre 
objet, violeront manifestement les droits les plus sacrés de la société. 
Et s'il arrive que ces hommes deviennent pères dans leur Brutalité* 
I leurs enfants seront vicieux, méchants, dignes objets de la haine des 
I familles, des hommes, des dieux, des démons et des villes. Soyons 
jdonc pénétrés de ces principes. Ne ressemblons point aux bêtes, que 
[le seul instinct conduit; ne voyons que la beauté de l'effet et sa né- 
cessité. Car, selon la pensée des sages, il est beau et nécessaire que 
les maisons soient remplies de familles nombreuses et que la terre 
soit couverte d'hommes le plus qu'il est possible (et surtout d'hom- 
mes vertueux), l'homme étant le plus parfait et le plus doux des ani- 
jraaux. Que la sainteté règne dans les mariages ; les villes seront bien 
j réglées par les lois, les maisons particulières par les mœurs, et les 
I peuples seront amis des dieux. 11 est aisé de voir que les nations, soit 
grecques, soit barbares, ont été admirées dans leur gouvernement et 
[leur conduite, non lorsqu'elles ont été nombreuses en habitants, 
imais quand elles ont été remplies de gens de bien * ». 
I D'après ces paroles du philosophe, le plus important n'est point le 
[nombre des enfants produits, mais le nombre des enfants conservés 
et bien élevés. Celui-là donc qui, comme le prêtre catholique, re- 
j nonce à devenir l'homme d'une femme, pour être à jamais l'homme 
de Dieu et l'homme du peuple, adorer plus parfaitement celui-là, scr- 
[virplus entièrement celui-ci, lui inspirer des inclinations vertueuses, 
fia sainteté conjugale aux époux, une vigilante sollicitude aux pères et 
mères, une respectueuse docilité aux enfants, la paix, la concorde, la 
jfharité à tous, celui-là, sans aucun doute, remplit complètement et 
au delà les vœux d'Ocellus de Lucanie. L'improbation de cet ancien 
jsage ne tombe que sur le libertin, qui ne s\ loigne d'un légitime ma- 
riage ou n'y entre que pour assouvir plus librement de brutales pas- 
isions. 

3° Philolaus de Crotone, dont Philon, le Juif, a conservé ce pas- 
I Ocellus Lucanus, frad. par Lebatteux, c. 4. 



■\ 






220 HISTOIRE UNIVERSELLE [Llv. XX. Philos., poèt, „ | 

sage : « Dieu est le chef et le souverain de toutes choses, toujours im 
éternel, immuable, semblable à lui-môme et différent de tout le reste i;, 
et Clément d'Alexandrie, cet autre, relatif au péché originel de l'horanie 
« Tous les anciens théologues et devins attestent que l'Ame est unie 
au corps en punition de quelque crime, et qu'elle y est ensevelie coimiK 
dans un tombeau *. » 

40 Empédocle d'Agrigente en Sicile, à la fois philosophe, poëte, 
historien et médecin. Dans ceux de ses vers que Clément d'Alexan- 
drie nous a conservés, il dit de Dieu : « Nous ne pouvons ni l'apti. 
cevoir avec les yeux, ni le saisir avec la main : la foi est comme le 
grand chemin par lequel il descend dans l'esprit des hommes l « H 
distinguait quatre éléments, l'eau, le feu, l'air et la terre, avoc(ltu\ 
principes qui les combinent, la haine et l'amitié. Quant à la méteni. 
psycose, il assurait qu'il se.souvenait clairement d'avoir été petitgar- 
çon, petite fille, arbuste, oiseau et enfin poisson. Il y en a qui luiat- 
tribuent les vers dorés de Pythagore. Ce qui est sûr, c'est que ces vers 
contiennent la morale des pythagoriciens : il y est dit que celui qui 
les prendra pour règle, deviendra, à sa mort, un dieu immortel et in- 
corruptible. On raconte généralement que pour obtenir cette immor- 
talité plus tôt, ou du moins en avoir la renommée sur la terre, Em- 
pédocle se jeta dans le cratère enflammé du mont Etna. Mais un an- 
cien auteur soutient qu'il se retira dans le Péloponnèse, où il termina 
ses jours, on ne sait comment ni à quelle époque. 

5" Archytas de Tarente, savant géomètre, qui prit une grande part 
au gouvernement de sa patrie, ainsi que fit Kmpédoc'.c- dans la sienne: 
on lui confia la suprême autorité jusqu'à sept fois, et il commanda 
les armées avec succès. Contemporain de Platon, il lui sauva la vie 
par une lettre qu'il écrivit à Denys, tyran de Syracuse, qui avait ré- 
solu sa mort. Archytas enseignait que de tout ce que la nature amis 
dans l'homme, il n'y a rien de plus pernicieux ni de plus mortel que 
la volupté: que c'est ce qui soulève les passions dans les jeunes gens 
et qui les fait courir, à bride abattue, à tout ce qui flatte leurs con- 
voitises; que de là viennent les trahisons à la patrie, les bouleverse- 
ments des Etats, les intelligences secrètes avec l'ennemi ; et qu'enfio 
il n'y a point de crimes ni d'attentats auxquels la volupté ne porte, 
sans compter les adultères et toutes les autres sortes d'impudicitï 
dont elle est la seule amorce. Que rien n'est si ennemi de la raison 
ni si capable d'étourter en nous cette divine lumière, qui est le plus 
grand présent que Dieu ou la nature aient fait à l'homme. Que taiil 
que la volupté nous domine, il ne faut point parler de tempérance: 

«Phil., Oemund» opi/ic- ^Cleni. Alex., S(rom.,l. 3, p. 433. — 3ibi(i., 1.5, p. isJ 



î li 



^ibi(i., 1.5, p. is;. 



Ihijt. (le la «cntinié.J DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 221 

jptqufi ni cette vertu ni aucune autre n'ont point de lieu dans le royaume 
[de la volupté. 

Pour le faire mieux comprendre, il voulait qu'on se représentât un 
[homme dans un sentiment de plaisir le plus vif dont le corps soit ca- 
[pable. On ne saurait douter, disaii-il, qu'un homme dans un tel trans- 
Iport de plaisir, ne soit absolument hors d'état de rien penser, et de 
Ifaire aucun usage de son esprit et de sa raison; d'où il résulte qu'il 
l'y a rien de plus détestable ni de plus pestilentiel que la volupté, 
Ipiiisque lorsqu'elle est à son dernier point et tant que sa violence 
[(lurc, elle éteint toutes les lumières de l'esprit *. 

Tandis que Pythagore fondait l'école italique à Crotone, dans la 
ICalabre, sur le golfe de Tarente, Xénophane fondait l'école éléatique 
là Élée ou Vélie, sur la mer de Toscane, dans la province actuelle de 
ISalerne. Élée était une colonie de Phocéens qui avaient abandonné 
|1 Asie Mineure pour ne point subir le joug des Mèdes et des Perses. 
jXénophane, de Colophon en lonie. était né six cent dix-sept ans avant 
Ijésus-Christ, et vécut plus d'un siècle. Il tut ainsi contemporain de 
iDaniel. Il écrivit sa philosophie en vers. Clément d'Alexandrie nous 
leii a conservé quelques-uns, où il est dit : « Il est un seul Dieu, su- 
[périeiir aux dieux et aux hommes, et qui ne ressemble aux mortels 
Ini par la figure ni par l'esprit. Mais les humains s'imaginent que les 
Idieux sont engendrés, qu'ils ont des vêtements, une voix, un corps 
[comme eux. Si les b(feufs ou les lions avaient des mains et qu'ils sus- 
[sent peindre comme les hommes, ils les peindraient semblables à eux- 
[mêmes; les chevaux, semblables aux chevaux; les bœufs, semblables 
[aux bœufs 2. » A ces vers il faut en joindre deux autres, rapportés par 
ISextus Empiricus et par Simplicius : « Dieu voit tout, entend tout, 
jconnaît tout; sa sagesse conduit toutes choses sans effort; » et enfm 
[cette phrase de son biographe, Diogène de Laërce : « Dieu est toute 
[intelligence et toute sagesse. » Il blâmait Hésiode et Homère du lan- 
[gage qu'ils s'étaient permis à l'égard de la divinité. « Homère et Hé- 
[siode, disait-il, ont attribué aux dieux tout ce qui est déshonorant 
jparmi les hommes : le vol, l'adultère, la trahison. » 

Xénophane ne se bornait point à énoncer sa croyance sur Dieu, il 
[en établissait les principaux attributs par des raisonnements que nous 
[ont conservés Aristote, Simplicius et Théophraste. En voici quelques- 
jnns : « Si Dieu est, il ne peut être né; car il serait né du non-être, ce 
[qui est impossible. Il est donc éternel. Si Dieu est ce qu'il y a déplus 
[puissant, il doit être un ; car, s'il était deux ou plusieurs, il ne serait 
[pas ce qu'il y a de plus puissant et de meilleur. Ces différents dieux, 

' Cic, De seneclule, c. 12. — s Clem., Strom., I. .5, p. COI. 



'^22 HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv. XX. Philos., poèm 

étant égaux entre eux, seraient chacun ce qu'il y a de plus puissant 
et de meilleur; car ce qui constitue un dieu, c'est d'être le plus puis, 
sant, et non d'être surpassé en puissance; de sorte que, si Dieu n'est 
pas ce qu'il y a de plus puissant, il n'est pas par cela même. Si l'on 
suppose qu'il y en a plusieurs, ou il y a entre eux des inférieurs et 
des supérieurs, et alors il n'y a pas de Dieu; car la nature de Dieu 
est de ne rien admettre de plus puissant que soi; ou ils sont égauî 
entre eux, et alors Dieu perd sa nature, qui est d'être ce qu'il y a de 
puissant; car l'égal n'est ni meilleur ni pire que son égal. De sorte 
que, s'il y a un Dieu et s'il est tel que doit être un dieu, il faut que 
Dieu soit un et unique; car si l'on admet plusieurs dieux, Dieu ne 1 
pourra pas tout ce qu'il voudra *. » 

Xénophane continue de conclure de la même manière, que, Dieo 
étant un, il est en tout semblable à lui-même, partout vision, partout i 
ouïe, partout tous les sens ; autrement il y aurait en Dieu des parties 
inférieures ou supérieures les unes aux autres : ce qui est impossible! 
En tant qu'absolument semblable à lui-même, il est tel qu'une sphère! 1 
car il n'est pas semblable à lui-même par un côté et dissemblable par 
un autre; il est semblable à lui-même en tout. Étant éternel, upet 
sphérique, il n'est ni infini ni fini; car d'être infini, c'est n'être pas, 
c'est n'avoir ni milieu, ni commencement, ni fin, ni aucune autre par! 
tie : c'est ainsi qu'est l'infini; or, l'être ne peut pas être comme le 
non-être. D'un autre côté, pour qu'il fût fini, il faudrait qu'il fùtpiu- 
sieurs , or, l'unité n'admet pas plus la pluralité que la non-existence; 
l'unité n'a rien qui la limite. Il conclut enfin, par des raisons analo- 
gues, qu'on ne peut ni appliquer à Dieu le mouvement, ni dire non 
plus qu'il soit immobile. En sorte que, d'après tout cela. Dieu, éter- 
nel et un, semblable et sphérique, n'est ni infini ni fini, ni immobile 
ni en mouvement ^. 

Comme Xénophane est le premier des anciens qui ait raisonné av(r| 
ordre sur ces matières élevées, il est juste de prendre en bonne pari 
certaines de ces expressions qui aujourd'hui ne seraient point exactes. 
Ainsi quand il dit, Dieu est s[)hérique, il faut l'entendre au sens qiifl 
lui-même explique, savoir que Dieu est de tous les côtés semblableàl 
lui-même, comme une sphère ou boule l'est en son genre. Pareille- 
ment, quand il conclut (pie Dieu n'est ni fini ni infini, ni en mouve- 1 
ment ni immobile, il faut entendre qu'il ne l'est point à la manière des | 
corps, qu'il ne l'est point à la manière de la terre et de l'air, auxquels, 
dans le cha{)itre précédent, Xéiiopliane attribue uiu.. base infijîip • nl.v- 
siquc erronée, mais qu'il est bon de connaître pour bien apprécier s 



Arlstot., De JTcnop/i., c. Ibid, 3. — s Ibid., c 8. 



hisl. de la gentilité.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 223 

langage métaphysique. Ses connaissances de la nature n'étaient pas 
moins fautives sur d'autres points. Il disait que les astres so .t com- 
posés de nuages enflammés ; qu'ils s'éteignent et se rallument comme 
i des charbons; que lorsqu'ils s'allument, nous nous figurons qu'ils se 
lèvent, et qu'ils se couchent lorsqu'ils s'éteignent *. 
! Empédocle lui ayant dit un jour qu'il était diflidle de rencontrer 
un homme sage : Vous avez raison, répondit-il; car pour en trouver 
un, il faut être sage soi-même 2. 

Les principaux disciples et les successeurs de Xénophane furent 
Parmenide et Zenon, l'un et l'autre d'Élée. Ils développèrent la doc- 
I frine de leur maître et la firent connaître dans Athènes. Xénophane 
ainsi que nous l'avons vu, avait logiquement établi l'unité de Dieu' 
Parmenide, subtilisant ce dogme, le traduisit par mité de l'être ou 
\\un. On trouve un exposé de ses idées à cet égard dans un dialogue 
de Platon, où Parmenide est censé les développer à Socrate, alors fort 
jeune. La conclusion finale de ses raisonnements, c'est que si Y un 
n'existe pas, rien n'existe ». Proclus, philosophe platonicien, dans 
son commentaire sur ce dialogue, observe que Parmenide, et il le 
[prouve par ses propres paroles, ne méconnaît point qu'il y eût des 
êtres en grand nombre; mais il s'arrêtait à cette considération, que 
lia pluralité provient de l'unité, ces êtres si nombreux de l'être un 
[eu qui est leur exemplaire et la source de leur être, et dont l'intelli- 
jgence créatrice contient uniment le multiple, indivisiblement le divi- 
sible, inséparablement le séparable. Comme Parmenide insistait beau- 
coup sur cette unité originelle de toutes choses, ses adversaires s'at- 
tachèrent à tourner sa doctrine en ridicule, en disant que, d'après elle 
un chien serait la môme chose qu'un homme, le ciel la même chose 
Iquela terre, tout en un mot serait un, le blanc et le noir, le chaud et 
Ile froid, le mortel et l'immortel, l'irraisonnable et le raisonnable, etc 
jZenon défendit la doctrine de Parmenide, en montrant à ses adver- 
Isau-es que partout l'unité se voyait dans la pluralité, que dans chaque 
Itrc, non moins que dans l'univers entier, 1 unité était le fond et le 
llien. Les adversaires s'imaginant que Parmenide, en soutenant l'unité, 
iojofait la pluralité, soutinrent à leur tour que la pluralité était par- 
Itout et 1 unité nulle part. Zenon, partant de leur hypothèse, leur 
iprouvaque, si dans la nature il n'y avait que pluralit('>, divisibilité à 
■lintiiii, sans aucune unité quelconque, il s'ensuivrait des conséquen- 
rosheaucoui) plus absurdes que celles qu'ils imi)utaient à la doctrine 
flcl unité; entre unti-ys, que h; mouvement et le repos seraient la 



! Il 



flinn, 



Achillea Tulius.sMr Araïus, c. 2. - * Diog. Luert. - « Plal., Parmmiâ. 



in 



22* HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv. XX. Philos., poét.et 

même chose, que le mouvement et le rejios seraient également im. 
possibles, attendu que le mouvement et le repos supposent une con- 
tinuité d'espace et de temps, et qu'il ne pourrait y avoir rien de con. 
tinu où il n'y aurait aucune unité. Enfin, s'il n'y a d'unité nulle part 
il n'y a point de pluralité ; car où il n'y a pas un, il ne saurait y avoir 
plusieurs *. 

On voit, à travers ces discussions subtiles, que Parmenide insistait 
tellement sur l'unité de l'Être souverain, qu'il semblait nier la réalité 
des êtres subalternes : ses adversaires insistaient tellement sur la réa- 
lité de ces derniers, qu'ils semblaient nier l'existence du premier. In 
philosophe a dit fort bien, en parlant de ces deux systèmes qui divi- 
saient l'école d'Élée et l'école d'Ionie : « Entre ces deux abunes, ilv 
a longtemps que le bon sens du genre humain fait sa route; ilya 
longtemps que, loin des écoles et des systèmes, le genre humain croit 
avec une égale certitude à Dieu et au monde. Il croit au monde comme 
à un effet réel, certain, ferme et durable, qu'il rapporte à une cause, | 
non pas à une cause impuissante et contradictoire à elle-même, qui, 
délaissant son effet, le détruirait par cela même, mais à une cause di- 
gne de ce nom, qui, produisant et reproduisant sans cesse, dépose,, 
sans les épuiser jamais, sa force et sa beauté dans son ouvrage; il j | 
croit comme à un ensemble de phénomènes, qui cesserait d'être ii 
l'instant où la substance éternelle cesserait de les soutenir; il y croit 
comme à la manifestation visible d'un principe caché qui lui paih 
sous c« voile, et qu'il adore dans la nature et dans sa conscience. Voilii | 
ce que croit en masse le genre humain. L'honneur de la vraie philo- 
sophie serait de recueillir cette croyance universelle et d'en donner 1 
une explication légitime. Mais faute de s'appuyer sur le genre humain [ 
et de prendre pour guide le sens commun, la philosophie, s'égaraiit 
jusqu'ici à droite ou à gauche, est tombée tour à tour dans l'une oii 
l'autre extrémité de systèmes également vrais sous un rapport, éga- 
lement faux sous un autre, et tous vicieux au même titre, parce quils 
sont également exclusifs et incomplets. C'est là l'écueil éternel delâ| 
philosophie ^. » 

Pendant (jue Parmenide etZénon,Empédocleet Timée florissaienlj 
en Italie, Heraclite d'Éphèse renonçait au trône ou à la souveraine 
magistrature de sa ville, pour s'appliquer uniquement à l'étude delq 
sagesse. 

Il disait que cette sagesse ne consiste point en un grand nomb'l 
de coimaissances, mais à connaître la loi qui les gouverne toutes. Sui- 



< Procli opéra, t. 't,p. lîo, 123, lio, 151, IW, etc. Edil. Cousin. — iCou8iii,| 
Biog. untv., art. Xënophane, 



Bill. — ^ CUUÉ, 



jlust. delà sentililé.] DE L'ÉGLISE CA.HULIQUE. 235 

I vant lui, tout dans la nature est régi par des lois constantes • les phé 
nomènes eux-mêmes, qui paraissent discordants, concourent à l'har 

i nionie du tout; c'est un accord qui résulte des dissonances. Ainsi les 
I êtres divers, quelle que soit leur variété, sont unis, coordonnés dans 
^ le même plan, ne forment qu'un seul ensemble, tendant au même 

fbiit*. 

Le destin, d'après Heraclite, n'est que cette f^rande harmonie ou 
plutôt son pnncipe; c'est la loi générale imposée à l'univers la puis- 
sance intelligente de laquelle émane cette loi, l'expression de la rai- 
son qui est 1 attribut de cette puissance 2, 

Cependant tous les êtres sont sujets à des variations continuelles • 

(liaquc instant ne les trouve plus tels qu'ils étaient à l'instant précé ' 

[dent; c'est un torrent qui roule incessamment ses flots 3 Comment 

du milieu d'une telle mobilité, concevoir des lois générales et fixes '' 

Au milieu de ces révolutions, répond Heraclite, la nature suit une 

iiiarche constante; les parcelles élémentaires et indivisibles se com- 

l)inent, se séparent; l'attraction, la répulsion opèrent ce double chan- 

kraent; une sorte de condensation et d'évaporation en résulte Une 

jactivito aussi universelle que persévérante met en jeu ces deux grands 

ressorts. On ne peut donc dire proprement que les choses sont, mais 

seulement qu elles passent, qu'elles naissent et disparaissent * 

I Heraclite établit, d'une manière plusexpresse et plus explicite qu'on 

lii avait fait, la distinction des deux ordres de choses, de deux moii- 

Ides : 1 un mvisible, intellectuel, accessible à la raison seule; l'autre 

ihysique, accessible au sens '•*. 

L'âme humaine, en tant qu'elle est douée de raison, est une éma- 
liiation de l'âme universelle, de l'intelligence suprême; mais elle est 
lunie a une autre substance animée, celle qui nous est commune avec 
les animaux, d'une nature différente, d'une origine matérielle « 
IL homme respire l'âme universelle; uni sans obstacle à cette mtelli- 
Irence suprême, il est dans l'état de veille; le sommeil est une sus- 
pension de cette communication immédiate 7. 

C'est sur ce fondement qu'Heraclite établit l'autorité du sens coni- 
|min. La raison c()mmune et divine, dont la participation constitue 
laiaison individuelle, dit-il, est le critérium de la vérité. Ce qui est 
jcru universellement est certain; car cette croyance est empruntée à 

'l'Iat., Symp., c. 12. Ari.t., De mnudo,c.!,. Nicon... «. I . IMut., De placit. i ■>: 
,o,Laort., y. 7. -^ Plut.. P. placit., ,, a3.stob.,i. i, p. t,i,^. p^Cmiu' 

' • 1 !.. .a.- .>ArU /^.œ7o,3, .. ,/..«,/,., a.5. . A.isl., /;, «njrf, 

i,.i. ili ^, .1, ..- . JmaI. LMip., .1,/r, /.M;,,V., :, j; i;);, ' 



III. 



15 



■i'ità HISTOIRE UNIVERSELL?: [Liv. XX. Philos., iioiict 

la raison commune et divine; et, par le motif contraire, toute opinion 
individuelle est dépourvue de certitude. Telle étant donc la raison. 
l'homme demeure dans lignorance, tant qu'il n'a pas joui du com- 
merce de la parole, et ce n'est que par ce moyen qu'il commence à 
connaître. Il faut donc déférer à la raison commune. Or, cette raison 
commune n'étant autre chose que le tableau de l'ordre universel, ton- 
tes les fois que nous empruntons à la mémoire commune, nous pos- 
sédons la vérité ; et, quand nous n'interrogeons que notre raison in- 
dividuelle, nous tombons dans l'erreur i. 

Fénelon s'exprime dans le même sens qu'Heraclite. « Voilà doni 
deux raisons que je trouve en moi : l'une est moi-même; l'autre est 
au-dessus de moi. Celle qui est moi est très-imparfaite, fautive, incer- 
taine, prévenue, précipitée, sujette à s'égarer, changeante, opiniâtre, 
ignorante et bornée; enfin, elle ne possède jamais rien que d'emprunt, 
L'autre est commune à tous les hommes et supérieure à eux; elle est 
parfaite, éternelle, immuable, toujours prête à, se communiquer wi 
tous lieux et à redresser tous les esprits qui se trompent; enfin inca- 
pable d'être jamais ni épuisée ni partagée, quoiqu'elle se donne à i 
tous ceux qui la veulent. Où est cette raison parfaite, qui est si près 
de moi et si différente de moi? où est-elle? Il faut qu'elle soit quel- 
(|ue chose de réel, car le néant ne peut être parfait ni perfectionner 
les natures imparfaites. Où est-elle cette raison suprême? N'est-ce 
pas le Dieu que je cherche 2? » 

Heraclite ne s'est pas toujours exprimé aussi clairement. On lesur- 
nommait le ténébreux. Socrate ayant lu un de ses ouvrages, répondit 1 
k Euripide, qui le lui avait envoyé : Ce que j'en ai compris est foi 
beau, et je ne doute pas que le reste que je n'ai pu concevoir ne so 
de la même force; mais, pour l'entendre, il faudrait être un nageur] 
de Délos, île où il était ditticile d'aborder en nageant. 

Darius, roi de Perse, ayant lu son Traité de la Nature, lui écrivit | 
la lettre suivante : 

« Le roi Darius, fils d'Hystaspe, au sage Heraclite d'fclphèse, salut; 

« Vous avez composé un livre sur la nature, mais en termes si di- 
seurs et si couverts, qu'il a besoin d'explication. En quelques endroits, 1 
si on prend vos expressions à la lettre, il semble que l'on ait une tlitii-| 
rie de l'univers, des choses qui s'y font, et qui néanmoins dépend 
d'un mouvement de la puissance divine. On est arrêté à la locfiirouci 
la plupart d(;s passages; de sorte que ceux même qui ont manié le | 
plus de volumes, ignorent ce que vous avez précisément voulu di 



1 ScNl. Kinp., Adi\Lu(jic.,7, § l!Jl cl l-i'2. 
ch. 2, n. fin. 



■ ■•' i't'iiel., Ej:is(. de Dieu, 1. partie. 



ie Dieu, 1, partie, I 



hist. de Ja genlililë.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. .,,. 

Ainsi le roi Darius, fils d'Hystaspe, souhaite de vous entendre et'de 
s'instruire par votre bouche de la doctrine des Grecs. Venez donc au 
plus tôt, et fiuo je vous voie dans mon palais. C'est assez la coutume 
^ Cl Grèce d être peu attentif au mérite des grands hommes, et de ne 
l pas faire beaucoup de cas des fruits de leurs veilles, quoiqu'ils soient 
dignes qu on y prête une sérieuse attention et qu'on s'empresse d'en 
profiter. Il n en sera pas de même chez moi. Je vous recevrai avec 
toutes les marques d'honneur possibles; j'aurai tous les jours avec 
vous des entretiens d'estime et de politesse; en un mot, vous serez 
tt-moin du bon usage que je ferai de vos préceptes. » 
Voici quelle fut la réponse du philosophe • 
« Heraclite d'Ephèse au roi Darius, fils d'Hystaspe, salut : 
« Tous les hommes, quels qu'ils soient, s'écartent de la vérité et de 
I la justice. Ils n ont d'attachement que pour l'avarice, ils ne respirent 
I que la vaine gloire par un entêtement qui est le comble de la folie. 
j I OUI- moi, qui ne connais point la malice, qui évite tout sujet d'ennui 
qui ne m attire l'envie de personne; moi, dis-je, qui méprise souve^ 
rainement a vanité qui règne dans les cours, jamais il ne m'arrivera 
démettre le pied sur les terres de Perse. Content de peu de choses 
je jouis agréablement de mon sort et vis à mon gré * » ' 

Peut-être plus d'un lecteur trouvera-t-il que mêm'e un philosophe 
l)ouvait être tant soit peu plus modeste et plus honnête 

Contemporain d'Heraclite, Anaxagore de Clazomène, ville d'Ionio 
disciple d Anaximène, qui le fut d'Anaximandre, qui le fut de Tha- 
ïes, naquit lanSOO avant Jésus-Christ et mourut l'an 428 après 
avoir eu lui-même pour disciples Périclès et Socrate. C'est dans cette 
penode queMardochée gouverna l'empire des Perses, queNéhémias 
cEsdras rebâtirent les murs de Jérusalem et y établirent une biblio- 
thèque. Anaxagore voyagea en Egypte, alors province de l'empire 
persan. II était distingué non-seulement par la noblesse de son ex- 
traction et par ses richesses, mais encore par sa grandeur d'âme, qui 
.11 tit abandonner son patrimoine à ses proches. Ceux-ci le blAmant 
(lu peu de soin qu'il avait de son bien : Quoi donc, leur dit-il, est-ce 
que je ne vous en ai pas chargés? Enfin il quitta ses parents mêmes 
pour ne s occuper que de la contemplation de la nature, ne voulant 
pas s embarrasser des aftaires publiques. Quelqu'un lui ayant repro- 
|iie qu II ne se souciait point de sa patrie, il lui répondit en monU-ant 
bcauc ' '"®'"®"^'^ OP'"»^" ^^ moi, je m'intéresse à ma patrie et 

Voici comme 11 commeiK-ait son ouvrage sur la genèse du monde : 
' Diug. Laeil. 



228 HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv. XX. Philos., poét.ci 

« Toutes les choses étaient dans la masse primitive ; l'intelligence porta 
son action sur cette masse et y mit l'ordre dont le monde est le résul- 
tat *. » C'est au fond, comme on voit, le récit de Moïse. 

Anaxagore sépara avec une précision jusqu'alors inconnue, dit 
Aristote, les droits de l'intelligence et ceux de la matière, reconnaio- 
sant que Dieu est une nature simple, sans mélange, pure, ayant en 
soi la connaissance et le principe du mouvement pour tous les étros 
de l'univers 2. 

Les Grecs lui donnèrent, comme par acclamation, le nom d'Ev 
prit. Nous, parce qu'il rv^'" ?^ndu \iv. t;:'moignage nettement articiilf 
h l'Esprit auteur du mo> ■ Athènes, où il s'était fixé, éleva deux 
autels en son honneur, l'u. intelligence, l'autre à la vérité 3. Sui- 
vant Aristote et Proclus, les philosophes qui avaient précédé Anaxa- 
gore, parurent, en comparaison de lui, comme des hommes endormis, 
Thaïes avait dit que le princi[)e matériel de l'univers était l'eau, 
Si, comme il paraît, il entendait par cette eau la confusion liquiA^ 
des éléments primitifs, il avait raison. S'il entendait que cette eaufïit 
elle-même le seul élément primitif et simple, il se trompait. Ni l'eau, 
ni le feu, ni l'air, ni la terre, qu'on appelle vulgairement les quativ j 
éléments, ne sont des éléments simples et primitifs, mais des com- 
posés d'un plus grand nombre. 

Anaxagore s'expliqua plus nettement que Thaïes. Il posait le chaos 1 
ou la confusion crémière; en y supposant une infinité de parcelles 
ou molécules différentes, mais semblables, que l'intelligence divin 
combina de manière à former les diverses espèces des corps, ainsi 
que les divers phénomènes de la végétation et de la nutrition. En 
quoi il ne se trompait point; car Dieu fit en effet sortir de la même 
masse confuse la terre, l'eau, les plantes, les animaux. Mais le philo- 
sophe allait plus loin dans ses explications; il prétendait, suivanll 
quelques-uns, que les molécules composantes d'un corps étaient h 
plupart, en petit, ce corps même : ce qui ne s'est pas trouvé conforme 
à l'expérience. 

Ce philosophe enseignait que ni le soleil, ni la lune, ni aucun des 
astres n'étaient des dieux; que le soleil n'était qu'une masse incan- 
descente; que les corps des premiers animaux, et par conséquent ce- 
lui de l'homme, ont été formés du linionde la terre, détrempé, échauffé; 
qu'ensuite les individus se sont fornu'vs les uns des -1 res; que Diey 
veille sur les hommes avec une attention particulière, que c'était pc 
eux qu'il avait fait le monde, et que leur patrie est le ciel *. 



'Diog.Lai'it. — - Aiist., Deanimd, I. 1, v. 3. — :i Klieil, I, cap. uU. — 
Deplacil., I. l,<. 7. JioK. Laril Xt'iiuplmn, lUnnornb., I. 4. 



I hist. de la gentilité.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 229 

Les premiers sages de la Grèce avaient éveillé l'attention d'un peu- 

I pie naturellement curieux et spirituel ; ils s'étaient acquis de plus une 
{rrande réputation. Bientôt il s'éleva une foule d'hommes qui ambi- 
tionnaient plutôt de paraître sages que de l'être véritablement, et qui 
se faisaient un trafic pécuniaire de cette sagesse apparente. C'est ainsi 
que Xénophon, Platon et Aristote nous représentent ce qu'ils appel- 

I lent les sophistes. Ce nom se prenait d'abord en bonne part; mais il 
devint alors une injure. 

Les sophistes étaient aux sages ce que les faux prophètes étaient 
aux prophètes véritables. « Ne considérez point la vérité, disaient 
les Juifs, mais dites-nous des choses qui nous plaisent, voyez-nous 

! d'agréables illusions *. » « Et les faux prophètes leur en devinaient 
pour de l'aisgenta. » C'est ce que nous apprennent les prophètes Isaïe 

[ L't Michée. 

Les Grecs ne demandaient pas moins que les Juifs à être amusés 
I et flattés. Pour les satisfaire et obtenir ainsi des applaudissements et 
j de l'argent, les sophistes s'appliquaient à prendre toutes sortes de 
formes, faisaient gloire de ne rien ignorer, parlaient de tout avec une 
fonfiance imperturbable, s'offraient à tous venants pour discourir ou 
I disputer sur quelque matière que ce fût, et avaient pour maxime ca- 
I pitale de ne rester jamais court. Ils s'étudiaient pour cet effet à s'ex- 
primer facilement et dans les plus beaux termes, de manière à éton- 
ner l'imagination des auditeurs, et, même en ne disant que des choses 
I communes, passer pour des hommes bien au-dessus du commun. 

Philosophes et orateurs tout à la fois, ils se vantaient d'enseigner 
l'art de persuader aux dépens de la vérité, et de dominer dans les as- 
semblées du peuple; ils avaient pour principe qu'il n'y a point de vé- 
rité ni de fausseté réelle, mais seulement apparente; que la science et 
lia sagesse consistent à connaître, dans toutes sortes de sujets, les rap- 
ports qui peuvent les faire paraître vrais ou faux, selon nos intérêts, 
ttque la vertu n'est qu'un beau nom propre à en imposer au peuple! 
Tel est le portrait que Platon nous a laissé d'eux dans un grand 
I nombre de ses dialogues. 

Vingt-deux siècles après Platon, Jean-Jacques Rousseau nous donne 

la même idée des philosophes de son temps. « Où est le philosophe 

Iqui, pour sa gloire, ne tromperait volontiers tout le genre humain ? 

j Où est celui qui, dans le secret de son cœur, se propose un autre ob 

jet que de se distinguer? Pourvu qu'il s'élève au-dessus du vulgaire, 

j pourvu qu'il eff'ace l'éclat do ses concurrents, que demande-t-il de 

plus? L'essentiel est de penser autremont<juo les autres =•. » 

' Isaie, 30, 10. - î MiclM'c, :{, il . _ :i i^mih. <1p Rnn?8raii, suite du 1. 4. 



il 



■ t.. 



i 



■'° HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv. XX. Philos., poèt.ct 

Les pîus fameux sophistes des temps anciens étaient Prota«oras .1 
Gorgias. ' 

Le premier enseignait que la science n'est que la sensation ; que sa 
voir n'est que sentir; que l'homme est la mesure de toutes choses è 
celles qui sont en tant qu'elles sont, de celles qui ne sont pas enint 
qu'elles ne sont pas. De ce principe il résultait que toutes les opinions 
étaient vraies, puisque chaque homme restait le juge des siennes 
qu'ainsi tout devenait arbitraire et sujet à la fantaisie, les lois, la vertu 
le juste et l'injuste; que l'on pouvait, par conséquent, soutenir le pour 
et le contre sur quelque sujet que ce fût, et même, si l'on voulait 
contester la possibilité de disputer pour et contre *. 

Gorgias allait encore plus loin . Il enseignait d'abord que rien n'existo 
ou simplement qu'il n'y a rien; ensuite que si quelque chose existe 
on ne peut le comprendre; et enfin qu'en supposant qu'on le puisse 
comprendre, on ne peut l'expliquer 2. 

D'autres, pareils à des maîtres d'escrime, allaient de ville en ville 
donner des leçons et faire assaut de raisonnements subtils, captieux 
qui ont pris d'eux le nom de sophismes. Ce n'étaient, le plus souvent 
que des équivoques, de misérables jeux de mots. En voici un, d'uni 
foule que cite Platon : Vous avez un chien. — Oui. — Ce chien a des 
petits. — Oui. — Il est donc père, — Oui. — De plus il est vôtre.- 
Oui. — Il est donc votre père : et c'est votre père que vous battez 
quand vous battez votre chien 3. 

Il n'est pas malaisé de concevoir que si de pareils hommes et un 
pareil esprit venaient à régner sans obstacle, vérités, vert,us, société, 
•bon sens, tout périssait dans un commun naufrage. Cette anarchie 
intellectuelle ne venait pas seulement des sophistes. Ceux-là mêmes 
qu'on appelle communément philosophes n'y avaient pas contribué 
peu. Nous avons vu les principaux parmi les plus anciens. Ils sont 
généralement d'accord pour le fond sur l'existence d'un Être suprême, 1 
auteur et souverain seigneur de toutes choses. Mais quand ils entre- 
prennent d'expliquer la nature de cet Être souverain, surtout la na- 
ture de l'univers, les causes de ses divers phénomènes, choses que j 
l'on croirait plus faciles comme plus accessibles aux sens, alors ils se 
divisent, alors l'un dit oui, l'autre non, alors il n'y en a pas deux qui 
soient d'accord entre eux. Thaïes dira que le premier principe c'est 
l'eau; Heraclite, le feu ; Anaximène, l'air; Anaximandre, l'infini, sans 
ajouter lequel; Empédocle, l'eau, le feu, l'air, la terre avec l'amitié 
et la discorde; Démocrite, les atomes et le vide; Leucippe, lesalo- 

» Platon, dans le Thévtèlr, le Jilennn et le Prolagoras. Dios. f^aert., Vie de Pf'>- 
tay. — * Aiii?toie, sur Gorgias. — » Platon, Euthydème. 



rt,, Vif (te Pf"- 



l,ljt. de la genlilité.] DE L'EGLISE CATHOLIQUE. 231 

mes, la pesanteur et les tourbillons. Quant à la terre elle-même, sui- 
vant les pythagoriciens, elle était ronde ; suivant Anaxagore, elle était 
plate; suivant Xénophane, c'était un cône dont la base s'étendait à 
1 infini. De la physique, ces contradictions passaient dans la morale 
et y répandaient également le doute. Rousseau a dit des philosophes 
(lu dix-huitième siècle après Jésus-Clirist : « A les entendre, ne les 
prendrait-on pas pour une troupe de charlatans qui crient chacun de 
leur côté sur une place publique : Venez à moi; c'est moi seul qui 
ne trompe point ! L'un prétend qu'il n'y a point de corps et que tout 
osten représentation ; l'autre, qu'il n'y a d'autre substance que la ma- 
tière. Celui-ci avance qu'il n'y a ni vices ni vertus, et que le bien et 
|,« mal ne sont que des chimères. Celui-là, que les hommes sont des 
loups et peuvent se manger en sûreté de conscience *. » Nous enten- 
drons tout à l'heure un philosophe du cinquième siècle avant Jésus- 
Christ , parler de même des philosophes et des sophistes de son temps : 
il fera plus, il entreprendra la guérison du mal, il entreprendra la 
restauration de la philosophie véritable, il y consacrera toute sa vie, 
i t il mourra victime de son zèle. Son nom est Socrate (3). 

Fils d'un sculpteur nommé Sophronisque et d'une sage-femme 
nommée Phénarète, Socrate naquit à Athènes l'an 470 avant Jésus- 
Clirist, et vécut plus do soixante-dix ans. Il fut ainsi contemporain 
(le Mardochée, d'Esdras et de Néhémias. Aristote, suivant Diogène 
(le liaerce, racontait qu'un certain mage étant venu de Syrie à 
Athènes, reprit Socrate sur différents sujets, et lui prédit une fin 
tragique. 

Il suivit, dit-on, quelque temps les leçons du philosophe Arché- 
laiis, disciple d'Anaj^^gore : mais bientôt il se fit lui-même une phi- 
losophie nouvelle, avec ce que l'on avait négligé jusqu'alors. On s'at- 
tacliait à découvrir les secrets de la nature, non point par des 
expériences précises et multipliées, mais par des hypothèses et des 
systèmes, et on négligeait presque entièrement ce qui nous touche 
tic plus près, la science des choses humaines, la morale. Socrate 
s'en empara. Il ne discourait donc point, comme les autres philoso- 
phes et les sophistes, sur la nature de l'univers, la constitution du 
monde, les lois nécessaires qui régissent les choses du ciel. Il regar- 
dait comme atteints de folie ceux qui, au lieu d'étudier d'abord les 
choses humaines , commençaient par vouloir expliquer les choses 
divines : ce lui était merveille qu'ils ne vissent point, par leur pro- 
pre expérience, que la découverte de ces dernières était impossi- 
hle aux hommes. En effet, ceux qui se croyaient les plus habiles là- 

' Hnns?paii. — 2 Vie dn Socrate. 







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^^^ '"•'^'rO'HR UNIVKRSKLLK [f.iv. XX. Pl.ilos , p„f, „ 

dessus ne pensaient pas de la même manière ; ils étaient mèn. 
coinme des fous les uns à l'égard des autres. Car, ainsi que nar! 
es fous les uns ne craignent pas ce qui est à craindre, et que d'à 
res redoutent ce qui n'est point à redouter : de même parmi ce " 
la, les uns disaient qu'il n'y a rien qu'il fût honteux de dire oui 
faire en publie ; les autres, qu'il ne faut pas même aller parmi I 
homme, ceux-ci ne respectent ni temple, ni autel, ni quoi que 
soit de. choses divines ; ceux-là adorent les pierres, le bois et] 
ammaux. Quant à ceux qui s'occupent de la nature de l'univor 
suivant les premiers, il n'y a qu'une chose ; suivant les seconds il v 
en a une jnfamté,; suivant les uns, tout se meut toujours ; suivant e 
autres rien ne se meut jamais ; suivant ceux-ci, iout naît et péri 
suivant ceux-là, il ne naît ni ne périt rien. Voilà comme SocrJted ' 
peint les philosophes de son temps. Pour lui, il discourait des cl.o" 
ses humaines, il examinait ce que c'est que la piété et l'impiété 
honnête et le honteux, le juste et l'injuste, la prudence et la folie 
e courage et la timidité, la cité et l'homme politique; ce que c'est nii; 
le gouvernement parmi les hommes, et quel homme est capabieV 
gouverner, ainsi que les autres choses dont il lui semblait que lacnn- 
es^cîaves'^i '^"^'* ^«^^u^ux, et que l'ignorance ne convenait qu'à des 

Le nouveau philosophe s'écartait des autres, non-seulement parla 
nature des doctrines, mais encore par la manière de ies enseigner 
Il ne montait point sur un trône, ne se faisait point préparer dei 
sièges, n observait point de temps pour lire en public, n'assimiait 
point a ses amis des heures pour la conférence et pour la prome- 

;^„ r^n"'^'^'' P^'^^'^P*^^'* «» l^"vant, en mangeant, en se pronienaiif 
au milieu des rues, avec une merveilleuse adresse à prendre toutes 
sortes de formes, suivant l'état et le caractère de ceux avec lesquels 
il s entretenait 2. ' 

Était-ce avec des hommes de son Age, ou même plus âgés que 
»i ? d marquait de la déférence pour leur opinion, il les louait 
toujours par 1 endroit qui leur était le plus sensible ; ensuite, il 
exposait ses doutes, et tournait si adroitement la œnversation, qu'il 
es amenait a lui rendre compte de leurs actions et de leurs vérita- 
bles sentiments. C'était une espèce de confession générale, qui de- 
vait être pour eux le premier pas à une vie meilleure. Ainsi, dans .111 
dialogue de Platon, où deux pères viennent le consulter sur l'édu- 
cation de leurs fds : « Je m'aperçois bie- , ô Lysimaque ! dit Nicias, 

muierdP gouienm VKtni. In liip. 



233 



vieillard doit se 



tiisi. tlp la ^Pnlilifé.l DR f,'KGLlSE CATHOLIQUE. 

(|iie tu ne connais Socrate que par son père et que tu ne l'as jamais 
lieqiienté, car tu parais ne pas savoir (|u'il su'"* du causer avec cet 
homme pour qu'il vous traite comme son parent ; il ne faut qu'en- 
tier en conversation avec lui ; quand même on commencerait à par- 
ler de toute autre chose, il vous retourne sans relâche, jusqu'à ce 
qu'il vous amène irrésistiblement à lui parler de vous-même et à lui 
(lire de quelle manière on vit et comment on a vécu ; et, quand une 
lois on en est là, Socrate ne vous quitte pas qu'il ne vous ait exa- 
miné à fond. Je suis déjà accoutumé à sa manière, je sais qu'il faut 
:,l)solument en passer par là, et que moi-même je n'en serai pas 
quitte à meilleur compte; cependant, Lysimaque, je m'y soumets 
volontiers, car je ne pense pas que ce sou un mal pour nous que 
ion nous fasse réfléchir aux fautes que nous avons commises ou à 
relies que nous pouvons commettre ; loin de là, je suis convaincu 
qu'un moyen de s'assurer pour l'avenir d'une vie plus sage, c'est de 
11" pas redouter cette enquête et de la désirer plutôt. Ainsi, il ne sera 
|i;is nouveau ni désagréable pour moi que Socrate me fasse passer à 
son examen; et je savais presque d'avance que, puisqu'il était ici, il 
ne serait point question de nos enfants, mais de nous-mêmes *. »' 

Ce qu'il y avait, à cette époque, le plus à craindre pour Athènes, 
c'étaient les sophistes. Avec des paroles séduisantes, ils allaient à 
(onfondre toutes les notions du juste et de l'injuste. Socrate n'omit 
lien pour démasquer leur feux savoir. Voici comme il s'y prenait 
ordinairement. Il assistait à leurs discours oratoires et paraissait un 
I dos plus empressés à leur marquer la satisfaction qu'il avait goû- 
tée à les entendre. Il n'y avait qu'une petite chose qui l'embarrassait 
(ncore ; il la proposait, et ordinairement la question était si claire 
(|u'elle ne paraissait pas pouvoir former de difficulté. Le sophiste 
s efï'orcait d'en donner l'explication ; et il ne pouvait décemment s'y 
! infuser, puisqu'une des choses dont se vantaient les sophistes, c'était 
de repondre à toutes les questions qu'on pouvait leux faire. Ce pre- 
; imer ponit gagné, Socrate lui demandait s'il ne se glorifiait pas 
d titre dialecticien aussi profond qu'orateur habile, et s'il ne lui était 
lioint aussi facile de resserrer une matière en peu de mots que de 

I orner et de l'étendre. Le sophiste n'avait garde d'en disconvenir. 
Alors il le priait de réserver pour une autre occasion les richesses 

! de son éloquence, et de .le se servir avec lui que de ce style serré et 
concis : « Car je suis sujet, disait-il, à un grand défaut de mémoire; 

I I lorsqu'on me fait de longs discours, je perds de vue la chose dont 
il est (iuestion. De même donc que si j'étais un peu sourd, vous 

' Plat., Lâchés. 





J.T: 




23 i HISTOIRE UMVKRSELLE [Liv. XX. Philos., pmtd 

croiriez nécessaire, pour converser avec moi, de parler plus haut 
que vous ne feriez avec d'autres : ainsi, puisque vous avez mainte- 
nant affaire à un homme oublieux, abrégez-moi vos réponses pour 
que je vous suive. D'ailleurs, j'ai toujours cru que s'entretenir fami- 
lièrement et faire des harangues sont deux choses tout à fait diffi'. 
rentes *. » Dès que le sophiste avait consenti à ce qu'on lui deman- 
dait, il se sentait bientôt embarrassé et ne tardait point à se contredire, 
Alors Socrate se plaignait malicieusement de ce qu'après lui avoir 
promis si solennellement de l'instruire, il avait la dureté de lui cacher 
sa sagesse et de l'abandonner à l'erreur. Il lui laissait ordinairement 
apercevoir quelque faux-fuyant que celui-ci ne manquait point de 
saisir ; mais ce n'était que pour retomber dans de nouvelles contia- 
dictions qui mettaient dans un plus grand jour sa présomption et son 
ignorance. 

Les plus exposés à la séduction des sophistes étaient les jeunes 
gens. Aussi Socrate s'attacha-t-il particulièrement à eux, espérant 
davantage d'une âme encore tendre. Deux causes seulement for- 
maient obstacle à ses desseins, l'ambition et la flatterie. Dans la mo- 
bile démocratie d'Athènes, chacun pouvant prétendre à tout, l'ima- 
gination des jeunes gens s'enflammait de bonne heure. Ensuite, dès 
qu'un jeune homme de quelque distinction commençait à se pro- 
duire, un grand nombre s'associait à sa fortune et à ses espérances, et 
s'attachait à sa personne sous le nom d'amis ou d'Érastes. On esti- 
mait un jeune homme à proportion du mérite et du nombre de ceux 
qui s'attachaient ainsi à lui. Socrate ne dédaigna point de se con- 
former à l'usage. Comme plus d'une fois cette sorte d'amitié dégé- 
nérait en passion contre nature, il s'en est trouvé qui ont voulu ren- 
dre le philosophe suspect sur cet article ; mais comme ses ennemis, 
qui le firent condamner à mort, n'ont jamais rien dit contre ses 
mœurs, il est naturel de penser que c'est une calomnie. Socrate fré- 
quentait donc les lieux des exercices, et tous les endroits où la 
jeunesse avait coutume de s'assembler. Il étudiait les caractères, et 
s'attachait de préférence à ceux en qui il remarquait les passions les 
plus fortes. Il semblait n'être occupé que du soin de leur avance- 
ment. Il leur faisait entrevoir la gloire qui les attendait, s'ils rem- 
plissaient l'idée qu'on se formait déjà de leur mérite ; maisilleiirl 
montrait à côté la honte dont ils se couvriraient, s'ils trompaient les 
vœux de leurs concitoyens et de leurs amis. « Ne trouvez-vous donc 
pas, ajoutait-il, qu'il serait à propos, pendant qu'il en est temps en- 
core, que nous cherchassions en commun quelles choses sont pro- 



' PM.jPmt agoras. 



liisf. .Je la «entilité.] DR I/Kgijsk CATHOLIQUE. 335 

pn«à mériter l'estime ou le blAme ? ,, A peine avait-il commencé 
,et fxainen, que le jeune homme, qui ne pouvait plus déguiser sa 
tliibiesso et son ignorance, confus et troublé, avait peine à retenir ses 
larmes. Quelques-uns restaient si humiliés, qu'ils n'osaient plusTa- 
Doider m le voir; mais les esprits généreux n'en devenaient que plus 
ardents à rechercher son entretien. Il continuait de les examiner et 
d arracher sans pitié toutes les semences contagieuses qui auraient 
1,11 étouffer les germes de la raison ; il les accoutumait ensuite à ré- 
lléchir et à produire leurs propres pensées, sans leur épargner, di- 
sait-d, les douleurs de l'enfantement. Tout le monde sait que, fai- 
sant allusion au métier de sa mère, il se disait accoucheur d'esprits 
Il ne mettait pas grande façon au choix des matières ; les plus 
ronimunes et celles qui sont les plus ordinaires dans le commerce de 
la vie, étaient toujours celles auxquelles il donnait la préférence- il 
empruntait ses comparaisons des professions les plus abjectes, des cui- 
siniers, des tailleurs, des bergers, etc. Les beaux esprits et les sots 
I étaient hoqués de cette simplicité apparente qu'ils nommaient gros- 
sièreté ; mais les bons esprits perçaient l'enveloppe et découvraient 
une sagesse profonde et une éloquence auxquelles l'art ne pouvait 
atteindre. Alcibiade comparait ces discours à ces sortes deboîtr-, que 
I on fabriquait alors à Athènes, qui ne présentaient au dehors que 
(les figures grotesques de satyres et de silènes, mais qui au dedans 
renfermaient les images des dieux. « Quand quelqu'un, ajoute-t-il, 
s avise de nous répéter les discours de nos plus fameux orateurs, il 
ne nous touche pas beaucoup, et souvent il nous ennuie ; mais s'il 
nous répète les discours de Socrate, tout le monde reste extasié, 
hommes, femmes, enfants. Pour moi, quand je l'entends, le cœur 
me l)at, des larmes coulent de mes yeux, et je vois qu'il fait la même 
impression sur beaucoup d'autres. J'ai entendu Périclès et tous nos 
plus fameux orateurs, mais ils m'ont toujours laissé dans le même 
état où j'étais auparavant. Les discours de cet enchanteur produisent 
sur moi un eff'et bien différent ; j'ai honte de moi-même, je rougis de 
ma bassesse ; il faut que je m'arrache de sa présence et que je me 
liouche les oreilles pour ne pas vieillir assis à ses côtés. Je le fuis, je 
I <'vite ; il y a des moments où je voudrais le savoir mort, et je sens 
i'ourtantque, si ce malheur m'arrivait, j'en serais inconsolable ». » 
Aleibiade n'était pas le seul sur qui les discours de Socrate fissent 
"lie SI profonde impression ; Eschine, Antisthène, Apollodore ne pou- 
vaient le quitter : Simmias et Cébès avaient abandonné Thèbes, leur 
patrie, pour jouir de sa présence. Euclide de Mégare, connaissant la 

' l'Iat., in Symp. 




Ife' 



i ' '• 

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^^^ . HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv. XX. Philos., poft. et 

loi qui portait peine de mort pour tous les Mégariens pris sur le ter- 
ntoire d'Athènes, se déguisait en femme et entrait de nuit dam 
Athènes pour entendre Socrate au péril de ses jours. 

Quant à la manière dont notre philosophe inculquait à ses auditeurs 
les fondements de la morale, voici comme il rappelle l'existence de 
Dieu et de sa providence à un jeune homme qui passait pour doutor 
de l'un et de l'autre. « — Dis-moi, Aristodème, s'il y a des hommes 
que tu admires pour leur sagesse ? — Oui. — Apprends-nous leurs 
noms. —Pour l'épopée, Homère ; pour les dithyrambes, Ménalippi 
de ; pour la tragédie, Sophocle ; pour la statuaire, Polyclètc ; pcp 
la pemture, Zeuxis. — Lesquels te paraissent plus admirables, ou 
ceux qui font des idoles sans intelligence et sans mouvement', on 
ceux qui font des êtres vivants, intelligents et agissants ? — Sans com 
paraison, ceux qui font des êtres vivants ; car c'est là une œuvre non 
i)as du hasard, mais de l'intelligence. — Entre un ouvrage dont on 
ne voit pas le but, et un autre qui est évidemment fait pour être utile 
lequel crois-tu plutôt que l'autre un ettet de l'intelligence ou du lia^ 
sard ? — Il est naturel que ce qui a été fait pour être utile soit un 
ettet de l'intelligence. — Ne te semble-t-il pas que celui qui dès i'ori- 
gme fait leshonmies, leur donne, dans un but d'utilité, les organes 
I)ar lesquels ils sentent, les yeux pour voir les couleurs, les oreilles 
pour entendre les sons ? De quoi nous serviraient les odeurs, si avec 
cela nous n'avions des narines ? Quel sentiment aurions-nous de ce 
qui est doux ou aigre, ainsi que de tout ce qui est agréable au palais, 
s'il n'y avait en même temps une langue pour le faire connaître? De 
plus, ne te semble-t-il pas qu'il y a en ceci quelque chose qui resseni- 
bleà une œuvre de prévoyance ? Comme la vue est délicate, elle a été 
enclose de paupières qui s'ouvrent quand il faut voir et se ferment 
pendant le sommeil ; pour que les vents ne lui fassent aucun mal, 
des cils y sont ajoutés comme une passoire ; les sourcils arrêtent ee 
qui est au-dessus des yeux, afin que la sueur de la tête ne leur porte 
aucun dommage. L'ouïe reçoit tous les sons, et cependant ne se rem- 
plit jamais. Dans tous les animaux, les dents de devant sont propres 
à couper, les molaires sont propres à broyer ce qu'elles reçoivent de 
celles-là. La bouche par laquelle les animaux introduisent ce dont 
ils ont appétit a été placée près des yeux et des narines. Ensuite, 
comme ce qu'ils évacuent est désagréable, les conduits en ont été pla- 
cés à l'écart, et se déchargent le plus loin qu'il se peut des sens. Kn 
voyant tout cela construit avec tant de prévoyance, doutes-tu encore 
SI c'est l'œuvre du hasard ou d'une intelligence ? — Certainement 
non ; mais en le considérant de la sorte, cela ressemble tout à fait à 
1 œuvre d'un ouvrier qui aime les êtres vivants. — Et d'avoir inspire 



hist. de la gentilité.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 237 

aux parents l'inclination d'avoir des enfants, aux mères l'inclination 
de les nourrir, aux enfants le plus grind désir de vivre, la plus grande 
crainte de mourir ? - Cela ressemble encore, sans contestation, à 
l'œuvre de quelqu'un qui veut que les êtres vivants subsistent. — Tu 
crois avoir toi-même quelque chose d'intelligent, et tu t'imaginerais 
qu'il n'y a rien d'intelligent nulle part ailleurs ? et cela, sachant bien 
; que tu n'as dans le corps qu'une petite parcelle de la terre, qui est 
si grande, qu'une petite goutte de l'élément humide, qui est si con- 
sidérable, etamsi du reste. Mais pour l'intelligence seule, qui cepen- 
dant ne serait nulle part, comment ! tu croirais l'avoir attrapée par 
un heureux hasard, et ces êtres immenses et infinis ne seraient si 
bien arranges que par la déraison? — Non, certes; mais je n'en vois 
pas les maîtres, comme je vois les ouvriers de ce qui se fait ici — 
Mais tu ne vois pas non plus ton âme qui est la maîtresse du corps • 
on pourrait donc te dire, d'après cela, que tu ne fais rien avec intel- 
ligence, mais tout au hasard. — Je ne néglige point la divinité, mais 
je la crois trop élevée pour qu'elle ait besoin de mes hommages. — 
Plus tu la crois élevée, plus tu la dois servir et honorer. » 

Socrate lui montre ensuite les soins particuliers de la Providence 
pour l'homme. Seul de tous les êtres vivants, elle lui a donné, avec 
la vue, l'ouïe et la bouche, une stature droite, moyennant laquelle il 
peut voir d'avance plus de choses, regarder plus facilement en haut 
ot souffrir moins. Aux autres créatures qui rampent, elle accorde des 
pieds qui ne servent qu'à marcher ; mais à l'homme elle ajoute en- 
ooredes mains qui exécutent un grand nombre d'ouvrages qui nous 
rendent plus heureux. Parmi tous les animaux qui ont une langue, 
il n'y a que celle de l'homme qu'elle ait rendue capable, en touchant 
tantôt un côté, tantôt un autre de la bouche, d'articuler la voix et de 
signifier aux autres tout ce que nous voulons. Il n'a pas sufli à Dieu 
de prendre soin du corps; mais, ce qui est le plus, il a donné h 
lliommfc une âme. Puis, après avoir fait, sur l'excellence de ce der- 
nier don, quelques considérations où il parle de dieux au pluriel, il 
conclut par ces mots : « Apprends donc, mon ami, que de même que 
ton esprit gouverne ton corps comme il veut, de même aussi la sa- 
gesse, qui est dans le monde, le gouverne comme il lui plaît ; ne 
pense pas que, si ton œil peut embrasser plusieurs stades, l'œil de 
Dieu ne puisse apercevoir à la fois toutes choses ; ne pense pas que, 
M ton intelligence est capable de s'occuper et de ce qui se passe ici 
et de ce qui se passe <!n Egypte et en Sicile, la providence de Dieu soit 
incapable de prendre soin de tout à la fois *. » 



■''Il 




XnioiiIi.,li't'm,J. «,c. 4. 






'^^^ HISTOIRE UNIVEKSELLE [Liv. XX. Philos., poùi. ^ 

Ailleurs, s'entreteiiant avec un autre jeune homme , il revient s,,,. 
le même sujet. Il y parle également de dieux au plurid ; mais an 
avou. montre, dans un intéressant détail, leur providence spécî 
pour 1 homme, il termine ainsi : « Que je dise vrai, tu le connaîtr 
o Euthydeme ! si tu n'attends pas à voir les formes des dieux m ê 
qu il te suffise de les honorer et de les adorer en voyant leurs œuvre 
Considère qu'eux-mêmes se font voir de la sorte. Les autres, qua, 1 
Ils nous font du bien, n'en manifestent rien en public; quanta ce 
qui ordonne et contient tout le monde où est tout ce qu'il v a 
beau et de bon , et qui, pour notre usage, le conserve toujours e' 
tier, sam, ne vieillissant point, accomplissant son ministère sans fan^ 
et plus vite que la pensée, ce Dieu-là, en tant qu'il opère les ni 
grandes choses, on le voit ; cependant, gouvernant tout cela, il no 
est invisible. Considère encore ceci : Le soleil paraît manifeste à toi 
les hommes, néanmoins il ne leur permet pas de le regarder fixement 
SI quelqu'un l'ose, il perd la vue. Tu trouveras également que loi 
ministres des dieux sont invisibles. On voit bien que la foudre vie,i 
d en haut, qu'elle maîtrise tout ce qu'elle rencontre ; mais on ne k 
voit m venir, ni frapper, ni s'en aller. De même les vents ne se voieni 
pas ; mais ce qu'ils font est visible, et on les sent venir. S'il est une 
chose humame qui participe à ce qu'il y a de divin, c'est l'ûmed.' 
1 homme ; or, il est manifeste qu'elle règne en nous, mais on ne la 
voit pas elle-même. Quiconque réfléchit à tout cela, ne doit po^nt 
inepriser les êtres invisibles; mais, apprenant leur puissance parles 
ellets, il doit honorer la divinité *. » 

On voit par ces entretiens que Socrate reconnaissait et enseignait 
un Dieu suprême, invisible en soi, visible en ses œuvres, souveraine 
mtelhgeLce, qui a formé l'univers et le conserve, qui a créé l'homme 
et le traite avec une bonté toute paternelle ; au-dessous dclui, des 
dieux subalternes, également invisibles, qui secondent sa provideiiee 
par le ministère des éléments, la foudre et les tempêtes. La conclu. 
sion naturelle de tout ceci, c'est que rien de ce qui tombe sous k 
sens, m le soleil, ni la lune, ni les étoiles, ni la terre, ni les plantes, 
m les animaux, encore moins des statues de bois, de pierre, do nié- 
tal, n'étaient des dieux ni ne devaient être adorés. 

Il paraîtrait même que Socrate avait quelque idée de la Trinité en 
Dieu, comme nous en avons trouvé un vestige dans Lao-tsou, à la 
tliine, chez les brahmanes de l'Inde et en Egypte. Voici ce que l'Iii- 
ton écrit, comme quelque chose de très-mystérieux sur la nature du 
premier être, à Denys, tyran de Syracuse, ajoutant que. Sociatc !a- 

» Xénoph., Wem., I. 4,c.;j. 



hist. de la gentilité.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 239 

vait dit : « Autour du Roi de toutes choses sont toutes choses, et 
toutes choses sont à cause de lui ; et c'est là la cause de tout ce qu'il 
y a de bon et de beau. Le second est autour des choses secondes, le 
troisième autour des troisièmes. L'âme humaine désire apprendre ce 
qu'est cela, en regardant les choses qui ont une certaine affinité avec 
elle; mais aucune de ces choses ne suffit. Pour ce qui est du Roi et 
de ce que j'ai dit, il n'y a rien de pareil. Ce qui vient après, l'âme 
peut le dire *. » 

Sans doute ce langage n'est pas clair. Platon lui-même dit qu'il l'é- 
crit par énigme , afin que si la lettre tombait entre les mains d'un 
i autre, il ne pût rien y comprendre. Il recommande même à Denys, 
I quand il l'aura lue deux ou trois fois, de la brûler. Comme cependant, 
d'après ses propres expressions, Platon donne ce passage comme une 
explication plus divine touchant la nature du premier être , on ne 
peut guère s'empêcher d'y voir , avec la plupart des savants et des 
Pères de l'Église, un vestige de la Trinité. « Pour moi, dit Clément 
d'Uexandrie, je n'entends ces paroles que comme un indice de la 
Trinité sainte ; à savoir que le troisième est le Saint-Esprit, le second, 
j le Fils, par qui tout a été fait d'après la volonté du Père 2. » 

Quant au culte divin, voici ce que Platon fait dire de plus remar- 
i quable à Socrate. Ayant rencontré un jour Alcibiade qui s'en allait 
oft'rir un sacrifice, et qui paraissait préoccupé de la manière dont il 
prierait la divinité , il entra en conversation avec lui , lui dit qu'une 
prière que tout le monde pouvait faire sans danger, était celle d'un 
poëte : « roi Zeus ! donnez-nous ce qui est bien, et lorsque nous le 
demandons et lorsque nous ne le demandons pas, et éloignez de nous 
le mal lors même que nous le demanderions. » C'est dans ce sens que 
les Lacédémoniens priaient les dieux de leur accorder , avec ce qui 
I était bon, ce qui était beau, sans que jamais on les entendît deman- 
I der davantage : prière qui fut louée par l'oracle d'Ammon. Pour de- 
mander des biens particuliers , il iaut en avoir une science parfaite ; 
autrement on risque de demander des maux au lieu de biens. La di- 
vinité regarde moins aux dons et aux sacrifices, qu'à l'âme, à savoir 
si quelqu'un est saint et juste. Le dialogue se termine ainsi : « Te 
souviens-tu, Alcibiade, de m'avoir dit que tu étais dans une grande 
perplexité, craignant de demander, sans le savoir, quelque chose de 
mauvais au lieu de quelque chose de bon ? — Je m't'n souviens. — 
Tu vois donc qu'il n'est pas sans danger pour toi d'aller ainsi prier 
I lu dieu: il se pourrait que, t'entendant blasphémer, il ne reçût pas 



' Epiai . 2, ad Diouys. dica med. — * CIciii., Slrvm,,\. 
ti',, I. Ii,c. 20. 



li.bW.\iu&e.h., Prient 



240 



HISTOIRE UNIVERSELLE 





k 




[Liv. XX. Philos., poct.ti 
ton sacrifice ; peut-être même t'arriverait-il quelque chose de p|.,s 
funeste. Il me semble donc que le mieux, c'est que tu demeures on 
repos ; car je ne pense pas que l'exaltation actuelle de tes sentiments. 
c'est le nom le plus honnête qu'on puisse donner à la folie, h per- 
mette de te servir de la prière des Lacédémoniens. Il faut donc m. 
cessairement attendre jusqu'à ce que quelqu'un nous apprenne quels 
doivent être nos sentiments envers les dieux et envers les hommes. 
— Quand viendra-t-il ce temps-là, ô Socrate ! et quel sera le maître? 
Je verrai avec grande joie cet homme , quel qu'il soit. — C'est celui 
à qui dès à présent tu es cher. Mais il me semble que , comme dans 
Homère, Minerve dissipe le nuage qui couvrait les yeux de Diomède 
afin qu'il pût voir si c'était une divinité ou un homme , de môme il 
faut, avant toutes choses , qu'il dissipe les ténèbres qui couvrent ton 
âme, et qu'ensuite il t'applique les choses par lesquelles tu pourras 
discerner le bien d'avec le mal. Présentement tu ne me parais pus 
capable de le faire. — Qu'il dissipe donc, s'il lui plaît, soit ce brouil- 
lard, soit toute autre chose ; car je suis prêt à faire tout ce qu'il or- 
donnera, pourvu que je devienne meilleur. — Je te le dis encore, ce- 
lui dont nous parlons désire infiniment ton bien. — Alors il me sem- 
ble que je ferai mieux de remettre mon sacrifice jusqu'au temps de 
sa venue. — Tu as bien raison: cela est plus sûr que d'aller courir 
un si grand danger. — Eh bien , ô Socrate ! puisque tu m'as domié, 
ce me semble, un bon conseil, je placerai cette couronne sur ta tète: 
quant aux dieux, nous leur offrirons des couronnes et tout ce que lu 
loi ordonnera, lorsque je verrai ce jour désiré, et j'espère de leur 
bonté qu'il ne tardera pas à venir *. » 

On entrevoit dans ce discours comme l'attente d'un sauveur (|iii 
semble devoir être un dieu sous une figure humaine. On y voit aussi 
que Socrate ne disait pas d'abord tout à ses disciples. Il leur fallait 
ôter le brouillard, puis recevoir quelque chose de nouveau, pour dis- 
cerner enfin Dieu d'avec l'homme. 

Malgré ces précautions, le bruit se répandit dans le public, que 
Socrate ne reconnaissait pas les dieux de la ville, et qu'il pervertissait 
l'esprit des jeunes gens. Le poëte Aristophane en fit une comédie 
sous le titre de Nuées. 

Un père avare voudrait un moyen de ne pas payer ses dettos. Il 
engage son fils à se faire pour cela disciple de Socrate. Voici, dit-il, 
on lui montrant la maison, voici l'école de ces Ames sages, qui disent 
que le ciel est un tour e' que nous eu sommes les charbons ; ecs 
hounnes enseignent, si tji '.([u'un leur donne de l'argent, à pérorer 

» Plal., i. Alcibiad. 



lîll 



hist. de la genlllité.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 241 

demaiiièi-fc H l'emporter sur le juste et l'injuste. Ils ont pour cHadeux 
sortes de discours : l'un pour soutenir ce qui est juste, l'autre ce oui 
ne 'est pas. S. tu m'apprends ce dernier, je ne payerai pas une obole 
de toutes les dettes que j ai contractées pour toi. Le fils, qui aime les 
chevaux et les chars, ne veut pas fréquenter un misérable à la face 
Weme et marchant nu-pieds, tel que Socrate. Le père y va alors lui- 
même. Parmi des instruments d'astronomie et de géographie, il voit 
des disciples, la tête penchée sur des trous en terre, examinant ce 
.|uil y a dans le Tartare : Socrate, au contraire, suspendu en l'air 
ans un panier pour avoir l'esprit plus libre, examine ce qu'il y a 
ans les cieux. Ce maître lui apprend qu'il n'y a d'autres dieux que 
k. chaos, les nuées et la langue. Jupiter n'est pas ce qui pleut, ce qui 
Itonne ce sont les nuées ; ce qui pousse les nuées, c'est le tourbillon. 
iPourlui communiquer toutes les connaissances qu'il souhaite, les 
Imees elles-mêmes, se métamorphosant en femmes, arrivent sur la 
icene lui apprennent à devenir invincible dans la dispute, à étourdir 
Ion adversaire de telle sorte qu'il ne saura plus où se tourner. Elles lui 
n montrent un échantillon. Le juste et l'injuste apparaissent en per- 
sonne et plaident 1 un contre l'autre de manière que celui-ci triom- 
|he. Charme de si beaux secrets, il revient à son fils et le persuade 
fentin d aller trouver Socrate, lui recommandant toutefois de ne dire 
personne que les dieux ne sont pas. Aussitôt arrivent les créant 
lers .• .1 leur soutient en face qu'il ne leur doit rien, en prend à té- 
jnom tous les dieux, et les renvoie confus. Pendant qu'il s'applaudit 
i Is revent de chez Socrate, se met à régenter et à Ws^Cère,' 
t lui démontre, par le discours de la seconde espèce, que c'est pa 
l.n,t.e et pour son bien. Furieux de se voir ainsi la dupe et la vic- 
Inie, le père finit par mettre le feu à la maison du sophiste. 
I Au m^u3u de la licence que se donne le poète, il est à remarquer 
" .1 ne dit rien contre les mœurs de Socrate. Ensuite, il le reprSn ^ 
auvre; ce qui montre bien qu'il ne recevait point d''argent plur s 
h,s, ainsi que Xenopiion et Platon le témoignent. Quant Tlart de 
poudroie juste et l'injuste, cela retombe ^ur les sophis .. ut 
ocrai, attaquait pour cela sans ménagement. Pour lui,^!^^^ 
';;<"'q»<H. au . ..emies gens les principes de la vraie morale 
Dans presqiu. tous les dialogues de son dis(.iple Platon, il ramène 
t a ce grand principe que la vérité et la justice ne sont paru L' 
- arbitraire, changeante, mais quelque chose d'éternel d'h " 
Î::7' ,"" '^^' ^""^ l'entendement de Dieu. Nulle p^t cette 

Ll n 7^^'^T 'T ""'""^ '^' ^''^"^"^•' "• ^Hnc^tionnee,>lus so- 
b. Ileuient que clans le dialogue de Gorgias ou de la Khé orinue 
^oi^fuis, rhéteur et sophiste, était venu à Athènes, av.:e ^H 



litf 





24-i HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv. XX. Philos., poiiet] 

pièPolus, et logeait' chez Calliclès, orateur et philosophe. Socrate, 
ayant lié conversation avec eux, demanda au premier ce que c'é 
que la rhétorique dont il faisait profession. Il fut convenu que c'était! 
l'art de persuader. Mais de persuader quoi 1 insista Socrate, le juste 1 
ou l'iiijuste? Gorgias ne put s'empêcher de dire que c'était le juste, 
et de renverser ainsi le pompeux éloge qu'il venait de faire de la rlié 
torique, comme de l'art de persuader à la multitude tout ce que le 
veut. Polus ayant pris la parole pour tirer son maître d'embarras,! 
Socrate lui fait voir que si la rhétorique n'est pas l'art de persuader! 
ce qui est juste et bon, mais simplement l'art de plaire, ce n'est nil 
plus ni moins qu'une espèce de flatterie, comme le talent du cuisinier! 
pour les ragoûts. Le disciple se mit à vanter le pouvoir que donntl 
rhétorique de faire dans une ville tout ce que l'on juge à propos. Sol 
crate lui répond que si ce pouvoir est exercé justement, c'est un bien; [ 
mais que, s'il l'est injustement, c'est un grand malheur ; car ieptej 
grand de tous les maux est de commettre l'injustice. — Est-ce là le| 
plus grand mal? reprit Polus ; souffrir une injustice, n'en est-ceps 
un plus grand? — Nullement. — Aimerais-tu donc mieux recevoir! 
une injustice que de la faire ? — Je ne voudrais ni l'un ni rautnl 
mais s'il fallait absolument commettre une injustice ou la soulfriF,! 
j'aimerais mieux la souffrir que la commettre. Je pense de plus quel 
l'homme injuste et criminel est malheureux de toute manière : mail 
qu'il l'est encore davantage s'il ne subit aucun châtiment, et si ses 
crimes demeurent impunis ; et qu'il l'est moins s'il reçoit des hommesl 
et des dieux la juste punition de ses fautes. — Tu avances là de-j 
tranges paradoxes, Socrate. — Je vais essayer, mon cher, de te faire 
dire les mêmes choses que moi; car je suis convaincu que toi eti 
et les autres hommes, nous pensons tous que c'est un plus grand inaj 
de commettre l'injustice (jue de la souffrir, et de n'être point punit 
ses crimes que d'en être puni. — Je soutiens, au contraire, qucii 
n'est ni mon sentiment ni celui d'aucun autre. Toi-même ainieraisj 
tu mieux qu'on te fit injustice que de faire injustice à autrui?— Oi 
et toi aussi, et tout le monde. 

Il prouve la première! partie de sa proposition par une suite i 
raisonnements qu'il conclut de cette sorte : « La plupart dos hoiniiii'j 
ne reconnaissent-ils point, et n'as-tu pas toi-même avoué pi'écédtmj 
ment, qu'il est plus laid de commettre une injustice (pie de lasoiifl 
frir ? — Oui, — Et ne venons-nous pas de voir que c'est iineciiol 
plus mauvaise ? — 11 paraît (pie oui. — Préf't'rerais-tu ce(|ui estpliij 
laid et pli'.s niu'.îvais. k vc qui l'est moins? — Je ne !e prétV'reraispai 
Socrate. — Est-il quelqu'un au monde qui le préférAt? —il ml 
.semble (pu; non, d'après ce qui vient d'cMre dit. — Ainsi j'avais i 



m. de la gentilité.] DE L'EGLISE CATHOLIQUE. 3^3 

son de dire que ni moi, ni toi, ni qui que ce soit n'aimerait mieux 
faire une injustice que de la recevoir, parce que c'est une chose plus 
I niauvaise. — Il y a apparence. » 

Résumant la discussion sur la deuxième partie, il dit : « Quicon- 
que châlie à bon droit ne châtie-t-il pas justement ? — Oui — Fait-il 
en cela une action juste ou non ? ~ Il fait une action juste. - Ainsi 
celui qui est châtié, lorsqu'on le punit d'une faute, pâtit justement ' 
-Apparemment. - N'avons-nous pas avoué que tout' ce qui est 
juste est beau? - Sans contredit. - Ce que fait la personne qui 
châtie et ce que souffre la personne châtiée est donc beau ' — Oui 
- Mais si c'est beau, c'est en môme temps bon ; car le beau est ou 
agréable ou utile. - Nécessairement. - Ainsi, ne que souffre celui 
qui est puni est bon. ~ Il paraît que oui. - Il lui en revient par 
consequep quelque utilité. _ Oui. -Est-ce l'utilité que je conçois, 
savoir, de devenir meilleur quant à l'âme, s'il est vrai qu'il soit châ- 
tie à juste titre ? - Cela est vraisemblable. - Ainsi celui qui est 
puni est délivré du mal de l'âme? - Oui. -~ N'est-il pas délivré du 
[plus grand des maux ?» .nti,miu m r.-mo . 

La réponse ayant été discutée affirmativement, Socrate conclut • 
«Ainsi la punition procure la délivrance du plus grand de tous les 
maux, du mal de l'âme. - J'en conviens. - Car elle rend sage, elle 
oblige a devenir plus juste> et elle est une sorte de médecine morale 
Oui. -Le plus heureux, par conséquent, est celui qui n'a admis 
dans son ame aucun mal, puisque nous avons vu que le mal de l'âme 
hà le plus grand de tous. - Sans difficulté. - Le second est d'en 
fre délivre. - 11 y a apparence. - C'est-à-dire, celui qui a reçu 
des avis, des réprimandes, qui a subi la punition. — Oui. — Ainsi 
œlur qui. est malade de l'injustice, et qui n'en a pas été délivré, mène 
la vie la plus malheureuse. — Selon toute vraisemblance. — Ne 
hnit-il pas de là que l'injustice est le plus grand de tous les maux' 
- il me le semble du moins. - N'avons-nous pas vu que la puni- 
(.01. procure la délivrance do ce mal ? - Vraisemblablement. - Et 
W 1 impunité ne fait que l'entretenir ? - Oui . - L'injustice n'est 
donc ,ine le second mal pour la grandeur ; mais l'injustice impunie 
est le premier et li, plus grand de tous les maux. - Tu as bien l'air 
|davoir raison. » 

Venant enfin à la conclusion pratique pour l'art oratoire et les 
orateurs : «Mais si cela est vrai, dit Socrate, quelle est donc la 
^'•and. utihte de la rhétorique? Car c'est une conséquence de nos 
av«.x, qu ,1 faut avant tont.s choses .e préserver de toute action in- 
mte, parce qu elle ne nous rapporterait fjue du mal; N'est-ce pas '' 
-Ai,surement. — Et (|ue si on a commis une injustice, ou soi-même, 




I 




244 HISTOIKE UNIVERSELLE [Liv. XX. Philos,, poèt. et 1 

OU quelque autre personne à qui l'on s'intéresse, il faut aller se pré. 
senterlà où l'on recevra au plus tôt la correction convenable, et s'em- 
presser de se rendre auprès du juge comme auprès d'un médecin, de 
peur que la maladie de l'injustice venant à séjourner dans l'âme n'y 
engendre une corruption secrète qui devienne incurable. Que pou. 
vons-nous dire autre chose, Polus, si nos premiers aveux subsistant! 
N'est-ce pas la seule manière d'accorder ce que nous disons avecc« 
que nous avons établi précédemment? — Comment, en effet, tenir un 
autre langage, Socrate ? — La rhétorique, Polus, ne nous est donc 
d'aucun usage pour nous excuser d'une injustice que nous aurions 
commise, nous, nos parents, nos amis, nos enfants, notre patrie; je 
ne vois guère qu'un moyen de la rendre utile, c'est de s'accuser soi- 
même avant tout autre, ensuite ses proches et ses amis, dès qu'on a 
commis quelque injustice ; de ne point tenir le crime secret, mais de 
l'exposer au grand jour, afin qu'il soit puni et réparé; c'est de se 
faire violence à soi ainsi qu'aux autres pour s'élever au-dessus de 
toute crainte, et de s'offrir à la justice les yeux fermés et de grand 
cœur, comme on s'offre au médecin pour souffrir les incisions et les 
brûlures, s'attachant au bon et au beau, sans tenir compte de la dou- 
leur ; en sorte que si, par exemple, la faute qu'on a faite mérite des 
coups de fouet, on se présente pour les recevoir ; si les fers, on leur 
tende les mains ; une amende, on la paye ; le bannissement, on s'y 
condamne ; la mort, on la subisse ; c'est enfin d'être le premier à dii 
poser contre soi-même et contre ses proches, de ne pas s'épargner, 
et pour cela de mettre en œuvre toutes les ressources de la rhétorique, 
afin de parvenir, par la manifestation de ses crimes, à être déiivîé 
du plus grand des maux, de l'injustice. Accorderons-nous cela, 
Polus, ou le nierons-nous ? — Cela me paraît bien étrange, Socrate, 
Toutefois, peut-être est-ce une conséquence de ce que nous avons, 
dit plus haut. — Ainsi, il faut ou renverser nos discours précédents, 
ou convenir que ceci en résulte nécessairement. — Oui ; la chose est 
ainsi. — Et l'on fera tout le contraire lorsqu'on voudra faire du mai 
à quelqu'un, soit à son ennemi, soit à tout autre ; il faut seulement 
n'avoir rien à souffrir soi-mênn! de son ennemi ; on doit jjien yl 
prendre garde ; mais s'il conanet une injustice envers un autre,! 
faut s'efforcer de toute manière, et d'actions et de paroles, de li 
soustraire au châtiment, et empêcher qu'il ne paraisse devant leJ 
juges ; et, au cas qu'il y paraisse, il faut tout mettre en œuvre pourj 
qu'il échappe et ne soit pas puni. » 

A une pareille conclusion, l'orateur Calliclès prit la parole : «Maisl 
dis-moi, Socrate, croirons-nous que tout ceci est sérieux de ia paiil 
ou que ce n'est qu'un badinage ? Car si c'est tout di! bon (|iii!tii| 



. de la gentillté.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 945 

tparles, et si ce que tu dis est vrai, la conduite que nous tenons tous 
liant que nous sommes, qu'est-ce autre chose qu'un renversement de 
jl'ordreet une suite d'actions toutes contraires, ce me semble, à nos 
Idevoirs ? Socratr observa que pour Calliclès , qui ambitionnait , 
leomme orateur, ..- plaire au peuple d'Athènes, il n'était pas surprel 
îmiqn .1 parlât tantôt d'une façon, tantôt d'une autre ; mais, ajouta- 
is, la philosophie a toujours le môme langage. Ce qui te paraît, à ce 
moment, si étrange, est d'elle : tu viens de l'entendre. Ainsi, ou ré- 
luteo^ quelle disait tout à l'heure par ma bouche, et prouve-lui 
hue commettre l'injustice et vivre dans l'impunité après l'avoir com- 
yse, n'est pas le comble de tous les maux; ou ,^i tu laisses cette 
lente dans toute sa force, je te jure, Calliclès, par le dieu des Égyp- 
tiens (le chien Anubis), que Calliclès ne s'accordera point avec lui- 
Inème et sera toute sa vie dans une contradiction perpétuelle Calli- 
fclès avança que, par la nature des choses, le droit n'est que la force 
ma puissance, et que ce sont les plus faibles et les plus nombreux 
hui ont introduit les idées de justice et d'équité, et fait les lois. Mais 
[près bien des faux-fuyants où il se voit toujours pris, il est réduit à 
^ire les mêmes aveux que Gorgias et Polus. Quant à Socrate, il pro- 
Meque, dût-il souffrir la mort pour cette doctrine sur le juste et 
l'injuste. Il la souffrirait de bonne grâce. « Aussi bien, ajoute-t-il 
Personne ne craint-il la mort, à moins qu'il ne soit tout à fait insensé 
tkhe. Ceqm fait peur, c'est de commettre l'injustice, puisque 
e plus grand des malheurs est de descendre dans l'aut.'e monde avec 
loe âme chargée de crimes. Je veux, si tu le trouves bon, te prouver 
fcarun récit que la chose est ainsi : tu prendras, à c^.que j'imagine 
»e récit pour une fable, mais moi je le crois plein de vérité. 

«Jupiter, Neptune et Pluton partagèrent ensemble, comme Ho- 
fcierele rapporte, l'empire qu'ils tenaient des mains de leur père 
Mu temps de Saturne, il y avait sur les hommes une loi qui a 
Nours subsisté et subsiste encore parmi les dieux, que celui des 
Nrtels qui avait mené une vie juste et sainte allait après sa mort 
■ans les îles fortunées, où il jouissait d'un bonheur parfait, à l'abri 
le tous les maux ; qu'au contraire, celui qui avait vécu dp-s l'injus- 
Iceet l'impiété, allait dans un séjour de punition et de supplice 
Ippele Tartare. Sous le règne de Saturne, et dans les premières an- 
leesde celui de Jupiter, ces hommes étaient jugés vivants par des 
te vivants, qui prononçaient sur leur sort le jour même qu'ils dé- 
laient mourir. Aussi ces jugements se rendaient-ils mal. C'est pour- 
voi Pluton et les gardiens des îles fortunées étant allés trouver 
Ppâi, lui dirent qu'on leur envoyait des hommes qui ne méritaient 
fies récompenses ni les châtiments qu'on leur avait assignés. Je 




( I 



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2*6 HISTOIRE UNIVERSFXLE (Llv. XX. Philos., pcfiJ 

ferai ce5ser cette injustice, répondit Jupiter. Ce qui fait que les juge- 
mènls «e i'endeiit mal aujourd'hui, c'est qu'oa juge les hommes tout 
vêtus; car on les juge lorsqu'ils sont encore en vie. Il régla donc 
qu'ils ne seraient jugés qu'après leur mort ei dépouillés de tout, par 
des juges également nus et morts. Il établit trois de ses fils, Rhada- 
mantle, pour juger les hommes de l'Asie, Éaque pour juger ceux] 
d'Europe, et Minos pour décider en dernier ressort d^ns le cas ( 
ils se trouveraient embarrassés l'un ou l'autrei^i* >^n(!'Tj.4 h tn- 

« En raisonnant sur ce discours, conclut Socrate, voici ce qui n 
paraît en résulter. La mort n'est rien, à mon avis, que la séparatic 
de deux choses, lîjâme et le corps. Au moment où elles sont séparées 1 
l'une de l'autre, chacune d'elles n'est pas beaucoup différente de ce 
qu'elle était du vivant de l'homme. Le corps garde son caractère, et 
les vestiges bien marqués des soins qu'on a pris de lui ou des acci- 
dents qu'il a éprouvés. Il me paraît qu'il en est de même à l'égard del 
l'âme; et que, quand elle est dépouillée de son corps, -^lie garde lai 
marques évidentes de son caractère et des accidents que chaquif 
Ame a éprouvés, en conséquence du genre de vie qu'elle a embrasse, 
Lors donc que les hommes arrivent devant leur juge, par exemplej 
ceux d'Asie devant Rhadamanthe, Rhadamanthe, les faisant appro-l 
cher, examine l'âme d'un chacun, sans savoir de qui elle est ; eti 
vent ayant entre les mains le grand roi, ou quelque autre roi ou po-j 
tentât, il ne découvre rien de sain en son âme; il la voit touiel 
cicatrisée de parjures et d'injustices par les empreintes que cha(|iie| 
action y a gravées : ici les détours du mensonge et de la vanité, cil 
rien de droit, parce qu'elle a été nourrie loin de la vérité ; là les monf 
sti uosités et toute la laideur du pouvoir absolu, delà mollesse. dJ 
b. licence et du désordre; H la voit ainsi, et de suite il l'envoie igno-l 
minieusement à la prison, où elle ne sera pas plus tôt arrivée, quelle 
éprouvera les châtiments convenables. Or , quiconque subit 
peine et est châtié d'une manière raisonnable, en devient nieilleiin 
gagne à la punition, ou il sert d'exemple aux autres, qui, témoins! 
des tourments qu'il souffre, en craignent autant pour eux et s'aiiie-l 
liorent. Mais pour gagner à la punition et satisfaire aux dieux eii 
hommes, les fautes doivent être de nature à pouvoir s'expier. Toufe-I 
fois, même alor^^, ce n'est que par les douleurs et les souffranctij 
que l'expiation s'acc mplit et profite ici ou dans l'autre monde : caij 
il n'est pas possible d être déhvré autrement de l'injustice. PourreuJ 
qui ont commis les derniers crimes, et qui, pour cette raison, son 
incurables, on fait sur eux des exemples. Leur supplice ne leur esf 

»-. «ttvlttu, •-•.viiilï.j paiv;c t^U lia nuin iiiCapamcs uc j^Ucnsun ; IIlUls il nâ 

utile aux autres, qui contemplent les tourments douloureux et elJ 



son ; iliûiS il na 



l),ist. de la sentilité.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. f 47 

jlroyabies qu'ils souffrent a jamais pour leurs crimes, en quelque 
Jsorte suspendus dans la prison des enfers, et servant tout à la fois. de 
jspcctacle et d'instruction à tous les criminels qui y abordent sans 

Qui ne serait surpris de voir, dans un philosophe de la gentifité, 
Lie doctrine si vraie sur la mort, le jugement, le paradis, l'enfer et 

Ile purjîatoire ? 

Socrate termine la conféi-ence par ces paroles : « J'ajoute, ô Calli- 
Iflès ! une foi entière à ces discours, et je m'étudie à paraître devant 
II,, juge avec une âme irréprochable. Je méprise ce que la plupart des 
|lioiiim.'s estiment ; je ne vise qu'à la vérité, et tâcherai de vivre et de 
Inourir, lorsque le temps en sera venu, aussi vertueux que je pour- 
lai. J'invite tous les autres hommes, autant qu'il est en moi, et je 
t'invite toi-même à mon tour, à embrasser ce genre de vie et àt'exer- 
Icrà ve combat, le meilleur, à mon avis, de tous ceux d'ici-bas • et 
Jeté reproche que tu no seras point en état de te défendre, lorsqu'il 
|jaudra comparaître et subir le jugement dont je parle *. » 
Tout ce dialogue a comme trois parties distinctes. La rhétorique 
^l l'art de persuader; mais ae persuader le juste et l'injuste? Le 
Ijiiste. C'est la première partie, contre Gorgias. Êst-il meilleur de re- 
cevoir l'injustice que de la commettre ? de snbir la i)unition qu'on 
jiiierite que de s'y soustraire ? Oui. C'est la seconde , contre Polus. 
jÉfliappât-on à la punition dans cette vie , peut-on y échapper dans 
liuitre? Non. C'est la troisième, contre Calliclès. D'où il résulte, en 
Ipremipr lieu, que la rhétorique qui se borne à soustraire en ce monde 
leroupahle à la punition méritée, ne fait qu'augmenter son malheur 
jet c'est la rhétori(|ue de l'ennemi des hommes ! en second lieu que 
lelle-là seule est digne d'être étudiée, louée, mise en pratique, qui 
Isp propose de persuader aux hommes d'être justes; et, s'ils ontcom- 
Jniisqiiolque mal, d'aller s'en accuser au juge spirituel, au médecin 
Ide l'âme, pour en recevoir pénitence, remède et absolution : c'est la 
Irlietoriqui^ des apôtres, des prêtres et missionnaires catholiques. Eux 
Iseiils remplissent toutes les conditions développées par Socrate. On 
Icnnviendra sans doute qu'il n'était guère possible à ce philosophe 
Idimagmer un ensemble de morale mieux lié et plus puissant. 
J Socrate ne se contentait pas d'enseigner, il donnait l'exemple. Né 
lavec des penchants mauvais, il sut les vaincre. Sa figure n'était pas 
Iles plus heureuses : elle offrait l'image d'un satyre, un nez relevé, 
Iles lèvres épaisses, des yeux à fleur de tête, le cou gros et court. Le 
Ipliysionomiste Zopire, ayant examiné ses traits, jiigea qu'il avait les 




Llloureux etet« ''''^^•' ^'Orgias,t. 4, e(1.l)ip.,tradnpt. de Cousin, t. 3. 






\i bms 



«*8 HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv. XX. Philos., poê,.f, i 

dispositions les plus vicieuses et un naturel indocile. Les disciples dy 
philosophe, qui étaient présents, éclatèrent de rire, parce quijj 
avaient remarqué tout l'opposé dans sa conduite. Socrate les reprit 
et avoua qu'il était né avec les inclinations perverses qu'on venait de f 
lui imputer, mais qu'il s'en était corrigé par la réflexion et la vi«i. 
lance. Son propre ménage était pour lui une école journalière Je | 
patience et de douceur. On connaît l'humeur fâcheuse de sa feniim 
J'ai choisi Xantippe, disait-il, pour me donner des habitudes dern^l 
dération et d'indulgence, convaincu qu'en vivant bien avec elle. ;,, 
m'accoutumerais à supporter tous les autres hommes et à nie plai,,, 
dans leur société ». Socrate était pauvre : il portait hiver et été lé 
même habit, marchait nu-pieds, ne mangeait et ne buvait que (e| 
qu'il y a de plus commun : avec cela, il n'accepta jamais aucun sa-| 
laire de ses disciples, et refusa les oti'res d'hommes puissants, entre | 
autres d'Archélaus, roi de Macédoine, qui tâcha de l'attirer à sa eoiir. 
Il porta les armes, et donna l'exemple de la valeur et de l'ohéissarKel 
dans plusieurs campagnes. Au siège de Potidée, il arracha Alcibiade 
des mains de l'ennemi, et lui céda le prix de la bravoure qu'il avait | 
mérité lui-même; à la bataille malheureuse deDélium, en Béotie,,, 
contribua, de l'aveu du général, à sauver les débris de l'armée, d| 
emporta sur ses épaules le jeune Xénophon, épuisé de fatiguent 
renversé de cheval. Son courage civil n'était pas moindre. 11 avait! 
été élu sénateur par le sort, lorsque le peuple, ameuté par ses llat- 
teurs, voulut, par un jugement illégal, condanmer à mort dix géiie-l 
raux, menaçant du même sort les opposants. Déjà les autres séna- 
teurs avaient cédé à la crainte. Socrate seul, intrépide au milieu deJ 
clameurs, refusa de violer le serment qu'il avait prêté, et persista à | 
voter conformément aux lois. Au temps de l'asservissement d'Atliè- 
nés, lorsque tout tremblait devant les trente tyrans, il refusa avec lai 
même fermeté, en dépit de leurs ordres et de leurs menaces, de se 
rendre complice de la mort injuste d'un citoyen. 

Cependant, outre l'envie des sophistes ou trafiquants de sagesse, | 
dont il s'attachait à démasquer le faux savoir et à ruiner la perni- 
cieuse influence, deux points principalement devaient lui susciter des 
ennemis : sa doctrine sur la divinité, et ses principes sur le gouver-l 
nement. 

Quant au premier point, Xénophon assure qu'il honorait en parti- 1 
ciilier et en public les dieux de la ville, et qu'il disait que chacuD 
devait les honorer suivant les lois de sa patrie. Également Platon, 
dans un de ses dialogues, nous le montre revenant de prier une 



1 Y 



Xénnpb., Jîanquef, rh. 2, § JO, 



Lw. de la gentlllté.l DK L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 319 

Li,iesse dont on célébrait la fôte au Pirée. Cependant, d'après Je 

Léme Xénophon, nous l'avons vu, il enseignait que, comme rame 

,,,ii gouverne le corps est invisible, ainsi le sont les dieux, surtout le 

I Dieu suprême qui a fait le ciel et la terre : on ne le voit que dans ses 

œuvres. Cela seul, sans ce qu'il pouvait dire en secret à ses plus afl 

tidés disciples, suffisait pour mettre en péril l'idolâtrie vulgaire. 

Pour ce qui est de la politique, il est certain que Soerate n'ap- 
j prouvait pas en tout le gouvernement d'Athènes. Il regardait, par 
exemple, comme une extravagance qu'on y tirât au sort les magis- 
trats publics, tandis que personne ne voudrait d'un honmie désigné 
,lo cette manière, ni pour pilote, ni pour architecte, ni pour musi- 
I rien, ni pour rien de semblable, quoiqu'il y eût l>eaucoup moins d'in- 
lonvénient à confier à un homme pris au hasard le gouvernail d'un 
navire, que le gouvernail de tout un État. Xénophon ne nie point 
que Soerate ne s'expliquât ainsi devant ses disciples ; il dit seulement 
que, pour la réforme des abus, il ne voulait pas qu'on employât au- 
cune violence, mais uniquement la persuasion 1. Dans le fait, le prin- 
cipe fondamental de la politique et de la législation de Soerate aussi 
bien que de sa morale et de toute sa philosophie , c'est que, d'ans la 
société comme dans l'individu, il faut donner l'autorité et la force à 
ce qu'il y a de plus divin, et lui subordonner ce qu'il y a de plus ani- 
mal. On voit le germe de cette doctrine dans la Cyropédie de Xéno- 
phon 2; Platon l'a développé dans sa République, dont nous avons 
vu ailleurs que les idées principales se trouvaient réalisées et au delà 
[dans l'Eglise catholique. 

Vingt-quatre ans après la comédie d'Aristophane, Soerate, qui en 
avait alors plus de soixante-dix, fut accusé devant le tribunal public 
(lAthènes. Les accusateurs étaient : Anytus, longtemps son ami- 
IMelitus, poëte; et Lycon, orateur. L'accusation était la même que 
dans Aristophane. « Soerate se rend coupable en recherchant d'un 
œil curieux et ce qui se passe sous terre et ce qui se passe dans le 
ciel; en rendant bonne une mauvaise raison, et en enseignant ces 
choses à d'autres. Soerate s'est rendu coupable en corrompant la jeu- 
j liesse, et en ne reconnaissant pas les dieux que reconnaît la ville, et 
Itii introduisant d'autres nouvelles divinités. » 

Une circonstance politique empirait la cause de Soerate. On ve- 
nait de chasser les trente tyrans que les Spartiates, après la prise 
Jd Athènes, à la fm de la guerre du Péloponnèse , l'an U)\ avant Jé- 
[sus-Christ, avaient établis pour gouverner la ville, et qui, en huit 
|inois, selon Xénophon, tirent périr plus de citoyens que n'en avait 

' Xénoph., Mem., 1. 4, c. 2. ~ ^ Cj,rop..l. 6, c. 1. Discours d'Arasp,. 



'•I 





250 HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv. XX. Philog., poët.et 

moissonné la guerre précédente. Deux anciens disciples de Socralo 
Hippias et Cariclès, étaient du nombre de ces tyrans. Quoique Socraté 
leur eût résisté avec courage et qu'il n'eut pas craint de les compa- 
rer publiquement à de mauvais pâtres qui, ayant des vaches à gar. 
der, les ramèneraient tous les jours plus maigres et en plus petit 
nombre, il restait toujours une fâcheuse prévention dans l'esprit du 
peuple après la réaction démocratique. De plus, Alcibiade, autre de 
ses disciples, était exilé parce qu'il avait aspiré à la souveraineté de 
sa patrie. 

Socrate parut devant ses juges, ne dit ni ne fit rien pour exciter 
leur compassion, ne dit ni ne fit même rien pour se concilier leur 
bienveillance. Dans sa réponse, il distingue ses accusateurs en deux 
sortes : les uns l'accusent depuis longues années, les autres tout ré- 
cemment. Il en sera ce qu'il plaira à Dieu, mais il plaidera sa cause 
pour obéir à la loi. 

Il remonte à la calomnie d'Aristophane, proteste qu'il ne s'est 
point occupé de sciences curieuses comme le dit l'accusation, en 
prend à témoin ceux qui l'ont entendu : ce sont les sophistes qui se 
vantent d'enseigner ces choses pour de l'argent. Pour lui, ce qui lui 
a valu une réputation de sagesse, c'est un oracle de Delphes qui l'a- 
vait déclaré le plus sage des hommes ; non pas qu'il sût plus que les 
autres ; seulement il savait qu'il ne savait rien ; tandis que ceux qui 
primaient dans les magistratures, dans les sciences , les lettres, les 
arts, paraissaient sages aux autres et surtout à eux-mêmes, mais an 
fond ils ne l'étaient pas, attendu qu'ils s'imaginaient tous savoir « 
qu'ils ne savaient point. Par rcsptict pour l'oracle, il avait pris à tâche 
de le leur faire voir. De là des inimitiés sans nombre. Les jeunes 
gens qui venaient l'entendre auront suivi son exemple et démas(iué 
comme lui le faux savoir. De là wne conjuration générale qui dé- 
chaîne contre lui Mélitus pour les poètes, Anytus pour les artisans 
et les hommes d'État, Lycon pour les orateurs. Quant à Mélitus, qui 
l'accuse de corrompre la jemi'îsse, il lui prouve par ses propres ré- 
ponses qu'il ne sait ce qu'il dit. Comment, au reste, la corroinprait-il? 
est-ce en enseignant qu'il n'y avait aucune divinité? Oui, répondit 
Mélitus. Socrate lui montre que son accusation se contredit, puis- 
qu'elle lui impute d'introduire des divinités nouvelles. Il croyait 
donc à quelque divinité. Le vrai motif, c'est qu'il découvrait leur 
ignorance à ceux qui croyaient savoir quelque (^hose. Le renvoyât-on 
absous, il recommencerait à faire de même pour obéir à l'orachî, dM 
souffrir mille morts. Il ne la craint point, au reste ; il ne l'a point 
crainte h Potidée, à Amphipolis, à Délium; il ne l'a point crainte, 
quand seul il résista comme sénateur à tout le peuple, quand seni il 



Ilift. (le la gentilité.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 351 

hcrefusa à l'ordre des Trente. Pour savoir an juste s'il corrompait ou 
non la jeunesse, rien n'était plus aisé : il y avait dans l'assemblée un 
,^and nombre d'hommes qui depuis tant d'années étaient venus l'en- 
tendre ; on n'avait qu'à les interroger et eux et leurs parents. Quant 
à ses juges, il a cru plus honorable pour eux et pour lui de ne pas 

I chercher à les attendrir par le spectacle de sa femme et de ses en- 
Cints; et je vous laisse, conclut-il, à vous et à Dieu, le soin de 

[prendre à mon égard la décision la plus avantageuse pour vous et 
pour moi. ' - 1 •>.*> ; 

Les juges, qui étaient au nombre de cinq cent cinquante-six, le 
[déclarèrent coupable h une majorité de trois voix. 

Selon la jurisprudence d'Athènes, quand la loi ne déterminait pas 
la peine, on laissait au coupable la faculté d'indiquer lui-même celle 
là laquelle il se condamnait. Sur sa réponse, on opinait une seconde 
fois, et ensuite il recevait son dernier arrêt. Socrate pouvait faire 
changer la punition de mort, proposée par Mélitus, en un exil, en 
I une détention ou en une amende pécuniaire. Ne voulant pas, en se 
taxant lui-même, se reconnaître coupable: « Athéniens, dit-il, à 
quelle peine me condamnerai -je ? Je dois choisir ce qui m'est dû ; et 
que rn'est-il dû V quelle peine afflictive ou quelle amende mérité-je, 
moi, qui me suis fait un principe de ne connaître aucun repos pen- 
dant toute ma vie, négligeant ce que les autres recherchent avec tant 
d'empressement, les richesses, le soin de ses affaires domestiques, 
les emplois militaires, les fonctions d'orateur et toutes les autres di- 
gnités; moi qui ne suis jamais entré dans aucune des conjurations 
et des cabales si fréquentes dans la république, me trouvant réelle- 
ment trop honnête homme pour ne pas me perdre en prenant part à 
tout cela ; moi qui, laissant de côté toutes les choses où je ne pou- 
vais être utile ni à votis ni à moi, n'ai voulu d'autre occupation que 
relie de vous rendre à chacur en particulier le plus grand de tous les 
services, en vous exhortant, tous individuellement à ne pas songer 
à ce qui vous appartient accidentellement plutôt qu'à ce qui consti- 
tue votre essence, et à tout ce qui peut vous rendre vertueux et sa- 
I i;es ; à ne pas songer aux intérêts passagers de la patrie plutôt qu'à la 
patrie elle-même, et ainsi de tout le reste ? Athéniens, telle a été ma 
leonduite; que mérite-t-eîle? une récompense, si vous voulez être 
1 justes, et même une récompense qui puisse me convenir. Or, qu'est- 
I (G qui peut convenir à un homme pauVre, votre bienfaiteur, qui a 
I besoin de loisir pour ne s'occuper qu'à vous donner des conseils 
utiles? Il n'v a rien nui lui rnnvjrtnnf» nine A^hâniuno «..« j'a*-» 

■' 1 ■ ' -'■ i , I '•■!'' !i!- ni:;, Ijutr ti Clic 

nourri dans le prytanée, et il le méritt; bien plus que celui qui, aux 
jiiix olympiques, a remporté le prix de la course à cheval, ou de la 









■"WJIÏIi ï^i. 



^^^ HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv. XX. Philos., poët. et 

course des chars à deux ou à quatre chevaux ; car celui-ci ne vous 
rend heureux qu'en apparence : moi, je vous engage à l'être vérita- 
blement ; celui-ci a de quoi vivre, et moi je n'ai rien. Si donc, il mg 
faut déclarer ce que je mérite, en bonne justice je le déclare, c'est 
d'être nourri au prytanée. » C'était un lieu où s'assemblaient les prin- 
cipaux magistrats nommés prytanes, et oîi ils étaient nourris aux 
frais de l'État, ainsi que ceux qui avaient rendu des services impor. 
tants à la patrie, et les vainqueurs aux jeux olympiques. Socrate finit 
toutefois par dire que, s'il avait de l'argent, il se serait condamné à 
une amende aussi forte qu'il aurait pu la payer. Mais il n'avait rien. 
Cependant, si on voulait se contenter de ce qu'il lui était possible, je 
pourrais peut-être vous payer une mine d'argent (quatre-vingt-douze 
francs en monnaie décimale). Voilà la punition que je m'infligo. 
Mais, Athéniens, Platon que voici, Critobule et Apollodore exigent 
que je me condamne à trente mines et veulent me servir de caution, 
Je m'y résigne ; ils vous répondront de la somme, et ce sont des rt> 
pondants solvables. 

Après cette réphque , quatre-vingts des juges qui avaient été fa- 
vorables lors du premier jugement , adhérèrent aux conclusions de 
Mélitus, et la sentence de mort fut prononcée. 

Socrate reprit la parole, rappela les espérances immortelles d'une 
autre vie, et termina ainsi : « Je n'ai aucun ressentiment contre mes 
accusateurs, ni contre ceux qui m'ont condamné, quoique leur inten- 
tion n'ait pas été de me faire du bien, et qu'ils n'aient cherché qu'à 
me nuire; en quoi j'aurais bien quelque raison de me plaindre d'eux. 
Je ne leur ferai qu'une seule prière. Lorsque mes enfants seront 
grands, si vous les voyez rechercher les richesses ou toute autre chose 
plutôt que la vertu, punissez-les, en les tourmentant comme je vous 
ai tourmentés ; et, s'ils se croient quelque chose, quoiqu'ils ne soient 
rien, faites-les rougir de leur insouciance et de leur présomption: 
c'est ainsi que je me suis conduit avec vous. Si vous faites cela, moi 
et mes enfants nous n'aurons qu'à nous louer de votre justice; mais 
il est temps que nous nous quittions, moi pour mourir, et vous pour 
vivre. Qui de nous a le meilleur partage ? Personne ne le sait, exoeoté 
Dieu 1. » ^ 

Apollodore s'étant avancé pour lui témoigner sa douleur de te 
qu'il mourait innocent: Voudrais-tu, lui répliqua-t-il en souriant, 
que je mourusse coupable? Son visage, ses discours , sa démarche! 
(in se rendant à la prison, respiraient le calme ; il semblait dire : Any- 
tus et Mélitus peuvent me tuer, mais ils ne peuvent me faire de mal. 

^Phl., Apolog.Socrat. 



U. de la gentilité.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 263 

L'exécution fut différée pendant trente jours. Le lendemain du ju- 
gement, un navire avait été mis en mer, qui portait les offrandes des 
Athéniens pour le temple d'Apollon à Délos. Il était défendu de met- 
tre à mort avant que ce navire fût de retour. Socrate continua, dans 
cet intervalle, ses entretiens accoutumés avec ses disciples. 

La veille du jour où l'on attendait la rentrée du navire dans le 
port, Criton, un de ses disciples, vint trouver Socrate de grand ma- 
tin pour lui annoncer cette triste nouvelle et le conjurer de sortir de 
la prison, dont les portes lui étaient ouvertes. Criton lui avait ménagé 
ce moyen de salut en gagnant le geôlier. Il lui offrit de plus une ro- 
I traite sûre en Thessalie. Socrate lui demanda en riant s'il connaissait 
i lieu hors de l'Attique où l'on ne mourût point. Criton, désespéré, 
lui fit entendre que s'il ne profitait de cette occasion , il paraîtrait se 
trahir lui-même, trahir ses enfants, trahir ses amis. Socrate lui moll- 
ira d'un autre côté la patrie et ses lois : il n'en avait reçu que du 
l)ien; le mal lui venait des hommes seuls. Envers ceux-ci mêmes, ce 
serait mal de rendre le mal pour le mal ; envers la patrie et ses lois 
I combien plus criminel ne serait-il point de r^idre le mal pour le 
liien? Or, si maintenant, après le jugement prononcé, il faisait mal- 
liné les lois ce qu'avant le jugement il pouvait faire selon les lois, en 
se retirant ailleurs , ne détruirait-il pas autant qu'il est en lui et les 
lois et la patrie? Ne donnerait-il pas lieu de conclure que tout vAi 
J(|ii'il avait philosophé pendant soixante-dix ans sur le juste et l'in- 
Ijuste, n'était que des propos en l'air? ne serait-il pas honteux d'agir 
Ide cette sorte à son âge, pour vivre encore quelque peu de jours iii- 
|cCTtains ? Voilà ce qu'il entendait sans cesse résonner au dedans de 
li-même comme un écho, tellement qu'il ne pouvait entendre autre 
Idiose. Criton n'ayant rien trouvé à répondre, Socrate conclut: Ne 
parlez donc plus de cela ; mais marchons par où Dieu nous conduit K 
On voit que ce Dieu est la voix qui retentissait au fond de son Ame ; 
latte lumière qui éclairait son intelligence et qui lui dictait ce qu'il 
lavait à faire. C'est ce que l'on (îonnaît vulgairement sous le nom de 
démon de Socrate. Le mot démon, en grec daimonion, n'avait point 
lalors l'acception exclusive qu'il a maintenant. Il signifiait souvent la 
divinité en général. Socrat»' y revient frt>queinment comme à une 
[sorte de directeur spirituel, l'appelant tantôt daimonion, tantôt Dieu. 
Partout il parait le prendre au sérieux, surtout ici, où il s'en rap- 
||wt(! il lui pour la vi(î et la mort. C'est sans doute (îela qui le fitac- 
Iciiser d'introduire des divinités nouvelles. Suivant plusieurs, Socrate 
entendait par là le Dion vérital)!^: d'autres sont d'un sentiment dif^ 





I ; 



' l'Ial., Crito. 




vn 



as* HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv. XX. Philos., poit, y i 

férent. Reste à conclure que Socrate n'a point manifesté en publi( 1 
d'une manière assez nette, sa croyance à cet égard. 

Le fatal vaisseau était arrivé. Les onze magistrats qui avaient lin. 
tendance des prisons annoncèrent à Socrate qu'il devait mourir ce 
jour-là, et lui tirent ôter les fers. Plusieurs de ses disciples entrèrent 
ensuite: ils trouvèrent auprès de lui sa femme Xantippe, tenant en- 
tre ses bras le plus jeune de ses enfants. Dès qu'elle aperçut les amis | 
de son mari, elle s'abandonna aux lamentations que les femmes i 
coutume de faire. Socrate, pria Criton de la faire ramener chez ol,„ 
Pour lui, il avait composé dans sa prison un petit poëme en l'hoii^ 
neur d'Apollon, dont la fêfp retardait sa mort , et mis en vers qiiel. 
ques fables d'Ésope : et cela, disaitril, pour obéir à une voix nocturne, 
De là un entretien sur la mort et sur l'immortalité. Personne ne doitl 
se faire mourir soi-même; car nous sommes à Dieu : il nous a plaees 
ici-bas comme dans un poste, nous ne devons le quitter que par or- 
dre. La philosophie n'est au fond que l'étude pour mourir ainsi. La 
mort n'est que la séparation de l'âm*^ d'avec le corps. Le vrai philo- 
soplie méprise tout ce qui regarde ce dernier, et cherche le plusqiiil 
peut à en détacher son âme. Le corps est un obstacle à la sagesse, 
l'âme ne parvient à la vérité qu'en se recueillant en elle-niènie, il 
faut donc s'occuper du corps le moins possible, jusqu'à ce que Dieu 
lui-même nous en délivre tout à tait : c'est le seul moyen d'arrivei à| 
la vraie sagesse, soit en la vie, soit après la mort. Ceux qui ont éta- 
bli les mystères ne sont point à mépriser : suivant eux, quicoiiqnj 
s'en va aux enfers, sans être initié ni purifié, y ♦^st plongé dans la 
boue; mais qui va là purifié, y habite avec les dieux. Le nombre eii| 
est petit, disent-ils. Ce sont, à mon avis, les vrais philosophes. J'ai 
fait mon possible pour le devenir. Si j'y ai réussi, nous le veminsl 
tout à l'heure, s'il plaît à Dieu que nous arrivions là. L'âme vcmA 
ble tout à fait à ce qui est divin, immortel, intelligible, uniforme, in- 
dissoluble, toujours le même; le ex)rps ressemble, au contraire, luel 
qui est humain, mortel, non intelligible, multiforme, dissoluhle, ia-j 
mais le même. L'âme donc, si elle sort pure, sans entraîner riein 
corps avec elle, conmie celle qui , durant la vie, n'a eu avec lui ;iii- 
cune conmiunication volontaire, mais l'a fui au contraire et s'est re- 
cueillie en elle-même, faisant de cette occupation son unique soiiiJ 
cetU' âino, immatérielle qu'elle est , va dans un autre lieu seniblal 
à elle, excellent, pur, immatériel, auprès d'un Dieu bon et sago,i 
bientôt, s'il plaît à Dieu, mon âme doit se i-endre aussi: là cette àiiii'| 
est heureuse, délivrée de l'erreur, delà folie, des craintes, des aiiioiii> 
déréglées et de tous les autres maux des humains; et, connue (Hi le 
dit des initiés, elle passe véritablement réternité avec les dieux. I ' ''!"<> ''''^''''^ 



Iiijt. de la gcntiHté.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 356 

Un des assistants ayant objecté que si l'âme est une harmonie, 
comme quelques-uns disent, il s'ensuit qu'elle périt avec les organes 
corporels dont elle est le produit. Socrate répond que cette compa- 
raison ii'iest point exacte, que l'âme n'est point une simple harmonie 
du corps, puisque souvent elle est en opposition avec le corps, qu'elle 
lemaîtri^ ; que, quand elle veut, elle l'empêche déboire lors même 
qu'il est brûlé de soif, de manger lors même qu'il est dévoré de faim. 
Lors donc que la mort arrive, ce qu'il y a de mortel se meurt; mais 
ce qu'il y ti d'immortel s'en va sauf et incorruptible, et se soustrait à 
la mort. L'âme est donc immortelle et impérissable, et nos âmes sub- 
sisteront dans une autre vie. C'est donc un risque terrible que de n'en 
avoir pas soin. Car si la mort était la'dissolution de tout, le profit serait 
pour les méchants. Mais puisque l'âme paraît une chose immortelle, il 
n'y a qu'un moyen d'échapper aux maux, c'est de la rendre la meil- 
leure qu'il se peut. Car elle n'emporte en l'autre vie que l'éducation 
qu'elle a reçue, laquelle, dit-on, dès le moment de son passage, lui fait 
jjeaucoup de bien ou beaucoup de mal. Car on dit que, dès que quel- 
qu'un meurt, le génie qu'il avait eu pour gardien pendant sa vie le con- 
duit dans un lieu où tous doivent se rassembler et être jugés. Ceux qui 
sont trouvés avoir vécu de manière qu'ils ne sont ni entièrement cri- 
minels, ni entièrem: .t innocents, et ceux qui ont commis des fautes 
expiables, quoique fort grandes, et qui s'en sont repentis toute leur 
vie : ceux-là subissent la peine de leurs fautes, sont délivrés plus 
tût ou plus tard, suivant l'indulgence de ceux qu'ils ont offensés, et 
reçoivent enfin la récompense de leurs bonnes actions, chacun selon 
son mérite. Ceux qui sont trouvés incurables, à cause de l'énormité 
de leurs crimes, l'équitable destinée les précipite dans le Tartare, 
d'où ils ne sortent jamais. Mais ceux qui sont reconnus pour avoir 
passé toute leur vie dans la sainteté, ceux-là sont délivrés de ces lieux 
terrestres comme d'une prison, et s'en vont là-haut dans l'habitation 
pure au-dessus de la terre. Qu'il prenne donc confiance pour son 
âme, celui qui, pendant sa vie, a rejeté les plaisu's et les biens du 
corps, comme lui étant étrangers et portant au mal ; celui qui a aimé 
lesplaisirs de la science, qui a orné son âme, non d'une parure étran- 
(fère, mais de celle qui lui est propre, connue la tempérance, la jus- 
tice, la force, la liberté, la vérité ; celui-là doit attendre tranquille- 
ment l'heure de son départ pour l'autre monde, comme étant prêt 
au voyage (juand la destinée l'appellera '. 

C'est ce (|ui nous a paru de plus reniarquable dans ce que Platon 
laitdirc à Socrate sur l'immortalité de l'âme. On y voit la croyance 



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M'Iat., Vhm{o,l. I.cd.ltip. 






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•.îiitî^-if, n 



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^** - HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv. XX. Philos. , poèt. J 

expresse au paradis, à l'enfer et au purgatoire. Dans la descriptio,, 
qu'il fait de l'enfer, il y a des détails poétiques. Aussi ajoute-t-ii. 
« Soutenir que toutes ces choses sont précisément comme je les ai 
décrites, ne convient pas à un homme de sens ; mais que tout ce quo i 
je vous ai raconté des âmes et de leurs demeures, soit comme je vous 
l'ai dit, ou d'une manière approchante, l'âme étant immortelle | 
comme il paraît, je pense qu'on peut l'assurer convenablement et 
que la chose vaut la peine qu'on hasarde d'y croire ; c'est un hasaid 
qu'il est beau de courir, c'est une espérance dont il faut comme 
s'enchanter soi-même : voilà pourquoi je prolonge si longtemps 
ce discours. » Le reste du dialogue est entremêlé de raisonnements 
subtils, qu'il n'est pas toujours aisé de suivre. Et, après avoir tout lu, 
on ne peut qu'applaudir à l'observation d'un des interlocuteurs, qu'il 
follait , parmi tous les raisonnements humains , choisir celui qui est 
le meilleur et admet le moins de difficultés, et, s'y embarquant 
comme sur une nacelle plus ou moins sûre , traverser ainsi la vie, à 
moms qu'on ne puisse trouver pour ce voyage un vaisseau plus so- 
iide, autrement une parole divine. Ce dernier mot est digne d'atten- 
tion *. 

Qiia:id Soerate eut achevé de parler : « N'aurais-tu rien à nous 
prescrire à l'égard de tes enfants et de tes affaires ? lui demanda Cri- 
ton. — Ce que je vous ai toujours recommandé ; rien de plus, répon- 
dit Soerate : ayez soin de vous; ainsi, vous me rendrez service, à 
moi, à ma famille, à vous-mêmes, alors même que vous ne me pro- 
mettriez rien présentement ; au lieu que si vous vous négligez vous- 
mêmes, et si vous ne voulez pas suivre comme à la trace ce que nous 
venons de dire, ce que nous avions dit il y a longtemps, me fissiez- 
vous aujourd'hui les promesses les plus vives, tout cela ne servira 
pas à grand'chose. » Il passa ensuite dans une chambre voisine pour 
y prendre un bain, afin d'épargner aux femmes la peine de laver sou 
cadavre. Après qu'il en fui sorti, on lui amena ses enfants : deux en 
bas âge, Sophroniscus et Ménéxénus, et un qui était déjà assez grand, 
Lamproclès ; et l'on fit entrer les feirmies de sa famille. Quand il fut 
rentré dans la salle et assis sur son lit, le serviteur des onze, s'aj)- 
prochant de lui : Soerate, dit-il, j'espère que je n'aurai pas k te faire 
le même reproche qu'aux autres: dès qm; je viens les avertir, par 
l'ordre des magistrats, qu'il faut boire le poison, ils s'emportent con- 
tre moi et me maudissent; mais pour toi, je t'ai toujours trouvé le 
plus courageux, le plus doux et le nicillonr de ceux qui sont jamais 
venus dans cette prison, et en ce moment j.; suis bien assuré que tu 

1 Plat.,/'/a."d.,l. I, p.ioi.ed.bi]). 



lia. Je lii ««nlUite.j UE L'ÉOLISE tATHOLIDUE. ,„ 

■„« pas Bché contre moi, mais contre ceux qui sont la cause de ton 

-Iheur, et que tu connais bien. Maintenant, tu sais ce quel vi™ 

1,-onœr; ad,eu, tâche de supporter avec résignation cequi S 

■>,*. Et en même temps il se détourna en fondant en }L^Ze 
*a.Socrate le regardant, lui dit. Et toi aussi, reçois mes Sieux 

Ijfera, ce que tu d,s. Et se tournant vers ses di cipfes : Voy^ l"; 
41. , que le honnêteté dans cet homme; tout le temps que .râiét^ 

k m-es venu vo,r souvent et s'est entretenu avec moi^ e'éteitt 
-Heur des hommes; et maintenant comme il me pleure rbon 

Im'- n.a.s allons, oM,ssons-lui de bonne grâce et que quelque 

8..nd iltut prêt , Socrate prit la coupe sans aucune émotion sans 

hnser de couleur n, de visage ; mais , regardant d'nn œil "4 
Ue, comme a son ordinaire, l'homme qui la lui avait ap3e 
b.,lperm,s,ln,demanda-t-il. de répandre un peu de ce teuT^e 

« en fa,re une hbation? _ Socrate, répondiïcet homme 2 
tenbroyons quece qu'il estnéc«ssaired'en boire.- J'enlenritS^ 
U ; ma,s au moins il est permis et il est juste de faire ses pr ère^ 
H, ux, afin qu'Us bénissent notre voyage et le rendent heurm.^' 

o ceque je leur demande. Après avoir dit cela, il porta la mZ{ 

Hevres et la butavec une tranquillité et une douceur mervêiSes 
f te les personnes présentes .s'étant hvrées à l'expression de a pTu^ 
h. douleur Socrate, qui se promenait, s'écria : Que faites-vous ô 
t«bonsam.s . N'était-ce pas pour cela que j'avaLnv^ esfem 
h pour éviter des scènes aussi peu convenables ? car j'ai toujou s 
fc. *re qu ,1 faut mourir avec de bonnes pai^oles. Teneivou"Zc 
l «pos et montrez plusde fermeté. Sentant sesjambes s'apnë ^to 
h coucha sur le dos. L'homn.e qui lui avait dLé le pETv ! 
Ilb am,s de Socrate que leur maitre les quitterait dès que le S 
h« «ne le cœur. Déjà tout le bas-ventre était glacé, lorsque » 
huvrant car ,1 eta>t couvert . Criton, dit-il , et œ ft^ent s2 de ! 
lacs paroles , nous devons un coq à Esculape ; n'oublie oas d'ar 
W c^tte dette Cela sera fait, répondit CriL; m s vois" tZ 
l««m quelque chose à nous dire. 11 ne répond t rien et neu d, 

«PS après il Ht un mouvement convulsif; 1rs l'hornmet Sw 

Pa;tu:i::r:.e:r' ""^- "'""-' »'-^'-'^p-*"- 

Hcs clmiières paroles de Socrate ont été diversement hlterprétées 
. connue ,ro,ne „u comn.e chose .sérieuse. Esculape passait pou. é 
Jfii (le la niédec ne • .m lui r.fr,...:, ,,„ ..,_ .-., . r""""' P""' '" 
ij ., ""■■""'"' '^*'^1 'o'squ on relevait d(i mo 

llic. Couime Socrate allait guérir les n,aux de l„ vie „S fe iTii 
I.«..u a cetusage. Ktail-ce „,, sérieux «n en plaisantant y II 'est R- 

17 






Il 






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•258 HISTOIRE UNIVERSELLE [LiV. XX. Philos., poft.et| 

cheux qu'il reste tant d'équivoque 4 cet égard. Un Père de l'ÉgliseJ 
le pl^ilosophe et martyr saint Justin, compte Socrate avec Heraclite au j 
nombre des chrétiens primitifs qui, ainsi qu'Abraham, Ananias, Azai 
rias et Misaël, ont confessé le Dieu véritable. Mais, quand on consi-l 
dère tout ce qu'il y a de louche dans sa conduite sur cet article prin-| 
cipal, il est difficile de ne pas le ranger parmi les hommes, qui, ayant! 
connu Dieu, ne l'ont pas, du moins tout à fait, glorifié comme Dieu.| 

Qu'elle est bien diftérente, la conduite de Daniel et de ses compa-l 
gnons, à Babylone ! Eux aussi étaient des savants, des sages , deJ 
philosophes. Mais ils ne retenaient point la vérité captive ; ils lapu-[ 
bliaient devant les rois et devant les peuples. Sur le point d'être jetés! 
dans la fournaise ardente, dans la fosse aux lions, ils ne tergiversent! 
poiqt, ils disent nettement qui ils adorent ou n'adorent pas. VoiliT 
que notre Dieu que nous adorons, disent les trois compagnons m 
Daniel à Nabqchodonosor, peut nous sauver de la fournaise eiiflamJ 
mée et nous délivrer de vos m^-as, ô roi. Que s'il ne le veut pas, saJ 
chez, ô roi, que nous ne servons pas vos dieux ni n'adorons la statua 
d'or que vous avez dressét *. Je n'adore pas les idoles faites de maiiJ 
d'homme, dit Daniel même au successeur de Nabuchodonosor, mais} 
le Dieu vivant qui a créé le ciel et la terre, et qui a puissance 
toute chair 2. 

Mais qu'est-il besoin de chercher des comparaisons à Babyloiiell 
Dans Athènes même viendra un philosophe ; il disputera, comnia 
Socrate, avec ceux qui se rencontrent sur les ploces publiques] 
comme Socrate, il travaillera à rendre meilleurs les hommes ; r 
plus hardi que Socrate, il ne se bornera point à Athènes seul : l'i 
vers sera son école, le genre humain sera son disciple. Comme Sa 
crate, il est accusé d'introduire des divinités nouvelles et traduit dfj 
vant l'aréopage. Après avoir entendu le plr . sage des philosophej 
grecs, écoutons un apôtre. Debout au milieu de l'aréopage : Athéj 
niens, dit saint Paul, je vous vois en tout comme plus religieux qoj 
d'autres. Car, passant et voyant les objets que vous adorez, j'a 
trouvé même un autel oii était écrit : Au Dieu inconnu. Celui-ll 
donc que vous adorez sans le connaître, c'est lui que je vous amionwj 
Ce Dieu qui a fait le monde et tout c^ qu'il y a dans le monde, liiij 
étant le Seigneur du ciel et de îa terre, n'habite point dans desteiiij 
pies que des mains ont ftiits. Il n'est point honoré par les mains da 
hommes, comme s'il avait besoin de quelque chose, lui qui donnj 
tout ùtous, et la vie et la respiration. Il a ftiit naître d'un mêmes 
tq\tte la race des hommes pour habiter sur toute la face de la terrej 

iDan.,3, (7. - Ubid., 14. 4. 



liiil. de la gcniilité] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. ;- 269 

I déterminant les temps de leur durée et les limites de leur demeure 
afin qu ,1s cherchent le Seigneur et qu'ils s'efforeeat de leTouve; 

TZZ '""""'' ^""''^"'" "^ ''^ P«« '«'» ^« «h^'^» de nous ; 
IT. V" ^"' "'"' '''""'' ^"' ««"« "«"« «»«»vons et que non 
sommes; et, comme quelques-uns de vos poètes ont dit, nous som- 
mes de sa race. Pms doncque nous sommes la race de Dieu, nous 
ne devons pas crpu-e que la Divinité soit semblable à l'or, à l'Uenl 
ou aux pierres qu, ont pris des figures par l'invention de rhomr^ê 

^^ r'''f"''l '^'-'^^^"^ ''' *^™P^ ^''^"«-««^' annonce S: 
t nant a tous les bpmmes de faire partout pénitence, parce qu'il a 
eta h un juge pour juger le monde selon la justice, p^r celui qu^i a 

Tel fut le plaidoyer de Paul. Ce barbare, on le voit, ni ne dissi- 

r Th '"r^'' "' "'^'''^"^^ ^" J"^^^ P- ^«« ^^^ -rogaLte, 
I m d eux devient même son disciple 

Mes ; ma,s ce que ceux-c. n'ont pas même tenté, lui l'a fait. Il y , 
«.ieignela sagesse non pas à quelques disciples choisis, mais àde, 
|.»ta d'hommes, de femmes, denfants qui en .ont un^ profession 

1 „'ï'"'*"r ï™' '■'' '* «'"=«<'»'•'« et de la Thrace. Ce que la feble 
.llnbue » Orphée, il l'a fait, non par la douceur de son chant' ma! 

a dre, un d'entre eux : Périandre était le maître absolu de la viHe • 
rien ne leur manquait donc pour en faire une ville de sages. Leur 
réunion n'a produit que le récit de leur banquet: Périandre restaïè 

bZh hT'^' f '"'"^'^ '^P'"^ ^™P"^ «i- villes [eph ! 
osophe barbare y fondera seul une société d'époux chastes de 

èlS^"'^'' '*'^*'"'"'^' ^'^"''' ^"' '"'""'^ P*"" convertir la 'ville 
Ce barbare ira de Corinthe à Rome : à Rome où Cicéron a parlé 
L?NéLT !^rT JI»'«»ég«"^n»ent; à Rome ou le précepteur 

1 1 ^' P'^-'^^^^Phe 8^"^^"^' combine des antithèses sur la mo- 
pe le désintéressement, la générosité, tandis qu'il ruine les pro- 

I riT r "'"'''; ^' ^^'^^'' y ^''^"^'•«' ^ '« «»•*« d'un autre 
jb«rbare. fonder pour l'univers entier une société plus pariaite que 

' Actaapost., i7. 



» f:!; 







MO HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv, XX. IHiilos., poitit 

n'en a rêvé Socrate ou Platon pour une cité idéale. Et ces deux bar- 
bares sont de plus Juifs, disciples d'un Juif crucifié , qui ne leiu' a 
donné de leçons que pendant trois ans. Ce Juif crucifié se nomme le 
Christ ! ^t depuis dix-huit siècles l'univers est chrétien ! Et ces deux 
disciples qui ont fondé son empire à Rome, sont honorés et invoqués 
depuis dix-huit siècles sous le nom de saint Pierre et de saint Paul, 
Et depr. :î uli^-hî*';}, siècles, leur maître crucifié est adoré par toute h 
terre comme le ÎJieu de l'univers, par qui tout a été fait ; comme la 
umière qui éclaire tout homme venant en ce monde ; comme la voie 
a vérité et la vie; comme la sagesse [ limordiale par qui est sage l jul 
ce qui est sage, comme la raison souveraine par qui est raisoiinahli' 
tout ce qui est raisonnable 

Socrate est le plus sage de la Grèce ; Pien-e et Paul sont le^ cheli, 
des apôtres ; dans Socrate on voit tout ce que peut l'homme ; dans 
Pierre et dans Paul, on voit ce que peut Dieu. D'un côté, quelques 
disciples dissertant sur la sagesse, voilà tout ; de l'autre, le monde 
entier éclairé d'une sagesse que Socrate entrevoyait à p<,'ine. Bien 
aveugle qui ne discernerait ici l'homme et Dieu ! 

La mort injuste de Socrate ne nuisit point à la philosophie ^m- 
que . elle lui imprima, au contraire, quelque chose de sacré. Athènes 
même se ravisa bientôt : Mélitus, le principal accusateur, fut con- 
damné à mort, les autres à l'exil. Cette philosophie, d'ailleuis. ne 
fut point délaissée. Socrate eut pour disciple Platon, Platon eut pom 
disciple Aristote; Aristoteeut pour disciple Alexandre le Grand, qui 
ne voulait pas moins être distingué dans les sciences que dans ton! 
le reste. Gloire, génie, savoir, éloquence, puissance, tout fut donné 
à la sagesse humaine. Ce qu'elle n'a pas fait, elle ne peut pas le 
faire. 

Platon naquit l'an 430 ava^t Jésus-Christ. Esdras et Néhéniias 
gouvernaient la Judée. Esther et Mardochée vivaient probablr tuent 
encore. Il descendait du Phénicien Cadmus, par son père, et d'un 
fi'ère de Solon, par sa mère. Ses talent? surpassaient encore sa nais- 
sance, et son éducation répondait à ses talents. Grammaire, gym- 
nastique, géométrie, peinture, musique, poésie, il apprit tout. La 
lecture des poètes avait fait les délices de sa jeunesse; il s'était 
essayé lui-même dans les genres lyrique, épique , dramati(|ue. Il 
avait composé des tragédies, qu'il brûla lorsqu'il eut entendu Su- 
crate. Déjà précédemment il avait étudié la philosophie dHéracliii . 
dans les leçons de Gratyle. Il e tendit Socrate pendant huit an>. In- 
digné de l'accusation portée contre son maître, il monta à la tribum 
pour enticpïendre s«'»u apologie ; mais les juges îe ibrcèrent de lin- 
terrompre. Il voyagea dei)uio eu Italie, y fi'e([iieiita les disciples di' 



Iiisl. .If la gnnlilité.] DF f/fiOLISK CATHOLIQUE. 261 

Fythapore, H fut admis aux traditions secrè>os do cette école. De là 
il se rendit à Cyrène en Afrique, et se perfectionna dans la géomé- 
trie. Il visita enfin l'Egypte, dépositaire de tant de traditions anti- 
,|ues, à laquelle la Grèce avait emprunté les germes des sciences et 
des arts. Suivant Clément d'Alexandrie, il fut instruit, à Héliopolis, 
dans la doctrine des Égyptiens i. Comme, entre l'an 600 et l'an 300 
rtvant Jésus-Christ, il s'établit une colonie de Juifs en Ethiopie, il 
,sf naturel de penser qu'il y an avait également beaucoup en Egypte. 
Platon aura pu les voir et apprendre d'eux la substance des livres 
j saiuts. Peut-être que dès lors quelques-uns de ces livres, ou quel- 
,[iit's-unes de leurs parties, étaient traduits en grec. Il n'est pas im- 
possible que Platon ait vu les Juifs de Palestine. Ce qu'il v a de cer- 
tain, c'est que le philosophe platonicien. Porphyre, nous assure que 
Tliéophraste, disciph; à la fois de Platon et d'Aristote, rangeait au 
I nombre des philosophes, les Juifs établis en Syrie 2. Numénius, au- 
tre philosophe de la même école, disait de" leur maître même: 
ÛuVst-ce que Platon, si ce n'est Moïse parlant attique 3 ? Platon s'é- 
tait même proposé 'aller jusque dans la Perse et dans l'Inde, con- 
sulter les mages et h s brachmanesj mais les guerres d'Asie y mi- 
rent obstacle. Il fit aussi trois voyages en Sicile. La première fois 
I Denys l'ancien, tyran de Syracuse, devant lequel il avait exposé,' 
necune («lu-ageuso éloquence, les droits de la justice, le fit vendre 
I nme esclave par 1 .mbassadeur de Sparte, qui le ramenait dans sa 
I galère. Mais il fut racheté par un philosophe de Cyrène. La seconde 
' ■ , il eut espoir d'inspirer des sentiments plus humains à Deny le 
I jeune; mais ce prince n'accomplit pointée qu'il avait promis. La 
troisième, il faillit être lis à mort par le tyran, et dut à l'interven- 
jtiond'Archytas de Tarente, d'obtenir son retour en Grèce. Lorsque 
ie tyran incorrigible eut été chassé et réduit à se faire maître d'école 
liiCorinthe Platon envoya aux Syracusains un plan le gouverne- 
1" nt, dans lequel la royauté devait être unie au saci -doce, parta- 
gée entre trois princes et tempérée par divers conseils législatifs, 
politiques et judiciaires. Les habitants de Cyrène, les Arcadiens et les 
Thébains lui demandèrent aussi des lois ; il les refusa aux premiers, 
j parce qu'ils étaient rop attachés aux richesses: aux autres, parce 
(|u'il> étaient trop ennemis de l'égalité. Plutarque raconte qu'il donna 
douze livres de lois aux Cretois pour la fondation de Magnésie; 
hu'il envoya Phormion aux habitants d'Élée, Ménedème à ceux de 



l'vrrha , 



pour ordonner leurs républiques. Python et Héraclide. 



' airom., l, p. .loa. - 2 Porphyr., De abslin., 1. ?, § 26. 
|S'rnm.,|. |, p. 345. 



^ Clcm. Alex. 




i 



^•« HISTOIRE UNIVERSELLE [Ll^ XX. Philos,. poAi.,, | 

ayant rendu la liberté à la Thrace, se guidèrent aussi par ses con- 
seils. Archélaûs, roi de Macédoine, rechercha et obtint son amitié 
du reste, il ne voulut jamais prendre une part active et directe m 
aflfkires publiques, même dans sa patrie. 

'Il se voua tout entier à l'étude de la sagesse, établit une école dans 
nn endroit d'Athènes nommé Académie, auprès duquel ilyavaituji 
jardin. De là le nom d'Académie, pour l'école ou la doètrine de Pla. 
ton. Il y mourut l'an 347 avant Jésus-Christ, sans avoir été marié. 

Thaïes et les philosophes d'Ionie s'étaient adonnés spécialement 
aUx connaissances physiques, Pythagore et les philosophes d'italii» 
aux connaissances intellectuelles, Socrate aux connaissances morales, 
Platon les réunit toutes les trois, et elles se trouvèrent une espèce 
de trinité, dont saint Augustin fait voir la profonde justesse ». Dieu 
est par son essence, il se connaît, il s'aime : Dieu est l'Être suprême, 
la vérité, le bien. Dieu s'est manifesté par la création ; un vestige é' 
sa triple splendeur est empreint partout ; une image de cette tripli 
splendeur reluit dans l'homme. L'homme est, il connaît, il aime. 
Toutes ses connaissances se rapportent à ces trois ordres : connaître 
la nâturtî des êtres, connaissances naturelles dans le sens le plus 
large ; connaître la vérité et les moyens de s'en assurer, connaissances 
logiques ou rationnelles ; connaître le bien et les règles pour y par- 
venir, connaissances morales. Et ces trois sortes de connaissances iic 
font qu'une seule et même sagesse, parce que la vérité n'est que l'ê- 
tre en tant qu'objet de l'intelligence ; le bien n'est que l'être en tant 
qu'objet de la volonté, et parce que la source de tout être, de toute 
vérité, de tout bien, est Dieu. 

Dieu, suivant la doctrine de Platon, est l'Être qui est, l'Être qui 
est toujours et toujours le même. Nous avons tort de dire, en par 
de l'éternelle essence : Elle fut, elle sera ; ces formes du temps nr 
conviennent pas à l'éternité ; elle est, voilà son attribut. Notre pass* 
et notre avenir sont deux mouvements; or, l'éternellement immua- 
ble ne peut être de la veille ni du lendemain ; on ne peut dire qu'il 
fut ni qu'il sera; les accidents des créatures sensibles ne sont pas 
faits pour lui, et des instants qui se calculent ne sont qu'un vain si- 
mulacre de ce qui est toujours ^. 

Le reste est quelque chose qui n'est pas, mais qui se fait, qui de- 
vient, qui passe du non-être à l'être, d'un état à un autre, et qui n'est 
jamais le même. Platon met constamment en opposition les mots 
grecs einai, ousia, être, essence, qu'il applique à Dieu seul, avec les 

' Ue civil. Dei, J. Il, c. 26, et \. 8, c, 4 el seq. — « Leclerc, Pensées de P/a(m,j 
[). 73. Plat,, Timée, edit. bip., l. 9, p. 301 et seq . Cicéron, Time'e. 



t. (le la «PiUlIUé.] DR L'ÉGIJSK CATHOLIQITF. 2fi3 

Lois genesfhai, genesis, qu'il dit des créatures, et qui, sans aucun 
Imii synonyme en français, renferment à la fois l'idée d'être fait, de 

devenir, d'être engendré, de naître, d'être créé. La Genèse de l'Ê- 
|mture, pour la création ou la génération du monde vient de là. 
C'est Dieu qui, d'une matière informe, a créé le ciel et la terre : 

t est lui qui, par sa parole et sa pensée, plaça dans le ciel et y alluma 
jle soleil, la lune et les étoiles, pour créer et marquer le temps. Et 
j,|uand il eut contemplé son ouvrage, il en fut rejoui. Et en ordonnant 
I lotit cela, il n'était pas sorti de son éternel repos. 
Le temps naquit donc avec le ciel pour finir avec lui, s'ils doivent 

I finir. Dieu le créa pour rendre le monde encore plus semblable à 
,ûii modèle intelligible, et lui donner quelque chose de cette nature 

I impérissable. Comme la création ne pouvait ressembler en tout à 

II idée éternelle, il fit une image mobile de l'éternité ; et, gardant pour 
lliijla durée invisible, il nous en donna l'emblème divisible que nous 
lappelons le temps, le temps créé avec le ciel, dont la naissance fit 

tout à coup sortir du néant les jours, les nuits, les mois et les années, 
lies parties fugitives de la vie mortelle. 

Mais d'où venait la matière informe ? Elle existait avant le temps, 
|(|ui n'a commencé qu'avec le soleil. Platon l'oppose à Dieu, que seul 

1 dit être éternel; elle ne l'était donc pas, du moins au même sens. 
iDans le Sophiste et le Philèbe, il dit assez nettement que toutes choses, 
Jl'eau, le feu, l'air, sont des productions de Dieu. C'était l'opinion des 
Iplatoniciens, que Dieu avait créé la matière même *. 

Quant à la nature intime du souverain Être, nous avons vu que 
I Platon, dans sa lettre à Denys de Syracuse, semble y reconnpître 
liomffie trois personnes. Dans d'autres de ses écrits, plusieurs Pères 
Ide l'Eglise ont vu également des traces de ce mystère. « Celui que 

nous appelons le Père, dit Théodoret, Platon l'appelle souverain 
Ibien; notre Verbe est chez lui l'intelligence, et il appelle âme du 
liiionde cette force qui anime et vivifie tout, et que les divines Écritures 
jiioniment Saint-Esprit. Il a fait ces larcins à la philosophie et à la 
llliéologie des Hébreux 2. » 

Dieu a fait le monde suivant le modèle qui est dans son intelli- 
|l,'ence, dans son Verbe ; modèle exemplaire, idée parfaite, éternelle, 
Itoiijours la même. Toutes choses y sont d une manière plus vraie et 
Ipius réelle qu'en elles-mêmes. Là elles sont intelligibles, éternelles, 
limmuables comme Dieu ; ici elles sont imparfîntes, temporelles, con- 



i : 




^Hnphist, p. 28fi, ciiL hip. Clem. Alex., Strom., 1. 6, p. 592. Jambl., De myst. 
Vnm-, I. 5, <•. 23 ; I. 8, c. 2. Hiéroclùs, apiul PhoL, col. 214, 2«. Proclus.t 1 
M'i6eiseqq.-*TheoiioiPt, Therapeul., I. S. S. (:yiill.Alex..O)Mf. Jul.,l .'( ot8* 






m 



^«* HISTOIRE UNIVERSELLE ,Liv. XX. Pl.i.os.. p,, , 

cette existence n'a par elle-même rien de fixe ni de Ihl ^"' 
quelle est dans un changement continuel ^'' ""'' 

telle est la doctrinede Platon sur la source et la nVlo ,k i ; 
^""ie^éfet ^"^T^«"'»^"'P^ »™„. .:i îar stmt' X: 
pius Habiles théologiens; doctrine qu'on retrouve dan, I« „„ 

C est encore de cette source élevée que Platon dérive la mr,r»i 
Dieu est par essence le bien, le beau, éternel, inal Se o! ' 

Dieu Sif;» h"' " """'"'* ™"'''* » "«'"'"!■• '*™l'labKi ' 
uieu. lelleest la voie du souverain bonheur 

et la vertu de I homme sur ce fondement divin ; il fait voir encor, 
q^. elles ne peuvent subsister que là. et que vouloir en pos.,. 1 1 
et la règle dans l'homme, c'est les détruire par là même. ' 

des tem?s l^'S ""*''«"?"' "'^J» "« »™ «"■"P» » que des »pl,i* i 

la i.„l '' S,"! ^'T " "" I"" '™''''' ^' q"* 1" *<■!«'» n'est ,., ' 
Z^ZZ; "^ '"""."^"«""^o »- "- et «» autres que leur p „. 
cipe détruit toute science et contient le doute absolu. C'est où L- 

• Prov., 8. San.. 7. — s Robbhp» /-/,««»,•„. j. »,.. . . , , 
ses œuvras, p. 383, édit. (f. Km. - • Ap„d .V.r^.nn.. 



ist, (le In 

li.«ent le.< 

Théétète V 

I" Si la 

Protagora 

dire aussi 

(lu pource 

2° Si la 

qui lui pa 

vrais, ou f 

(lu faux e1 

vivant au ] 

tre ses leçc 

•iller H son 

.sfigesse ? 

.'J" Si la ! 
l'instant pi 
passé; que 
fonnaissan( 
que dès qu 
i" Si la i 
de plus et c 
que la scier 
staiit; qu'el 
in(5me homi 
lie saurait p 
d'un œil et 1 
lit fois. 

5" Il faud. 

est juste, c'e 

j)rivéo est to 

tant qu'elle ( 

science de 1' 

que sensible, 

lation entièrf 

il y a plus 

estlasensatic 

œlui d'Hérac 

perpétuel, dé 

(1er. En effet 

<'Omme extér 



H. de la gentilits.j DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. g^g 

(is^Jes propositions suivantes, que Socrate développe dans le 

!'■ Si la sensation est la science, il ne faut pas dire seulement, avec 
Protagoras, que 1 homme est la mesure de toutes choses; il feJie 
,re auss, de tout être capable de sensation, du dernier des animaux 
lin pourceau, par exemple. '■■»"», 

î» Si h sensation esûa règle unique, chaque être est juge de ee 
,u, lu, para, ; et dans ce sens, tous nos jugements son toujours 
,«,s, ou plut,tt, ,1s ne sont ni vrais ni faux ; et personne n'est Z 
*> faux et du vra,. Alors dit Socrate, pourquoi Prologoras serdt-« 
»anl au po.nt de se croire en droit d'enseigner les autres et de me ' 
l,e .*, Ie^»ns a un s, l,aut prix, et nous des ignorants condamnés k 
.fc a son école, chacun étant i, soi-même la mesure de sa proor^ 
sagesse? «l'iupit. 



.] S, la scence n'est que la sensation, la sensation étant bornée à 
hnstant présent, ,1 su.t qu'il ne peut y avoir aucune science du 
passe; que la mémoire n'a aucune certitude et ne fonde aucune 
connajssance; qu'un homme qui voit un objet en a la science, mais 
que des qu il ferme les yeux, il n'en sait plus rien 

i» S, la science n'est que la sensation, la sensation se composant 
de p us et de moins, il suivrait, en appliquant ceci à tous les sens 
q..e a science varierait, augmenterait ou diminuerait à chaque Zl 

sta.it; qu elleseraitsoumiseaux plus frivolescirconstances,e?que"e 
même homme par le moindre changement de position, aurait ou 
ne saurait pas la même chose ; enfin, le même homme regardan 
nn œil et fermant l'autre, saurait et ne saurait pas la même choset 

iii rois. 

5» Il faudrait <li,.e, en morale, dans laseience du juste, que ee oui 
«t juste, e est ce qui parait tel à chacun ; que la morale pZlZ 

nvee es toute relative ; qu'une loi est juste là oi; elle est établie e 
lantqu'elle est tablio, mais pas au deli.. Et dans la politique dans la 
«ce de r,,tde, si la science est la se,,sation, toutLivr entait 
|i» .se„s,ble, est constitu,; juge absolu de l'utile en gènérâl t'iaîél " 
la on onUé,.e est soumise ,u,x caprices de la sensibilité i„ridlr 

' y a plus : non-seulement le principe de Protagoras, la science 
; a se^saho^détruit toute science ; mais le prinei e doût il ZZ, 

2éh,!r r ■', T""" ' .''"'' *"•"" "'">'' "" <>""» "" raouveraen 

E r* T,,''-' """"P^ """"" "« P™'°^""^. 1"'" «"""le fon- 

.W *i!!"'„™:":!™»*^»' -«.*- «' i"«rieur ;. l» f„is. 

paaoïc 1 



<-omme extérieur, c'est un mouvement de translation q. 

'''''^^'/'/"'^r^,^. ■.,Hi,.i,jp.,,ra,l.,ieron8ln, t.2. 




fait 



26S 







HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv. XX. Philos., po,, , 
es choses d un lieu à un autre, ou les fait tourner sur elles-niL 
Le mouvement mterieur est un mouvement d'altération qui déco 
pose leur organisation et leurs formes, et les renouvelle sans ces" 
convertit, par des dégradations insensibles, le blanc en noir, I J 
en v,eu., et toujmirs de même à l'intini. Or, tout participe ce C 
ble mouvement; de sorte que tout change de lieu et s'altère en LÏ" 
temps. Tout changeant et s'altérant donc à la fois, on ne peutZ 
même par la parole, l'état de ce qui change et s'altère sanfces f j 
Ja perpétuelle mobilité de toutes choses s'oppose même kutl^ 
m.nat.on des mots. Dans ce système, il n'y a plus lieu à aucune ' " 
pellatjon positive. Oui et non. ceci ou cela, et de cette manière l 
Socrate, n ont plus d'emploi légitime dans les langues humaine 

ule expression qui lui reste est rien et d^aucune manière l^, 
e^ ange c est seulement en vertu de ce principe, tout est en mou 
ment, que 1 on conclut que la science est la sensation ; et cepond t 
c est précisément en vertu de ce principe qu'il est impossible de di, 
que la science est la sensation ; car on ne peut pas plus dire qu'un. 
sensation existe qu'elle n'existe pas. "^ ^ ^ q» "'" 

Ces conséquences, bi'^n établies, accablent et ruinent le prinein. 
de Protagoras. A ces conséquences et à leur principe, qn'oml, 
Platon ? C'est un fait incontestable que tous les hommes plX 
tout n'est pas arbitraire; que tout n'est pas taux et vrai à la 1 
.jus e ou injuste, mais qu'il y a du vrai et du fiuix, de la justice of d; 
Imjustice, delà sagesse et de !a folie, delà science etde l'ignorj 
v^LT ''""'' P^^''°'«P^'^ '»' P«"t P'-otester contre le sentiment uni- 
versel ; car ce serait protester contre la nature humaine. Et avec ouoi 
protesterait-on ? avec elle-même. ^ ' 

^age ord.na.re des mots, autrement du sens commun. Soci-atoh 
prend encorepar là i. «Ce qu'il y a de plus plaisant, dit-il à so.i intor- 

1 ehZ; ?"'• ^T^'''''^ '" reconnaissant que ce qui parait M 
a chacun est, accorde que l'opinion de ceux qui contredisent la 
^lenne, et par laquelle ils croient qu'il se trompe, est vraie. -En 
Pnnnn7 "^"^.''^f " ^«"^ pas quc SOU opiuion est fausse, s'il ,v. 
connaît pour vraie 1 opinion de ceux qui pensent qu'il est dans ler- 
reur?- Nécessairement. -Et les autres ne conviennent pas qu'eu. 

aussi cette opinion poul- véritable, d'après son système. - Il le faut 
Dien. ~ Par conséquent, c'est une chose révoquée en doute pour 

' P'nton, L2,p. I04.e(m. bip. 



haut degré é 
hassesse et s 
vertueux : qi 
méchant *. » 
Mais les m< 
t'st la sensati( 
se réduit à la 
i»eine, et que 
l'Iatoii a refu 
(jnenoe dans 1 

'WHIon, t. ?, 



. d6 la gentilllé] DE L'ÉGLISR CATHOLIQUE. 2fi7 

tous, à commencer par Protagoras lui-même, ou plutôt lui-même 
avoue, en admettant que celui qui est d'un avis contraire au sien 
pense vrai; oui, Protagoras accorde que ni un chien, ni le premier 
homme venu n'est la mesure d'aucune chose qu'il n'a point étudiée 
N'est-ce pas ? - Oui. - Donc, puisqu'elle est contestée par tout le 
monde, la vente de Protagoras n'est vraie ni pour personne ni pour 

Dans ce môme dialogue se voit un admirable sommaire de toute 
la morale. Après que Socrate a tracé du philosophe, tel qu'il le cou- 
rêvait, un portrait qui ressemble beaucoup plus à un solitaire chré- 
tien de la Thebaide, à un parfait religieux de saint Antoine ou de 
,amt Benoit qu a ce qu'on entend communément par philosophe 
dans le monde, un des interlocuteurs lui dit : « Si tu pouvais nef- 
suader a tous les antres, comme à ...oi , la vérité de ce que tu 4ns 
de dire. .1 y atira.t plus de paix et moins de maux parmi les hommes. 
^ Mais, reprend Socrate, il n'est pas possible que le mal soit dé- 
(ru,t, parce qu il faut toujours qu'il y ait quelque chose de contraire 
au bien ; on ne peut pas non plus le placer parmi les dieux : c'est 
donc une nécessité, qu'il circule sur cette terre et autour de notre na- 
liuv mortelle. C'est pourquoi nous devons tâcher de fuir au plus vhe 
eo. séjour à l'autir. Or, cette fuite, c'est la ressemblance rav 
Dioii, autant qu'il dépend de nous; et on ressemble à Dieu par iu jus- 
(.ce, la sainteté et la sagesse. Mais, mon cher ami, ce n'est pas une 
<liose aisee a persuader, qu'on ne doit point s attacher à la vertu et 
lim- le vice paf le motif du commun des hommes : ce motif est d'é- 
viter la réputation de méchant et de passer pour vertueux. Tout cela 
nesf, a mon avis, que contes de vieille, comme l'on dit. La vrai- 
miron, la voici. Dieu n'est injuste en aucune circonstance ni en aul 
.une manière .; au contraire, il est parfiiitement juste, et rien ne lui 
ressemble davantage que celui d'entre nous qui est parvenu au plus 
aut degré de justice. De là dépend le vrai mérite de l'homme, ou sa 
Dassesse et son néant. Qui connaît Dieu, est véritablemeht .âge et 
ÏÏanti ?)"' ""^ ^^ ''''""''" ^^'' ""'^ évidemment ignorât et 

Mais les mêmes sophistes qui posaient en priticipe que la sciertce 
! e.l la sensation, concluaient naturellement de là que toute la morale 
seredui à la sensation agréable ou pénible; que le mal est dans la 
P^ne et que le plaisir est le bien et le but unique de l'existence, 
ilatona retute le pr.ncipe dans le Tàéétèie; il réfutera la consé- 
quence dans le P/iïièôe ». 



' i>iiit< 



'". t. ?, p. lil. cilH. biti. - 1 T. 1. dit. 1.1,, . t. i. im\. CoiUln. 



^"* HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv. XX. Philo, „„,, , 

ïior.'.ri^"!.!'l.*i'*' ?'"^' "« «onsi^tepas dans la:.;. 






le plaisir et agrément, et dans les autres choses de ce genre 1 , 
gesse, 1 intelligence, la mémoire , et tout ce qui est de même n tu " 
comme le jugement droit et les raisonnements vrais, sont S 
et plus prec^ux que le plaisir pour tous ceux qui le possèdent 
pendant me plaisir ni la sagesse n'est le bien : ce nornt;^^, 
H une troisienie chose, d.ttérente de celles-là, et meilleure que toT 
tes les deux. La sagesse lui ressemble néanmoins beaucoup plus!! 
le plaisir Son image la plus parfaite est un mélange de sagess 
compile et de joies pures. Telles sont les propositi^ s que pfaton " 
veloppe dans ce dialogue entre Philèbe, ProLque etlcrat V j 
comme ce dern.er déduit avecie secondqueni le plaisir ni lasagl^ 
considères séparément, n'est le souverain bien. ' 

« Examinons à présent et jugeons la vie de plaisir et la vie sa.. 
les prenant chacune à part. - Comment dis-tu ? _ Que la sZ' 
n entre pour rien dans la vie de plaisir, ni le plaisir dans la viet ! 
Car SI 1 un de ces deux états est le bien, il faut qu'il n'ait plu £ 
lumen besoin de rien ; et si l'un ou l'autre nous p.^aît avo rbe 1 

trir v"' '! "'"* p^^ '' '''' ^- ^-~- - Coït 

sera.t-,1 ? ^ Veux-tu que nous fassions sur toi-même l'éprouvo de 
ce qui en est y - Volontiers. ~ Consentirais-tu, Protarque a^I 
oute ta vh; dans la Jouissance des plus gr.r.ds plaisirs 'L Po^^ 

soin de quelque autre chose ? _ D'aucune. - Examine bien si I 
n aurais besoin ni de penser, n: do concevoir, ni de r" j ' 
n. de rien de semblable : quoi ! pas même é voir ? _ A quL t' 
avec le b.en-être j'aurais tout. _ N'est-il pas v.ai que, vivant 
sorte tu passerais tes jours dans les plus grands plaisirs? - S.. 
doute. - Mais, n'ayant ni intelligence, ni mémoire, ni science ,„ 
jugement vra, c'est une nécessité qu'étant privé de toute rélH i 
Ungnores même si tu as du plaisir on non' - Cela est vrai -fi 
puis, étant dépourvu de mémoire, c'est encore une néee-sité n„e „', 

"este nT,"""'' T' '' '" '' '"^ ^" ^^'''^' '-^"t^^fo'^' «t Mu'ih.e te 
res e pas h, mouidro souvenir du plaisir (,tie tu ressens dans le ,),o. 

seXdT •'h'"'?"^ que, ne jugeant pas vrai, tu ne croies pa> 

..entn de la jo,« dans le temps que tu en sens, et qu'étant destitue 

«raisonnement, tu soi. incapable de œnclure que tu te réjouiras 

dan le temps a vemr ; enfin, que tu mènes la vie. non dun homm. 

21iZ' '^?"f """;'"" ""'' ^' ''' ''^^'^'' d'«°in»aux de mer ,,,„ 
vivent enfermés dans des coquillages. Cela est-il vrai? ou pouvons- 
nous nous former quelque autre idée de («et état ? - Et mmmpnt .'.„ 
.ormc,ia.l-ou une autre ulée ? ~ Eh b>en , une pareille» v.e est^».^ 



|iji, (le la ge 

jjésirable ? • 

Lolument 

|à la vie de 1 

?-Que] 

sagesse, 1 

ion qi 

;illement a 

Isentiment de 

larait digne 

mue. — M, 

■que, et qi 

l'autre ? — F 

'utreraient e 

est persom 

les deux ; je 

'xœption. — 

Ivient de dire ' 

losés, il y en 

Sirables pour 

sonnais une ^ 

h bien ne se 

jtait, ce genr< 

les êtres, plar 

jours de cette 

mire conditic 

Wciiient désirj 

fâcheuse nécei 

J'ai donc, ( 

'liilèbe (la vo 

fliose que le h 

l'est pas le bi( 

Oui, la mi( 

[ence véritabi 

nême *. » 

Par cette de 

m' qui domii 

1 la Ibis le sou 

iioinui*; en e 

'l't d'un corps 

I univers. Ma 

'•''■il., l'hilnb. 



[jy, de la gentilité.] UE LÉGLISE CATHOLIQUE. ,269 

jésirable ? - Ce discours, Socrate, me met dans le cas de ne savoir 



sont meilleuRB'" 



r , „, ,. ;; ""' '"^ iiictuaiia le cas ae ne savoir 

ésolument que dire. - Ne nous décourageons pas encore : passons 
la vie de mtelligence, ^t considérons-la. -De quelle vie parles- 
>?- Quelqu'un de nous voudiait-il vivre, ayant en partage toute 
a sagesse, 1 intelligence, la science, la mémoire qu'on peut avoir à 
condition qu il ne ressentirait aucun plaisir, ni i. otit, ni grand ni na 
Ulement aucune douleur, et qu'il n'éprouvât absolument 'aucun 
|.ntiinentde cette nature? - Ni l'un ni l'autre état, Socrate, ne me 
mil digne d envie, et je ne crois pas qu'il paraisse jamais t^l à per- 
sonne. -- Mais quoi ? si on réunissait ensemble ces deux états, Pro- 
hue et que de leur mélange on en fit un seul qui tînt de l'un et de 
lantie/ _ Parles-tu de celui où le plaisir, l'intelligence et la sagesse 
feraient en commun? - Oui , je parle de celui-là même 1 II 
lest personne qui ne le choisit préférablemeiit à l'un ou à l'autre 
les deux ; je ne dis pas tel ou tel homme, mais tout le monde sans 
.œption. - Concevons-nous ce qui résulte à présent de ce qu'on 
lentdedire?- Oui; c'est que, de trois genres de vie qu'on apro- 
K, Il y en a deux qui ne sont ni suffisants par eux-mêmes, ni dé- 
sirables pour aucun homme, ni pour aucun être. - N'est-ce nas Hé 
jonnais une chose évidente a l'égard de ces deux genre, de vie nue" 
bien ne se rencontre ni dans l'un ni dans l'autre? puisque, si'œla 
M ce genre de v.e serait suffisant, parfait, digne du chiix de i^us 
jes êtres, plantes ou animaux, qui auraient la faculté de vivre ou 
loius de cette manière; et que, si quelqu'un de nous s'attachait à u^ 
«litre condition, ce choix serait contre la nature de ce qui est véZ 
.loiuent désirable, et un effet involontaire de l'i^.orance ou de queLt 
faoneuse nécessite. - Il paraît effectivement que la chose esl ainsT 
ai donc, ee me semble, suffisamment démontré que la déesse' dé 
«e (la volupté) ne doit pas être regardée comn^ étanU^mé ' 
dio e que le bien. - Ton intelligence, Socrate, répliqua ProtamuT 
i.es1 pas le bien non plus : car elle est sujette aux mêmes reS ' 

«STi,j:!S^^^^^ Socrate: mais, pour ^'i^^t 

|a|ce véritable, J mt^ll.gence divine, je ne pense pas qu'il en soit de 

Par cetie dernière réponse, il ramène la discussion au grand prin- 
qu. domine dans ious les écrits de Platon, savoir, que Dieu t 
.k. souverain et. ...veraine sagesse et le siL-air^^^ 

XucorrT ;'""r'^ ' '""'"■ ''' ""^" âme immortelle qui se 
'"".veis. Mais .ost une image impm'laite, qt.i, de plus, est dégra- 

'l'I.tl.. /'/.!/ct. 



f «ISIOIRE UNIVERSELLE [ Li». XX. Philo,., p« 

r,ee par les passions. Le devoir de Ihorome est d'y rétablir, d', „ 
raenter de jour en joqr la divine ressemblance. C'est ce que LlS' 
samts appellent l'homme intérieur. Cette dernière idée n'Itai ""! 
mconnue à Platon ; il la développe même dans une m^nlft ÏÏ' 
gone ou 11 d,stmgue dans l'âme comme trois parties : fa pS 
sonnabie ou l'mte ligence, la partie irascible ou les passions*^^ fe 

delllToS!' " ""^ """'"'''''"' <"■ "^ "»-'- ''"««- 
« Formez-vous en esprit, dit-il, une image de l'âme. Prene, n„, 
modèles ces créations des anciens poètes, la Chimère Sa r" 

tuts E^Sd r'" "«"" '-«-«•)-: mélange de'Ss™ 
mlini ■ ««nrez-vous un monstre changeant, dont le, lé 1 

mu hphees représentent tantôt des bétes féroces, tantôt des a^ ,^! 
paisAles , qu'a puisse faire naître lui-même et varier à son 2 
Imagmez ens,;,te un lion, puis un homme, pourvu que les deux ! 
.mers 'emportent, et que l'homme soit le plus flZ des ,ro " r' 

n.ssez.lesm„i„te„antdansunseuletmômeLt,erdo„LZ>!: 
liumame a ces trois natures confondues. Les y^ux, pour qui n? 

« T).:,nns maintenant h celui qui soutient que l'injustice est n» 

e qu ,1 ne .art de rien d'être juste : iVe vois-tu pas que tu „„„s ' 

edles de nourrir aveuglément le monstre et ses'lêtes nnôX ' 

e bon et sa fureur, mais d'abandonner l'homme , languissant a 

ble, au caprice des tyrans qui l'entraînenff qu'oi t'oSse et 

concorde est à jamais détruite, et ils se bat Jt, et ils s^ dévor™, " 

« Celm qu, soutient que l'utile est dans la justice, nous dira » 

Tp Sort'' r .!n' f'T 'tf " ""' '™''^» '='' """•■"^ '" » 
It plus tort. C ,.st a lu, de veiller sur le monstre à plusieurs t«« 

Te": oT"t" ™' "^ ""'P'*'"' ' "" ■' »-"'«•" „,it 

Tlal h"", "'"'^. """ •* 'I'" "*' """'«"' I"'" »•»* avec . 
delatorce de hon; enfui, que ses soins infatigables entretien, 
parmi ses rivaux une heureuse paix qui le sauve» lui-môme 

« D ou vient que, parmi nos actions, les unes sont réputées lio»» 
râbles et les autres déshonorantes» C'est que les unes soume 
partie a„,„alede notre nature à l'homme ou nlulM iiDieu, W 
que les auti-es font de nous des bêtes féro,«. Ainsi, les iTi 

pieiidre un iatal es.sor a ce monstre redoutable, dont les télés oh. 
i:eii avec nos vices. On blâme l'orgueil et la fureur : c'est qu'ate^ 
nat lel sauvage ,l,i hou et du serpent triomphe dans notre âme rt I. 
- - uuc .... i^^. iiio.ic^ot; et uc voiupie énerve ce iion superbe 



tist. de la § 

devenu lâc 

encore la j 

courage, !'( 

Dévouions 

céder un si 

ques et mei 

nous croyoi 

noiis-niême 

Tasservisseï 

Platon ti 

chacun d'êt 

n'a pas ce 

intérieur de 

Mais ce q 

dessus celle 

principes, li 

dialogues, S 

la loi et lesr 

est porté à j 

([ui résulten 

intellectuelle 

aimant, jusc 

d'un coup ui 

jours, ne na 

fias belle d'i 

(antôt plus; 

laide là; bel 

(ju'elle tient 

inén.'.', elle c 

ses ne sont 1 

que, les aut 

rion, ni n'épi 

peut ainsi vo 

chairs , de c( 

entin la beau 

l'Ile peut être 

vertus elles-r 

l'éalitë. Et pn 

dp Dieu et jo 

Après cela 



Lst. de la gentilité.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 271 

devenu lâche et timide: aussi déshonore-t-elle. Nous condamnons 
encore la flatterie et la bassesse, qui rendent le lion , emblème du 
courage, 1 esclave du monstre, emblème du désordre de l'âme; nous 
ne voulons pas que la soif insatiable de l'argent fasse peu àîpeu suc- 
céder un smge au lion dégénéré. Enfin, pourquoi les arts mécani- 
ques et mercenaires n'ont-ils point de noblesse à nos yeux ? C'est que 
nous croyons y voir la faiblesse honteuse de la plus belle partie de 
I nous-mêmes, et que l'âme, soumise alors aux facultés animales qui 
l'asservissent, ne sait plus que leur obéir i. » 

Platon tire de tout cela cette conséquence, qu'il est de l'intérêt de 
chacun d être gouverné par ce qu'il y a de divin en lui ; ou bien, s'il 
na pas ce bonheur, d'être gouverné par un autre qui jouit dans son 
I intérieur de ce glorieux empire. 

Mais ce qui^, selon saint Augustin ^ élève la morale de Platon par- 
dessus celle de tous les autres philosophes, c'est que, d'après ses 
principes, la sagesse consiste à aimer Dieu. En effet, dans un de ses 
I dialogues, Socrate raconte avoir appris, d'une sorte de prophétesse, 
la loi et les règles suivantes de l'amour. Des beautés corporelles qu'on 
est porte à aimer dans l'enfance, il faut s'élever aux beautés morales 
(|ui résultent des inclinations vertueuses, et de celles-ci aux beautés 
intellectuelles, à la beauté des sciences. Quiconque sera parvenu en 
aimant, jusque-là , atteindra bientôt le but de l'amour. Il verra tout 
) û un coup une beauté d'une nature merveilleuse. D'abord elle est tou- 
jours, m naît m ne périt, n'augmente jamais ni ne diminue ; elle n'est 
I pas belle d un côté et laide de l'autre ; elle n'est pas tantôt belle et 
auto plus; elle n est pas belle pour ceci et laide pour pda; belle ici 
laide la; belle a ceux-ci , laide à ceux-là. Elle n'est pas belle parce 
.|u elle lient d un autre; mais elle-même, par elle-même et avecelle- 
I men....,', elle est belle et seule et toujours. Toutes les autres belles cho- 
ses ne sont belles que par sa participation, de telle sorte cependant 
W, les autres venant à naître et à périr, elle ne perd ni ne gagne 
I non, m n éprouve aucune altération. Quel bonheur pour celui qui 
I peut ams, voir la beauté même ; la voir pure, nette, sans mélange de 
I chairs de couleurs et autres bagatelles humaines et mortelles ; voir 
i <ntin la beauté divine elle-même ! Qui voit cette beauté dp l'œil dont 
elle peut être vue, produit non plus des images de vertus, mais les 

I Iv î'"™.'™''^ "'' '' "" '^^^'^'' P^"« « ""e ombre, inm à la 
lunte. Et produisant la vertu véritable et la nourrissant, il sera aimé 
dp Dieu et jouira de l'inirnortalité. 
Après cela il „„„« est pénible .rajouter (pie Platon, ipii avait de8 

^m.,nepuM.,l n. -^ S.Anp„/;cmn7., 1. 8,c.8. VU.Conviv. versùsllnem. 



Il 



i- !tf 



,iiS- 




"^ HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv. XX. Miilo.., p^d „ 

idées Si belles et si grandes sur Dieu, n'a pas glorifié Dieu comme il 
devait. On ne voit pas que, dans les législations que lui demandèien 
plusieurs villes, il ait rien tenté pour le faire mieux connaître 
établir son culte. Il dit, au contraire : Trouver le créateur et le pèr 
de toutes choses, est une entreprise difficile; et, quand on l'a trouvé 
Il est impossible de le dire à tous *. Telle est l'impuissance de lanhi' 
osophie, suivant le plus éloquent et le plus sublime des philosophes" 
Ce n est pas tout : il a peur de s'en expliquer par lettres avec ses in: 
times. De la ses expressions énigmatiques à Denys de Syracuse d. 
crainte que sa lettre ne tombât entre les mains de quelqu'un nui ne 
fut pas imtié. Enfin, dans son Timée, où il parle si admirablement 
du Dieu véritable qui a fait le monde, il pose néanmoins le fonde- 
ment du polythéisme idolâtrique. Il appelle dieux célestes, le monde 
le ciel, la terre, les astres. Pour lesgénies ou démons, tels que l'Océaii 

^ JtÎ!': "''.'*" ^'^^ ^* ^' '^ '^^^"'« ' Saturneet Rhée, nés de l'Océan 
et de Ihetis ; Jupiter et Junon, nés de Saturne et de Rhée, ainsi que 
leur postérité sans nombre, il faut en croire, dit-il, les enfants de 
ces^dieux mêmes. C'est à ces dieux subalternes, suivant Platon, m 
ie Dieu suprême confia lacréation de l'homme. Pour former les ânls 
humaines, ,1 prit les restes du mélange avec lequel il avait fom,é 
lame du monde, et en sema sur la terre, dans le soleil Ja lune 
et les astres. Les dieux inférieurs tirent les corps, et y emprisonnè- 
rent de ces âmes, qu'ils enlevaient à leur séjour primitif. Celles de 
ces âmes qui font le bien, retournent à leur demeure céleste po„i 
y mener une vie heureuse ; celles qui ne le font pas, sont conln- 
iiee. a loger dans des corps de femmes ou même de brutes. En quoi 
Platon abandonne son maîti-e Soorate, qui attribue au Dieu suprène 
la création même du corps humain • .u lieu de corriger les idée. 
étranges que les pythagoriciens avaient mpruntées aux prêtres df- 
gypte u les pousse encore |>l«s loin ; au lieu de détromper les idolii- 
res K les conhrme dans U pensée qu'ils devaient adorer les géniesel 
es démons, desquels ib aépendaient immédiaten.ent. plutôt que le 
Dieu suprême, trop éloigné d'eux; enfin il prépare dès lors, aux hé- 
résies à venir, sous le nom général de gnostiques, uik^ ample matièi. 
aux plus grandes extravagances 2. 

Aristote, disciple et successeur de Platon, naquit l'an :J84 avaiK 
Jesus-Lhrist, a Stagire, dans la Macédoine. Son père était médecin 
du roi Amyntas, père de Philippe et aïeul d'Alexandre. Sa généa- 



fi.H.wM'H!*?''''''*" ^' ^^'l' '''P- P' aw-J-- ^Qu«*t auxiflées de Platon, de Coi, 
1 m I A TT ''"■ '' "''"'«"'•« rf«* I«ci*^l«iion« et dc« sociétés, elles ont cir 
lesunieea dans le livre ~jpt d« «etts htr-^ 



tot. de la gentilité.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. ^-^ 

logie remontait jusqu'à Esculape. Il s'appliqua lui-même à la médi- 
ane dans sa prem.ere jeunesse. Mais ayant perdu son pèreet sa mère 
a âge de d,x-hu.t ans, il vint à Athènes et suivit pendant vinTans 
les leçons de p^^dosophie de Platon. Telle fut dès lors su renltée 
r P nhppe de Macédoine lui écrivit, peu de temps après laTa t 
sanced Alexandre, l'an 356 avant Jésus-Christ, la lettre suivante- 
«Philippe, ro, de Macédoine, à Aristote, salut. Sachez qu'il m'esi 
ne un hls,; je remercie les dieux, non pas tant de me l'avoir donné 
^jnedelavon. fait n. itre du temps d'Aristote. J'espère que vou 
ferez un roi d.gne de me succéder et de commander aux Macédo- 
niens. » Aristote commença cette éducation vers l'an 343 ; Alexandre 
ava alors treize ans. Ce prince, étant monté sur le trône l'an 337 
rétablit, par affection pour son maître, la ville de Stagire que Phi- 
ippe ava. détruite. Aristote l'engagea pareillement plus tard à épar- 
L..I- la ville dEressos, patrie de Théophraste, son disciple de pré- 
lilection On lit dans une des vies d'Aristote, qu'il suivit Alexandre 
Une dans la Perse et dans l'Inde. Cléarque, un de ses dise, les 
|. vivait environ cinquante ans après, ajoute qu'étant en Asie son 
kutre eu des entretiens avec un savant juif qui lui apprit plus de 
l'Oses qu Anstote ne lui apprit K Revenu à Athènes, il établit uni . 
cole dans un heu d'exercices gymnastiques nommé Lycée. Con me ' 
.'"seignait en se promei.ant, ses disciples furent appelés péripaté- 
cens ou promeneurs. Il se rendait au Lycée deux fois par jour. Le 
klin etajt destine à ses disciples, et il leur expliquaft ce que les 
uences offrent de plus difficile. Le soir, il admettait tous celix qui 
fraient 1 entendre, se mettait à la portée de tout le monde, et rai- 
jonnait sur les connaissances qui sont d'un usage plus habituel dans 
le cours de la vie. Après la mort d'Alexandre, en 324, ayant été ac- 
cise d impiété comme Socrate, il se retira à Chalcis, dans l'Eubée, 
m' la plupart de ses disciples, et y mourut l'an 322, à l'âge de 
soixan e-trois ans. Plusieurs lui attribuent à la mort ces paroles : Je 
.nis entre dans le monde au milieu des souillures; j'v ai vécu dans 
Imiete, j en sors dans le trouble; cause des causes,\iyez pitié de 

Alexandre coiuiuit l'empire des peuples ; Aristote conquit et or- 

J«i.sal empire des sciences. Toutes les connaissances des siècles 

itcu en s, auxquelles il ajouta lui-même d'immenses découvertes, 

Aibtotc les classa par ordre, assignant à chacune^on ressoH, comme 

1111 législateur qui règle le gouvernement des provinces. Il écrivit plus 

P^'.cent .,narante ouvrages; Diogène de Laêrle nwt près de quatre 

¥i'l fciuseb., i'wp. ei-.,l. 9, c. ;,. 





■il. 



18 




m 



^■'^ HKSTOIHK UNIVERSELLE Uv. XX. Philos., p„e,.J 

cents. Plusieurs de ce nombi e. quoique les p. iors sur les matière, 
qu'ils traitent, sont admirés encore aujourd'hui comme des chefs' 
d'oeuvre. La méthode d'Aristu.ft, adoptée, rectiiiée, complébe na," 
les docteurs chrétiens, a passé dans l'enseignemont de 'a doctrine 
chrétienne, et en a fait un ensemble distribué a\.c clarté et p^i 
sion en ses différentes parties comme une armée rangée en bataille' 
chose qu'on chercherait vainement dans l'Inde et à la Chine. L'eni 
pire d'Alexandre a passé avec lui ; l'empire d'Ari.tote traverse le 
siècles. 

Cicéron observe qu'Aristote et Platon, le Lycée et l'Acadoinici,, 
diffèrent que de nom, que la doctrine est la même et forme toujours 
une espèce do trinité : les natures o.i les êtres, la vérité et ses rè- 
gles, le bien et ses lois, autrement la inorale K 

Les natures ou les êtres que considère cette philosophie uiieel 
trine, c'est Dieu, avec les principales de ses créatures. 

Aristote dit dans une lettre à Vlexandre : 

« Le monde est l'ensemble du ciel et de la terre, et de tousl^ 
êtres qu'ils renferment. On le définit encore ; l'ordre et l'arrange. 
ment de toutes choses, maintenu par l'action et le moyen deJa 
. Divinité. 

« C'est une tradition ancienne transmise partout des pèivs aux 
enfants, que c'est Dieu qui a tout fait, et que c'est lui qui coiisorve 
tout. Il n'est point dètre dans le monde qui puisse se suflireàlui. 
même, et qui ne périsse s'il est abandonné de Dieu. C'est ce qm 
a fait dire à quelques-uns des anciens, que tout est plein de dieux 
qu'ils entrent en nous par les yeux, par les oreilles, par tous nos 
sens ; discours qui convient à la puissance active de Dieu plutôt quà 
sa nature. Oui, Dieu est véritablement le générateur et le conserva- 
teur de tous les êtres quels qu'ils soient, dans tous les lieux du 
monde ; mais il ne l'est pas à la manière du faible artisan dont l'effort 
est pénible et douloureux : il. l'est par sa puissance infinie, qui at- 
teint, sans aucune peine, les objets les plus élo! nés de lui. Assb 
dans la première et la plus haute région de l'univers, au soniniet 
du monde, comme l'a dit le poète, il se nomme le Très-Haut. Il 
agit sur le corps le plus voisin de lui, et ensuite sur les autres corps 
à proportion de leur proximité, descendant par degrés jusquau:. 
lieux que nous habitons. C'est pour cela que la terre et toutes les 

» Qui rébus congruentes, nomlnibusdifl'erebanl. — Mhii enim inter Peripatcli-l 
cos, et illara veterem academiam differebat. Cic, Acad., 1. j,n. 4et5.Sed clforniaj 
eju» disciplina-, slcut ferè cicterarum, triplex. U»a pars est, natura: disseienJi, 
altéra : vivcndi, tertia. De finib. bon. et mal., 1. i», n. i. 



275 



,1. (le lu genlilll. DE 1 tel.lSK CAïH 'UQVK. 

\ém terrestre, ,„„t si faible et si inconstantes ren.nlies de 
»»bles e d. désordres; „.„. qu'elles sont à „ne distance quMenr 
donnr- .plus pente part possible i. l'inHuence de la Divinité. tÔui". 
,.., celi^. inllnence pendant tout l'univers, la région que nous ha- 
|W. « par.,c,pe a ses b.enlaifs aussi bien que les régions upérieures 
,..i..„tésy parl,c,pent plus o„ moins, selon qu'elles se trouvent 
Iplos 11 moins éloignées de Dieu. 

. Pa,' l'impression que do. d'eu t,.„ ee corypbéedu monde le 
«1 et les asires «ont ébrani.. ,our se mouvoir à jamais Lesojêi 
...hiinmoux s'avance par un d„„l,l,. mouvemeni dÔÙ H n m ' 
rlesjours et les n its au point du lever et du eouker : l'au^rdu 
iiiid. au sep ,.ntrio et du sepln.trion au midi, amène les q^tr" 
«on.. De la naissent, toujours par l'action do la première elt 
tep aies fécondes, les vents, les rosées et tous les autres phélZt 

,« de I air, desruels na,s.sent ensuite les courants des rivi"r les 
L...le„«;nts des mers, les accroissements des plantes, là ma ^rS 

«fruits, la fécondation des an: x, la no.uriîurede tout Tnër^ 

ecliou, son dépérissement; en y joignant le conco, de la d Zs . 

11.» particulière de chacun des êtres, comme nous lavons dit 
I - Quand dom. le chef suprême, le régénérateur, qu'on „e voit „„e 

arl esprit, a donne le signal aux natures qui se meuvent elfe 
«lot la terre tmites, sans s'arrêter jamais, s'avancent da^ eu s 
««des, selon les bornes qui leur sont prescrites, disparaissaût et ré 
|«,.sant tour à tour, sous mille formes qui s'ékvcm qu s'aba t 
.■eut, toujours par limpression du même principe 

-Comme notre «me, par qui nous vivons, nous bâtissons des vil- 
b, des maisons on ne la voit point ; elle ne se manifeste à I 
F ses œuvres. C'est elfe toutefois qui a dressé fe plan régul r de 
I. le humaine, qu, fe suit, qui fe remplit; c'est elle qui a montré ^ 
™l toer les .erres à tes ensemencer ; c'est elfe qui a invnte les arts 
kabli les lois réglé la police, distribué les fonctions de la v'e c vite ' 
™ n, c est elle qui a montré à faire la guerre au dehors et cont- 
er la pa,s au dedans. Il en est de même de Dieu, dont la puissance 
>ts„pcr,eure a toute autre puissance, la beauté à touteautri elut^ 

ni a v,e es. immortelfe, la vertu infinte. Sa nature, in^mprXn- 
* atome nature morteUe, ne peut se montrer à nous que Darses 
™s. Auss, tout ce qui se fait dans l'air, sur la tërrrdfn: 
aux, on peut dire avec venté que c'est l'ouvrage de Dieu nar nui 

lit!:: :itf r """'""'" "-" '"'' -* -ad::^!; 

.miiiams, plantes, oiseaux, poissons qui tendent Tonde 

«Dieu, qui est lin. a ph'sienr" 'innic 

(«suu-lLHnri '}":"'' '"""S' l"T l'apport aux différents 
qu .1 pioduit. 11 a tous les noms de la nature et de la fortune. 










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276 HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv. XX. Philos., poét.et 

parce qu'il en produit tous les effets. Je pense que ce qu'on appelle j 
nécessité n'est autre chose que Dieu, parce que sa nature est immua- 
ble; que c'est lui qu'on appelle fatalité, parce que son action a tou- 
jours son cours ; destin, parce qu'il conduit chaque chose à sa des- 
tination et qu'il n'y a point d'être qui n'aille à une fin. L'allégorie des 
Parques et de leur fuseau a encore le même sens. Elles sont trois 
pour signifier les trois temps. Le fil, qui est sur le fuseau, est le passé; 
celui qu'on y met est le présent; celui qu'on va y mettre est l'avenir! 
Une des Parques règne sur le passé, c'est Atropos (ou sans retour) 
parce que le passé est irrévocable. Lacliésis (ou le sort) règne sur 
l'avenir, parce que le sort le garde en ses mains. L'instant présent 
appartient à Clotho (ou la fileuse). parce qu'elle distribue et file à 
chaque être ce qui lui convient. Cette image ingénieuse n'est autre 
chose que la Divinité. Car, selon l'ancienne tradition des hommes 
dit Platon, Dieu, comprenant en soi le commencement, le milieu e! 
la fin de toutes choses, traverse en ligne droite toute la nature : tou- 
jours accompagné de la justice, qui punit les violateurs de la loi di- 
vine. Heureux celui qui s'est attaché à cette loi dans tous les teinus 
de sa vie * ! » 

Au deuxième siècle de l'ère chrétienne, saint Justin , dans son 
exhortation aux gentils, parle de cette lettre d'Aristote à Alexandre, 
et la nomme un abrégé de sa philosophie ; ce qu'elle est en effet. An 
même siècle, le philosophe Apulée la traduisit en latin, en déclarant 
que c'était la philosophie d'Aristote et de Théophraste. Plus tard, 
Stobée en transcrit, comme d'Aristote, des morceaux considérables, 
Le rhéteur Démétrius la présente comme une preuve de l'éloquence 
de ce philosophe. Cicéron compare cette éloquence à un fleuve d'or: 
la lettre à Alexandre justifie cet éloge 2. » 

On distinguait trois cieux au temps d'Aristote : le ciel atmosphé- 
rique avec ce qu'il renferme; le ciel du soleil, de la lune et des pla- 
nètes; le ciel ultérieur, Umite de l'univers et comprenant toute la 
création. Au delà de ce dernier ciel , suivant notre philosophe, il 
n'y a m heu, ni vide, ni temps. C'est là qu'habite la Divinité, immua- 
ble, étemelle, se suffisant souverainement à elle-même, et commu- 
niquant de là le mouvement et la vie à tout le reste ». 

Tous les anciens disaient que ce ciel, qui sert comme de trône à la 
Divinité, avait été physiquement produit, aussi bien que les deux 
autres ; mais plusieurs prétendaient qu'avec cela il était éternel et 
incorruptible. Aristote prouve, contre ceux-ci, que si ce c.el a été 



« Aiist., De mundo ad Alex., c. 2, g et 7. 
i. 1, c. 9. 



Acad., i, 11. lie. _ -i iJecu'lo, 



hijt, delà gentille.] DE I/ÉGLISE CATHOLIQUE. %ff 

produit comme le sont généralement les corps, il n'est ni incorrupti-r 
ble ni éternel. Lui pense qu'il esta la fois l'un et l'autre, mais aussi 
qu'il n'a pas été produit comme le reste K Ce n'était cependant pour 
lui qu'une espèce de probabilité ; car il dit formellement ailleurs : 
«Il est des problèmes si grands et si ardus , que nous ne pouvons 
en rien décider, tant il est difficile d'en expliquer la cause; par exem- 
ple, le monde est-il éternel ou non 2? » Dans Aristote , les noms de 
ciel et de monde sont synonymes. 

Ce philosophe rappelle et examine également les opinions des an- 
! ciei;s touchant la terre. J^es uns , tels que les pythagoriciens, pen- 
saient qu'elle était ronde et qu'elle se mouvait autour d'un centre ; 
î les autres pensaient différemment. Aristote croit qu'elle est ronde, 
mais immobile •'. 

Enfin, quant à la physique générale du ciel et de la terre, la 
I science moderne a trouvé qu'Aristote s'est trompé plus d'une fois , 
parce que les faits qui servaient de base à ses raisonnements, n'avaient 
été observés ni assez exactement ni en assez grand nombre. Les sa- 
vants ont eu le tort, à une certaine époque , de s'attacher là-dessus 
à l'autorité d' Aristote, au point de ne pas observer, ni voir par eux- 
mêmes ; en quoi ils allaient et contre l'exemple et contre les princi- 
pes de leur maître. Aristote ne recevait point aveuglément les opi- 
nions des philosophes antérieurs; il les examinait toutes. Il ne disait 
pasque les sciences naturelles reposassent sur l'autorité d'aucun d'en- 
i tre eux, ni non plus sur la sienne, mais sur des expériences nombreu- 
ses et bien faites *. Ils auraient dû suivre l'exemple des théologiens 
j catholiques. Quelle que fût l'estime de ceux-ci pour le philosophe de 
Stagire ; quel que fût l'empressement avec lequel ils adoptèrent sa 
! méthode , son ordre, sa clarté , sa précision, ils ne le prirent pas 
néanmoins pour règle de la doctrine chrétienne : c'est d'après celle-ci, 
au contraire, qu'ils admettaient, rectifiaient ou rejetaient ses opinions 
particulières. Les physiciens auraient dû faire toujours de môme, 
ue jamais s'en tenir à l'opinion d'Aristote comme à quelque chose 
d'infaillible, mais la confronter avec la grande règle des sciences 
physiques, l'observation exacte et multipliée des faits. 

Quant à l'histoire naturelle des animaux, science qu'Aristote a 
créée pour ainsi dire à lui seul, tout y est d'observation. L'anatomie 
(lu corps humain y sert de point de comparaison. A chaque partie 
lie ce corps, il compare la partie correspondante du corps des divers 
animaux, en y entremêlant des remarques curieuses sur leurs mœurs. 

^Ibid.,l. l.c. 10; 1.2, c. l.—ï Top., 1.1, c. 9.-»Decœio, 1. 2, c. 14. - 

*tff(op;i.,i. i,c. 1. 



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^^^ HISTOIRE UNIVERSELLE [Llv. XX. Philo?., poët.e, 

Alexandre avait donné des ordres et fait des dépenses considérables 
pour rassembler des animaux de tous les pays, afin que le philos(, 
phe pût les observer bien. Aussi, après vingt-deux siècles , ce ffrand 
ouvrage du philosophe est-il encore admiré comme un chef-d'œuvr 
que rien n'a surpassé ni même égalé ». 

Pour ce qui est de l'homme, Aristote le définit un animal raison 
nable. Le mot animal en latin et le mot zôon en grec signifient litt/ 
ralement un être vivant, et ne présentaient peut-être pas, dans l'ori" 
gme, l'idée d'abjection qui s'attache au mot français. Platon le d«fi 
mt de son côté : une âme se servant du corps et lui commandant 
La mamère d'envisager l'homme est difi-érente. Dans les idéee de Pla' 
ton, c'est une intelligence animant un corps j dans les idées d'Arislote 
c'est un corps animé par une intelligence. La définition est au fond 
la même; seulement, pour y arriver, l'un part d'en haut, l'autre 
d'en bas. Aussi celle de Platon, l'homme est une âme se servant d'un 
corps, paraît-elle plus noble; mais, coT.me l'observe saint Thomas ^ 
elle n'exprime point l'union inf r,e et substantielle de l'âme et dû 
corps qui constitue néanmoins la personne humaine; elle ne lasup- 
pose pas plus étroite que celle qu'il y a entre l'homme et son vête 
ment, entre l'ouvrier et son outil, entre le pilote et son navire. Il nous 
semble qu'on éviterait tous les inconvénients, en définissant l'homme 
une intelligence incarnée. 

Dans ces trois livres de l'Ame. Aristote, examinant les opinions des 
anciens, établit au long que l'âme n'est pas un feu, ni une harmonie 
m un composé d'éléments subtils : mais une substance actuelle, par- 
faite, sans mélange, incorruptible, incorporelle, immortelle; principe 
de la vie, du sentiment et de l'intelligence. Il montre en particulier 
que penser n'est pas sentir. Suivant lui, les sens perçoivent les for- 
mes des objets sans la matière; ces formes intellectualisées arriveni 
jusqu'à l'âme, qui se les assimile, en sorte que l'âme devient comme 
toutes choses sans être pourtant aucune d'elles *. 

N'est-ce pas là une certaine image de Dieu? Toutes choses sont en 
Dieu d'une manière divine; de telle sorte cependant que Dieu n'est 
aucune d'elles, et qu'aucune d'elles n'est Dieu. 

Un philosophe chrétien d'Arménie, David, qui traduisit au cin- 
quième siècle plusieurs ouvrages u' Aristote qui subsistent encore en 
arménien, rappelle par quels arguments ce philosophe établissait 
1 immortalité de l'âme. Dans ses leçons scientifiques pour ses disci- 
ples, il usait de raisons nécessaires; par exemple : l'âme est impéris- 

' Tel est io jugement de r-jtier. - 5 Plal., \.AUxh.- s Cont. gentes, c.", 
— '» Do anima, I. :i, c. 8. , ' 



assimile; p 

' Mémoire i 
Nemnann. Ne 



. XX. Philo?,, poPt.e, 

ises considérables 
in que le philoso. 
siècles , ce grand 
î un chef-d'œuvre 

m animai raison- 
ec signifient litté- 
re pas, dans l'orj. 
is. Platon le défi. 
Ji commandant \ 
s les idéee de Pia- 
s idées d'Arislote, 
tiition est au fond 
en haut, l'autre, 
le se servant d'un 
'e saint Thomas 3, 
5 de l'àme et du 
e ; elle ne la sup- 
nme et son vête- 
on navire. Il nous 
inissant l'homme. 



'^ont. gentes, c. i" 



liist. de la sentillté.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 2^9 

jable; car si elle devait périr, ce serait principalement lorsque le 
forps se flétrit par la vieillesse. Or, elle est comme flétrie lorsque le 
corps fleurit, et elle fleurit lorsque le corps se flétrit. Elle est donc 
impérissable. Dans ses leçons familières pour tout le monde , il di- 
sait : L'âme est immortelle ; car instinctivement tous les hommes font 
des iibatioi aux morts et jurent par eux. Or, jamais personne ne 
tait rien de pareil pour ce qui n'est aucunement. Alexandre d'Aphro- 
Jisée, philosoph du deuxième siècle, prétendait que, dans ses la- 
,ons communes, Ari.slote enseignait ce que les autres regardaient 
comme vrai ; mais que, dans ses entretiens secrets, il enseignait ce 
,|ui lui paraissait vrai à lui-même. Cet Alexandre soutenait que l'âme 
raisonnable est mortelle; ne voulant pas avoir contre lui l'autorité 
d'Aristote, duquel ^I se donne pour suivre en tout la doctrine, il ima- 
gina cette opposition entre les deux enseignements de ce philosophe. 
Cette remarque est du philosophe David», et elle se trouve justifiée 
par le texte d'Aristote même. Au premier Uvre de VAme, chapitre 
quatre, on lit, entre plusieurs arguments de l'incorruptibilité natu- 
relle de l'âme, celui dont parle le philosophe arménien, savoir : que 
lame est impérissable, attendu qu'elle ne se flétrit point par la vieil- 
fesse du corps. La supposition du philosopha ilexandre est donc une 
calomnie ; et cette calomnie se voit reproduite dans plusieurs diction- 
naires encyclopédiques de nos temps. 

Ce qui est arrivé à Platon et Aristote pour la définition de l'homme, 
leur est arrivé en général pour toutes les connaissances humaines! 
L im part d'en haut, l'autre , d'en bas ; mais ils finissent par se ren- 
contrer dans un certain milieu. Platon reporte l'origine et la certi-- 
tude de nos connaissances jusques en Dieu, dont l'intelligence con- 
tient les types intelligibles, éternels de tous les êtres ; types plus vrai«^ 
et plus réels que les êtres eux-mêmes. Nos intelligences ne partici- 
pent à cette vérité essentielle ries choses que par une irradiation de 
I mtelligence divine, lumière qui éclaire tout homme venant en ce 
monde. Cette illumination commune et supérieure constitue la raison 
oommime de l'humanité, le sens commun. C'est de là que Platon et 
Socrate prennent leurs arguments pour réfuter les sophistes, les 
pousser à l'absurde, les mettre en contradiction avec eux-mêmes. 
Aristote part de ce que nous avons de commun avec les animauxj 
(les sens. Dans l'homme, ces sens, en percevant les objets matériels! 
en envoient des formes immatérielles à l'âme raisonnable qui se les 
assimile j plusieurs de ces sensations spiritualisées produisent une 

' mmoirt^ .sur la vie et les ouvrages de David, philosophe arménien, par C F 
>euiiiann. Nouveau journal asiatique, 14 février 18?9, p. nt. 



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M» HISTOIRE UNIVERSELLE tMv. XX. Philos., „ J 

expenciicf.; plusinurs expériences produisent dans l-in(elliK.,w ' 
lespnt des formules générales ou premiers principes „„e^«'^ 
monde croit et connaît. C'est de là que, pour réfuter les mL ' 

la règle de toutes les sciences. Partis des deux extrémité., opll 
Platon et Anslote se rejoignent ainsi dans te sens commun 
œmbattre les mêmes ennemis. commun po,. 

Il y a plus: Plutarque et Simplicius ont remarqué une iwand,,. 

semblance e„t.^ les forn,es d'Aristote et les «Jde P latoT ., * ' 

ote, ù, le premier, conserve les notions universelles ou les id ; t 

esquclles ont été modelés les ouvrages delà Divinité, avec o S ' 

erence se« ement, que, dans la réalité, il „e les a po nt 1» ,f 

la matière '. „ La ,„a,ière. selon Aristote, est œ dont se e„™ 

quelque ouvrage, comme de l'airain on tiro une stat"" la Z^, 

un moule ; elle est la raison d'après laquelle cet ouvrage es" exé™, 

eHe en détermine le genre ^. La for Je et Vidée ont au fo d e 2 ^ 

jactère, avec la diftërence que Platon la sépare de l'obiet p™h; 

l.„-rr« ,'"'''"' '■"" P»'' ""0 opération de la pensée I,,, 

tièrement d accord sur ee point avec Platon. „ Ce que c'est al 
science onle voit manifestement, dit-il, par ceci. Tous nous ol 
persuades que ce que nous savons ne peut être diftérlmer! 
se ence comprend donc ee qui est nécessaire, par eonséque" œ™ 
esteternel ; car tout ee qui est absolument nécessaire est éternel ZT. 
et ce qu, est éternel est par là même improduit et incorruSe 
Tout eela ressemble très-fort aux types intelligibles, éternel* o, 
la connaissance produit seule, suivant Platon, une science vér tab 

Comme les sophistes ambitionnaient de naraitre sages plu.M , 
de I être véritablement, ils n» cherchaient r int la vérité „,„ s ' 
parence; ne s'appliquaient point à raisonne, juste, mais subtileme, ' 
Ils s y prenaient pour cela de plus d'une façon. Les uns faisaient 
prendre a eurs disciples un grand nombre de discours compo é" d' . 
vance sur toutes sortes de matières. Interi'ogés, ils surpreuaient - 
une averse de paroles élégantes et de raisonnements plausible ' 
U autres, c étaient principalement ceux d'Ionie, au lien de réDond.» 
a ce qu on leur demandait, décochaient à leurs interrogateurs ,iue|. 
ques petits mots énigmatiques ; voulait-on savoir pourquoi, on énil 

• Plut, Beploell.pWl., L I c. 10. _ip/„, i , , . , ,,,.„, . 

" Arist , De rriireh. .wphist., 1. a, c. ultim. 



I pece, nom. 

sens conim 
de ce trava 
inaires. Il i 
les grammi 
base de sa i 
pas d'un a 
science, saj 
menls, nati 
les sont les 
dans son ou 
voit dès les 
(lie à défini 

« Tous le 
pas tant po 
même de sa 
iippellent s{ 

' Plat., Thjif 




'■• ^^- PWlos., poët, „ 

is l'intelligence „„ 
leipes que tout le 
iter les mêmes so- 
lement, la base et 
Pémités opposées, 
ns commun pom. 

lé une grande les- 
le Platon. « Aris- 
es ou les idées sue 
ité, avec cette dif. 
point séparées de 
dont se compose 
atue; la /orne est 
rage est exécuté; 
au foiid le mémo 
de l'objet pour la 
te rimprin.e sur 
le la pensée hii- 
ristote paraît en- 
que c'est que la 
►us nous sommes 
ifféremment. La 
L)nséquent ce qui 

est éternel aussi; 
ncorruptible *. « 
, éternels , dont 
cience véritable, 
sages plutôt que 
érité, mais l'ap- 
lais subtilement, 
ims foisaient ap- 
s composés d'à- 
urprenaient par 
»ts plausibles', 
ieu de répondre 
rogateurs quel- 
urquoi, on éfait 



Wt. àe la «entilité.] DR L'ÉGLISE CATHOLIQUE. jg^ 

..i-le-champ frappé d'un autre mot équivoque : impossible de rien 
conclure avec eux i. D'autresenfm se glorinaient d'argumenter pour 

econresur quoique ce fût, etinventaient àceteffet les subtilités le 
phis étranges. Pla on les combat les uns et les autres dans plusieur 
e ses dialogues, les derniers principalement dans son Kuthydème 
ny voit combien les sophistes de toute espèce étaient peu à crain- 
dre pour un Platon et un Socrate. Mais on n'y trouve pas mis à h 
portée de tout le monde, l'art de constater la vérité et d'e démasqu 
lerreur, 1 art de raisonner juste et de découvrir les vices d'un raison 

l'XdP m; T "''''*'•* point J"sque-là, Aristote le fait ; et il 
le fa^ de telle sorte, que vingt-deux siècles ne trouvent rien à re- 
prendre pour la justesse dans ses règles du raisonnement et de la 
.scussion, autrement dans sa logique et sa dialectique : il le fait de 
* sorte, que les mauvais raisonnements qui se rencontrent dans 
ses propres ouvrages, pèchent toujours contre quelqu'une des règle 
qn a constatées, et tombent toujours dans quelqu'un des défS 
qii .1 a signales dans sa Héfutatton des sophistes 

Et comment s'y prend-il pour exécuter ce grand œuvre ? Il consi- 
dere attentivement le langage commun des hommes; il observe 
quelle idee ils attachent généralement à telle ou telle expression qui 
revient fréquemment dans les discussions scientifiques ; il s'étudiik 
déterminer cette idée d'une manière bien nette et précis;. Par exem- 
ple : Qu est-ce que substance, quantité, relation, qualité, genre, es- 
pèce, nom, verbe, discours, etc. : voilà ce qu'il éclaircit d'aprL le 
sens commun, dans ses catégories ou appellations. Une binne parte 
decetravail sertde fond à ce que l'on connaît sous lenom de lam- 
inaires. Il est même telle définition, entre autres celle du verbe doM 
es grammairiens modernes n'ont pu atteindre la briève justesse. La 
basede sa métaphysique ou de sa science des idées unive selles n'est 
pas d'un autre genre. Qu'est-ce qu'on entend par expér^nœ ar 
scence, sagesse/ en combien de manières se dit principe, caust e - 
ments, nature, contraire, un, être, substance, et ainsi de suite tel 
^senties questions fondamentales qu'il commence par résoude 
s .on ouvrage rf. ia Métaphysique. La méthode dont il se sert, se 
vit des es premier et second chapitres du premier livre, où il cher- 
che a dehnir ce que c'est que la philosophie: 

« Tous les hommes, dit-il, désirent naturellement de savoir, non 
pas tan pour l'usage qu'ils peuvent en faire, que pour le plal^r 
^^^^- La connaissance qu'ils estiment le pL,es tce^q'^ 
<>ppellent sagesse ou philosophie ; tous sont persuadés qu'elle s'oc- 



' ^î;' 




f m 



'^; Ml 




^^^ HISTOIRE UNIVERSELLE [[.iv. XX. Philos., pof,. ,, 

cupe des premières causes, des premiers principes. Pour s'en eon 
vamcre, il n'y a qu'à considérer l'idée que nous avons d'un saee oJ 
d un philosophe. Nous pensons d'abord qu'un philosophe sait tout 
autant que cela est possible, sans avoir cependant la science des d/ 
taiis : ens.vte, qu'il sait ce qu'il y a de plus difficile ; sentir, pa," 
exemple, est une chose commune à tous ; aussi est-elle facile rf 
n'y a-t-il rien de philosophique là-dedans. Puis, nous regardon 
comme plus sage dans une science, celui qui la sait avec plus de cer' 
titude, et qui est plus capable d'en développer les cai.-s. Parmi 1« 
sciences, nous appelons plutôt sagesse et philosophie celle qui a pour 
but elle-même et le savoir, que celle qui se rapporte à une autre. 
celle qui commande, plutôt que celle qui sert. Telles sont les idéei 
que nous avons de la sagesse et des sages. Or, tout cela se trouve 
reum dans la science des premières causes, des premiers principes 
des notions universelles. Elle connaît tout en quelque sorte : elle con' 
naît ce qu'il y a de plus difiicile, de plus éloigné des sens ; elle con 
naît avec plus de certitude, elle est le plus capable d'enseigner ello 
estce qu'il y a de plus scientifique, parce qu'elle connaît les premieiN 
principes de toutes les sciences ; c'est à elle à commander, parce 
qu elle sait pourquoi chaque chose doit se faire, elle en connaît le 
bien final. L'histoire vient à l'appui. On avait les choses nécessaires 
pour une vie commode, lorsqu'on se mit à cultiver la sagesse ce 
qui fait bien voir que c'est pour elle-même et non pour une aiifre 
utdite que nous la cherchons. Comme nous appelons libre un homme 
qui existe pour lui et non pour un autre : de même, parmi les scien- 
ces, la philosophie seule est la science libre, parce que seule elle 
n existe que pour elle. Aussi la possession en sera-t-elle justement 
regardée comme une chose non humaine ; car la nature de l'homme 
est esclave en bien des choses. Simonide a dit, en conséquence, que 
Dieu seul a ce don précieux ; mais, comme la Divinité n'est point 
jalouse, les hommes ne doivent pas perdre l'espoir d'y participer.il 
n'y a donc aucune science plus honorable ; car la plus divine est 
sans doute la plus honorable aussi: or, la philosophie l'est de deux 
manières. En effet, celle que Dieu possède principalement et qui est 
la science des choses divines, est certainement la plus divine des 
sciences. La sagesse a ces deux avantages : s'occupant des causes, 
elle s'occupe de Dieu que tous regardent comme cause et principe ; 
ensuite. Dieu la possède ou bien lui seul, ou bien principalement. 
Les autres sciences peuvent donc être plus nécessaires en la vie, mais 
aucune n'est meilleure ». » 



'Arlst,, Metnph., I 1,c. 1 et 2. 



. XX. Phllo8.,poê(,ç| 

îs. Pour s'en eon- 
'ons d'un sage on 
losophe sait tout. 
a science des dé- 
cile ; sentir, pa,. 
est-elle facile pt 
nous regardons 
avec plus de cer- 
3ai.-<îs. Parmi les 
ie celle qui a pour 
)rte à une autre ; 
les sont les idées 
ut cela se trouve 
miers principes, 
e sorte : elle coii- 
s sens ; elle con- 
d'enseigner, ello 
naît les premiers 
nmander, parce 
Ile en connaît le 
loses nécessaires 
!r la sagesse ; ee 
1 pour une autre 
(libre un homme 
parmi les scien- 
B que seule elle 
t-elle justement 
ure de l'homme 
)nséquence, que 
inité n'est point 
l'y participer.il 
plus divine esl 
hie l'est de deux 
ement et qui est 
plus divine des 
>ant des causes, 
se et principe ; 
principalement, 
s en la vie, mais 



M. de la gentillté.] DE I/ÉGLISE CATHOLIQUE. 3^3 

On voit que pour trouver la définition de la sagesse ou de la phi- 
josophie, et ,1 en est ainsi de tout, Aristote ne fait que résumer les 
notions communes que tout le monde en a. On voit aussi que sui'- 
vant Aristote comme suivant Platon, la sagesse habite, en Dieu'seul 
et que ce n est que par la bonté divine que nous y avons part. Ils 
sernblentl un et 1 autre un lointain écho de Salomon, oui nous mon- 
tre la sagesse engendrée de l'Eternel avant tous les siècles, arrangeant 
avec lu. toutes choses, se jouant devant lui dans l'univers, faisant ses 
délices d être avec les enfants des hommes, et élevant sa voix ius- 
(|u aux portes des cités *. 

En considérant le langage commun des hommes avec cette atten- 
tion réfléchie, Aristote fit une découverte qui, petite en apparence a 
eu d immenses résultats en donnant à l'intelligence et à la parole hu' 
,na.ne quelque chose de plus suivi, de plus nerveux, de plus terme 
qu auparavant. Le premier, il remarqua la forme naturelle et complète 
du raisonnement, le syllogisme, en constata les règles et les abus 
Chose étonnante ! Cicéron et saint Augustin ont trouvé, dans laphil 
osophied Aristote et de Platon, une espèce de trinité scientifique: 
hHre, la vente, le bien. Une trinité analogue se révèle dans le rai- 
sonnement complet. On y distingue trois propositions : la majeure 
la mineure la conclusion ; et trois idées principales ou trois termes • 
los deux extrêmes et le moyen terme ou le médiateur. Le syllogisme 

ostparfait, lorsque, la première propositionsubsistantparele-même 
a seconde procède de la première, et que la troisième procède à k 
lois de la première et de la seconde; autrement encore, lorsque le 
moyen terme ou le médiateur, quoique personnellement distinct des 
eux extrêmes, est cependant de même nature que l'un et l'autre 
Au fond toutes les règles du syllogisme reviennent à cette unité 
dans la trinite, a cette trinité dans l'unité. 

De plus, suivant Aristote, les propositions fondamentales des- 
..uelles émane la conclusion, reposent uniquement sur fl . <^1 C a 
démons ration d,t-il, lorsque le syllogisme procède de proposUions 
™es et premières, ou bien de propositions émanées de S^i 
on vraies et premières celles qui obtiennent créance, qui persua- 
dent par elles-mêmes et non par d'autres. Car, dans les princ Des 
.sc.ent.fiques,ilnefautpas chercher le pourquo ; m is cha u^^^^ 
principes doit être cru, doit être de foi par lui-même ^. ,> Il tire de 
la cette conséquence, que c'est une nécessité de croire aux principes 




! i. y 



! ' 1 



m 





^** HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv. XX. Philos, port. « 

et auxprémis.ses plus qu'à la conclusion K « J'appelle principes dé 
monstratifs, dit-il encore, les opinions communes par lesquelles tonc 
es hommes démontrent, par exemple, qu'il n'y a pas de milieu entre 
le oui et le non ; qu'il est impossible qu'une chose soit tout à la fois 
et ne soit pas, et autres propositions semblables 2. » Ainsi donc An&. 
tote fonde les premiers principes, non sur l'évidence, comme on le 
lui fait dire dans bien des livres, mais sur la foi, la persuasion 
commune, mais sur le sens commun. La science n'exclut donc pas la 
toi, mais la suppose au contraire. Cela est tellement vrai, qu'Aris 
tote dit dans un passage : Quiconque croit et connaît les principes 
celui-là sait \ Et ailleurs il approuve qui définirait la science ««i 
conception très-digne de foi *. 

Il s'appuie toujours sur le même fondement pour établir sa dialec 
tique ou son art de discuter scientifiquement. Examinant quelles 
propositions il convient de discuter ou non, il s'exprime en ces ter- 
mes remarquables : « Personne, ayant du sens, n'entreprend à prou- 
ver ce qui n'est approuvé de personne, ni ne révoque en question ce 
qui est manifeste à tous ou à la plupart ; car ceci ne présente aucun 
doute, et cela, nul ne l'admettrait. La proposition dialectique est 
donc une question qui paraît probable, soit à tous, soit à la plupart 
soit aux sages; et à ceux-ci, soit à tous, soit à la plupart, soit aux' 
plus renommés, pourvu toutefois qu'elle ne soit pas un paradoxe ■ car 
on admet volontiers le sentiment des sages, dès qu'il n'est pas con 
traire au sentiment du grand nombre \ Se mettre en peine de ce 
que le premier venu avance, de contraire au sentiment commun est 
une sottise. Il ne faut pas examiner tout problème ni toute proposi 
tion, mais celle-là seulement au sujet de laquelle pourrait avoir des 
doutes un homme ayant besoin de raison, et non pas de châtimeni 
ou de sensation. Car ceux qui douteraient s'il faut honorer la Divi- 
mte, aimer ses parents ou non, ceux-là ont besoin d'être châtiés 
ceux qui doutent si la neige est blanche ou non, ont besoin de voir" 
Il ne faut pas non plus s'occuper de problèmes dont la démonstra- 

tV «/«rrev.Oô M yip h xaT; iTrtaTYiixovixatç alpy«Tç èutCnTeTaeat ta Sià t.'' 
aAA exacTYivTwv (îp^wv aÙT:?iv xaÔ' laux^ eTvat irtax^v. 1. Top , 1. 

MSXXov yàp (JvfiYxyi ittateueiv raTç dp^aTç toû (io|X7repa'<raaTOç. Anaki 
pou 1. I. c. ?. Suh fin. - 2 As> Se «uoSe.XTtxa'ç, xal ràç xotvàç SoÇaç, '$ 
(ov fi,r«VT6; Seexvoouatv, oTov, ^rt ,rav «v«yx«Tov, ^ <po{v«t, ^«TtoçcJvat, x«i 
«Suvarov 5{Aa eîvat x«l ^\ eTvat. MeAaph., 1. 2, c. 2. — 3 ''Orav 7«'p tiç 
«tffTetiri, x«l yvwptfxoUÔTÛv Jjatv «î ^p^^al, è7r((7TaTat. De Morib. ad Nico- 
mach., I. 6, c. ». ~ * 'Y'n6h^^l^, Tticrcora-niv. Top,, 1. 6, c. 2. -- 8 ibid., 1. 1, 



'. XX. Phllog., poft.jt 

pelle principes dé- 
par lesquelles tous 
3as de milieu entre 
soit tout à la fois 
» Ainsi donc Arjs- 
iice, comme on le 
oi, la persuasion 
exclut donc pas la 
3nt vrai, qu'Aris- 
Mit les principes, 
it la science, une 

' établir sa dialec- 
^aminant quelles 
prime en ces ter- 
itreprend à prou- 
le en question ce 
e présente aucun 
1 dialectique est 
soit à la plupart. 
slupart, soit aux 
m paradoxe ; car 
il n'est pas con- 
3 en peine de ce 
înt commun, est 
ni toute proposi- 
3urrait avoir des 
as de châtiment 
honorer la Divi- 

d'être châtiés; 

besoin de voir. 
t la démonstra- 



hist. de la gentlllté.] DE L'ÉGLÏSE CATHOLIQUE. 285 

tion est trop près ou trop loin : dans le premier cas, il n'y a point de 
doute ; dans le second, une discussion n'en viendrait point à bout * » 
Ains. parle Aristote. Ceux-là donc qui ont perdu leur temps en de 
vaines disputes, étaient certainement bien loin de suivre les prôcep- 
(es de ce philosophe. 

On a beaucoup vanté en France la méthode et les règles du doute 
.scientifique, inventées, dit-on, par Descartes. La vérité est que c'est 
Aristote le premier, qui a remarqué la nécessité et les bornes légiti- 
iiiesdu . oute méthodique pour acquérir une science véritable. Dans 
k Métaphysique, on lit un chapitre intitulé : Usage du doute et ou il 
fmt douter. « Pour parvenir à la science que nous cherchons, dit-il, 
cest une nécessité d'examiner d'abord en quelles choses il faut 
douter ; ce sont celles où quelques-uns pensent différemment des 
autres, et celles encore où, sans cela, il a été omis quelque chose de 
principal K » Ainsi donc Aristote, d'accord avec le bon sens, n'en- 
tend pas qu'on doive ni même qu'on puisse douter de tout, mais là 
seulement où les avis sont partagés, et où l'on s'aperçoit qu'une 
considération importante a été négligée. 

longtemps on a cru, non sans des motifs plausibles, que Descartes 
voulait 1 universalité du doute, et qu'il ne donnait à chacun d'autre 
règle pour en sortir que sa propre raison, son évidence individuelle 
raison qu il supposait doutant d'elle-même aussi bien que de tout le 
reste. Aristote a évité le premier inconvénient, et il combat le se- 
cond. Au dixième livre de sa Métaphysique, il y a un chapitre, c'est le 
sixième, qui a pour inscription : Ce qui paraît à chacun rC est pas cer- 
tm pour cela. « Ce que soutient Protagoras, dit-il, à savoir que 
homme est la mesMre de toutes choses, revient à ce que disent 
dautres^ sophistes, que la même chose peut à la fois être et n'être 
pas. tn effet, c est dire : ce qui paraît à chacun est certain. Cela étant 
il arrivera que la même chose est, et, en même temps, n'est pas ; qu'elle 
est en même temps mauvaise et bonne, et ainsi de beaucoup d'autres 
contradictions : attendu que telîe chose paraîtra bonne à ceux-ci et 
mauvaise a ceux-là, et que la mesure pour chacun sera ce qui lui pa- 
■ait. Vouloir donner la même créance aux opinions et aux imagina- 
ons de gens qui se contredisent, c'est le tait d'un sot. Cela est ma- 
iiiteste d après ce qui arrive dans les sensations. Jamais la même 
'hose ne paraît douce aux uns et le contraire aux autres, lorsque 
es sens et le discernement de ceux-ci ou de ceux-là ne sont pas 
rompus ou dérangés. D'où il faut tirer la conséquence que les 
"ns sont la mesure et que les autres ne la sont pas. J'en dis autant du 

' Ibid., c. 9, in fine. — ^Mél., 1. -i, c. 1. 




rr^KnfF^ 





*" HISTOIKK UNIVERSELLE [Liv. XX. Philos., p„<:., ç, 

bien et du mal, de l'honnête ei du déshonnête, et autres objets sem 
blables i. ,, Ailleurs il résume le tout en deux mots : « Ce qui narah 
a tous, nous disons que cela est ; qui ôterait cette croyance, ne dirpif 
rien de plus croyable ^. « C'est-à-dire : si l'on ne croit point au se ' 
commun, a l'ensemble des premiers principes communs à tous 1,. 
hommes, on ne peut plus rien croire; il n'y a plus de certitude nl.K 
de venté pour l'homme : c'est le doute universel et la mort de l'in 
telhgence. Plus loin, dans un chapitre intitulé : De la méthode d'en 
setgner, j| donne cette règle générale : « Pour établir la foi de,,. 
qu'on avance, il faut apporter des raisons, des témoignages, avec des 
exemples analogues ; car la plus forte preuve, c'est qu'il soit constant 
que tous les hommes confessent ce que l'on dit. Si l'on ne peut m. 
réussir jusque-là, il faut au moins s'appuyer de quelque vraisel 
blance ; car chacun a quelque chose de vrai que l'on peut tirer en 
preuve. Ce qui se dit avec vérité, mais obscurément, deviendra clair 
SI Ion substitue des expressions mieux connues à celles qui sont 
confuses '•*. » * ""' 

Finalement, Aristote part du sens commun comme base, il v v 
vient comme règle, et dans sa Logique ou l'art de raisonner, et dans 
sa Dialectique ou l'art de discuter, et dans sa Métaphysique m\, 
science des idées universelles. Ce n'est pas qu'il ne se trompe quelque- i 
lois en route ; mais il enseigne lui-même comment se redresser 

Ce qui est surtout remarquable, c'est que Descartes lui-nièneai 
fini par revenir aux idées d'Aristote. Car, d'après ses réponses au 
thentiques aux objections de ses amis, que nous verrons en détail an 1 
quatre-vmgt-septième livre de cette histoire, il est certain que Des 
cartes ne prétendait nullement révoquer en doute, ne fût-ce nue I 
momentanément, les premiers principes qu'il croyait même innés 
dans l'homme, ni non plus les conséquences pratiques et moralei 
qui en découlent naturellement ; mais uniquement les jugements et 
conclusions ultérieurs et métaphysiques qui constituent la scienco 
proprement dite, et dans lesquels seuls peut se trouver l'erreur* 
En quoi il est d'accord avec Aristote, qui dit que la science n'est pa^ 
des premiers principes, mais des conclusions, et qui appelle pie- 
miers principes les propositions qui obtiennent créance, qui per- 
suadent par elles-mêmes et non par d'autres. Si maintenant on res- 
treint, comme cela se doit, la signification du zens commun à l'en- 
semble de ces premiers principes de la raison naturelle et de leurs 
principales conséquences, les divers systèmes de philosophie sur lu 

» Met., 1. 10, c. 16.-2 j)e ^orih. ad Nicomach., 1. lo, c. 2. -3 ihid 11 c 6 
> Descartes, néponses aux s,condes objections. Réponses am sixièmes objeciion. 



■.XX. Philos., poiijçj 

autres objets sem- 
s : « Ce qui parait 
croyance, ne dirait 
;roit point au sens 
finiuns à tous h 
de certitude, plus 
't la mort de lin. 
' la méthode d'en- 
iblir la fol de œ 
»ignages, avec des 
qu'il soit constant 
i l'on ne peut pas 
pielquc vraiseni- 
l'on peut tirer en 
t, deviendra clair 
i celles qui sont 

ne base, lly^t,. 
ai sonner, et dans 
étaphysique ou la 
itrompequelque- 
se redresser, 
irtes Ini-nièrne a i 
ses réponses au- 1 
rons en détail ail I 
certain que Des- 
■, ne fût-ce que | 
(^ait même innés 
iques et morales 
les jugements et 
tuent la science 
ouver l'erreur*, 
science n'est pa^ 
lui appelle pre- 
éance, qui pei'- 
intenant on res- 
commun à l'en- 
relie et de leurs 
ilosophie sur la 



liist. de la gentilité.] DE L'ÉGLISK CATHOLIQUE. 287 

jertitude^scientifique pourront aisément se concilier et même se fon. 

Chose étonnante, âpre. „ant de siècles d'études, de raisonnements 
et d expenences : la logique, la dialectique et la ^étaphy"^^^^^ 
nstotese trouvent encore l'ensemble le plus clair, le plus précis et le 
plus complet sur ces matières. ^ i>istuc 

Qui posséderait cos trois sciences, mais s'en tiendrait là, aurait 
sans doute de la force et de la concision dans l'esprit. Ce seraH 
comme un corps tout os et tout nerfs, mais n'ayant peut-être poh 
de cha,r, point de peau, point de couleur, poinï de grâce. Il est n 
.t qu. a.de lanatureà yjoindre ces autres avantages ; à domJrV" 
justesse et a la v.gueur de la pensée, l'expression conv;nable pÔt^ la 
a.r entrer plus faclement dans les cœurs : on l>pelle rhétolue 
on 1 art de bien d.re l'art de persuader. C'est encore Aristo le 
premier qu, en a écrit un traité complet. Il regarde cet art comZ 
....suite et un complément de la Lectique' T.ust homme 
participent al un et à l'autre. Il n'y en a pas un qui ne se merde 
..somier et de discuter, qui n'entreprenne d'accuser un ennem ou 
ose de endre soi-même. Dans le grand nombre, les uns le fon au 
u.sard, les autres par une certaine habitude. Observer pourquoi 
tantôt I s réussissent, tantôt ils ne réussissent pas, tout le monde 
convient que c'est là une œuvre de l'art. La rhétorlqu; est ainsi Teïon 
.-.stote, 1 art qui enseigne à trouver sur chaque objet ce qu'il y de 
plus propre a persuader. Ces objets sont de trois sortes, q^ui rent en 
au fond l'une dans l'autre : !« le juste et l'injuste, pour accuser où 
défendre: c'est le genre judiciaire; 2» l'utile et le dangereux pouï 
mx)ir SI ce qu'on veut faire l'est ou ne l'est pas : c'est le genre dé 
teatif ; 3o l'honnête et le honteux, pour louer ou ml^jJl 
J.. on appelle le genre démonstratif. Mais il est facile de voir corn! 
.en le christianisme a rehaussé la vocation de l'éloquence 7Z\i 

t^T^tlT '' \ ^'r '^ P"^^*^"^^- '^ Justice,lnrc 
|u.l y a de plus beau, de plus utile, de plus honorable; et d'éviter 
.nj»st.ce comme œ qu'il y a de plus laid, de plus fune te de I 
h nt^ux, et en ce monde et en l'autre. Sans avoir de toul cela une 
.dee bien nette, Aristote sentait néanmoins, comme Pla o que I 
devait être ainsi. 11 démontre que la rhétorique est utile, pa la raison 
que la venté et la justice sont naturelle -^ent meilleureHue ÎZ 
contraires. Ce qui suppose que la rhétorique ne do tTesuade a" 
rune chose mail vaisp r.n«,„.^ :i i. j.m ■...• ^ . . _Ft;*s>uaaer au 



f i 



[ne chose mauvaise, comme il le dit lui-même «, mais nninuemenl 
l'J«»t,ceet lu vérité, comme nous l'avons vu dire à PlZ 1"-^ 

'Arist., met., 1. i,c. 1. 



288 





HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv. XX. Philos., poét.ei 
crate. Il n'y a que l'éloquence chrétienne qui se pi-opose ce but .f 
qui ne se propose que celui-là. ' 

Au-dessus de ce qu'on appelle communément éloquence oratoire 
s élève quelque chose de plus magnifique encore, la poésie SUp 
raisonnement est comme les os et les nerfs, l'éloquence comme I« 
chair, le sang et les couleurs qui produisent la beauté et les grâces 
Ja poésie est comme une transfiguration surhumaine de toutlecoNK 
pai- une participation plus abondante à la nature divine, tels à peu Dri 
:;ue seront nos corps à la résurrection glorieuse. Aussi tous les sièck 
e tous les peuples ont-ils supposé dans la poésie quelque chose d 
plus d,vm soit pour le principe qui l'inspire, soit pour le langage 
qu e!ie parle, soit pour !e sujet de ses chants. La gentilité l'anT 
quite en général, à qui Dieu ne s'était pas manifesté autant qu'il l'a 
ta-t depuis, ne pouvait que pressentir obscurément tout ce que !■. 
poésie devait être. Ses poèmes les plus be.ux ne sont à considér 
que comme des essais, des ébauches; les observations d'Aristote , 
cet égard, que comme des notions élémentaires. Car Aristote est en- 
core le premier qui ait écrit sur cette matière un traité complot Kt 
Il y suit la même marche que dans tout le reste. Il observe ce ciuc 
dans les poèmes de son temps, on trouvait généralement beau oii 
défectueux; ;1 tâche d'en découvrir les causes, et 'unit le tout 
avec sa netteté et sa concision ordinaires, dans un livre qu'il uomnio 
Poétique, et dont il ne nous est parvenu qu'un fragment. Ses obser 
valions ne se rapportent qu'aux poèmes grecs ; il n'en connaissait 
point d autres. Aujourd'hui, que les difiérentes nulions de latem' 
ontautan* de communications les unes avec les autres qu'en avaient 
jadis entre eux les petits États de la Grèce ; aujourd'hui que la foi 
nous fait entrevoir, et pour le corps et pour l'àme, upg vie, un 
monde, une éternité surnaturels et divins ; aujourd'hui pour faire 
une poétique dans les vrais principes d'Aristute, il faudrait obseiw 
d abord ce qu'on trouve généralement beau ou non dans tous lis 
poèmes connus de l'univers, en découvrir les causes, y joindre h 
vues nouvelles et infinies qui s'ouvre-ît devant la contempli.fion dur- 
tienne, et exposer le tout avec ordre, clarté et précision. Vouloirquil 
n y ait de beau que ce qu'Aristote a observé dans les poèmes grecs 
et dans la mesure que cela s'y trouve, c'est pécher non moins ce- 
tio Aristote que contre le bon sens. 

Être, vérité, bien, telles sont les trois grandes )-elatioi\s so.isley 
(luelles la philosophie considère toutes choses. L'être, considéré en 
soi, s appelle simplement l'être; considéré comme l'objet de; noire 
intelligence, il s'appelle venté; comme objet de notre volont., il 
s appelle bic!,. Dieu, étant l'Être suprême, est par conséquent aussi 



W'^ , la just 
seulement a| 
par-dessus i 

'^erep.. 1. 
SAug.,2)e ci 
III. 



. XX. Philos., poèt. et 
)i*opose ce but, et 

oquence oratoire, 
!, la poésie. Si le 
quence comme la 
uté et les grâces. 
le de tout le corj)s 
lie, tels à peu près 
ssi tous les siècles 
quelque chose de 
pour le langage 
gentilité, J'anti- 
té autant qu'il l'a 
it tout ce que la 
ont à considérer 
icns tl'Aristoteà 
p Aristote est eii- 
aité complot. Kt 
observe ce que. 
ilement beau ou 
t - î'unitle tout, 
vre qu'il nomme 
nent. Ses obser- 
n'en connaissait 
lions de la teiw 
es qu'en avaient 
'd'hui que la foi 



m. de Ja genitUté.] UE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. .jgg 

lasouveraine vérité et le souverain bien. Le soleil du monde vis.ble 

ment nous fa.t connaître les choses que nous connaissons c'est hd 
encore qu, leur donne l'être et l'essence ; et cependan ce 'n^s l^ 
one essence que le souverain bien , mais il surpasse Wncen^l 
en d,gmte et en puissance K Ce sont les paroL de Socrate et d 

tau t^Tn'T"*'^^-^"^'^ - *^"* ^^^- les créatures o^ 
s tenœrerien ;^^ '''^"' et cependant tout cela 

n^!re Tborethp?^?^^^^ ^' ^*'"' ^"* ''' '"«"'«"ent plus 
encore, et Don, et beau, et aimab e : de Dieu oui est la hnnf a i.. k . - 

l»bi,ité„,éme. Les ,„„ye„s d'arriver rceTirq-t^;^^^^^^^^^^^^ 

na. lie divines. La rdigion ou la piété lui rend tous les hommases oui 
..ont dus. La justice, la tempérance, la force, la prudenc"r„sT 

le a Uieu , plus ,1 s unit au souverain bien , plus il est heureux Ce 

^tL^Zir^^'T""^" ™"^ '"^"■^-- »»'* 

»t à^b ien „ /T ?' """ """■'^ ™"""* ''""''■" ^"bstant elle- 
en d ce bien ineffable, et que notre corps, ressuscité glorieux sni- 
«el incorruptible, participera lui-même à la gloire del2 E i 
*adan, , | espérance de ce bonheur soutient le juote a,' ni eu des 
:,:.« riides épreuves. Oui, disait un sage de mille L plu , "!„ 1 
Wrate,oui, disait Job, . j„ sais que mon rédempL est vZn 
H .1» au dermer jour je ressusciterai de la terre. Et je serai revêtu de 
»o,iveau de ma peau , et je verrai mon Dieu dan ma ehrièt 
.errai moi-même et non un autre, et je le contemplerai de né; tô 
l«s yeux ; cette espérance repose dans mon sein l » "^ 

W le est la science complète du bien, la morale catholique. Socrate 
:emalo» en avaient pressenti ce qu'il y „ de plus élevé ■ quc^D ,, 
l«t e souverain bien, la cause unique de tout ce ,,uî est boi a^ë 
.«tes les vertus se résument ;, devenir semblable à Dieu par la 'sal"- 
W.-, la justice et la sagesse; que pour produire des ver t" imn^s 
!»*me„l apparentes, mais réelles, l'unique moyen est d' inrDhH 
par-dessus toutes choses - que l'injustie^ sera punie info W 1 




♦•«p.. 1. 6, p. lJ9et no,{. 7, éd. 



Aug.,De ctt.,1.8,c. 8 

III. 



>nt 



bip. — 2 Job, 19. ~ 3 



Plat., Court f. 



19 






*®<* HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv. XX. Philos., poèt. et | 

ou dans ce monde ou dans l'autre. Leur rhétorique même et leur po- 
litique reposent sur ces bases. Aristote, leur disciple, sans être con- 
traire à ces doctrines, ne s'élève point aussi haut dans sa morale. Il 
la commence parla question du souverain bien, examine les carac- 
tères qu'il doit avoir pour rendre l'homme souverainement heureux 
quels sont les moyens ou les vertus qui peuvent nous conduire à ce 
bonheur ; mais il n'examine tout cela que pour la vie présente. Son 
éthique ou sa morale se divise , d'après cela , en éthique ou -iorale 
proprement dite, pour se conduire soi-même ; économique, pour con- 
duire sa maison ou sa famille : politique, pour conduire une cité, un 
Etat. Il ne voit rien au-dessus d'une politique nationale : ses idéelne 
s'élèvent pas jusqu'au genre humain, jusqu'à la société humaine en 
core moins jusqu'à la société des hommes avec Dieu, telle que it 
glise catholique l'a réalisée. Il ne parle d'aucune vertu qui ressemble 
à la foi, à l'espérance et à la charité divines; d'aucune vertu qui res- 
semble àl'humanité, à l'amour des hommes comme hommes, comni.> 
enfants du même père, habitants de la même cité et appelés au mènip 
bonheur éternel. Il est aisé de concevoir combien une parci'le mo- 
rale doit être incomplète, inconsistante, froide , impuissante. Aussi 
Aristote lui-même dit-il que les philosophes peuvent bien engagera 
la vertu quelques jeunes gens bien nés, et encore sera-ce beaucoup 
s'ils y parviennent ; mais , pour la multitude , il est impossible d'y 
réussir ; son naturel est d'obéir non point à ce qui est honnête, mais 
plutôt à la crainte. C'est l'affaire de la politique et des lois i. 

Impuissante sur l'esprit des hommes , si elle n'est qu'humaine, la 
morale ne trouve de consistance et de force qu'en Dieu. Aristote en 
est témoin. Quelque effort qu'il fosse pour fonder une morale pure- 
ment terrestre, ses propres raisonnements le ramènent à Dieu sur tons 
les points principaux. On le voit dans sa définition du souverain bon- 
heur, principe et fin de toute la morale. Résumant ses dix livres de 
morale à Nicomaque , où il a montré que le souverain bien ne?.,: 
dans la volupté, ni dans les honneurs, ni dans les richesses, ni même 
dans une vertu active, il conclut que le bonheur suprême dellioranip 
consiste dans la contemplation de l'intelligence , accompagnée di 
plaisir à cause de la beauté qu'elle contemph; , la sagesse. Ce bon 
heur suppose que l'homme ne manque de rien, qu'il jouit du rcpo; 
et du calme , qu'il a l'assurance dune parfaite longueur de vie: cai 
le souverain bonheur ne souffre rien d'imparfoit. Aristote avoue (iiia- 
lement que c'est là quelque chose au-dessus de l'homme, quelqiH' 
chose de divin 3 et ii en tire la conséquence, que, bien loin de suivre 

> De nior. ATicom.,]. 10, c. 10, 



Labéî 

Elle cens 

Dieu, SOI 

contempl 

licieux : 1 

participe 

d'une par 

leurs, l'oi 

quelque ( 

Voilà qui 

cher dès i 

pensées, f 

y a d'hun 

céleste . Le 

remonter 

l'ontre la v 

On peut 

peu plus 1 

parfaiteme 

par là mên 

n'y a point 

rt par cons 

Le plus { 

Dieu. Aillei 

(In moins c 

y participer 

manières, 1 

f|uoi donc < 

[Waton qu'il 

^ souverain 

loutce qui 

inentspour 

voir s'empê( 

'•il à ses dei 

par lui-mêm 

lui-même roi 

' ^i morib . 



ir. XX. Philos,, poèf. et 
e même et leur po- 
pie, sans être con- 
dans sa morale. Il 
5xamine les carac- 
ainement heureux 
lous conduire à ce 
vie présente. Son 
éthique ou "lorale 
xomique, pourcoii- 
iduire une cité, im 
)nale : ses idées ne 
ciété humaine, en- 
ieu, telle que lÉ- 
îPtu qui ressemble 
îune vertu qui res- 
! hommes, oomnie 
; appelés au même 
I une parei'le mo- 
mpuissante. Aussi 
nt bien engagera 
sera-ce beaucoup! 
îst impossible d'y 
est honnête, mais] 
des lois 1. 
it qu'humaine, la j 
Dieu. Aristote 
une morale pure- 
entiiDicusurtoiisl 
lu souverain bou- 
ses dix livres de 
rain bien n'ef.,:| 
chesses, ni même 
rême deriioraiiif 
accompagnée è\ 
sagesse. Ce bon- 
'il Jouit du repos 
jfueur de vieicarj 
'istote avoue liiia- 
bomme, quelqiii' 
en loin de suivie 



IM. de lu geutilité.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. .,94 

'ZZ^r'^^'T'"'^ "'^"'* rien ambitionner d'immortel, ~ 
,ift tendre au contraire, à tout immortaliser, afin de vivre seloi ce 
•H y^a de d.vm , et trouver ainsi le bonheur auquel tout le mond" 

La béatitude chrétienne remplit toutes ces conditions et au delà 
Ile consiste dans la claire vue, dans la contemplation immédiate dt 

!2mrtior f "' """"'"^ "^"^'^' ^---^ amabilité.ttt 
ontemp ation est accompagnée d'une joie ineffable, d'un repos dé- 
l.o.eux : le corps ressuscité, exempt de tout besoin e de toute peine 
particpe a ce te gloire; Thomme ainsi glorifié, le saint, est assuré 
«ne parfaite longueur de vie, d'une ét.'nite s;ns fin. Ctout a" 
le., s, 1 on manque toujours ou l'on craint toujours de manquer de 
quelque chose; partout ailleurs, le bonheur ne saurait être parfaU 
Vclaqui certainement est au-dessus de l'homme. Pour s'en apn^': 
cherdes cette vie, il faut, autant que possible, tout immortalfser 
pensées, paroles, actions, affections, et vivre, non .lus sX e S 
y a humam et de terrestre, mais selon ce qu'il ^ a de dTvin erde 
céleste Lors donc qu'Aristote cherche à tout borner à la ten-e à ne 
■emonter pas plus haut que la politique, il pèche no^seuta 
contre la vente, mais encore contre lui-même seulement 

pe!plurb!n" 'rf •'"' ^^"^.^^"«"^« d" raisonnement qu'il fait un 
peu p us loin. « Celui qui agit selon l'esprit, qui le soigne oui est 
parlement disposé, semble devoir être L:cLi deTDWiSe 
par la même très-heureux. Or, que tout cela appartienne au al 
..va point de doute. Le sage serait donc le plus chéri de la oSé 
et par conséquent le plus heureux 2. » i^ivmiit 

Le plus grand bonheur, suivant Aristote, est donc d'être aimé de 
eu. Ailleurs 1 nous apprend que Dieu seul possède la sagesse ou 
. moms q"'" la possède principalement, et que l'homme ne peu 
) participer que par la grâce divine. Dieu est donc, de toutes les 
.nan,eres, le souverain bien, la source du bonheur suprême Pou 

m^Z:^ '^''^ ^" ''^" '^ P^^'- conL sLate "t 
I ' K ' ''' "'"''' "" ^'^'' ^' dire nettement avec eux que 

. Tui . rh "' ''^*^'^.f "^«'^*-* P- ^--^-> -"- uniqie'de 
10 ce qu, est bon, va-t-il s'envelopper dans de subtils raisonne- 

. s empêcher d avouer la même chose à la fin ? Pourquoi oppose- 

u même' .«"" '"'' " '? ^^'"^'"^'" ^'^" ^^' "" '^^ «"^'stant 

conclut q,u^ le suprême bonheur, tel que lui-même imagine 

'0«mor.b.JV,com..l. U), ,. 7. - ' Jbid.,,. 9. 




2«2 HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv. XX. Philos., poèui 

qu'il doit être, est une chose au-dessus de l'homme? Puisque, bon 
gré, mal gré, le souverain boiiheur est de Dieu et en Dieu, pourquoi 
ne pas parler des vertus qui tendent plus directement à Dieu, et par 
là même au bonheur ? Puisque le comble du bonheur pour le sage 
est d'être aimé de Dieu, pourquoi ne pas conclure que le principal 
devoir et du sage et de tout homme, c'est d'aimer Dieu ? 

Heureux le chrétien qui est délivré de toutes ces incertitudes ; qui 
dit tous les jours avec l'Église catholique : Je crois la vie éternelle; 
qui apprend de son catéchisme que cette éternelle vie est la claire 
vue.de Dieu, la jouissance parfaite de tous les biens; qui tous les 
jours produit les actes des vertus les plus méritoires de ce bonheui 
infini, la foi, l'espérance et la charité. Heureux le chrétien qui, ai- 
mant Dieu de tout son cœur, de toute son âme et de toutes ses forces 
et le prochain comme soi-même, pour l'amour de Dieu, accomplit 
toute la loi et les prophètes ; le chrétien qui, en aimant le prochain 
comme soi-même, accomplit par là même toute vertu et toute justice 
à l'égard de ses semblables ! Telle est la divine morale où Ai-istote i 
n'a pas atteint, mais que Platon et Socrate ont entrevue. 

Où l'on retrouve Aristote avec tous ses avantages, avec sa netteté i 
et sa précision, c'est dans ce qu'il dit sur les vertus moins élevées et 
connues plus généralement de tous les gentils: la tempérance, la ! 
justice, la force, la prudemîe. Il a deux livres admirables sur l'amitié, 
Quelquefois il redresse ses maîtres. « Socrate se trompait, dit-il, 
quand il soutenait que la prudence était toutes les vertus; mais il 
avait raison de dire qu'il n'y a point de vertu sans la prudence. En 
voici la preuve. Tous les hommes, quand ils définissent la vertu, di- 
sent que c'est une habitude conforme à la droite raison. Or, la droite 
raison est celle que la prudence dirige. Tous les hommes devineiil 
donc en quelque sorte que la vertu est une habitude conforme à la 
prudence *. » il n'approuvait pas non plus Socrate, enseignant que 
les vertus n'étaient que des sciences ; car les sciences ne sont que 
dans la partie intoUective de l'ànie, et non dans la partie affective el 
sensitive ; si donc la vertu n'est qu'une science, il n'y aura point de 
vertu dans les sentiments, les affections , le cœur , la volonté 2. k\ 
sens conmuui est encore ici pour Aristote. Il n'est personne qui 11» 
sache par expérience qu'il ne suffit pas de connaître le bien pour lel 
faire ; il n'est personne qui n'ait éprouvé plus d'une fois la vérité del 
ce que dit le poëte : Je vois ce qui est meilleur, et je l'approuve ;je| 
suis cependant ce qui est plus mauvais ^. 



» Demor. Nicuin.,]. (î, c. m — ^ Ibid., m Magn. moral., I. 
•■' ()\iil. Video mvlinra, proboque; ilvteriora sequor. 



),c. I 



hlst. de la sentllité.] DE I/RgLISK CATHOLIQUE. 293 

Aristote parle fort bien du libre arbitre, distingue avec soin ce qui 
est volonta.reet ce qui ne l'est pas, ce que l'on feit spontaném?n?e 
avec conna,ssance, de ce que l'on fait par violence ou sans leTavoi 
Nous confessons tous dit-il entre autres, que ce que l'on fait volorL- 
rem nt et a dessem, l'on en est cause ; mais qu'on ne l'est pas de œ 
quelon fa>t involontairement. En conséquence, si quelqu'un fa^^ 
b.en ou le mal volontairement et à dessein, nou le louons ou le blâ! 

'IiL: «' ''?"' '' ^'^"'^'^ «" ^«"« '« ^«v«-. i' n'y a ni louange 
I. bl me. B.en plus, celui qui fait le mal sans le iouloir et contreTn 
,ntent.on, au heu de le blâmer, nous le plaignons. En un mo co^" 
cluK qm que ce soit que nous louions ou que nous blâmions nous 
regardons moms à ce qu'il a fait qu'au dessein qu'il a eu i. Il 'ajoute 
que ces principes méritent une grande attention de la part des lél- 
^.eiirs, pour distribuer avec justiœ les récompense' et les châll 

Parlant du droit qui régit ou doit régir les États, il ne distingue pas 

S'dU il t^T"'' '"' "^*""' '''' ^-* »^^^'- L^^r^t na 

r„on r P l^v T " P''*'"* *' "^^"^^ ^^^^' ^"'" ^'t «té décrété 
u non. Le droit légal est celui qui, dans le principe, peut être in- 

d,fïeremmen d'une manière ou d'une autre, mais non plus quani il 
est décrète: tels sont les poids et mesures 2. Le juste est la coutume 
nn écrite de tous les hommes ou du moins de la plupart, qui défi' 
n.t ce qui es honnête et ce qui est honteux : par exemple Lnorer 
ses parents, faire du b.en à ses amis, être reconnaissant envers ses 
bienfaiteurs, les lois écrites ne commandent pas ces sortes de choses 
mais cela est ordonné par la coutume non écrite et par la loi com- 
.nune. Voilà ce que c'est du juste. La loi, au contraire, est le com- 
mun consentement de la cité, ordonnant par écrit ce qu'il faut faire 
en particulier 3. Il y a donc deux espèces de lois, la loi commune et 
la loi particulière, celle-là non écrite, celle-ci écrite. La loi commune 
est aloi naturelle. C'est ce quelquechose que tous les hommes augu- 
ren être de sa nature universellement juste ou injuste, lors même 
qa ils n auraient aucune sociét.'., aucun pacte les uns avec les autres. 
Il n est pas d aujourd'hui ni d'hier, dit Euripide, mais il vit toujours • 
niil ne saurait dire de qui il est *. 

Quant à l'application de sa morale à la famille et aux États, voici 
lit substance do ce que dit Aristote. 

La communauté de l'homme -■ 4^ la femme, la société domesti- 
que ou la famille, est naturelle etnécissaire : naturelle, parce que c'est 



il 



' Eiulrm., I. ?,f. (i rin. - a /f,,^ | 4 
-'«/•«/.J. l,c. 13. ' ' ■ 



5. - ^RhpL ad Alex.^c. î. 





294 HISTOIRE UNIVERSELLE [Llv. XX. Philos., poët. f, 

là que l'homme naît et qu'il devient homme; nécessaire, parce que 
l'homme ne naît et ne devient homme que là. 

La communauté de plusieurs familles ou maisons est une bourgade. 
La bourgade se forme naturellement par des colonies de la famille. 

La communauté parfaite de plusieurs bourgades est une cité, un 
État, une société politique. Il appelle communauté parfaite, celle qui 
se suffit généralement à elle-même. La cause qui la fait naître, c'est 
de vivre ; la cause qui la fait subsister, c'est de vivre bien. 

Toute cité, toute société politique est donc naturelle, puisque les 
communautés premières le sont, la famille et la bourgade, et qu'elle 
en est la fin. Or, la fin, c'est la nature. Car ce qu'est une chose, lors- 
que sa formation est achevée, homme, cheval, maison, nous disons 
que c'est sa naturo. De plus, ce pourquoi une chose est, et ce qui en 
est la fin, c'est c« qu'il y a de meilleur. Or, se suffire à soi-même, 
c'est la fin et par conséquent ce qu'il y a de meilleur. Tout cela fait 
voir que la cité est naturelle, et que l'homme est naturellement un 
animal politique, un être fait pour la cité, pour une société com- 
plète ; beaucoup plus encore que l'abeille ou d'autres animaux qui 
aiment à vivre ensemble. Car, comme nous le disons, la nature ne 
fait rien en van. Or, de tous les êtres vivants, l'homme seul a la pa- 
role. La voix est .bien le signe du tlaisir et de la peine ; aussi se 
trouve-t-elle aux autres animaux, leur nature allant jusqu'à sentir 
la peine et le plaisir, et à s'en donner des signes les uns aux autres, 
La parole est faite, au contraire, pour manifester ce qui est utile ou 
nuisible, par conséquent aussi ce qui est juste ou injuste. Ensuite, 
parmi tous les animaux, l'homme seul a le sentiment du bien et du 
mal, du juste et de l'injuste, et autres choses semblables. Or, c'est 
la communion de ces choses-là qui fait la famille et la cité *. 

Une famille ou maison complète se compose d'esclaves et de per- 
sonnes libres. Ces dernières sont l'homme, la femme et les enfants. 
Chez les barbares, la femme et l'esclave étaient au même rang. Aris- 
tote reconnaît que, suivant quelques-uns, l'esclavage n'était pas selon j 
la nature ni selon la justice, mais un effet de la violence Pourl 
il est d'avis qu'il y en a de naturellement esclaves. 

Le droit de commander et le devoir d'obéir, ayant pour fin le sa- 1 
lut commun, sont déterminés par la naturi). Qui est dans la société! 
ce que l'Ame est dans l'individu, qui 3st capable de prévoir par su 
intelligence, celui-là est naturellement chef et maître; qui est dansli 
société ce que le corps est dans l'individu, (jui peut exécuter par soi 
corps ce qui a été prévu, celui-là est naturellement sujet ou eadm\ 1 



' T)erep.,\. l,c. 2. 



t l'î 



Mst. de la gentilité.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 295 

Il y a donc des esclaves par nature *. Aristote prétend aême que la 
nature distingue physiquement les esclaves des hommes libres- aux 
ans elle donne des corps robustes, tels qu'il en faut pour les travaux 
mécaniques; aux autres, des corps inaptes à ces sortes de travaux 
mais propres à la vie politique 2. ' 

Il ne met aucune différence entre maître, despote, souverain, chef 
commandant, d'une part; ni entre serviteur, esclave, sujet, subor- 
donne, commandé, de l'autre. Est esclave quiconque ne commande 
pas; n est libre que qui participe à la souveraineté, comme dans les 
démocraties '^. 

D'après cela, il définit l'esclave une espèce de propriété animée. 
Naturellement il n'est point à lui, mais à un autre. Son service dif- 
fère peu de celui des animaux domestiques *. 

l'ne difiiculté l'embarrasse. Outre les vertus instrumentales et mi- 
nistérielles, en faut-il aux esclaves encore d'autres, telles que la tem- 
pérance, le courage, la justice? Si oui, en quoi diffèrent-ils des per- 
sonnes libres? si non, comment seront-ils hommes? Aristote répond 
qu'il leur en faut le peu qui leur est nécessaire pour ne pas négliger 
leur besogne. En conséquence il n'approuve pas ceux qui dépouil- 
laient les esclaves de la raison, et qui prétendaient qu'ils n'avaient 
qu'a recevoir des ordres ^. 

Il y a quelque chose de plus fort : c'est cette réflexion qu'il fait ail- 
leurs. Si les hommes s'étaient réunis en cite simplement pour vivre 
et non pas pour vivre heureux, les esclaveset les animaux en seraient! 
Or, lis n'en sont point, parce qu'il ne leur est pas donné de partici- 
per au bonheur et de vivre à leur choix ». 

Ce qu'il y a d étonnant, c'est que, pour soutenir la naturalité de 
I esclavage, Aristote va contre ses propres principes. Le père doit 
eonimander à la femme et aux enfants, dit-il, non comme à des es- 
.iaves, mais comme à des personnes libres t. Or, lui-même observe 
que la bourgade se forme naturellement par l'établissement des en- 
tants autour de la maison paternelle. Par conséquent, selon la nature, 
m dans la famille, ni dans la bourgade, ni dans la cité, il ne devrait v 
avoir d'esclaves. 

Voici, du reste, le traitement qu'il veut que leur fasse le père de fa- 
mille. Il ne doit leur souffrir ni insolence ni paresse; les faire travail- 
ler suivant le proverbe : - 11 n'y a point de loisir pour l'esclave ; - 
user de réprimandes et de chAtiments lorsqu'ils en méritent; leur 
donner toutefois suffisamment à manger, car le salaire de l'esclave 



'|| 



>/)f- 



rep., l. 1, c. 2, 3, 5.— » Ibid, 



Ibid. 



c. 6. — 3 Ibid. — i> Ibid. 



n 



' I 
i 



c. lI.-«/6td., L3,c. 9.-7 lbid.,\. 1, 



c. 4 et .1 




*•• H'STOIRE UNIVERSELLE [y y. XX. Philos., pog, „ 

est la nourriture. II faut même, conclut-il, fixer à tous un terme- (,p 
Il est juste et avantageux que la liberté leur soit proposée comme!, 
pm. Ils travaillent de bonne volonté, lorsque le prix et le temps oï 
détermines L Platon ne porte pas son humanité aussi loin éZ 
qu il dit des esclaves au sixième livre des Lois. 

Aujourd'hui cette seule idée nous révolte qu'un homme vende ou 
achète un autre homme, comme il ferait un bœuf ou un âne. Ane en 
nement on ne voyait rien d'extraordinaire à cela. A l'époque où I 
sommes de notre histoire, la Grèce était la contrée la plus libre" 
plus policée du monde, et les Athéniens, les Lacédémomens, les C 
sahens, les peuples les plus libres et les plus policés de la Grèce n" 
dans la seule ville d'Athènes et ses environs, il y avait quatre om 
mille esclaves pour trente mille personnes qui ne l'étaien?pas' En 
core de ce. trente mille, y en avait-il dix mille qui, sans être escl " 
ve^n avaient pas tous les droits de cité; ce qui faisait, au bom t 
compte, quarante esclaves pour deux citoyens, ou vingt pour un 
Lacedemone les esclaves étaient encore plus nombreuxf mais u' 
eut Ils y étaient traités plus durement. Un peuple tout entier, M 
o es, sy voyait réduit à un esclavage privé et public. Tous les an" 
es Hilotes recevaient un certain nombre de coups de fouet, sansqu' s 
les eussent mentes, pour les empêcher d'oublier leur servitude 
un de ces malheureux semblait, par la noblesse de sa figure ou Iv 
legance de sa taille, s'élever au-dessus de sa condition, on le condan " 
nait a mort ou à être estropié. Quelquefois même, pour prévenir le,, s 
révoltes, quand ils devenaient trop nombreux, les magistrats de La 
cedenione choisissaient parmi les jeunes citoyens les plus braves et 
les plus hardis, et les envoyaient tout armés pour tuer les Hilof., 
comme des hHes féroces 3. C'est ainsi qu'ils en massacrèrent une fois 
«tit-on, jusqu'à deux mille en une seule nuit. Les Thessaliens nn\2 
vantaient d'être les plus libres des Grecs, paraissent avoir eu'le pi 
d esclaves. Ils en avaient également tout un peuple, les Penestes Ces 
derniers étaient en si grand nombre, que leurs maîtres en faisaient 
un objet de commerce et qu'ils les vendaient aux autres nations Si! 
en était amsi dans la Grèc^ que devait-ce être ailleurs? Si, dans la 
république d'Athènes, les dix-neuf vingtièmes de la population étaient 

Tarbares?"^"' '^'^ '*'^ '^'' '"' ^'"P'"' *^"' '"' ^'''' 'PP'^'*'^"' 

Mais, au lieu d'augmenter, diminuons : ne supposons que les neuf 

dixièmes II s'ensuivra toujours que ce que nous nommons peuple 

aiijourd hui dans (Chaque contrée, que lu masse du genre humain était 

» Kcor,omù,.,\. l.c. 5. - ^ MMnée, |. fi. - .Thucyd., I. /,, Pausan. I.aoon. 



hijt. de la gentilité.] DE I/ÉGLISE CATHOLIQUE. ^91 

esclave, que la condition commune était l'esclavage, et que la libert^i 
n'était que le privilège d'un très-petit nombre. Qui donc a changé 
nos Idées la-dessus? Qui donc, dans une portion considérable de la 
terre, a délivre 1 homme de l'homme? Ce n'est point la philosophie 
bes pères e ses pnnces, Socrate, Platon, Aristote, dans les constitua 
tions et les lois qu Ils imaginent pour leurs républiques idéales, n'ont 
pas un mot qu. laisse pressentir ni même qui semble désirer ce mer- 
veilleux changement Aristote fait des syllogismes pour prouver que 
lesclavage es une chose naturelle; Platon, vendu lui-même comme 
esclave, ne dit rien, m de près ni de loin, contre un pareil trafic. Des 
philosophes monteront sur le trône, ils ne diront pas plus, ils ne fe- 
ront pas plus que Platon ni Aristote. L'homme ne sera délivré de la 

servitudedelhomme,ainsiquedesautresservitudes,queparl'Homme- 
D.eu, qui les rachètera tous et chacun au prix de son sang, qui leur 
donnera un commandement nouveau : Aimez-vous les uns les autres 
comme je vous ai aimés moi-même; quiconque voudra devenir le 
plus grand d entre vous, sera votre ministre, et qui voudra être le pre- 
mier, sera votre serviteur *. ^ 

Aristote ayant défini la société politique, une communauté pour 
vivre heureux, examine jusqu'où cette communauté doit s'étendre 
pour arriver à son but. Il critique à ce sujet, et avec raison, la com- 
munauté de femmes et de biens que Platon pensait introduire dans 
sa république idéale. Entre autres inconvénients, ce ne serait plus une 
communauté mais une confusion. II examine de même les républi- 
ques idéales de quelques autres, ainsi que les gouvernements réels de 
Lacedemone, de Crète, d'Athènes. Pour procéder en ses comparai- 
sons d une manière plus sûre et plus pratique, il avait décrit, dans un 
ouvrage a part, qui n'est point venu jusqu'à nous, les institutions po- 
litiques de cent cinquante États différents. 

Il distingue trois sortes de gouvernements : la royauté, l'aristocra- 
tie, la démocratie, suivant que c'est un seul qui gouverne, ou quel- 
ques-uns, ou le grand nombre. Toutes les trois .-^ont bonnes et légi- 
times, quand elles se proposent l'utilité commune, et non pas l'inté- 
rêt particulier des gouvernants. Lorsque le contraire arrive, elles se 
corrompent et dégénèrent toutes trois, la royauté en tyrannie, l'aris- 
tocratie en oligarchie, la démocratie en démagogie 2 ' 
De ces trois formes, la royauté lui paraît la meilleure, l'aristocra- 
■e la seconde, la démocratie la dernière. Mais aussi la corruption de 
H royauté, ou la tyrannie, est à ses yeux ce qu'il y a de pire; et celle 
cle la démocratie, ce qu'il y a de plus modéré. On serait tenté de 



' H 



. Pauaan. I.aonn. ■ ' Matth., 20, 2fi. — « L. 3, c. 6 et 7. 



l"i ' 



II! > 



II- 

II 



I 






* "'«™'«E UNIVERSELLE [Liv. XX. Phllog., p„ëi , 

croire le contraire. C'est qu'on juge ordinairement d'après le bn. . 
que l'on entend, et que le peuple-tyran fait beaucoup plut de b 
que de mal, tandis que le tyran qui porte le nom de roi^ fait plus 
mal et moins de bruit. ' P "^ ^^ 

Ce que c'est qu'un roi, voici comme l'entend Aristote. Celui nui m 
capable de prévoir par son intelligence ce qui est utile à la comL , 
naute, celu.-la en est le chef de par la nature. Ainsi, le ^éreT^i, 
fam>lle qm est une espèce de royauté. Aussi, dans 'origine Î' 
les ctes étaient gouvernées par des rois, car elles étaient aie 1 1 
extension naturelle de la famille i. Lors donc qu'il appa"aîtt ^^ 
V .du, plus vertueux à lui seul que tous les autres ensemble, il est i "t 
est naturelque celui-là soit roi; car il estprobablequec Ju ï 
parmi les homn.es. Tous lui obéiront spontanément : ce sera un ^ 
perpétuel dans la cité 2. ^^^ un roi 

Aristote donne peu à l'imagination. Ce qu'il vient de dire estd'an 

ant plus étonnant; car cela se trouve réalisé au pied de la lettredat 

a personne de l'Homme-Dieu, dans le Christ, qui est ainsi, dap 

la justice et la nature, le seul roi légitime et éternel de tous. 

Une s 11 se trouve une race tout entière ou une classe d'hommes 
qu. 1 emporte en vertu sur tout le reste de la multitude, il est égale- 
ment juste également naturel qu'elle devienne la classe royale etL 
vernan e, la maîtresse de tout. C'est là, d'après la force du moî a 
véritable aristocratie ou le gouvernement des meilleurs K Ces idées 
paraissent un commentaire philosophique de ces paroles de Daniel 
M le jugement fut donné aux saints du Très-Haut, et ils obtinreni' 
la royauté *. 

D'après ces principes, on pourrait douter que le gouvernement dût 
jamais être confie a la multitude, comme cela se fait dans les démo- 
craties. Aristote qui se fait cette difficulté, y répond de cette manière 
Il se peut que le grand nombre, parmi lequel chaque individu n'est 
pas un homme vertueux, devienne cependant, lorsqu'il est assemb 

individuellement, mais pris tous ensemble. De même que les repasoi, 
chacun paye sa part sont plus splendides que ceux dont un seul fait la 
depcnse,^car le nombre étant considérable, chacun a une portiondo 
vertu et de prudence ; en sorte que cette multitude, en s'assembiant, 
devientcomme un seul hommeayant plusieurs pieds, plusieurs niaiiis 
et plusieurs sens : il en sera de même pour les mœurs et pour l'intel- 
ligence. C est pourquoi le grand nombre juge mieux des œuvres mu- 
sicales et des œuvres poétiques, celui-ci une partie, celui-là une a„- 



*L. 1,0. 2.- »L. 3.C. J3etl7.-a /b.Vi. - * Dan.,7, 



22, 



Iliiil. de la g«ntillté.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. s«f 

Itre, et tous le tout. La multitude est d'ailleurs moins accessible à la 

corruption que quelque peu d hommes ou qu'un seul. Aussi la foule 

juge-t-elle mieux de beaucoup de choses que quelque individu que ce 

I soit '. 

Bien que ces trois formes de gouvernement soient bonnes et légi- 
I limes en elles-mêmes, il ne faut pas croire cependant que toutes 
conviennent partout. Il y a des peuples naturellement royalistes, 
d autres naturellement aristocratiques, d'autres enfin naturellement 
hieniocratiques, suivant que leur caractère naturel les incline à sup- 
porter une de ces formes de gouvernement plutôt que l'autre 2 

Les gouvernements dégénèrent par les mêmes causes que lés in- 
dividus; car les mêmes vertus forment l'homme de bien et le bon 
citoyen, le bon magistrat. Lors donc que le monarque règne selon 
la loi, sur des hommes qui le veulent bien et pour leur utilité com- 
mune, il porte le nom de roi ; mais si, entraîné par ses passions ou 
par ses flatteurs, il se met à gouverner d'après son caprice, pour son 
propre intérêt et parla violence, sur des gens qui ne veulent pas de 
lui, alors il devient tyran. C'est la pire espèce de gouvernement. Il 
Ue peut subsister que par la violence et la corruption. Sa politique 
poursuit trois choses : réduire ses sujets à n'avoir que des sentiments 
bas et serviles, entretenir la défiance parmi eux, leur ôter tout moyen 
do rien faire. Dans ce but, étouffer tout ce qui a de la tête et du cœur, 
ainsi que tout ce qui peut en donner, les associations, les assemblées' 
les repas publics, les écoles, les réunions littéraires ; employer tout 
an monde pour que les citoyens restent inconnus les uns aux"autres, 
parla connaissance produit la confiance mutuelle ; avoir partout 
des espions pour savoir ce qui se fait ou se dit jusque dais l'intérieur 
des familles; semer partout la discorde, indisposer 1 peuple contre 
[les nobles, les esclaves contre les maîtres, les femmes contre lesma- 
I ris, car les femmes et les esclaves ne veulent guère de mal aux tyrans • 
éloigner des emplois tous les hommes de bien; n'avoir pour amis 
que des flatteurs; se faire garder, non par ses sujets, mais contre ses 
sujets par des étrangers. Enfin , il n'est aucune espèce de méchan- 
I eeté qui manque à la tyrannie ^. 

L'aristocratie dégénère pareillement en ce qu'on appelle oligar- 
chie, lorsqu'au lieu de se distinguer par la vertu et de se proposer 
i'utilile commune, ceux qui gouvernent n'estiment que les riches- 
! ses, ne pensent qu'à se distinguer par les richesses, n'envisagent l'au- 
tonte que comme un moyen d'amasser plus de richesses, et se per- 
mettent pour cela tout ce que font les tyrans. 



De rep., I. .3,c. lî rt 15. — 2 L. .'î, c. il. — a 



L. 5, c, M. 







" HISTOIRE UNIVERSKI.LE [U». XX. PhUo.., po« J 

La démocratie légitime dégénère en démagogie lorsque ce «„•« , 
«de plus bas dans le peuple, ce», qui n'ont aucune fortune^e ' ' 
«re moms de vertu, voyant qu'ils sont les plus nombreux, se ' " 
^nt entraîner par des flatteurs à dépouillerct à tyranniser le r„,; " 
C« e peuple auss, est un monarque, non pas individuel, m^^ 
tect,f. Il cherche donc aussi à faire de la monarchie, lu ; à 11 t 
seul, sans la lo, et en despote. Il prend les allures et es mœ„S 
tyrans : comme ceux-ci, il a des flatteurs qu'on appelle Tnl 
gués , ces flatteurs grandissent en puissance et en rich ss^ *" 
q«ete peuple dispose de tout et qu'eux disposent de l'5i„r: 

Mais, finalement, quel est le meilleur gouvernement, quelle esl ' 
me Heure v,e pour la plupartdes États et pour la plupart d Tm 
mes, non pas en prenant pour type de comparaisonle gouverna* 
fonde sur la plus grande vertu, ni celui qu'on pourraft soûl,., ™,e 
maginauon, ma,s en considérant ce qui est possible, ce quie ^^1 
table à la plupart des hommes et en la plupart des 'cités' ou £ 

La^l ,"" ■ "û ""' "" '"" '*™'<"« ' ">'" l"'^"» ^»'"«on " C 
vt.1 '' f '""""" ""' '<^"<' l"' ""'V^^" '« "'«"S de suivre . 
tome'i.^^^ ^.''" '*''"' ™ -certain milieu. La vie du milieu est dor 
même deT' Tf """ ''"' "'"'™" P«"y P'^nir. H en est 
ZTt^, "' ''" ""' "' "" «""vernement d'un État. La vi, 

'1 un mat, cest son gouvernement. Dans tous les États il v a tml. 
classes: les très-riches, les très-pauv,.s et les hommes entLî 

vaut ie mfer r 7"'" """f»^*'"!"^ '« «-"ieu, la modérai!.., 
vaut le mieux, une fortune moyenne sera la meilleure : elle est nte 
disposée à éeoufc,r la raison. Mai., cequi est extraordinairement la 
extraordmairement fort , extraordinairement noble , extraorl*.' 
ment riche auss, bien que ce qui est extraordinairement pau" 

cilement Ceux-là se portent à l'insolence et aux grands forf* 
çeux-ci deviennent fourbes et très-méchants dans de petites chose' 
Les injures se commettent d'un côté par 4 .leure, de rautre par » 
lice. Les uns ne veulent ni ne savent endn-e; f n.r.rité, ils re s,i,« 
que commander en despotes; les autr , ,-.,.aoi!,,s à gouverner" 

Z!;!?'"'^''' '" '*°''"''- " y ""'•'' ^'"^ »"" «« d'esclaves elè 
despotes, mais non pas d'hommes libres; les uns porteront envie 

jërâS T^'f ""^P"^™»' «'"''-'*• Or, rien n'est plus éloigné 
■ne ^1 î^ - eommunauté politique ; car la communauté ei 
ne espèced amitie. La cité demande à se composer, autant que poi 

' ï . 4,c. 4, in fine. 



Ibist. de la gentilité.J DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 301 

le, de membres égaux et semblables. Cela se trouve le plus dans 
lafortune moyenne. Lesgens decette sorte, n'étant pas pauvres ne 
onvoitent pas le bien d'autrui ; n'étant pas riches non plus, les pau- 
vresne leur envient pas le leur ; sans dresser d'embûches et sans en 
avoir a craindre, ils vivent en sécurité. C'est donc un bon souhait 
,|ue celui de Phocylide : Il j a beaucoup d'avantages à la classe 
moyenne; je veux être un citoyen du milieu. Il est donc évident que 
j.tk. société politique est la meilleure, qui se compose d'hommes de 
la moyenne classe, et que ces cités-là peuvent être bien gouvernées 
oucetteclasse est nombreuse et où elle l'emporte, surtout si elle 
I emporte sur les deux autres à la fois, sinon sur l'une et l'autre sé- 
parément; en sorte qu'elle donne la prépondérance au parti qu'elle 
secondera, et qu elle puisse empêcher les excès des deux parts ' 

Ln résultat général, l'on trouve dans la république d'Aristote 
kaucoup de détails et d'observations curieuses fondées sur l'exné- 
Inence des constitutions politiques d'alors ; mais pour l'ensemble, il 
Inès élève pas au-dessus de l'idée d'une ville. Il est par conséquent 
Irès-incomplet pour la société actuelle. Aujourd'hui, le moins qu'or 
envisage, c est une nation. Le genre humain est dans tous les esprits! 
pieu la visiblement constitué dans l'unité par l'Église catholique. 
Des idées, des sentiments auxquels l'imagination de Socrate et de 
Platon ne pouvait atteindre, sont devenus des idées vulgaires des 
senljments de tout le monde. Pour faire aujourd'hui une politique 
véritable, il faudrait partir de cette constitution divine de l'humanité 
et y coordonner les constitutions humaines des nations. ' 

Aristote finit par la manière dont il convient d'élever les enfants 
Son plan d éducation est conforme à ses principes, c'est-à-dire pure^ 
ment politique : la grammaire, la gymnastique, la musique, lapein- 
tire; rien de ce que nous appelons propicment religion et morale 
Un y rencontre même des choses qui nous font horreur. S'il naît un 
enfant mal conformé, la loi défendra de le nourrir ; s'il naît à un 
père plus d'enfants que la loi ne lui permet d'en avoir, il les fera 
I mourir avant leur naissance par l'avortement. Pour ceux qu'on se 
décidera à laisser vivre et à élever, il veut qu'on éloigne et de leurs 
yeux et de leurs oreilles toute parole et toute peinture déshonnêtes 
Les magistrats veilleront à ce qu'il n'y ait nulle part d'images ou de 
statues de cette espèce, si ce n'est dans les temples de certains dieux 
auxquels la loi décrète ces infamies, et qu'elle permet de fréquenter 
aux personnes plus âgées. Pour les jeunes gens, elle ne doit pas 
même souffrir qu'ils soient spectateurs de farces ni de comédies, 

'L. 4,c. 12. 



15: 






1"' 
I ) 




^^2 HISTOIKE UNIVERSELLE [Liv. XX. Philos., poèi , 

s wêrt' '" "' '"' '" ^'''' ^''''''''' '"^ ''''' P»^»'^« et de 
On ï« voit Aristote, et, avec lui, la philosophie tout entière, n'a nas 
nneux défendu les droits de l'humanité que les droits délai 
Ce qu d y a de plus d gne d. comn.isération sur la terre, la fa ; 
et le malheur, les enfants et les esclaves, la philosophie en alS 
le meurtre et l'oppression. Le Dieu véritable qu'eHc conna £ 
Dieu qu. a crée le c.el et la terre et tout ce qu'ils renferment!^ 
lu. a rendu aucun culte; mais, tout en les désapprouva 
ond du cœur, elle a autorisé les plus infâmes tuJpitudes 1 
honorer les esprits impurs de l'enfer. Au milieu des avanta 
que lu. donnait l'amitié d'Alexandre, on ne voit pas qj^? 
ote en a.t profite pour faire mieux connaître aux hommes et 1 1 
a.re i^.eux respecter, soit ce qui est dû à l'homme, soit ce qui? 
du a I),eu. Pour Alexandre, il aurait voulu être le seul à savoT,. 
qu'.ly avait de plus élevé da..s l'enseigne.nent de s"n m2 

f ^cp'^e^yant publié, sur la physiq.,e et la métaphysique"] 

eçons qu .1 ava.t fa.tes à ses disciples les plus affidés, le conque 
lui écrivit en ces termes : « Alexandre à Aristote, s^lut : vï^ 
vez pas b.en fait de publier les discours acroatiques. Car en 1^ 
differerons-nous des autres, si ce que vc-is nous avez enseigné^ I 
part,cuher devient commun à tout le monde;? Moi, j'aimerais enco 
mieux être supérieur aux autres dans la connaissance des cho 
plus relevées, que de les surpasser en puissance. Portez-vous b 
Le philosophe lu. repondit : «Aristote au roi Alexandre, salut • ^o^ 
iK avez écrit touchant les discours acroatiques, persuadé qu'il faut 
conserver secrets. Sachez qu'ils ont été publiés et qu'ils ne 
ete ; carils ne sont mtelligiblesqu'àceux qui nousont entendu il 
ez-vous bien ^.,> Ainsi, ni l'un ni l'autre ne cherchait vraiij 
Wer les hommes, mais à se distinguer de la foule et à s'e. t^ 

es Z'd '""■ r'' ^^"'"^ '''' ^"*''^P- d^ - grandes Z 

es, 1 un de conquérir le n.o.ide, l'autre de conquérir les scienm 

Ils ont reçu leur salaire. Ils ont travaillé pour la gloire, kX 

s est at acl.ee a leur nom. Aujourd'hui encore l'univers les admire, 

êîiToriLtTi ' ^'" '^"' '''''''' "^"^-"^--' '^ ^i-^ ^— ■ 

Platon et Aristoto sont com.ne les princes de la philosophie. To.ks 
deux ds I ont embrassée tout e..tière ; tous deux il en ont approfondi 
toutes les parties. Ceux qui sont venus à côté d'eux ou après et. 
n en ont pris que quelques lambeaux détachés, ou ils n'c^t le plus 

' L. 7, c. 16 el 17. - « Iriler fragm. Arts!. 



hist. de li 

souvent 

mée en 

Socral 

iiu-pieds 

! ce qu'il j 

! ces socia 

poussa le 

nus, pori 

vait enco 

I épaules. ' 

I qui est d 

j voyant ui 

tout le m 

I cois ta va 

! quelques 

I Divinité f 



leurs 

lie ressem 

aucune in; 

Antisth( 

natale, Sii: 

monnaie a 

.Von conte 

irue et la t 

liàton, se i 

par des ce 

l'intlie, qui 

On cite de 

distinguait 

lie respectî 

les plus obi 

prenait d'à 

le qu'il avf 

je caresse c 

d'autres qu 

philosopher 

et se nom. 

Ils méritaiei 

des choses 



' Cic, Dei 
I ■ldmon.,§ 4(5 



V. XX. Philos., poëi. et 
epgs publics et del 

out entière, n'a pas 
roits de la Divinité, 
a terre, la faiblesse 
ophie en a légitimé 
elle connaissait, Ip 
renferment, elle ne 
désapprouvant au 
s turpitude.s pour 
eu des avantages 
voit pas qu'Aris- 
X hommes et leur 
ne, soit ce qui est 
le seul à savoir ce 
le son maitre. Le 
nétaphysique, les 
lés, le conquérant 
salut : Vous n'a- 
ies. Car en quoi 
avez enseigné en 
j'aimerais encore 
ice des choses les 
•rtez-vous bien, » 
idre, salut : ^/ous 
Jadé qu'il faut les 
u'ils ne l'ont pas 
nt entendu. Por- 
chait vraiment l'i 
lie et à s'en faire 



liist. de la gentillté.] DE L'ËGLISË CATHOLIQUE. 303 

souvent d'autre mérite que d'avoir outré la chose ou de l'avoir exori- 
mée en d autres mots. ^ 

Socrate, nous l'avons vu, menait une vie assez dure : il marchait 
nu-p.eds, portait hiver et été le même habit, nmngeait et buvait de 
ceqii ily a de plus commun, observant du veste toutes les bienséan- 
ces sociales Ant.sthène, un de ses disciples, s'étant mis à l'imiter, 
poussa les choses encore plus loin. Non-seulement il marchait pieds 
nus, portait en toute saison le même manteau : ce manteau lui ser- 
vait encore de h pour dormir. Il se mit de plus une besace sur les 
épaules, lout cela sentait l'ostentation plus que la véritable vertu, 
qu. est d un naturel modeste. Socrate le lui lit bien entendre. Le 
voyant un jour qui tournait son manteau de manière à faire voir à 
tout le monde qu'il était déchiré : Antisthène, s'écria-t-il, j'aner- 
C0.S ta vanité à travers les trous de ton manteau. On a du disrinle 
(luelques bons mots, mais nul ensemble de doctrine. Ses idées sur la 
Divinité paraissent avoir été celles de son maître. « Il v a disait-il 
plusieurs dieux de la religion vulg.^ire; mais la Divinité est une. Elle 
ne ressemble à aucun objet sensible, elle ne peut ôtre représentée par 
aucune image 1. » ' 

Antisthène eut pou. disciple Diogène , qui s'était enfui de sa ville 
natale, Smope, dans l'Asie Mineure, pour avoir fabriqué de la fausse 
monnaie avec son père. Il outra encore les singularités de son maître 
■Von content découcher dans son manteau, de porter la barbe lon- 
;,'ue et la besace avec une cuillère et une écuelle, il prit encore un 
bâton, se mit à mendier et à loger dans un tonneau. Ayant été pris 
par des corsaires, il fut vendu comme esclave à un habitant de Co- 
iinthe, qui le traita humainement et lui donna ses entants à élever 
On cite de lui une foule de mots piquants, mordants même ; car il se 
distinguait surtout par une grande eftronterie de paroles et de mœnrs 
lie respectant m pudeur ni convenance, faisant en public les choses 
les plus obscènes. On lui donna pour cela le nom de chien, qu'il 
prenait d'ailleurs lui-même volontiers. Quelqu'un lui ayant demande 
ce qu il avait fait pour être appelé de la sorte, il répondit : C'est que 
je caresse ceux qui me donnent quelque chose, que j'aboie aprè-^ 
' «litres qui ne me donnent rien, et que je mords les méchants. Les 
philosophes qui embrassèrent le même genre de vie furent nommés 
et se nommèrent eux-mêmes cyniques ou philosophes de chien. 
Is mentaient ce titre ; car ils n'avaient honte de rien, non pas môme 
(les choses les plus infâmes; ne connaissaient aucune bienséance et 

..dmoH.; IT' ''"'■" '•''"• ''• '""'" ''''' "*'•' ^- *' "• '' ^'^"'- A'^-. 



W 



I;! 



I ! 



■li 





'*** HISTOIRE UNIVERSELLE [Llv. XX. Philos., poèt. e, 

n'avaient aucun égard pour personne. D'être mendiants etimpu 
dents, c'était à peu près toute leur philosophie. Tel est du moins Ip 
portrait que nous en font tous les anciens ». 

Aristippe, de Cyrène, en Afrique, autre disciple de Sorrate ne 
suivit guère ni les exemples ni les avis de son maître. Il fut le ihi 
losophe de la sensualité, de la bonne chère, de la volupté ; fréquen" 
tait les heux de prostitution et les palais des tyrans, se faisant tout 
a tout, pour faire tout servir à ses plaisirs. Ses disciples furent nom 
mes les Cyrénaïques, parce qu'ils étaient la plupart de Cyrène. Aris- 
tippe méprisait la connaissance de la nature ou la physique la con 
naissance de la raison ou la logique; il ne s'occupait que delà 
morale, mais sa morale n'était que le plaisir. Il eut un fils nu'il 
abandonna. BlAmé à ce sujet, il répondit : La pituite et la vermii,, 
ne s'engendrent-ellas pas de nos corps ? cependant nous les jttom 
comme des ordures. Par ce seul trait, l'on peut juger du reste 2 

Ëpicure, d'Athènes, adopta la morale d'Aristippe, mais non pas 
avec la même franchise. On a prétendu qu'il faisait consister le sou 
veram bien, non dans le plaisir sensuel, mais dans la tranquillité 
d'esprit et dans la santé du corps. L'on s'est trompé. La morale d'É- 
picure est tout bonnement ce que tout le monde entend par la mo- 
rale d'Epicure. Le plaisir des sens, voilà le souverain bien • ce qu'É 
picure appelle santé du corps, tranquillité d'âme, sagesse, 'vertu ne 
sont que des moyens d'assurer, de prolonger et de raffiner ce plaisir 
Ainsi en a jugé toute l'antiquité ; ainsi en faut-il juger encore, d'après 
tout ce qu'elle nous . conservé des paroles et des actions, soit d'E- 
picure, soit de ses principaux disciples. 

Cicéron nous apprend qu'Épicure disait en propres termes, qu'il 
ne pouvait pas même concevoir qu'il y eût un autre bien que celui 
qui vient du manger, du boire, de la délectation des oreilles et des 
voluptés obscènes ^ Métrodore, celui de ses disciples dont Épicuie 
fait le plus grand éloge dans son testament, résumait ainsi la morale 
de son ecoîe : « Le bien se rapporte au ventre et à tous les autres oi- 
ganes de la chair par lesquels entre le plaisir et non la douleur • tout 
ce qu'il y a d'inventions belles et sages, n'a été fait que pour le plai- 
su- du ventre et dans la bonne espérance d'y réussir : et toute oeuvre 
qui ne tend pas là est une œuvre vaine *. » C'est Plutarque qui nous 
a conservé ces curieuses paroles. Le même Métrodore écrivait à son 
Irère: « il n'est pas besoin de s'aller exposer aux dangers de la guerre 

4Pi„?'° w-\"^"' ^"°*^"' ~' ^^°^' ^'^^^^' "" ' '^''^•' ^^ ^"'^•' '• ^' "• »• - 1 
ut., ..e suaviter, etc., p. i087, et adv. Coloi.,n. 1125, l. 2, «dit. iiif.Fram- 

fort, 1689. 



iiist. de la gentilité.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 305 

pour le salut de la Grèce, ni se tuer le cœur et le corps pour obtenir 
des Grecs une couronne en témoignage de sagesse, Timocrate ■ mais 
,1 taut bou'e de bon v.n, se traiter bien , et manger, de sorte nue le 
corps en reçoive tout plaisir, et point de dommage. Oh ' que je suis 
joyoux, et comme je me glorifie d'avoir appris d'Épicure àgr atifier 
à mon ventre, ainsi comme il faut ! car, à la vérittS le bien souverain 
delhomme, ô physicien. Timocrate, consiste au ventre *. « Épicure 
l.ii-meme écrivait à Anaxarque : « Je vous exhorte à des voluptés 
continuelles, non à des vertus stériles, des fruits desquelles l'espé- 
rance est vaine et pleine de trouble 2. „ Diogène de Laërte, épicurien, 
panégyriste d tpicure, rapporte de lui ces maximes : « Toute sorte 
dtMO upte n est point un mal en soi; celle-là seulement est an mal 
qui est suivie de douleurs beaucoup plus violentes que ses plaisir. 
iiont d agréments. Si tout ce qui flatte les hommes dans la lasciveté 
de leurs plaisirs, arrachait en même temps de leur esprit la terreur 
.|u lis conçoivent des choses qui sont au-dessus d'eux, la crainte des 
dieux et les alarmes que donne la pensée de la mort, et qu'ils y trou- 
vassent le secret de savoir désirer ce qui leur est nécessaire pour bien 
vivre, j aurais tort de les reprendre, puisqu'ils seraient au omble de 
lous les plaisirs, et que rien ne troublerait en aucune manière la tran- 
quillité de leur situation \ ,) Enfin, l'épicurien Horace confirme tout 
cela, lorsqu il s'appelle !ui-méme plaisamment, un pourceau du trou- 
peau u Epicure. 

Il est vrai, les épicuriens disent que la conduite de leur maître 
était un modèle de tempérance et de sagesse. Cicéron leur répond 
que, dans ce cas, il valait mieux que ses principes, mais que ses prin- 
cipes n en sont pas moins ce qu'ils sont. De plus , il n'y a que les 
i;i.uuriens qui fassent ainsi l'éloge d'Épicure. Plutarqueen parle dif- 
im-niment. Il nomme plusieurs prostituées qu'il entretenait et nour- 
nssiu dans son verger de plaisance, celle en partic-ulier qui servait 
aux plaisirs du maitre K Au rapport de Diogène de Laërte, Denys 
'I lialicarnasse et une toule d'autres en parlaient sur le même ton. En 
particulier I imoerate , frère de M-Hrodore, et lui-même disciple d'É- 
Ijicuns s étant séparé de son école, a laissé dans ses livres, intitulés 
;- « y<.. qu 11 vomissait deux fois par jour à cause qu'il mangeait 
op; que lui-même avait éelu.pp,', avec beaucoup de peine à sa phi- 
Insophie nocturne; ,,u'Epieure avait été si cruellement atlligé parl.s 
ll'a ulH's qu 11 avait passé i»lusieurs années sans pouvoir soJtir du 
1", ni ^e lever de la c-ha.se sur laquelle on le portait; que la dépense 

.,1). 1117. -..Uioij., \ied'Epic, -■' i'lut.,Ae6U«r./er,ctc.,i,. 1097. 

20 



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'** HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv. XX. Philos., poa e, 

de sa table se montait par jour à la valeur d'une mine, environ mi. 
tre-vingt-dix francs, et que Métrodore et lui avaient toujours fréa,! " 
des femmes de la dernière débauche ». 

Quoi qu'il en soit delà conduite personnelle d'Épicure, voici ûo^ 
maximes que nous a conservées son panégyriste Diogène .'«lai 
tice n'est rien en soi; la société des hommes en a fait naître l'ut r 
dans les pays où les peuples sont convenus de certaines conditin ' 
pour vivre sans offenser et sans être offensés. L'injustice n'est n2 
un mal en soi ; elle est seulement un mal en ceci, qu'elle nous t 
dans une crainte continuoHe , par le remords dont la conscience 
mquietee, et qu'elle nous fait appréhender que nos crimes ne vie, 
nent a la connaissance de ceux qui ont droit de les punir. Il est im„n. 
sible que celui qui a violé, à l'insu des hommes, les conventionL j 
ont ete faites pour empêcher qu'on ne fasse du mal ou qu'on ni 
reçoive, puisse assurer que son crime sera toujours caché ; car auoi 
qu il n ait pas été découvert en mille occasions, il peut toujouii do,, 
ter que cela dure jusqu'à la mort 2. » 

Lors donc que l'épicurien est assez adroit pour cacher aux homn,,s l 
ce qu il a fait, ou assez puissant pour n'avoir rien à craindre de le„r 
part, comme les rois, les grands , non- seulement il peut se poiniot 
trele vol, 1 adultère, mais, dès que cela lui fait plaisir, il le doit car 
11 n y a de bien que le plaisir, et la vertu consiste à se le immj 
t est la reflexion que fait Epictèto à un épicurien « 

Autre maxime d'Épicure : « L'amitié doit être contractée poJ 
1 utilité qu on espère, do la même manière que l'on cultive la tcJ 
pour recueillir l'effet de sa fertilité *. « Aristote pensait bien di(îm,J 
ment. Examinant la nature de l'amitié, « aimer, dit-il, c'est vouloir 
du bien a quelqu'un, pour lui-même, et non pour soi, et l'eflectuer 
selon son pouvoir \ » Ainsi, l'amitié d' Aristote consiste à ainieisn 
ami; celle d'Epicure, à n'aimer que soi. C'est par le même cabii 
que ce dernier étouffe la tendresse patc-rnelle. 11 no voulait pas que 
le sage élevât des enfants, ni ne remplit aucune fonction publiinv 
lout cela ne peut que troubler la tranquille indolence de son âii,e 
La brebis, m même le loup irabandoiine ses petits : coninkiill 
1 homme abandonnerait-il les siens? Ainsi, le sage même, sil avait 
des enfants, ne pourrait point ne pas s'iiujuieter pour eux. C'est kJ 
raisonnement d'Epicure à ses disciples, pour les détourner d'élev.. 
leurs enfants *. 






» Diog. L., Vie d'Kp. - ^ Ibid. -. ^ \yn,n.,Kpicict., |. 3, c, 7.- ^ Dm. 1.J 
Ue d l:p. ~ . nhet., l. 2, c. 4, JH morib. Nicam., 1. 8. - 6 Arriai 



1. 1, c, 23. 



ian., Epictcî.A 



307 



hiiit. de la gcntilité.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE 

l'univers, ui pour e former ni nnnr i . «^., T/ '^^ "^ 

de lui-même au hasard IvecTrall- •- !""™'^ ^■'«' «•" 

,e vide, e. i. .e gouver„;rJl cHidr. «rZlft •'"" 
les avait empruntés à DémocritP T o L ? ^' *^P'^"^<^ 

Pl.es peu. se-iéduire ai "u^Xsirpfct^^^^^ 

sais quand, il vint, ie ne sais ,l'„,', ,i- "P"^»**'»" ■ Un jour, je ne 

de q ell.> .ussièrc a",i oui ' ', """"'"«'V'""''"""""' >" "' ''<' 

Jtoutd'un coupZà'l Ton 1," ■" "" ""•" '"' '""" '""'' '■"™^ 

livr: r=,;:ro;::r;.raVer.:; h rr ^ 

les dieux dans une éternollo Jn.i. . ^ ^"''"' ^^^^ '» qu'habitent 

«^penser les .,on: ::^::^^'::szr^ ZCl^ ^ 

curiens se rassurent rnnfm i.. n- • -x- t^ ' "'"i i^omme les epi- 

-eiasupe.titio„r::7e,rm™;\:^^^^^^^^^^^ 

"les, en praliquan, extoricnroniont le, J^mÔnL 1T u T' 

-.■es. qu'une ..u^irnl^rntXdlif "VI trfrrT' 
sont, et le corns et l'-lmo • ;i «> . . ' ™°^*' ^o"* «e dis- 

lave'*. consX :: ; "^Z;* P'-V^^ """""■"'• '^ -S"-- 
l»..t oroire Imnnorlllitf "r,l P™>;'<le..ce divine, à ne 

poème fie la i\ature des elmes P^tconise, dans son 

un,, mut unuor.(.l du j^enre humain. Aussi le maitro r-ilnif n ^ 
P.u e sa n,o,.ale, non r„„,o,„-, ,nn„.n l.nnl.e s ,•:;,' 

I uurii ctic seul qui se nornnult iui-ni,imo sase. Aussi tr-ii- 

t ■ : S'"' "'"''"^ '"■' P''''"'^"P''™ 'I..i ravaion, p,.«dc' C ml 
1"'^ M'tcndait aux sfuenpps m.inin. d„.,.. i... • ' . • ^^ u». 

raisonne- 

Oi); 



voulait pas .(u'on délinit, ni qu'on piwisiU 



'^W've cette règh; dans 



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t'ci'its. Quant aux s( 



lenccs 



rien. Il a 
pliysiques, 







^^^ HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv. XX. Philos., poët. et 

elles ne sont bonnes que pour se défaire de la crainte de la Provi- 

dence et de la crainte de la mort, ou plutôt de la vie après la mort 

Hors de là, elles sont parfaitement inutiles. En un mot, quiconque ne 

croit pas plus que la bote à la providence divine et à l'immortalité 

de l'âme, quiconque ne cherche pas moins que la bête le bonheur 

souverain dans le plaisir des sens, celui-là n'a plus besoin d'aucune 

science; il est au. sommet de la sagesse, de la vertu et du bonheur. 

Du reste, pour Épicure et les épicuriens, les sens étaient les seuli 

juges du vrai, comme ils étaient les seuls juges du bien. De là Épi- 

cure enseignait que le soleil et, en général, tous les astres ne sont 

pas plus grands qu'ils ne paraissent. 

Ainsi donc, suivant Épicure et les épicuriens, les sciences de toute 
espèce, astronomie, physique, chimie, histoire naturelle, étude des 
langues, logique, psychologie, histoire des choses humaines, ne 
sont bonnes, utiles et nécessaires que pour persuader à l'homme 
qu'il n'est qu'une bête. Toutes les vertus, justice, tempérance, sa- 
gesse, amitié, société même, ne sont bonnes, utiles, nécessaires que 
pour procurer à l'homme le bonheur de la bête. C'est là l'unique fin 
de toutes choses. 

Mais quoi ? L'universalité du genre humain, depuis que genre Im- 
main il y a, ne regarde-t-il pas un pareil sort comme ce qu'on peiii 
imaginer de plus fâcheux pour l'homme? Quoi ! n'être pendant sa vi. 
qu'une bête, n'en être pas même une après sa mort, n'être plus rie. 
du tout! Se peut-il rien de plus triste qu'une pareille joie, rien de 1 
plus malheureux qu'un pareil bonheur ? 

Encore l'épicurien peut-il espérer d'y parvenir ?; Plutarque flii, 
voir, dans un traité tout entier, qu'on ne saurait vivre Jo>/eusem(nt\ 
selon la doctrine d' Épicure. Kn oûct, on conçoit que la brute (|uiiie 
prévoit pas de lendemain, qui jouit du moment, vive dans cette in- 
curie sensuelle où Épicure fait consister le souverain bi(>n. L'huîtiv 
peut servir ici de modèle. Mais l'épicurien le plus achevé, qui ne voit 
en tout que son corps, peut-il s'empêcher de prévoir que ce mônif 
corps peut devenir malade, souffrant, instrument de douleur aul 
de plaisir? Le plus parfait épicurien atteindra-t-il jamais à la 
de l'huître ? 

Et si la lièvre, la goutte le tourmentent, que devicMidra son souve- 
rain bien ? Epiiuro viendra le consoler avec son fameux dilemme: 
Ou votre douleur est grande, ou elle est petite. Si elle est grande, olle 
ne durera pas ; si elle est petite, elle est facile à suî)porter. Ainsi, , 
réjouissez-vous de toute nnmière. Mais, lui répond Plutarque, c'est | 
tout l'opposé de ce (jiie vous dites : quant à la volupté, oui, si*, 
est grande, elle ne dure qu'un instant, autrement le corps y succoiii- 



il. de la gentilité.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 309 

I berait ; mais pour la douleur, il n'en est pas de même : elle peut du 

I rer des années la vie entière, telle que la goutte. Il ne lui reste donc 

y,e a niort 1 anéantissement, c'est-à-dire ce qu'il y a au monde 

de plus triste. C'est comme si l'on disait à des navigateurs luttant 

contre la tempête . Consolez-vous i ! dans un instant vie „t 

Isabirnera. '«v.io 

Du reste, qui est-ce qui assure à l'épicurien qu'il n'est en tout que 
son corps et qu après cette vie il n'y a ni justice, ni récompense; ni 
cl.at.ment? Sera-ce 1 autorité d'Epicure? Mais Socrate et Plalon 
«oyaient a des recompenses et à des peines éternelles. Sera-ce l'au- 
tor.te des épicuriens? Mais le genre humain croit comme Platon et 
hocrate. Les tpic-iiriens eux-mêmes en conviennent, entre autres le 
poète Lucrèce et Celse le philosophe. 

Mais il faut croire, dit Épicure, que notre esprit, notre âme, n'est 
^^ une reunion d'atomes plus subtils qui se séparent à la mort. Tout 
cela tut-.l admis, ny aura-t-il pas encore à craindre? Ces atomes 
pus subtils qui se sont accrocliés ensemble pour former notre in- 
tell.gence, n-^^-e mémoire, et devenir le centre de nos peines et de 
iios plaisirs, .. pourraient-ils pas se réunir de nouveau, si tant est 
qu.ls se séparent, avec les atomes plus grossiers de notre corps "^ Ne 
seront-Ils pas d'autant plus portés à cette réunion, qu'ils auront été 
pus longtemps ensemble? Ne faut-il pas juger que c'est là leur in- 
cl.na.son naturelle et inévitable, puisqu'ils disent et font croire à tous 
les hommes qu'ils subsisteront après la mort, et qu'ils recevront la 
punition ou la récompense de ce qu'ils auront fait pendant la vie ''Si 
es atomes doivent être crus, des milliers d'atomes sont plus crova- 
l'wsqu un seul. '' 

Épicure a donc beau s,^ tourner et se retourner, nier la Providence 
ii.or les peines et les récompenses d'une autre vie ; ne faire de la ius- 
t.ce de l'amitié, de tontes les vertus qu'un calcul de volupté ; réduire 
uitelligence humaine à des combinaisons d'atomes, convoiter comme 
lesouverain bonheur la C(.:,ditionde la brute, toujours il se retrouve 
au même point, seul contre tous, seul contre tous les lieux, contre 
tous les temps, contre tous les hommes; toujours le genre humain 
eoiituuie de proclamer un Dieu rémunérateur et vengeur, i'immor- 
tal.te de l'âme, la distinction éternelle du bien et du mal, et de flé- 
tn.'a.nsi le système d'Epicure, comme aussi faux que honteux. 

yrrhon, qui vivait à la même époque, avait pour maxime princi- 
pa e que rien n'était certain. Mais il est incertain jusqu'où il poussait 
icetfo incertitude. Suivant les uns, il se fiait si peu à ses sens, que, 



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corps y succoni- 1 ' Fiut., au traité indiqué. 



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^* " HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv. XX. Philos., poêt. et 

lorsqu'il se promenait, il allait toujours devant lui sans se détourner 
ni reculer, même à la rencontre d'un chariot ou d'un précipice; et 
ses amis, qui le suivaient toujours, lui sauvèrent plus d'une fois la 
vie. On ajoute qu'Anaxarque, son maître, étant un jour tombé dans 
un fossé, il passa outre sans daigner lui tendre la main. Une autre 
fois, étant sur le point de faire naufrage, il fut le seul que le danger 
n'effraya point; et comme il vit ses compagnons saisis de crainte il 
les pria d'un air tranquille de regarder un pourceau qui était à bord 
et qui mangeait comme à son ordinaire. Voilà, dit-il, quelle doit être 
l'insensibilité du sage. Selon d'autres, Pyrrhon ne rejetait point la 
vérité; il déclarait seulement que les philosophes ne l'avaient pas 
encore trouvée. Il voulait que le sage suspendit son assentiment, sans 
lui défendre de persévérer dans la recherche de cette vérité, qu'il 
croyait obscure. Il admettait comme un fait notre confiance involon- 
taire dans les impressions des sens. Il reconnaissait la nécessité d'a- 
gir, l'autorité pratique du sens commun, celle des lois et des usages 
celle de la morale. ' 

Au reste, il se peut qu'il y ait du vrai dans les deux récits. Comme 
Pyrrhon n'avait d'autre principe que celui de n'en avoir point, il a 
pu, sans inconséquence, parler et agir tantôt d'une manière, tantôt 
d'une autre. 

Ce philosophe ne laissa point d'école, à proprement parler; mais 
de temps en temps il s'éleva des hommes d'incertitude comme lui. 
Outre les noms des pyrrhoniens et de sceptiques ou gens qui exami^ 
nent, qu'on leur donna généralement, ils s'appelaient encore cher- 
cheurs, parce qu'ils cherchaient toujours la vérité ; incertains, parce 
qu'ils ne la trouvaient jamais ; doutants, parce qu'après leurs re- 
cherches ils persévéraient dans leurs doutes ; hésitants, parce qu'ils 
balançaient à se ranger parmi les dogmatiques ou philosophes à prin- 
cipes fixes. On sent qu'avec un pareil système, il n'y a plus, dans le 
fond, ni science ni vérité. Ce qui poussait à cet excès quelques es- 
prits, c'était souvent l'envie de combattre et de mettre en contra- 
diction avec eux-mêmes certains philosophes qui se vantaient de 
prouver tout. Ils oubliaient, les uns et les autres, la condition pre- 
mière de l'humanité ; ils oubliaient que, pour pouvoir raisonner sur 
quoi que ce soit, chaque homme est nécessité à en croire la raison 
humaine, sans qu'il lui soit jamais possible de la démontrer ni delà 
réfuter ; car il n'a pour cela que cette raison même. Or, la raison hu- 
maine, l'intelligence humaine, n'est pas la raison de tel ou toi indi- 
vidu, mais la raison commune à l'espèce, le sens commun. C'est sur 
cette base que Socrate, Platon, Aristotc ont fondé leur philosophie, j 
Nous avons entendu dire à ce dernier : « Ce qui paraît à tous, nous 



XX. Philos., poët. et 
sans se détourner 
i'un précipice; et 
plus d'une fois la 

jour tombé dans 
main. Une autre 
eul que le danger 
lisis de crainte, il 
i qui était à bord 
il, quelle doit être 
e rejetait point la 
ne l'avaient pas 
assentiment, sans 
;ette vérité, qu'il 
ontiance involon- 
. la nécessité d'a- 
ois et des usages, 

IX récits. Comme 

avoir point, il a 

e manière, tantôt 

lent parler ; mais 
tude comme lui. 
gens qui exami- 
ent encore cher- 
incertains, parce 
u'après leurs re- 
ants, parce qu'ils 
liiosophes à priii- 
y a plus, dans le 
ces quelques es- 
ettre en contra- 
se vantaient de 
la condition pre- 
oir raisonner sur 
i croire la raison 
imontrer ni de la | 
Or, la raison hu- 
e tel ou tel indi- 
mmun. C'est sur | 
eur philosophie. 
rait à tous, nous 



hist. de la gentilité.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 
disons que cela est. Quiôterait cette croyance,' ne dirait rien de pli! 
croyable. ,, Et encore : « Personne, s'il a du sens, ne cherche à 
prouycj cequi n est approuvé de personne, ni ne révoque en question 
cequ. es manifeste a tous ou à la plupart; car ceci neprésentTaucuï 
I h ; . . ' ." "' ^ «î^«^^«t. « Ce peu de paroL conl^ennen" 
lab se et la rege nécessaires de toute certitude. A côté de cZt 
pyrrhon.smeoule scepticisme, s'il n'est pas un pur badinage de l'e^ 
prMest qu'une mconséquence et une contradiction. C fde deut 
coseslune: ou le pyrrhonien dit qu'il croit à la raison commune 
et alors ,1 n est plus sceptique ; ou bien il dit qu'il n'y cro.t eraul 
cune mamere, et a o.s il se contredit ; car en disant qu'il n'y cro' t nas 

levt liera en eux la même pensée qu'en lui; en d'autres termes il 
crct a la communication et à la communauté de parole et de pemée 
parm. les hommes. Pour dire, sans inconséquence et sans con" a- 

Zenon, fondateur du stoïcisme, ainsi nommé de la Stoa ou du 
port-que sous lequel ce philosophe enseignait à Athènes, était né 
Ife-Christ. ''"' " '''' ''"^""* à Athènes l'an '.74 avant 
Ce qui, suivant Cicéron et Plutarque, distingue Zenon et les stoï- 
.ens cestque, pour lefond des doctrines, ils pensaient comme pîa- 
lon et Anstote mais ils laissèrent les mots usités pour en inventer 
denouveaux. Quant à leurs opinions particulières, elles contred! enî 
non-seulement la doctrine d'Aristoteet de Platon/mais le sens om 
niun de tout le monde. ^^^ 

Commençons par la morale, le fort des stoïciens 
Platon, Aristoteet leurs premiers disciples appelaient biens et maux 
10 t ce q„e le monde appelle biens et maux. Le principal bien est 
olu. de 1 ûme ,a vertu ; le plus grand mal est celu! de l'âme, e" ice 
a.s après le bien de l'âme, il y a les biens du corps, comme L santé ;' 
let les biens extérieurs, comme le vêtement, la nourriture, le loge- 
ment des parents, des amis. Ces biens ne sont point à comparer avec 
vertu : cependant ce sont encore des biens. De même, après le ma. 

^«v'ennentlosmauxducorpsetles maux extérieurs ^esmaux 

ont point a comparer au viœ : cependant ce sont encore des 

1 ux. Sans la vertu on ne saurait être heureux; avec la vertu on 

es toujours : cependant le bonheur ne sera point complet, si le corps 

i; n";.»" r. '.".'"""^"' ^'' '^'''''' nécessaires. Telle est la pensée 

m •; '""':''• ^' ^^"•'«'•^"•-"^ y - '»i« le sceau divin; 

cai U nous apprend que le bonheur môme des saints dans le ciel ne 





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'** HISTOIRE UNIVERSELLE [Llv. XX. Philos., poêt.e, 

sera complet que quand le corps ressuscité participera à la gloire de 

Les stoïciens soutenaient qu'il n'y a de bien que la vertu, de ma/ 
que le vice. Les biens du corps et les biens extérieurs ne sont pas des 
biens, mais seulement des choses avantageuses, convenables h h 
nature, préférables en cas de choix. La douleur du corps, la pau 
vreté, le délaissement ne sont pas des maux, parce qu'il n'y a rie- 
la de deshonnôte; ce sont seulement des choses fâcheuses, Apres' 
que la nature évite quand elle peut. Qui ne voit combien ce mot de 
Ciceron est juste : Zenon p, lait autrement que tous, et il pensait 
comme les autres i? ' 

Enfin le sage des stoïciens n'est qu'une contrefaçon du juste d. 
Platon. Ce dernier l'emporte et en vérité et en sublimité. Méconnii 
calomnie, honni, bafoué, pendu à un gibet, il ne dit point avec 
emphase que la douleur n'est point un mal ; il la souffre sans rien 
dire, pour l^mour Je la justice et de la vertu. Il ne se vante ni no 
se plaint, comme font les héros d'Homère. « L'homme de bien, di- 
sait à cette occasion Socrate, ne regardera pas la mort comme quel- 
que chose de terrible pour un homme de bien, son ami ; il ne s'en 
affligera point, comme si cet ami avait éprouvé quelque épouvanta- 
ble malheur. Nous disons, au contraire, que c'est surtout un homiw 
de cette sorte qui se suffit à lui-même pour vivre heureux, et que 
moins que personne, il a besoin d'autrui pour cela. Ce lui sera donc 
moins accablant qu'à nul autre, de perdre un fils, un frère, un tré- 
sor ou autre chose semblable. Il se lamentera moins que personne- 
mais, s'il lui arrive un malheur de ce genre , il le supporte avec la 
plus grande douceur qui se puisse 2, ,, Socrate ne dit point, non plus 
que le bon sens, que l'homme vertueux ne soufîre point dans ces cas 
mais seulement qu'il souffre avec le calme de la vertu, sans jamais 
se livrer à ces lamentations efféminées qu'Homère prête à ses héros 
Zenon a donné dans l'excès opposé à celui du poëte, en exigeant du 
sage, non plus seulement le calme et la modération dans la douleur, 
mais l'insensibilité. 

Quant aux maximes particulières des stoïciens, telles que celles-ci: 
Tous ceux qui ne sont pas sages, sont également misérables; tous 
les sages sont souverainement heureux, toutes les bonnes actions 
sont égcJes, tous les péchés sont égaux , Cicéron dit que le sens 
commun et la nature y répugnent, et que la vérité réclame contre^ 



1 Cic, De finib.,\. 4, n. 20. Hic loquehatiir aïiler, atqm omnes ; senlklmi 

demquod cœleri. — « Plat,, nerep.,\. 3 — •T.ic.T)," ,/, «?!>., 1. 4, c. 19. «'"• 

ius enim cujusque, et natura rerum, atque ipsa verilas clâmahàt qu'odam modo. 



'.XX. Philos., poët.ei 
iperaàlagloirede 

e la vertu, dp ma/ 
irs ne sont pas des 
convenables h |a 
iu corps, la pau- 
ce qu'il n'y a rie;, 
fâcheuses, Aprps. 
wnbien ce mot de 
ous, et il pensait 



! omnes ; senlich]! 
.,]. 4, c. 13. S'r^' 
)a( quodammodo. 



m. de la gentlllté.J DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 313 

l'Iiitarqueafait un ouvrage tout entier sous ce titre : Des notions com- 
munes ou du sens commun contre les stoïciens. Les raisonnements de 
Cicérun et de Plutarque sont d'autant plus justes, que les stoïciens 
reconnaissaient formellement, comme on le voit par Épictète que 
les notions communes sont la règle, que tout le monde est d'accord 
là-dessus, mais qu'on peut se tromper dans l'application , et qu'on 
ne peut se tromper que là *. 

Pour ce qui est de la logique et de la dialectique, Aristoteen avait 
si bien determmé les règles, l'art, l'abus , contre les sophistes, que 
les stoïciens ne purent rien y changer. Ils rafiinèrent. Chrysippe se 
rendit fameux en ce genre. Il écrivit sept cent cinq volumes, pour ne 
le point céder à Epicure, qui en avait écrit trois cents. Il poussait si 
loin la subtilité, qu'on disait ordinairement que, s'il y avait une dia- 
lectique parmi les dieux , c'était sans doute celle de Chrysippe La 
recherche de la vérité n'était cependant pas ce qui l'occupait le plus • 
il attachait beaucoup plus d'importance à enlacer ses adversaires en 
des arguments captieux, tels que ceux-ci : Ce qui est à Mégare n'est 
point a Athènes ; il y a des hommes à Mégare, donc il n'y en a point 
à Athènes. — Vous avez ce que vous n'avez pas perdu ; vous n'avez 
pas perdu de cornes, donc vous avez des cornes. 

Quant à ce qu'on appelait alors physique ou connaissance de la 
nature et de son auteur, les stoïciens reconnaissaient avec Platon un 
Dieu souverain qui a produit toutes choses, et qui gouverne toutes 
choses par sa providence. « Est-il possible , demanda quelqu'un à 
Zenon, de cacher nos fautes à Dieu? -Non, répondit-il, on ne peut 
même lui en cacher la pensée. » 

Cependant, pour ne point parler on tout comme Platon , les 
stoïciens représentaient Dieu comme un feu intelligent , âme du 
monde, principe de toute génération cl de toute sagesse : ils met- 
taient au rang des dieux émanés de ce principe, les astres, toute la 
nature visible, et cetesprit invisible et céleste qui anime l'être raison- 
nable ; ils enseignaient qu'après une longue période de siècles, ce. 
Dieu souverain, feu, éther, embraserait l'univers et retirerait à soi 
tout ce qu'd a départi d'être aux différentes créatures, pour pro- 
duire après cela un nouveau monde ou un monde renouvelé. En 
quoi il y a quelque chose de vrai ; car le christianisme nous apprend 
que le monde présent sera dissous pur le feu , qu'il y aura de nou- 
veaux cieux et une nouvelle terre, et qu'en un sens Dieu sera toutes 
choses en toutes choses. 
Les stoïciens ont joui d'une grande renommée. Plusieurs d'entre 

^Epictet. Arrian., 1. 1, c. 22; 1. 3, c.?G. 



I :| 



iii 



1 '" 1 








^** HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv. XX. Philos., poët et 

eux se sont vus au faite des honneurs et de la puissance. Le stoïrion 
Seneque tut le précepteur d'un empereur romain, et le premier d! 
sa cour ou du moins un des premiers. Cependant l'élève du philn 
8ophe devint Néron : et quand ce monstre eut empoisonné so^ 
frère, Seneque accepta la dépouille de la victime ; et quand le mons 
tre eut tue sa mère , Sénèque fit l'apologie du parricide. Séné 
que parlait élégamment du mépris des richesses , et il ruinait le, 
provmoes par ses usures. En quatre années de faveur, il s'en 
dut, d.t-on de près de soixante millions de notre monnaie. Il con 
naissait ou du moins il pouvait connaîtro la religion des Juifs, puis" 
qu il se plaint que leur superstition envahissait l'univers II d^ 
vait connaître saint Paul et sa prédication, puisque cet apôtre fui 
amené a la cour de Néron lorsqu'il y tenaiî le premier C 
que sa cause fut connue dans tout le prétoire. Cependant qu 
usage Seneque a-t-U fait de tout cela/ Voici comme parle de^ 
Dion Cassius : « Il condamnait la tyrannie et élevait un tyran 
blamartles courtisans et n'abandonnait jamais la cour. Il méprisa 
Jes flatteurs et flattait les princesses et les aflranchis jusqu'à compo 
er des discours à leur louange. Il parlait contre les grandes Se 
ses et possédait dix-sept millions cinq cent mille dragmes. Il déda- 
mait contre le luxe et avait cinq cents tables de bois'de cèd^nio . 
leesd ivon-e, toutes pareilles, où il prenait de délicieux repas. L'elcs 
de cette dépense et de cette vanité peut faire juger de celui de ses 
autres dérèglements. Il fit une alliance illustre en 'pousant unepe^ 
sonne de qualité, et ne laissa pas de s'adonner à des amours de So- 
doine et d engager Néron dans cette inftime débauche *. ,, D'après 
ce témoignage , ce que saint Paul a dit de ces hommes qui, avant 
connu Dieu et ne l'ayant pas glorifié comme Dieu, ont été liWes à 
des passions d ignominie, tombe directement sur son contemporain, 
le stoïcien Seneque. f^^a^u, 

Celui de tous les disciples de Zenon qui paraît avoir le plus fidèie- 
men pratique sa morale, a été un esclave. Épictète, né en Phrygie 

fut d aboid esclave dEpaphrodite, qu'on croit un affknchi de nS 
pu>s 1 obtint la liberté. Son grand principe était : Supporte et abs^ 
•ens-toi, supporte la douleur et abstiens-toi du plaisir. On cite de 
m p..^. ». ; *..^,ts de patience et de douceur. Il vécut pauvre et mo- 
deste Arrien , 1 un ù. ,.r .Hisciples , recueillit ses maximes dans un 
petit Jure connu sous le nom de Manuel d Épictète. Ce recueil 
moyennant quelques corrections, a servi longtemps de manuel ascé-' 
tique aux moines chrétiens. 




* Dion Cassius. 



I,isl. de la genlillté.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 3^5 

Vers ce même temps, un autre stoïcien s'est vu empereur- ce fut 
)larc-Aurele. Il avait plus d'une belle et grande qualité. Il connais- 
sait les chrtîtiens, car il parle de leur constance à souttrir la mort • il 
connaissait leur doctrine, car un d'entre eux, le philosophe Justin,' la 
h.i exposa dans une célèbre apologie qui lui est adressée. Cependant 
qu a-t-il fait pour seconder les chrétiens à sauver le monde et à faire 
connaître la véritable sagesse , non plus à quelques individus, mais 
à tous les peuples ? Il fut le plus superstitieux de tous les idolâtres : 
les idolâtres eux-mêmes en ont fait la remarque. L'empereur Adrien 
avait vécu publiquement en sodomitej Marc-Aurèle en fit un dieu. 
il décerna les mêmes honneurs a son frère Lucius Vérus , dont la 
conduite n avait pas été moins infâme. Sa propre femme était une 
prostituée, dont les scandales retentissaient jusque sur les théâtres. 
On exhortait à la répudier. Il fondra donc, répondit le tant vanté 
plHlosophe, lui rrndre la dot ! C'était l'empire. Non-seulement il la 
?arda, mais, dans un opuscule qui nous reste de lui, il remercie les 
dieux de lui avoir donné une femme aussi vertueuse. Vivante, il en 
Rcompensa les complices par des consulats ; morte, il en fit la déesse 
des nouveaux mariés. Son fils Commode annonçait un second Né- 
ron; il mit tout en œuvre pour lui assurer l'empire. Le philosophe 
Justin, qui lui avait présenté une apologie au nom des chrétiens, fut 
mis a mort avec un grand nombre de ses frères. Voilà ce qu'a fait la 
philosophie stoïcienne sur le trône ! 

Les successeurs ou disciples de Platon et d'Aristote ne donnèrent 
pas plus d'espoir. Au lieu d'imiter leurs maîtres , de parcourir les 
différents pays de la terre pour en recueillir une masse toujours plus 
considérable d'observations et de traditions; au heu de profiter 
pour compléter leurs idées sur Dieu et sur l'homme, de la fomeusé 
bibliothèque d'Alexandrie , en particulier des livres hébreux qu'un 
grand homme d'Athènes, Démétrius de Phalère , disciple de Théo- 
phraste, avait porté les Ptolémées d'Egypte à foire traduire en grec, 
les nouveaux académiciens, à fo suite d'Arcésilas et de Carne^ade 
s adonnaient à des phrases et à des subtihtés. Pour confondre mieux 
les sophistes qui prétendaient savoir tout, Socrate professait ne sa- 
voir rien. Mais cette modestie ironique ne l'empêchait point de prou- 
ver, ainsi que nous l'avons vu, lexistcnce de Dieu , sa providence , 
1 immortalité de l'âme, l'éternité des récompenses et des peines dans 
une autre vie. Les nouveaux académiciens employaient toute leur 
^clence a prouver qu'on ne pouvait rien savoir. 

De leur nombre, on peut compter à peu près Cicéron, qui , du 
reste,, comme philosophe, n'a fait cjuc traduire on latin les divers sys- 
tèmes de la philosophie grecque. Il avait cependant sous la main de 







^'^ "'«"^«'«E UNIVERSELLE [Liv. XX. Philos., poèt et 

quoi s'élever bien au-dessus. De son temps, un philosophe juif, ^ "is 
tobule avait commencé l'aUiance entre la sagesse des Grecs et r. ' 
des Hébreux. De son temps, il y avait un grand nombre de .S 
Rome, nies connaissait bien, puisqu'il plaida contre eux pou , 
proconsul Flaccus, mis en jugement pour avoir défendu a ceux rl'A 
s.e de porter leur offrande annuelle au temple de Jérusalom (^J 
donc 1 empêchait de s'enquérir mieux de leur religion et de leurs 
vres et d y trouver la base historique de la vérité ? Mais, à vrai dire 
en étudiant la philosophie, il cherchait moins la connaissance de k 
vente et de la sagesse, que de nouveaux moyens d'éloquence. Pou 
les principes, il vivait au jour le jour, suivant sa propre expression • 
S il a compose des traités philosophiques , c'est que , depuis que h 
repubhque avait disparu sous la dictature de César, il n'avaif 
de mieux à faire, et qu'il ne voulait pas moins être le premier da 
ce genre d écrire que dans l'art oratoire. C'est ainsi que lui-n^C 
s en explique, et il a réussi. Lors même que le fond n'est pas bien so- 
lde, lors même que les raisonnements sont défectueux, la formées! 
toujours agréable, le style toujours parfait. 

Bref la philosophie humaine, avec ce qu'elle a eu de plus giorienv 
et de plus puissant, avec ses Pythagore, ses Socrate, ses Platon, se 
Aristote, ses Zenon, ses Cicéron, ses Sénèque, ses Marc-Aurèle 2 
rien pu n a rien osé ni pour Dieu ni pour Ihomine ; rien, pour aire 
rendre a Dieu le culte qui lui est dû ; rien, pour abolir l'esdLag 
pesait sur les trois quarts du ,c>nre humain. Athènes, la patrie de 
philosophes, comptait quatre cent mille esclaves sur vingt mille ci- 
toyens Et pas un de ses sages n'éleva la voix contre cet asservisse- 
ment de leurs semblables. Il en est, au contraire, Aristote. par exen . 
pie, qui 1 ont démontré naturel. A Rome et en Italie, le nombre des 
esclaves était encore plus grand, leur condition encore plus dure eÎ 
jamais m Ciceron, ni Sénèque, ni Marc-Aurèle, n'ont trouvé pour 
eux un mot de compassion. Il y a plus : et les stoïciens, et CicL, 
avec eux, rangeaient la pitié et la miséricorde parmi les vices dont le 
sage doit se garder avec le plus de soin a. Combien est différente la 
paiole du Chris^t : Bienheureux ceux qui pleurent, parce qu'ils se- 

r SSf ^"^^"^ '- "^'^^^^-*'^' 1- ^»'i^ obtil 
Voilà ce qu'il en est des princes mêmes de la philosophie. Quant à la 

long. Dans une dizaine de ses dialogues, il nous les montre llatteurs 
^ Cic, Tuscul.,]. 5,n.ll.-2/6,d.,I.3et4. 



hist. de la genlilité.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. gj- 

ei parasites des grands ou des riches, le jour dans les festins, la nuit 
ans les heux de débauche, le matin trompant la jeunesse ^oui de 
argent a propos de sagesse, faisant consister toute leur philosopha 
dans le manteau et dans la barbe : le cynique au ton rude, au visage 
renfrogn.3 a la m.ne barbare, à l'extérieur farouche et sauvage fe 
glonhant de son impudence, aboyant après tout le monde pou e 
la,ro admu.er de tout le monde, déclamant contre le plaisir etla rï 
ch .se et cachant dans sa besace de l'or, du parfum ef un miroir, et 
..attendant pas es ténèbres pour se livrer aux plus sales voluptés 
.njunairt qu. ne lu. donne rien, et jetant le masque de philosop é 
orsqu .1 s est ennch. à foire le philosophe mendiant ; le stoLen, avec 
la vertu sans cesse a la bouche, corrompant la femme de son disci- 
ple prost.tuant la sienne, prêtant à usure, par la raison que les in- 
erets sont la conséquences du capital, et que c'est au pllsophe à 
hrcr les conséquence des principes ; le platonicien et le péripatéti- 
eien, sous des dehors plus vénérables, couvrant des amours de sô- 
domo. Lucen a même un dialogue dont la conclusion est que les 
amours de cette espèce sont le privilège des pliilosophes. Tous enfin 
jaloux d être mvites aux bons repas, s'y gorgeant de vin et de viande' 
a.sant empor er che. eux ce qu'ils ne peuvent avaler, se disputan 
les morceaux les plus friands, s'injuviant les uns les autres par es 
p h.s grossières invectives, se reprochant mutuellement des infamies 
et finissant par se jeter les verres et les assiettes à la tête et par se 
prendre aux cheveux K ^ 

Finalement, à considérer tout l'ensemble de la philosophie hu- 
maine on y trouve toutes les erreurs, mais aussi, du moins à peu 
près, toutes les vérités. * 

Je ne sais conmient il se tait, dit d'un côté Cicéron, qu'il n'y a 
ponit d absurdit.. au monde qui n'ait été dite par quelque philoL! 
plu;. D un autre côté, il est facile de montrer, dit Lactîmce, que la 
vente presque tout entière a été divisée entre les philosophes et les 
M>etos ; car nous ne renversons pas la philosophie, comme le font les 
acau|rnic;ons, qui ont la prétention de répondre à tout : ce qui n'e«t 
ans la rea hté, que mensonge et déception. Nous soutenons, au con- 
"•'"■<; q» il n y a jainais eu secte si éloignée de la v.a-ité, ni philoso- 
Pl'e«i va.n qiu n'en ait aperçu quelques rayons. Mais pendant qu'ils 
Pousseiit jus(,u a 1 extravagance leur envie de contredire, pendant 
•l'nls soutiennent opiniAtrément cela même qu'ils ont avancé do 
''«i>x, et qu Ils renversent cela mê.ne que les autres ont découvert de 

'Lucinn., Vitarumauctio. Piscalor. Ilermotim. Amovcs. Icaromcnip. Bis ac 





3*8 HISTOIRE UNIVERSELLE [Llv. XX. Philos., poët.e, 

vrai, la vérité, qu'ils font semblant de chercher, leur échappe 
plutôt ils la perdent par leur faute. S'il se fût rencontré quelqu'Z 
qui, ramassant la vérité disséminée parmi les divers philosophos 
éparse dans les différentes sectes, en eût formé un seul corps san' 
doute il ne se trouverait pas en dissentiment avec nous. Mais celui 1' 
seul peut le faire, qui a l'expérience et la science de la vérité ; et celui 1 ' 
seul peut en avoir la science, qui est enseigné de Dieu ; car nul a,i 
tre moyen de rejeter ce qui est fimx, de choisir et d'embrasser cenni 
est vrai. — Les philosophes ont ainsi touché à la vérité tout entièro 
amsi qu'à tous les mystères de la religion divine; mais, réfutés |,' 
uns par les autres, ils n'ont pu défendre ce qu'ils avaient découvon' 
parce que la manière dont ils le concevaient ne cadra.t pas au reste' 
et les vérités qu'ils avaient senties, ils n'ont pu les ramener à un en 
semble, comme nous avons liiit ^. 

Dans ce pêle-mêle de la philosophie ancienne, les hérétiques dis 

divers siècles et les philosophes du dix-huitième ont pris les ermiis 

et les absurdités. Les Pères et les docteurs de l'Église y ont pris 1,1 

vérités; au deuxième siècle, saint Justin, Athénagore, saint Th,,) 

phde d'Antioche; au troisième, lertullien, Origène, Clément d'\ 

lexandrie, suivant lequel la philosophie a été pour les Grecs ce m 

la loi de Moïse a été pour les Juifs, une préparation à l'Évan-'iJeaii 

quatrième, Arnobe, Lactance, Eusèbe; au cinquième, saint Au'^ih i 

tm, samt Cyrille d'Alexandrie, Synésius , évêque de la Cyrénaïmie 

au sixième, deux consuls romains, Boëce et Cassiodore. Le premiJ 

réunissait dans sa tête , comme dans une bibliothèque vivante tout 

ce qu'il y avait de plus substantiel dans Pythagore, Platon, Ariiote 

Zenon, Plotin, Porphyre. 11 s'était proposé de traduire en latin te 

ouvrages entiers de Platon, d'Aristote, et de montrer la conconlan.v 

de ces deux grands maîtres ; mais il ne put qu'ébaucher un si viM. 

dessein. Le second, après s'être retiré dans un monastère q,.'ilavaii 

fonde en Calabre, y réunit une grande bibliothèque , où les nioiiKs 

s instruisaient et transcrivaient des livres: il abrégea les travaux iilii 

losophiques de l^ire, sunit à lui pour faire connaître la loiJ 

dAristute aux Latins. Cest à ces deux philosophes catholiques 1' 

1 Occident dut, au moyen âge, la connaissance de la philosopliir i 

grecque ; et, du moins en partie, cette mcUIiode plus roncise et pliiJ 

serrée, qui d'Aristote a passé dans l'ensrignement scientiliquo délai 

doctrine ehretieniK", sous le nom de th.-ologie seholastique. Au tivi- 

zieme siècle vint saint Thomi.s d'AquJu , (jui, dans sa Somme cl i\m 

son JraKe contre les gentils ou les manichéens, v\{v et rectifie à la lois 



> I.act. /?!«//.'., 1. 7,c, 7. 



hi3t. de la gentilité.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 3^^ 

et Platon et Aristote, égalant et même surpassant le premier par Vé 
ievafon de la pensée, et le seeond par la précision du langage 

liKS POKTE8. 

Ce que nous avons dit des philosophes, nous pouvons le dire des 
poètes : on v trouve tontes Ips vôrUô. • ■ "^^ 

Les Pères del ÉdisP Tri "'''''**^' "^"'« «"««• toutes les erreurs. 
Les Feres de 1 Eglise, a 1 exemple de saint Paul, ont recueilli les nrp 
mières. Nous désirons faire comme eux. ^ 

L'Inde, queloncommenceàmieuxconnaîtredepuisquelmietemos 

produit elle-même dans toutes les créatui-e. Do h ne ™'„u ^ 
...nb.,,ble de divinités subalternes, „ui ont d» it r '^f «t™" 
tares paredies à celles de la mythologie greeque et latine. On y tZe" 
a mafon de rhon.me, sa chute , le déluge l'attente de l" rtdZ 
l.on par un D.eu incarné : la nécessité de la prière, du sacriflce dX 
pen, ence de l'abnégation de soi-mèn,e. Les poetiV.es iértg^ 
c 1 Lgypte nous présentent au fond la mén,e doctr ne : ,u, W eu un 
c .. ,u„que, s'emanant, se manifestant en une trinité souverai è „ ," 
M'maneet se reproduit en tout et partout. De sorte nue dans l'ïvL 
«rame dans nnde, l'unité de dL, sert comme X ht; If 

La Grèce ayant reçu de l'ÉgypIe et de l'Orient la plupart de sestr-,- 
.hons rehpenses et poétiques, on y voit quelque ci osed'apnrocC 
P™, les hymnes d'Orph.'.e, il eu est ph,si,.nrs à des divin» '.si' 
"ii.'rns, que l'on a retrouvées presque ,not po,u. „,ot daûs de i - 
scnp.,ons Ineroglyphiqnes. D'un autre côté, d u,s un ouvrage dé é 
I". .'0. cl Egypte, I'tolémée-|.hilo„„-.,or, par son précepte u le pht 

«Pl.eju,f Arùstob , du ten,ps des .Machabées,'environ „ si 

„ avant Jesus-Christ, on lisait cet l,yn,ne du même poète 
iinite de D,en :« Je parlerai à qui il est permis d'entendre- loi,, 
'lin prolanes! Mais („i, petit-llls d.- la h'iUante hu.e , t^ Mu é 

écoute: cm' io oh.nUn n.. ....: „.,. .• ^ » • • Jm^» i., 

• Une tes opmions i)ré(;édentes 



'i<^f<'dé{f)iinient point de la vie li 




parole divine, attache-toi à ell 



t'iuviise ! fixant tes regards sur la 



e sans cesse et redresse la capacité 



m- 



320 HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv. XX. Philos., poët. et 

telligible de ton cœur ! marche dans le droit sentier! n'envisage que 
l'immortel créateur du monde ! Voici ce qu'en dit l'ancienne parole- 
Il est un, il est de lui-même et parfait ; tout a été fait par lui, il est 
présent partout, nul des mortels ne le voit, il les voit tous et n'est 
visible qu'à l'esprit K » Comme Orphée passe pour avoir transporté 
en Grèce les doctrines secrètes de l'Egypte, ces paroles, adressées aux 
seuls initiés et cités par les premiers apologistes de la religion clii-é- 
tienne, n'ont rien d'incroyable de sa part 2. D'ailleurs, un philosophe 
païen, Proclus, nous a conservé d'Orphée un hymne semblable • 
« L'univers a été produit par Zeus. A l'origine, tout était en lui,IV- 
tendue éthérée et son élévation lumineuse, la mer, la terre, l'océan 
l'abîme du Tartare, les fleuves, tous les dieux et toutes les déesses 
immortelles, tout ce qui est né et tout ce qui doit naître ; tout était 
renfermé dans le sein du Dieu suprême 3. » Dans d'autres fragments 
Orphée dit nettement que Zeus est un, que c'est un seul Dieu op tou- 
tes choses \ Enfin, dans un hymne cité par Aristote, il définit ainsi 
ce Dieu souverain : « Zeus, le premier et le dernier, le connnence- 
ment et le milieu, de qui toutes choses tirent leur origine, est l'esprit 
qui anime toutes choses, le chef et le roi qui les gouverne ^ » Quant 
à l'antiquité précise de ces poésies et conséquenmient de leur auteur 
l'on n'a rien de certain. Seulement, on est généralement persuada 
que ces hymnes , originairement écrits en un langage qui, sous Pi- 
sistrate, au sixième siècle avant Jésus-Christ, n'était déjà plus intol- 
ligible pour les Grecs, furent retouchés alors parlepoëteOnoniacrite: 
ce qui ne suppose pas une petite antiquité. 

On trouve des idées semblables sur Dieu, dans les fragments de 
Simonide, de Linus, d'Archiloque et de Callimaque. 

Eschyle, le premier des poètes tragiques parmi les Grecs, et con- 
temporain d'Anaxagore, disait en plein théâtre : « Il faut bien distin- 
guer Dieu des mortels, et ne pas t'imaginer qu'il est de chair comme 
toi. Tu ne le connais pas. Mouvement impalpable, tantôt il prend 
l'apparence de feu, de ténèbres ou de l'élément liquide : tantôt il se 
rend semblable à des animau-, aux vents, aux nuées, à la foudre, 
au tonnerre, à la pluie. La mer est à ses ordres, les rochers, les fon- 
taines, les amas d'eaux. L'u'il terrible du maître regarde-t-il l'uni- 
vers ? la terre tremble des profondeurs effroyables de l'océan jus- 
qu'aux sonnnets inaccessibles des montagnes , car il peut tout. La 
gloire est au Dieu très-haut «. » 

« Euseb. Prœp. ev., 1. 13, c. 12. - ^- S. lustin. De monarch. Clem. Alex,, 
Ai gentcs. - 3 Proclus, édit. Cousin, t 5, in Parmcnid., 22 et 23 ; t. (J, m Tm. 
- * Orphie, Frag. iv, p. 3Gi. élit. Gnssnor. — » \rist. De mundo,c. 7. - 
« S. Justin., De monarch. Clem. Alex., Slrom , 1. 5, p. gIO. 



ont était en lui. 



un. * la genlilllé,] DE L'ÉGLISE CATHOLIOUE. 

Sophocle, contemporain de Socrate, était encore plus formd 
.Dans la vente ,1 n'y a qn'nn D,eu , qui a fait le ciel et la t rt 
a mer azurée et les vents impétueux. La plupart des morte rLt 
log«menl de le„r cœur, dressent des statues des dieux cimme 
pour ronver dans ces images de bois, d'airain , d'or, d'ivoire u^e 
«sotoon de leurs maux. Ils leur offrent des sartHcc, ils™ ùr'con 
«rent des fêtes s'.maginant qu'en cela consiste la pié é ' » 

£ur,p,de 1 am, du même philosophe, faisait dire à un d^ es ner 
«âges : Comment veux-tu donc que je conçoive Dieu" _ cXl 
« „, repond I autre, qui voit tout et qui lui-même n'est pasTu . 
Aillours d 1 mvo<|ue en ces termes : „ toi qui es né de foi L ' 
,.i dans la pluie éthérienne as enveloppé la nature 1 ,„ ,'"'■""*■"<'' 
|.i, -tonr duquel la lumière et la soTj: n tTataSd: IT 

l:::;::;:'?;i;''"''™°"''™"''''--'---sent;:aem:uToi; 

Il faut adorer ce Dieu avec un cœur pur. « Si ouelnn'nn h-. , 

poète com,que Ménandre, croit, par de noLreux sac^Sde r ' 

elles présents, se rendre Dieu favorable il .'»t>,..r . 

;e„,é. I. devoir de l'homme, c'e^d^t^'L X™ ^X pT 

*»r des verges et des épouses, de s'abstenir dL meurtre t du voT 

e ne pas même désirer l'aiguille d'autrui ; car Dieu est prts de "o^ ' 

vous vo,t. mes amis ! Dieu aime les œuvres justes.Tdéteste ?' 

|j,p.. Soyez donc Justes jusqu'à la n„, et sacrifiez à Dieut^Vn 

Le raéchant ne saurait échapper à la justice de Dieu. « Pense, 
ous, disaient d'autres poètes sur la scène, nue ceux on 1. 

lem mort, a la justice divine ? Il y a un œil nui voit tnnf „i 
«s qu'il existe deux chemins /l'entrée des' ' fl ^'q i ZT 
tu. séjour des justes et l'autre i. la demeure de impie AHez" 
-dérobez, ravissez ne respectez rien ; mais ne vous y ompe 

«Il haut ne pense pas pour cela que ses crimes lui soient cachés 

: c iTèT* "™ "'""'™""" ■' -• -«« p-ée ::!"„„:: 

u c,u„. Vous qui croyez que Dieu n'est pas, prenez garde ■ il 
!'»'*', ou,, U existe un Dieu ! Si quelqu'un, né mauvai3,f te' le 

i«Vp" «. - 'ciL'T; '«:•• '"z- '■ '■ '■ ""■ - *°-' '^'«■' '«' 



IK. 



91 







32^ HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv. XX. Philos., poét. et 

mal, qu'U profite du temps qui lui est laissé ; car plus tard il subira 
des châtiments terribles *. » 

Tout le monde connaît, du moins de nom, cet hymne ou prière 
du poëte et philosophe Cléanthe : « Roi glorieux des immortels 
adoré sous des noms divers, éternellement tout-puissant, auteur de 
la nature, qui gouvernes le monde par tes lois, je te salue ! 11 est 
permis à tous les mortels de t'invoquer; car nous sommes tes enfants 
ton image, un faible écho de ta voix, nous qui vivons un moment et 
rampons sur la terre. Je te célébrerai toujours, toujours je chanterai 
ta puissance. L'univer*? r7^i\el' t'obék comme un sujet docile. Tes 
mains invincibles son > - de la foudre 5 elle part, et la nature 
frémit de terreur. Tu û. s la raison commune, tu pénètres et fé- 
condes tout ce qui est. Roi suprême, rien ne se fait sans toi, ni sur 
la terre, ni dans le ciel, ni dans la mer profonde, excepté le mal que 
commettent les mortels insensés. En accordant les principes contrai- 
res, en fixant à chacun ses bornes, en mélangeant les biens et les 
maux, tu maintiens l'harmonie de l'ensemble ; de tant de parties di- 
verses, tu formes un seul tout, soumis h un ordre constant, que les 
mfortunés et coupables humains troublent par leurs désirs aveugles 
Ils détournent leurs regards et leurs pensées de la loi de Dieu, loi 
umverselle qui rend heureuse et conforme à la raison la vie de ceux 
qui lui obéissent. Mais se précipitant au gré de leurs passions dans 
des routes opposées, les uns cherchent la gloire, les autres les riches- 
ses ou les plaisirs. Auteur de tous les biens , toi qui lances le ton- 
nerre du sein des nuées, père des hommes, délivre-les de cette triste 
Ignorance, dissipe les ténèbres de leur âme, fais-leur connaître la 
sagesse par qui tu gouvernes le monde, afin que nous t'honorions 
dignement et que sans cesse nous chantions tes œuvres, comme il 
convient aux mortels ; car il n'est rien de plus grand pour l'homme 
et pour les dieux que de célébrer dans la justice la loi universelle «.b 
Les poètes ont chanté le chaos, la confusion primitive des élé- 
ments, d'où est sorti l'univers actuel. Homère nous montre ses dieux 
même, nés de l'Océan et de Thétis, autrement de l'ancien chaos'. 
Hésiode nous représente le chaos comme la matière primordiale et 
1 amour comme le principe créateur *. Dans Ovide surtout, av'ant 
qu il y ait la mer, la terre et le ciel qui renferme tout le reste, on voit 
tous les éléments confondus dans une masse infori «• et liquide, que 
I on a nommée, dit-il, le chaos. Nul soleil n'éclairait encore le 
monde. Dieu soumet à l'ordre cette confusion. Il sépare du ciel la 



' S. Just., De Mon. Clem. Alex,.. Strom.f l. L. ". «œ. 
14, V. 101. — * T^eog., y. m et seq. 



« A 



Âpvd Siob. — Mliad., 



UuSiOv. — -l'IUd., 



lia. d. la gsnlilité,] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 333 

», et de la terre les eaux. Le ciel est peuplé d'étoiles, l'air de vn 
billes, la mer de poissons, la terre de plantes et d'animaux Mai'^T 
.«quait encore cet animal divin, capable d'une intelli^nce supé 
-re, qui put dommer sur les antres. L'homme naquit PrléE 
I, forma dune terre détrempée et d'une étincelle célest/r^l 
kladMnité : au lieu ,ue le reste des aniZ" e ' *;bVvrsT 
« ,1 donna a l'homme une attitude droite et un regard élevé vm 
le ciel '. Noussommes ainsi de la racede Dieu, commf le dit le ula^ 
« Aratus, dans son poème sur les phénomènes Sste « ?1 
L,ço,,s par Zeus! hommes, ne faisons jamais reutanlparfS de' 
lliii! Tout est plein de Zeus, et les riiP« fA i^c o. n - , 
i .. mer et les ports. Tou; et ';:ZZ lï a^T ^ '^ ^ 
lonioiis sommes sa raco ^. » Ces dernières paroles s^nt Pa,,lt' 
Loties approuve daus son discours devant L^ag Zthe„ 

.A chaque homme , dit Ménandro, il est donné uLénte au mV 
IhI de sa naissance, pour l'initier aux mystères de 1» vitT T", 
L,«, dit Théognide, riche ou. pauvre, U ou Itlant aùi?»" 
lin génie ou démon ^ » ? * "u nitcnant, qui n ait 

Eschyle dans son Prométhée, parle d'une sédition qui eut lieu 
bsle ael parmi les dieux, les uns voulant chasser Kronôs dl son 

E de irc'htte t fng^ rhcir"""' ™ -'-'' ""' '"'"«™ "'- 
.Les dieux immortels de Zcus, gardiens dos hommes mortels dit 

km cote Hésiode, sont au nombre do trois myriade,^?, ! ,' 
«nde: revêtus d'air et sans cesse pa^ulutous L ' T 

Iment les œuvres justes et injustes' „ '"""' ''" 

C nrtl^r ^r-'«-*"»- Elle avait reçu une boite mysté- 

LdeTh!:-? rff "' temps mondent la terre. Il ne resta au 
r * '» ooi'e fatale que l'espérance «. 

}'Ovl(l.,tea„., ,.,._,£, , r _ ... ,. 

,-'*(«J Sl«b. ScL phj. I. , „ 9 I'. Thlj' o"'.''' °"'" ~ *"'•• "• "• 



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m- 



32* HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv. XX. Philos., poët. et 

La chute de l'homme se fit sentir en lui-même par une dégénéra- 
tion progi-essive. Jusque-là c'était l'âge d'or. Les hommes avaient 
vécu dans l'innocence et la piété. La terre leur offrait d'elle-même 
tout ce qu'ils pouvaient désirer. La mort n'était pour eux qu'un doux 
sommeil, après lequel ils devenaient , par la volonté du Dieu su- 
prême, les dieux tutélaires du genre humain. Vient ensuite l'â-^o 
d'argent. La piété et l'innocence diminuent. L'enfance de l'homme 
durait encore cent ans. Ceux qui meurent, deviennent, par la vo- 
lonté de Zeus, dieux souterrains. Dans l'Age d'airain, les uns des- 
cendent aux enfers sans gloire ; les autres, plus justes, héros et 
demi-dieux, habitent les îles fortunées. Dans l'âge de fer, chacun se 
fait justice à soi-même, il n'y a plus de droit que la force : la pudeur 
et l'équité s'enfuient au ciel ; il n'y a plus de remède au mal. Ainsi 
parle Hésiode ». Ovide y ajoute la punition du crime triomphant le 
déluge 2. ' 

Voilà comme les poètes représentent les funestes effets de la dé- 
gradation originelle dans l'humanité entière. Ils ont remarqué ce dés- 
ordre jusque dans l'individu ; ils ont vu comment il est sans cesse 
en guerre avec lui-même. « Autre est ce que persuade la convoitise, 
dit Ovide, autre est ce que persuade la raison. Je vois bien ce qui est 
meilleur, et je l'approuve; et cependant je me laisse aller à ce qui 
est pire ». » Il n'y a personne qui n'ait fait plus d'une fois cette expé- 
rience ; il n'y a personne qui ne sente encore la justesse de cette au- 
tre parole du même poëte : « Nous tendons avec effort à ce qui nous 
est défendu, et nous convoitons ce qu'on nous refuse *. » Dans ce 
peu de mots, il y a une connaissance plus vraie de l'homme, et 
conséquemment plus de véritable philosophie que dans la plupart 
des anciens philosophes. Ceux-ci, principalement les stoïciens. 
avaient la présomptueuse persuasion qu'il suflit à l'homme de con 
naître le bien et le mal pour pratiquer l'un et éviter l'autre. Cette 
vanité philosophique les empêchait de voir et de convenir que la con- 
naissance seule, sans l'humilité de cœur et la prière à Dieu, ne fait 
qu'irriter la convoitise et que lui donner plus de force : ainsi que le 
montre saint Paul dans son épître aux Romains ». 

A l'entrée de l'autre monde, les poètes placent un tribunal et un 
juge, devant lequel paraissent tous les morts. Les justes sont envoyés 
dans l'Elysée, lieu de repos, de paix et de bonheur; les grands cou- 
pables, précipités dans l'enfer pour y subir éternellement des sup- 
plices proportionnés à leurs crimes; ceux qui n'ont pas été méchants 

1 Ilcsio(l.,Op, eldics.,]. 1. - i Oyui, Metam.,]. Î.-3 ihid., t.îo.- ''Oviil. 
Am., 3, cl. S, V. 17.—» Rom., 7. 



id., 7,50 — ''Ovid. 



hist. de la genlilité.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. gjj 

jusqu'à l'excès, endurent diverses sortes de châtiments, jusqu'à ce 
qu'ils se JDt entièrement purifiés de leurs fautes et réunis dans l'É 
lysée avec les justes. Le bonheur qu'ils y goûtent, suivant le tableau 
(,u en font les poètes de la gentilité, ne nous paraît pas bien relevé 
Cest qu au fond, lorsque ces poètes traçaient leurs peintures, le vé- 
ritable cel n'était point encore ouvert, les vrais justes mêmes étaient 
encore retenus dans des lieux souterrains, dans les limbes- ils v 
jouissaient de la paix et du bonheur; mais ce bonheur n'était point 
encore complet, parce qu'ils ne voyaient point encore Dieu. Les idées 
des anciens poètes étaient alors plus vraies qu'on ne pense 

Un trait surtout est à remarquer dans la description que Virgile 
nous fe^ de 1 enfer. S'il y a quelque chose au monde qui réveille en 
nous 1 idée de 1 innocence, assurément c'est l'enfant, qui n'a pu en- 
core m commettre le mal, ni môme le connaître ; et supposer qu'il 
soit soumis à des châtiments, des souffrances, est une pensée qui ré- 
volte toute 1 âme. Cependant Virgile, le tendre Virgile, place les en- 
fants moissonnés à la mamelle, avant iV avoir goûté la vie, à f entrée des 
royaumes tristes, où il les représente dans un état de peine, pleurant 
et poussant un long gémissement, vagitus ingens *. Pourquoi ces 
pleurs, ces voix douloureuses, ce cri déchirant? Quelles fautes 
expient ces jeunes enfants, à qui leurs mères n'ont point souri "» qui 
a pu suggérer au poëte cette étonnante tiction? quel en est le fonde- 
ment? D'où vient-elle, sinon de la croyance antique que l'homme 
naît dans le péché ? 

Non-seulement les poètes supposent et proclament partout l'im- 
niortalite de lame, ils ont même imaginé une résurrection des corps. 
Orpliee descendit, suivant eux, dans les enfers, et en ramena sa 
femme Euryd.ee. Hercule y descendit également, suivant Euripide, 
y combattit la mort ; lui arracha Alcoste, femme d'Admète, roi dé 
Ihossahe, qui venait d'en célébrer les funérailles ; la rendit vivante à 
sou époux, pour récompenser celui-ci de son hospitalité généreuse, 
e celle- a de son amour conjugal qui l'avait portée à mourir à la 
place d Admete a. Aussi lit-on dans les vers de Phocylide : « Les 
parties qu. composent le corps humain forment une harmonie qu'il 
nest pas permis de détruire. Nous espérons que ceux qui ont aban- 
donne leur dépouille à la terre, en sortiront bientôt pour venir dans 
la lumière ; ils seront un jour des dieux, car les âmes des morts sont 
incorruptibles. L'esprit est l'image de Dieu. Pour le corps, il vient 
de la terre et s'en retourne en terre : nous ne sommes que cendre; 
mais l'esprit remonte au ciel ». » 

' Eneid., 1. G, v. i2G.i29.- i Eiirip., Alcest. - 3 Phocylld., Noathet. 



! ' '1 



i I 





326 HISTOIRE UNIVERSELLE [Llv. XX. Philos., poê, , 

Quant au grand événement qui est comme le centre de tous l. 

siècles l'attente et la venue du Rédempteur, il fait le sujet S 

oracles a la naissance de je ne sais quel enfant, chante les même 
perances. Le dern.er âge, prédit par la sibylle de Cume, est Zl 
le .--^nd ordre des siècles recommence; une race nouv lie de! j 

t T 7r '."" '"^""* '' "«'^^^' ^»' ^«^« cesser le sièl 

fer e revenir 1 âge d'or; tous les vestiges de notre crime étan' ft 

ces, la erre sera pour jamais délivrée de la crainte. L'enfant dit 
qui do.t régner sur le monde pacifié, recevra pour premiers p é 
de simples fruits de la terre, et le serpent expirera dès son be^^ 
AI approche de cet enfant chéri des dieux, de ce noble rejeton 
Dieu suprême, toute la machine de funivers s'ébranle, toutesT , 
gions de la terre, toutes les mers et la voûte profonde des d ' 
Toute la nature se rejouit dans l'attente du siècle à venir i. D'un ' 
re cote Eschyle dans une de ses tragédies, nous montre un d 
souffrant et souffrant de la part du Dieu suprême : un dieu lié 
chaîne e mis comme en croix sur le haut d'une montagne, eCk 
parce qu'il y a trop aimé les hommes, parce qu'il a eu pi'tié de I™ 
mauxe qu .1 y a porté remède K La poésie indienne, pour chante 
mcarnafons de Vischnou, réunit à la fois les idées gracieuses 
Virgile, et les idées de travaux, de pénitence, d'expiation d'EschvIe 
Uuant aux sibylles, presque tous les anciens Pères de l'É-lise'rf 
saint Augustin lui-même, les ont crues véritablement inspirées 1) 
a tout heu de croire que sous ce nom, qui ne désigne aucun person- 
nage certainement connu, de vraies prophéties avaient cou's cl,z 
les Grecs et chez les Romains. Quoiqu'on en ignorât les auteur. 
elles ne laissaient pas de produire leur effet, en dirigeant la foi il' 
I espérance des justes vers le Sauveuv attendu, et en préparant 1. 
peuples a le reconnaître. Il est possible qu'on ait attribua; faussement 
plusieurs prophéties aux sibylles ; cependant Laetanco, après en avoir 
citede res-frappantes, assure que quiconque a lu Cicéron, Va-ron 
et d autres ecrivanis qui vivaient avant Jésus-Christ, ne pensera poini 
qu elles soient supposées :'. ^ i i 

Pour ce qui est de la morale, voici le résumé qu'on en lit dans le 
poète Phocylide : 

« Honore premièrement Dieu , et ensuite tes parents. Sois én.ii. 
table envers tous, sans acception de personne. Ne repousse point !e 
pauvre. Ne rends point de jugements injustes^ car si tu juges mal, 

dL 1'^/ f\'^" î"~ ' ^''^•' 'P''°'"«"' - ' S. Aug, Ep. 268 ad Martiaa. Lad,, 
mv, inst., !. 4, c. 15. 



u'oii on lit dans lel 



ibS ad ilariian.lxL 



hi8t. de la gentllité.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 337 

Dieu à son tour te jugera. Fuis le faux " ^moignage. Dis ce qui est 
vrai. Conrerve la chasteté. Sois bienveillant envers tous les hommes 
N use point d'une mesure trompeuse ; que ta balance n'incline d'au- 
cun côte. Ne te parjure point, ni volontairement, ni par inconsi- 
deration; car Dieu a le parjure en horreur. Ne dérobe point les se- 
mences : c'est un crime exécrable. Paye à l'ouvrier son salaire et 
n afflige pomt le pauvre. Veille sur ta langue; ne révèle point le secret 
qui test confié. Ne commets point d'injustice, et ne souffre pas 
qu on en commette. Donne tout de suite au mendiant, et ne le remets 
point au lendemain ; donne à pleines mains à l'indigent. Reçois 
1 exile dans ta maison. Sois le conducteur de l'aveugle. Aie pitié des 
naufrages, car la navigation est incertaine. Tends la main à celui qui 
tombe; secours l'homme abandonné. Tous boivent à la coupe des 
maux; la vie ressemble à la roue d'un char ; il n'est point de bon- 
heur stable. Es-tu riche, partage avec l'indigent, rends-lui ce que 
Dieu t a donne, et ne fais point de différence entre l'étranger et le 
concitoyen ; car la pauvreté voyage sans cesse, elle nous visite tous, 
et il n y a pas un coin de terre où les hommes puissent poser le pied 
solidement. Dieu seul est sage, puissant; seul il possède des riches- 
ses mhnies et impérissables ^ » 

n f .Tïr "^^ ""^'^'^ ""'^ '' ^^^" ^1»« plusieurs ont mis en doute 
qu 11 fut de Phocylide, qui florissait au sixième siècle avant Jésus- 
Christ. Mais il est facile d'en recueillir un semblable de poètes aus^i 
anciens et plus anciens encore, par exemple d'Hésiode , qu'on fait 
remonter comnmnement au huitième siècle. Dans son poëme Les 
Jmmuxei les Jours, il commence par invoquer Zeus, le Dieu su- 
prême. C est lui qui fait devenir les mortels ou célèbres ou obscurs 
qu. h^ environne de gloire ou d'ignominie ; il lui est fÎKile d'élever 
I un et d abaisser l'autre, de redresser le méchant et d'abattre le su- 
perbe 2. Par sa providence la justice parcom. la terre : ceux qui la 
repoussent, elle leur inffige des maux. Ceux, au (Contraire , qui font 
droit aux étrangers et aux citoyens, elle fait ffeurir leur ville et leur 
peuple dans la paix et la prospérité. Souvent tonte une ville est pu- 
nie a cause d un méchant .omme. Prenez donc garde, ô rois (il 
appelle ainsi tous les juges), à cette justice d'en haut. Car les dieux 
ae Aeus, qui sont les gardiens des hommes mortels, parcourent in- 
cessamment la terre, observant les jugements et les œuvres mauvai- 
ses. La justice, cette vierge vénérable née de Zeus, si on l'offense, 
se plaint aussitôt à son père, et demande que le peuple expie les pé- 
cnes des rois qm corrompent les jugements. Considérant ceci, re- 

* Phocylid., Nouthet. - " Opem ci <ixes, 1-10. 




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'** HÏSTOIRE UNIVERSELLE [LIv. XX. Philos., poèt e, 

dressez vos pensées, 6 rois aflamés de présents I oubliez tout i.f \ 
les jugements iniques. Qui veut mire du mal à autrui en fait à? 
même, et un mauvais dessein n'est à personne plus mauvais cmï 
celu. qu. le forme. L'œil de Zeus, qui voit et pénètre tout , n W 
pas comment se rend la justice dans la cité. La loi que Zeus at 
posée aux poissons, aux bêtes sauvages et aux oiseaux , c'est d 1" 
dévorer les uns les autres, attendu que la justice n'est p;int co « 
deux; ma.s .1 l'a donnée pour règle aux hommes. Celui don I 
conseille et qui pratique ce qui est juste, Zeus le récompense et 
et sa postérité. Mais qui pervertit le droit par le parjure et de f, 
témoignages celui-là se fait un préjudice irréparable; sa poste 
en tombera dans l'opprobre. Commettre le mal, même à l'ev 
cestfacde;le chemin n'est pas long, car le mal habite tout p.v' 
Mais les immortels ont placé devant la vertu le travail et la sueur Ù 
sentier qui y mène est long et roide ; de plus, il est âpre au commen 
cément, mais quand on est arrivé en haut, il devient facile. L'homme 
parfait est celui qui a l'intelligence de tout ce qui le regarde com 
prenant ce qui est le meilleur et dans la suite et jusqu'à la fui Z 
lui-la aussi est bon, qui obéit à qui le conseille bien ; mais celuu,,,," 
ni n est sage lui-même, ni ne veut écouter autrui , celui-là n'est L 
à rien 1. Des richesses qui ne sont pas mal acquises, mais que Dieu 
nous donne, sont de beaucoup meilleures. Mais qui en ramasse par 
violence ou par fraude, il est facile aux immortels d'anéantir cet 
homme : sa famille déclinera, ses richesses ne lui resteront que peu 
de temps. C'est un crime égal de maltraiter le suppliant et rétràii- 
ger, de deshonorer la couche nuptiale de son frère, de tromper mé- 
chamment des orphelins, d'injurier un vieux père sur le seuil do la 
vieillesse ; Zeus s'irrite contre un tel homme, et à la fin il lui rendra 
sévèrement la pareille 2. 

Les tragédies grecques présentent cette morale en action. On v voit 
presque toujours la justice divine poursuivant par des voies surare- 
nantes l'impiété, le mépris de l'hospitalité, le parricide, l'inceste le 
parjure. La plupart de ces tragédies, et les plus belles, semblcnt'uii 
commentaire de cette parole de Dieu dans les livres saints : Je visi- 
tera, 1 iniquité des pères sur les enfants jusqu'à la troisième et qua- 
trième génération, dans ceux qui me haïssent =*. On y voit un ancêtre 
qui a commis un crime : ce crime, non expié, s'attache à sa famille 
comme un autre péché originel. Des crimes nouveaux, des cata- 
strophes épouvantables en sontlasuite. La vengeance du ciel n'arrête 
ses coups que quand la postérité du coupable est anéantie ou qu'elle 
a ete purifiée par une grande expiation. 
' Opéra et dies, 215-296. - 2 Ibid., 31S-332, _ 3 Exod., 20. 



hllt. de ta genllUté.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. jjj 

En un sens, tous tes anciens poêles, tant fçrecs que latins, forment 

ans leur ensemble, une sorte ,1e commentaire pïofane delà™! 

tenture. Ce qu, étonne quelquefois dans la lectire des livres sai 

c«l que le langage et les mœurs y soient si différents d^snô e ' 

-eentsc'tn'"'^'''' ","'"''" '* ^'"''""^ "^^ 
m rc ces livres. C est qu on ignore Tantiquité. Pour qui con.iait les 
po.es et es au res anaens auteurs, l'étonnementeesie. Une r ivato 
.ngia,s a la,t voir qu'une tbule de locutions, en particulier du Sr 
veau Testament, que certains critiques traitaiem S ïsme "te 
l»rbar,smes, de sol,.c,s„,es, sont des locutions familières aux p^tes 
et a xlnstor,e„s classiques des Grecs". Plus te poète est ancien Z 
m angage est semblable à celui de la Bible, plis les mœurs au 1 dé 
pein sont semblables aux mœurs des patri'arebes r rétonneme û 
„ cloute succède rétonnemeut de l'admiration. Ce que les Gar» 
e plus ancien en ce genre peut nous servir d'exen^le. Losl .,""s 
.IHoniere paraissent, du moins quant au fond, des histoits^Uo- 
.,« transmises par la tradition, mises en vers par des poètes ZZ 
cipaleinent par Homère nue Inr, r.i.,„„ • l'""-"-*) pnn- 

siLeavanik„rr t 'u ^^ communément au huitième 

Tcu il es de hl i' "^T"' '^Pi^o^'iuement pardes rapsodes, 

Tp isWe ,,^r- '"^'t™'"'^ 

de Pisistrate au sixième siècte avant l'ère chrétienne. Or, te slvle 

Homère a tant de ressemblance avec celui de la Bible, qi'un éru- 
è^ en a fait un ouvrage sous le nom d'.ffo«„ M™4« ..Cette 
r««nib ance n'est pas moins frappante pour les mœurs. 

Dans la Bible Abraham et Sara servent eux-mêmes leurs hôtes • 
dans Homère, Acbilte et l'atr«;le servent eux-mêmes lesamUcmi 
viennent les voir ; Patrocle allume te feu, dresse la taWe IcMIe dé 
coupe les viandes et les met eu broche ». Dans la Bibte, prévue cha- 
<|.iev le a son roi; il en est de même dans Homère. Dans la BMe 

IKaux, dans Homère, on en voit faire autant à plusieurs fils du roi 

™ t rrfi, ,^"" '" """"' '" ""^'^ "' '- '•»""- "es patriarel : 
ont a la fontaine et vaquent à toutes les œuvres de ménage • 

*n Homère, on voit uue lille de roi se rendre i. la fontaine ho« d^ 

v le une autre présider à la lessive, et les reines manier le fuseau 

«ulaiguilteauimbeude teurs servantes. Dans Moï*, les armées 

. c mposen de fantassins et de chars ; de même dans Homère o^ 

«J voi pouit encore de cavaUers proprement dits. Dans Moi> le 

meurtrier involontaire s'enfuit dans un lieu d'asite pour se d° mber 

-'r«>M» de badiane IJogau. - J iliad., 9, V. joi-2i;. 



P'A 




330 HISTOIRE UNIVERSELLE [Llv. XX. Philos., permet 

au premier ressentiment des parents du mort ; dans Homère, il subit 
un exil au moins temporaire : Patrocle, bien que fils de roi, est de 
ces fugitifs. Dans la Bible, il est souvent question d'esclaves; dans 
Homère et les autres poètes, on rencontre des esclaves sans nombre- 
et ce ne sont pas seulement des gens du peuple, mais des épouses' 
des fils et des filles de rois ; Achille a vendu comme esclaves plusieurs' 
fils de Priam; Eumée, esclave d'Ulysse et le pasteur de ses porcs 
était fils du roi de Scyros. Dans les comédies de Plante et de Térence' 
imitées presque toutes du grec, la plupart des personnages sont deses' 
claves mâles et femelles ; celles-ci, prostituées ou sur le point de l'être 
se trouvent habituellement issues d'une famille honnête et libre; cettj 
reconnaissance fait plus d'une fois le dénoûment. Térence lui -même 
noble Carthaginois, avait été réduit en esclavage ; cependant il n'^' 
pas un mot contre cet asservissement de l'homme par l'homme. A 
peine nous est-il venu un fragment du comique Philémon, où il es« 
dit : « Tout esclave qu'il est, il est de la même chair que toi ; car il 
n'est pas d'homme que la nature ait fait esclave ; c'est la fortune seule 
qui nous dégrade ainsi *. » i 

Dans la Bible, on voir venir le genre humain, et, avec lui, les arts 
et les sciences, de l'Orient en Occident. La même chose se remarque 
dans Homère ; quoique Grec, il représente les Troyens plus civilisés 
■ et plus humains que les Grecs. On voit des sacrifices d'hommes chez 
ceux-ci ; Achille immole douze jeunes Troyens sur le bûcher de Pa- 
trocle, autour duquel il traîne pendant douze jours le cadavre d'Hec- 
tor. Rien de semblable chez les Troyens. L'aïeul maternel d'Ulysse, 
par la grâce de Mercure, surpassait tous les autres en vol et en par- 
jure 2; Ulysse lui-même était allé au loin chercher du poison pour 
envenimer ses flèches; trait de sauvages, dont on ne voit rien d'an- 
prochant chez Priam et ses alliés ». Nestor demande h Télémaque 
comme une chose tout ordinaire, s'il n'était pas voleur de moroupi^ 
rate, ajoutant que les Grecs avaient fait longtemps ce métier sousia 
conduite d'Achille *. Jamais Homère ne fîiit tenir aux Troyens un lan- 
gage pareil. 

La Bible nous montre les païens, méconnaissant le vrai Dieu, so 
faire des dieux dos